Le cau­che­mar d’une fa­mille

Un chan­tier aban­don­né de­puis deux ans à Flan­court-Ca­te­lon

Le Courrier de l'Eure - - La Une - An­tho­ny Bon­net

« C’est une ca­tas­trophe » souffle Fré­dé­ric Con­fais, au mi­lieu de sa mai­son ou­verte aux quatre vents. Mais peut-on vrai­ment par­ler d’une mai­son ? L’en­droit est in­ha­bi­table. Seuls les fon­da­tions et les murs du rez-de-chaus­sée sont réa­li­sés. Il manque 80 % de l’ou­vrage et le chan­tier est à l’abandon de­puis main­te­nant deux ans. Fré­dé­ric et son épouse Ma­ga­li ne comptent plus les nuits sans som­meil face à cette si­tua­tion éprou­vante mo­ra­le­ment et fi­nan­ciè­re­ment.

La de­meure était un vé­ri­table pro­jet de vie des­ti­né à amé­lio­rer l’exis­tence d’un de leurs trois en­fants, âgé de 17 ans et at­teint d’une grave ma­la­die gé­né­tique. En 2014, le couple dé­cide de vendre sa pro­prié­té de Bourg-Achard et de faire bâ­tir à Flan­court-Ca­te­lon (com­mune dé­lé­guée au­jourd’hui de Flan­court-Cres­cy-en-Rou­mois) sur un ter­rain de 1 450 m². Plu­tôt que de choi­sir un construc­teur, « j’ai fait ap­pel à dif­fé­rents en­tre­pre­neurs, je vou­lais une mai­son d’ar­ti­san » , ex­plique Fré­dé­ric, dé­pan­neur en élec­tro­mé­na­ger.

Une si­tua­tion né­bu­leuse

Le père de fa­mille com­mence par sé­lec­tion­ner un as­sis­tant à la mai­trise d’ou­vrage. « On me

l’avait re­com­man­dé » , souf­flet-il, en re­gret­tant au­jourd’hui son choix. Les tra­vaux dé­butent en avril 2015 après l’ob­ten­tion du prêt ban­caire, et les pro­blèmes ne tardent pas. « Au mois de juin 2015, l’as­sis­tant nous an­nonce par­tir une se­maine à Monaco et nous n’avons alors plus de nou­velles, ra­conte Ma

ga­li. On ne voit plus per­sonne sur le chan­tier et on se dit que quelque chose ne va pas. »

Le ma­çon, qui leur a été pré­sen­té par l’as­sis­tant à la mai­trise

d’ou­vrage, « nous de­mande de l’ar­gent pour po­ser la dalle de l’étage en juillet 2015 » , ajoute-t-elle. Après lui avoir ver­sé plus de 23 000 €, le couple ac­cepte de lui payer à nou­veau 9 500 €, mal­gré une si­tua­tion très né­bu­leuse. « L’ar­gent était ver­sé sur le compte per­son­nel du ma­çon, il di­sait qu’il y avait des pro­blèmes fi­nan­ciers dans sa so­cié­té, alors

que notre banque a pro­cé­dé à une vé­ri­fi­ca­tion et n’a rien

trou­vé. » Si l’ar­gent a été bien été en­cais­sé, la dalle ne se­ra fi­na­le­ment ja­mais po­sée. Et pour cause : la struc­ture n’était pas as­sez so­lide pour la sup­por­ter. Le ma­çon donne quand même de ses nou­velles en août 2015. « Il vient nous voir, on prend un café et il nous de­mande 900 € en es­pèces pour re­prendre les tra­vaux. » Le couple re­fuse, comme il

dit non au cou­vreur. « Il nous de­man­dait 10 000 € alors que rien n’était fait, et lui aus­si nous était re­com­man­dé par l’as­sis­tant. » Ce­lui-ci, après avoir re­çu 4 000 €, suite à la va­li­da­tion

du per­mis de construire et au dé­but des tra­vaux, n’in­ter­vient

plus, « en dé­pit de mul­tiples re­lances par mails. Il avait tou

jours des ex­cuses » . Fré­dé­ric et Ma­ga­li Con­fais ne ver­ront ja­mais non plus le char­pen­tier. Ils l’avaient pour­tant choi­si eux­mêmes et ils lui ont ver­sé 7 000 €, mais sans avoir de fac­ture… Un manque de pru­dence cer­tain.

Des mal­fa­çons

Les portes en chêne, les fe­nêtres, les vo­lets, ac­quis en avance, leur res­tent sur les bras et sont ac­tuel­le­ment sto­ckés dans le ga­rage d’un ami.

