« On a cru que c’était une bombe »

Le Courrier de l'Eure - - Louviers - Gwe­no­la Lor­si­gnol

Im­pos­sible de trou­ver un in­ter­lo­cu­teur au col­lège Al­phonse Al­lais. « C’est le rec­to­rat qui ré­pon­dra à vos ques­tions » ré­pète la se­cré­taire, au té­lé­phone, puis dans l’en­tre­bâille­ment de la porte. Ce qui fait sou­rire les col­lé­giens qui dis­cutent de­vant l’en­trée. « Des exer­cices d’alerte, on en a dé­jà fait. Mais ce­lui­là, on di­rait qu’il s’est su­per mal pas­sé ! » Ils n’ont rien vu. Ils n’ont fait leur ren­trée que lun­di, et ont dé­cou­vert le len­de­main que leur col­lège fai- sait par­ler de lui dans toute la France. « On est au cou­rant par Fa­ce­book » lance un gar­çon en mon­trant son té­lé­phone. La plu­part prennent la nou­velle à la ri­go­lade. Sauf une jeune fille, qui s’in­quiète : « Pour­quoi ils ont fait ça ? Main­te­nant si je vois des vrais ter­ro­ristes, je ne vais pas sa­voir si ce sont des po­li­ciers… »

La peur des ri­ve­rains

Le col­lège Al­phonse Al­lais est en­tou­ré d’im­meubles. Ven­dre­di, des ri­ve­rains ont bien cru qu’ils as­sis­taient à un vé­ri­table at­ten­tat ter­ro­riste. Deux ha­bi­tantes ra­content.

« On a en­ten­du une pre­mière dé­to­na­tion. On a cru que c’était une bombe ! On a re­gar­dé par la fe­nêtre, et on a vu une voi­ture de po­lice ga­rée de­vant le col­lège. On ne com­pre­nait pas, on avait peur. Puis trois mi­nutes après, on en­tend une deuxième dé­to­na­tion. Et là, dans la cour, on voit un mec ca­gou­lé, avec un fu­sil comme dans les films, un genre de Ka­lach­ni­kov ! Et un autre, ca­gou­lé aus­si, sur le toit ! »

À ce mo­ment- là, elle est per­sua­dée que des ter­ro­ristes prennent d’as­saut le col­lège. « On s’est ac­crou­pi pour ne pas se prendre une balle per­due ! » Elle s’ex­clame, in­di­gnée : « On n’au­rait ja­mais ima­gi­né que c’était un exer­cice ! » Car sa peur n’au­ra pas du­ré long­temps : « J’ai vu des profs qui étaient sor­tis, qui fu­maient, qui ri­go­laient, pen­dant que d’autres sor­taient par les fe­nêtres du rez-de-chaus­sée. C’est là qu’on s’est dit, ça doit être une si­mu­la­tion. »

La jeune femme es­saye de com­prendre : « Il faut qu’on forme le per­son­nel, c’est nor­mal. Mais quand même, ils au­raient pu nous pré­ve­nir ! »

Sa voi­sine est bien plus re­mon­tée. « C’est in­ad­mis­sible ! On a en­ten­du les dé­to­na­tions, on avait peur, on se de­man­dait ce qui se pas­sait. C’est dé­jà tel­le­ment dif­fi­cile d’ava­ler tout ce qui se passe, fran­che­ment ils au­raient pu trou­ver autre chose que de jouer à la gué­guerre. Ima­gi­nez si quel­qu’un était pas­sé dans la rue, une ma­man avec une pous­sette ? Il y avait de quoi se je­ter par terre ! Et si quel­qu’un avait un fu­sil, d’une fe­nêtre, il au­rait pu se mettre à ti­rer sur les faux ter­ro­ristes ! »

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