Les en­ne­mis d’hier se ré­con­ci­lient

Le maire de Brionne res­sus­cite l’union de la gauche en in­té­grant trois élus d’op­po­si­tion au sein de sa ma­jo­ri­té. Avec un ob­jec­tif in­avoué : faire en sorte de conser­ver la mai­rie lors du pro­chain scru­tin.

Le Courrier de l'Eure - - La Une -

Ils se sont ai­més long­temps. Ils se sont dé­chi­rés vio­lem­ment. Et les voi­là qui se re­trouvent et se jurent à nou­veau fi­dé­li­té. Le pou­voir com­mu­niste et son op­po­si­tion de gauche forment un couple tu­mul­tueux à Brionne. Va­lé­ry Beu­riot a an­non­cé samedi ma­tin l’élar­gis­se­ment de sa ma­jo­ri­té de 20 à 23 conseillers ( sur 27 au to­tal) grâce à l’in­té­gra­tion d’Alain Por­tais (qui dé­clare n’avoir « au­cune sen­si­bi­li­té po­li­tique »), Elo­die Des­rues ( an­cienne membre du Par­ti so­cia­liste, proche des idées de Be­noît Ha­mon) et Bru­no Troyard (per­ma­nent au siège du PS dans l’Eure), membres de la liste Brionne A Ve­nir, qui avait ter­mi­né en deuxième po­si­tion lors des élec­tions mu­ni­ci­pales de 2014.

« Bonne nou­velle »

Si l’on écoute Va­lé­ry Beu­riot, « c’est une bonne nou­velle parce qu’on va en­ta­mer la deuxième par­tie du man­dat avec beau­coup plus de force, une co­hé­sion plus im­por­tante, ce qui est pri­mor­dial dans un contexte ins­ti­tu­tion­nel et bud­gé­taire de plus en plus dif­fi­cile » . Se­lon lui, cette union lo­cale

de la gauche est « une évi­dence », « il y a une proxi­mi­té idéo­lo­gique » . C’est la suite na­tu­relle des élec­tions lé­gis­la­tives de juin 2017 où, can­di­dat du PC dans la 2e cir­cons­crip­tion de l’Eure, il avait fait al­liance avec un élu du Par­ti so­cia­liste. Et puis, des conver­gences de vue sont ap­pa­rues de­puis trois ans lors des votes au conseil mu­ni­ci­pal de Brionne entre la ma­jo­ri­té et les trois nou­veaux ve­nus, dont l’op­po­si­tion était toute re­la­tive. « Il y avait dé­jà une ex­pé- rience com­mune de tra­vail avec Bru­no Troyard et Elo­die Des­rues (qui ont fait par­tie de la ma­jo­ri­té avant 2014), pré­cise le maire. Alain Por­tais, je connais son in­ves­tis­se­ment as­so­cia­tif dans la com­mune. Ce qui per­met ce rap­pro­che­ment, c’est la confiance. Nous avons eu l’oc­ca­sion d’échan­ger à plu­sieurs re­prises ces der­niers mois et nous sommes ar­ri­vés à la conclu­sion qu’il fal­lait rendre pos­sible ce qui ne l’a pas été en 2014 pour des ques­tions de per­sonnes. »

Des archives cruelles

« On a mal vé­cu ce qui s’est pas­sé en 2014, il fal­lait du temps pour di­gé­rer » , ajou­tet-il. On veut bien le croire. Car la cam­pagne des der­nières mu­ni­ci­pales avait été d’une ex­trême du­re­té, y com­pris à gauche. Les archives de cette sé­quence élec­to­rale sont élo­quentes. Dans leurs dif­fé­rents tracts, les membres de la liste Brionne A Ve­nir dé­non­çaient pêle- mêle « une ville si­nis­trée » , « une jeu­nesse ou­bliée » , « des pro­messes non te­nues » et « la main­mise d’un par­ti unique à la mai­rie » . « Soyons lu­cides. Je consi­dère que nous ne pou­vons plus at­tendre six ans sup­plé­men­taires, une nou­velle orien­ta­tion s’im­pose dès main­te­nant, écri­vait même Alain Por­tais, tête de liste, dans une longue lettre adres­sée aux Brion­nais en fé­vrier 2014. Il faut être plus ef­fi­cace, plus ri­gou­reux et plus juste. »