Les graves ca­rences tech­niques de tous les ac­teurs de l’acte de construire, qui ont per­çu des ré­tri­bu­tions et ré­mu­né­ra­tions dans le cadre d’un ou­vrage bon à être dé­mo­li , note l’ex­pert ju­di­ciaire dans pré-rap­port en­voyé à la fa­mille Con­fais en sep­tembre 2017

Un constat d’huis­sier, ef­fec­tué en oc­tobre 2015, ré­vèle de nom­breuses mal­fa­çons dans le dé­but de la construc­tion : les chai­nages sont in­ef­fi­caces, le treillis sou­dé res­sort par en­droit alors qu’il de­vrait être en­ro­bé dans le sol, et des fis­sures ap­pa­raissent dé­jà dans les murs ex­té­rieurs…

Dé­ci­dé à se battre, et as­sis­té par Maitre Gae­tan Tré­guier, le couple lance en juin 2016 une pro­cé­dure ju­di­ciaire au tri­bu­nal de grande ins­tance d’Evreux, qui or­donne une me­sure d’ex­per­tise ju­di­ciaire afin de dé­ter­mi­ner pré­ci­sé­ment les désordres, les res­pon­sa­bi­li­tés et es­sayer de trou­ver des so­lu­tions.

Un pré-rap­port ac­ca­blant

Dans un pré-rap­port re­çu par le couple il y a quelques jours, l’ex­pert ju­di­ciaire (un ar­chi­tecte de Rouen) constate un dé­faut d’im­plan­ta­tion : la mai­son a com­men­cé à être construite 7 m plus loin que ce qui était pré­vu ! A qui la faute ? L’as­sis­tant à la mai­trise d’ou­vrage « n’a pas opé­ré le contrôle de l’im­plan­ta­tion de la mai­son, ni ce­lui de la ma­çon­ne­rie » , écrit l’ex­pert. L’en­tre­prise de ma­çon­ne­rie « n’a pas im­plan­té la mai­son au bon en­droit et n’a pas réa­li­sé confor­mé­ment aux règles de l’art les tra­vaux de ma­çon­ne­rie qu’elle avait en charge » . « Il faut éva­luer à trois mois le temps utile à construire le nou­vel ou­vrage en ré­pa­ra­tion exac­te­ment au même état d’avan­ce­ment que ce­lui consta­té ac­tuel­le­ment sur site, y com­pris pé­riode de dé­mo­li­tion. »

Entre la dé­mo­li­tion, la re­cons­truc­tion du gros oeuvre et la mai­trise d’oeuvre, plus de 40 000 € se­raient né­ces­saires se­lon les der­nières es­ti­ma­tions, sans comp­ter le reste du lo­ge­ment à bâ­tir. La so­cié­té d’as­su­rance de l’en­tre­prise de ma­çon­ne­rie (la­quelle est en li­qui­da­tion ju­di-

ciaire) a de­man­dé sa mise hors

de cause « dès lors qu’au­cune ré­cep­tion n’avait eu lieu en pré­sence d’un chan­tier aban­don­né » .

Pro­blèmes fi­nan­ciers

Le couple se re­trouve main­te­nant confron­ter à un pro­blème fi­nan­cier. Faute de pou­voir ha­bi­ter leur mai­son, Fré­dé­ric et Ma­ga­li Con­fais ont dû en louer une, qui leur coûte 850 € de loyer par mois. Si on ajoute les sommes en­gen­drées par le chan­tier in­ache­vé, les frais d’avo­cat, d’huis­sier, d’ex­per­tise, les dépenses dé­passent les 100 000 €.

Heu­reu­se­ment, ils peuvent comp­ter sur la so­li­da­ri­té fa­mi­liale, no­tam­ment les pa­rents de Fré­dé­ric, qui veillent sur le chan­tier jour et nuit, dans leur cam­ping-car, afin d’évi­ter le vol du ma­té­riel. Car le couple est en train de construire lui-même un ga­rage à cô­té de la mai­son. « On va être contraint d’y ha­bi­ter, pense Ma­ga­li. Tout l’ar­gent mis de cô­té est par­ti dans la pro­cé­dure ju­di­ciaire. Mon ma­ri a dû vendre sa mo­to. Je ne tra­vaille pas afin de m’oc­cu­per de mon fils han­di­ca­pé. Au­cune struc­ture ne peut l’ac­cueillir et sa ma­la­die coûte très cher. Il nous manque 500 € à la fin de chaque mois. Nous avons be­soin d’une aide. »

Mi­chèle, la ma­man de Fré­dé­ric, a par­ti­ci­pé à une foire à tout au mois d’août à Flan­court-Cres­cy-en-Rou­mois, dans l’es­poir de ré­col­ter quelques eu­ros. La si­tua­tion de la fa­mille l’in­quiète de plus en plus : « Ils vont pas­ser un troi­sième Noël sans avoir leur mai­son » .

Pour contac­ter et ai­der la fa­mille Con­fais : 06 07 42 59 05 ou 06 14 67 12 26.

Fré­dé­ric et Ma­ga­li Con­fais à l’in­té­rieur de leur mai­son où seule­ment 20 % de la construc­tion a été faite, c’est-à-dire les fon­da­tions et les murs du rez-de-chaus­sée.

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