La re­nais­sance de la Galitrelle

Bon nombre d’an­ciens se sou­viennent des jours fastes de la Galitrelle. Les plus jeunes s’in­ter­rogent en pas­sant de­vant cette ma­gni­fique pro­prié­té im­plan­tée au bord de l’Oi­son. Mais qu’est-ce donc que la Galitrelle ?

Le Courrier de l'Eure - - La Une -

La Galitrelle, qui fai­sait par­tie du fief de Saint-Mar­tin-la-Cor­neille, ap­par­te­nait au XVIe siècle à Lan­ce­lot de Franqueville. Cette fa­mille, membre de la mai­son d’Har­court, dont il est dé­jà fait men­tion plus de deux siècles au­pa­ra­vant, avait comme membre Laurent de Franqueville, main­te­nu en no­blesse par Mont­faut, qui fut bailly d’El­beuf en 1464.

La pro­prié­té res­ta dans la fa­mille jus­qu’à la Ré­vo­lu­tion. Puis, lors de cette pé­riode hou­leuse, elle de­vint un lieu de re­fuge pour les roya­listes, no­tam­ment pour le vi­comte de Cham­bray, en­le­vé aux gen­darmes dans la fo­rêt du Rou­vray, alors qu’on le condui­sait de Rouen à Caen.

C’est ain­si que se ter­mine la vie du fief de la Galitrelle. Après la Ré­vo­lu­tion, elle de­vint une ex­ploi­ta­tion agri­cole.

Achat d’une vieille ferme

En 1968, Gé­rard Pas­quier achète la pro­prié­té à la fa­mille Al­lais. À cette époque, la pro­prié­té est une ferme com­pre­nant, sur la gauche une grande grange, et sur la droite, une grange plus pe­tite joux­tant la ré­si­dence des ex­ploi­tants agri­coles. Le ter­rain n’est qu’une vaste éten­due ma­ré­ca­geuse, avec 4 sa­pins de Noël, re­plan­tés par la fa­mille. « Mon père avait ac­quis cette pro­prié­té dans le seul but de faire un in­ves­tis­se­ment, de s’oc­cu­per aus­si, car il ado­rait re­ta­per de vieilles bâ­tisses, comme il l’avait dé­jà fait en trans­for­mant une pe­tite grange en chau­mière à Bres­tot, qu’il a re­ven­due par la suite » , ex­plique Erick, le fils de la fa­mille.

Ro­bert, le père de Gé­rard Pas­quier, aide alors ce­lui-ci à la res­tau­ra­tion de la Galitrelle. Un étang est creu­sé pour re­cueillir l’eau du ter­rain. Il se­ra en­suite ali­men­té grâce à l’Oi­son. En­fin, plus de 1 000 tonnes de terre sont ap­por­tées pour pou­voir ac­cé­der à la pro­prié­té avec des voi­tures. Les arbres ac­tuels sont plan­tés dans les an­nées 70. « Les granges ont été dé­mon­tées to­ta­le­ment » pour­suit Erick Pas­quier. « Il n’en res­tait que l’os­sa­ture qui a été trai­tée dans sa to­ta­li­té. Et la grande grange a été trans­for­mée en mai­son. »

Une au­berge de re­nom…

Les re­la­tions de Gé­rard Pas­quier lui font émer­ger alors l’idée de faire de La Galitrelle une au­berge. « La grand-mère de mon père était cui­si­nière connue à l’am­bas­sade de France à Londres. L’at­trait pour la bonne cui­sine de­vait faire par­tie des gênes… » , confie Erick. L’au­berge de La Galitrelle ouvre donc en 1974. Gé­rard Pas­quier y place ses en­fants : Mar­tine res­pon­sable du bar et à la confec­tion des cock­tails, et Erick, qui a sui­vi une for­ma­tion en Grande-Bre­tagne et en France, ser­veur et som­me­lier avec une carte d’ex­cel­lents vins. La table est très vite connue et re­con­nue dans la ré­gion.

De nom­breux ar­tistes ve­nus de Pa­ris fe­ront par­tie de la clien­tèle de la Galitrelle. Le lieu de­vient pla­teau de tour­nages de di­vers films : « Les cerfs-vo­lants », un té­lé­film en 4 épi­sodes avec Ro­sy Varte et Jean-Marc Thi­baut, puis un po­li­cier avec Jean Ri­chard, « Mai­gret et Mon­sieur Charles ». Gé­rard Pas­quier ces­se­ra son ac­ti­vi­té d’au­ber­giste en 1997, pour rai­son de san­té.

Vers la re­nais­sance de ce lieu my­thique

À 59 ans, Erick Pas­quier, l’un des ac­tuels pro­prié­taires avec sa mère et sa soeur de­puis le dé­cès de Gé­rard Pas­quier, pense dé­jà, mais pai­si­ble­ment à sa re­traite. « Je ne sais pas res­ter in­ac­tif et je pense dé­pla­cer mon ac­ti­vi­té com­mer­ciale de Cau­de­bec-lès-El­beuf à la Galitrelle, en plus pe­tit évi­dem­ment. Le contact du quo­ti­dien est très im­por­tant pour moi. Je me sens chez moi dans mon ma­ga­sin. La Galitrelle reste la mai­son de pa­pa. En dé­pla­çant ain­si là-bas mon ac­ti­vi­té d’en­sem­blier et dé­co­ra­teur, c’est un peu de chez moi que j’em­porte avec moi dans la mai­son fa­mi­liale. »

Amou­reux in­vé­té­ré des roses an­glaises, Erick veut aus­si ap­por­ter sa pierre à l’édi­fice. « Mon père a re­mis en état les murs, je veux y créer un jar­din. J’ai été très tou­ché par la beau­té des jar­dins an­glais lors de ma for­ma­tion. Alors, chaque an­née, j’ap­prends et j’ajoute quelques ro­siers. Il y en a ac­tuel­le­ment 250, et 50 hor­ten­sias. Du jar­din d’arbres à do­mi­nante verte de pa­pa, j’en fais une ro­se­raie mul­ti- co­lore. » Dans la pers­pec­tive de faire re­vivre ce lieu my­thique de la val­lée de l’Oi­son, Erick Pas­quier ac­cueille­ra pro­chai­ne­ment dans son parc une ex­po­si­tion lors des jour­nées du pa­tri­moine. Et dans cet Éden qui ceint le jo­li plan d’eau et son île dé­am­bulent oies, ca­nards et poules d’eau. Eux ont com­pris que là était le pa­ra­dis…

Erick Pas­quier, ac­tuel pro­prié­taire de La Galitrelle avec sa mère, An­nick Pas­quier et sa soeur Mar­tine, pro­jette de dé­pla­cer son ac­ti­vi­té com­mer­ciale dans sa pro­prié­té d’ici quelque temps.

Ici, à gauche, Gé­rard Pas­quier en com­pa­gnie de Jean Ri­chard, lors du tour­nage de Mai­gret et Mon­sieur Charles.

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