Au­jourd’hui, toutes ces pa­roles se­raient donc de l’his­toire an­cienne ? La vo­lon­té, ex­pri­mée il y a trois ans, de « di­ri­ger au­tre­ment Brionne » n’exis­te­rait plus ? « Cer­tains sont res­tés dans l’at­taque per­pé­tuelle, nous, on en est sor­ti. Il fal­lait ar­rê­ter cette guerre, les élec­teurs vou­laient que la gauche soit unie et sou­dée » , ré­pond Elo­die Des­rues. L’élue convient que l’ar­ri­vée de Va­lé­ry Beu­riot à la tête de la mai­rie en 2015 a fa­ci­li­té les choses, les rap­ports s’étant dé­gra­dés au fil du temps avec Gé­rard Gri­mault. Cer­tains ha­bi­tants risquent tout de même d’être scep­tiques en dé­cou­vrant ce rap­pro­che­ment… « Je ne com­prends pas com­ment on peut avoir consti­tué une liste d’op­po­si­tion et se re­trou­ver au­jourd’hui dans la ma­jo­ri­té, cri­tique un an­cien

co­lis­tier d’Alain Por­tais. Les can­di­dats de la liste n’ont pas été consul­tés, c’est le contraire de la dé­mo­cra­tie. Va­lé­ry Beu­riot veut se pré­sen­ter comme le re­cons­truc­teur de la gauche, mais c’est de la tam­bouille, ce­la sent la mau­vaise cui­sine élec­to­rale. »

Ma­rie-Ch­ris­tine Zer­kaoui ne se ral­lie pas

Les trois élus as­surent qu’ils gar­de­ront leur li­ber­té de pa­role et Va­lé­ry Beu­riot sou­haite qu’ils conservent leur sen­si­bi­li­té en en­ri­chis­sant le dé­bat au sein de la ma­jo­ri­té. Au­cun poste d’ad­joint ne leur a été at­tri­bué en ré­com­pense de leur ral­lie­ment. Il faut dire que dis­tri­buer des fonc­tions, et les in­dem­ni­tés qui vont avec, se­rait mal vu en pleine pé­riode de ri­gueur bud­gé­taire… C’est plu­tôt pour les pro­chaines élec­tions mu­ni­ci­pales, pré­vues en 2020, qu’un ac­cord a sans doute été pas­sé. En réus­sis­sant l’union dès main­te­nant, Va­lé­ry Beu­riot fait en sorte qu’au­cune autre liste de gauche ne vienne concur­ren­cer la sienne, et les trois nou­veaux peuvent es­pé­rer y oc­cu­per une bonne place.

Ma­rie-Ch­ris­tine Zer­kaoui, elle, n’en fe­ra pas par­tie. Qua­trième re­pré­sen­tante de Brionne A Ve­nir au conseil mu­ni­ci­pal, elle a re­fu­sé de se ral­lier. « Elle ne se re­con­naît pas dans la ma­jo­ri­té mu­ni­ci­pale, elle s’est tou­jours ins­crite dans une lo­gique d’op­po­si­tion » , ba­laie le maire. Contac­tée, l’élue pro­met de ré­agir très pro­chai­ne­ment dans les co­lonnes du Cour­rier de l’Eure.

Ma­nuel Cho­lez, Elo­die Des­rues, Va­lé­ry Beu­riot, Ja­nine Le­rou­villois, Bru­no Troyard et Alain Por­tais font main­te­nant par­tie de la même équipe, après s’être dé­chi­rés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.