Tho­mas Clay : un ex­pert de l’ar­bi­trage pri­vé

Le Courrier des Yvelines (Poissy) - - L’ACTU DU DÉPARTEMENT - Ni­co­las Gior­gi

Sous les feux de la rampe mé­dia­tique du­rant les pri­maires de la Belle Al­liance Po­pu­laire, dont il était le pré­sident de la Haute Au­to­ri­té, Tho­mas Clay est une per­son­na­li­té du monde du droit, connue et re­con­nue.

Pro­pul­sé comme juge de paix entre can­di­dats de la gauche en jan­vier der­nier, il se sor­ti­ra in fine avec brio d’une po­lé­mique sur l’an­nonce de la par­ti­ci­pa­tion du 1er tour.

« Ceux qui ont ac­cu­sé la Haute Au­to­ri­té d’avoir cou­vert une fraude de­vraient au­jourd’hui pré­sen­ter des ex­cuses », avait-il confié aux Nou­velles après cet épi­sode tu­mul­tueux.

Le grand pu­blic l’a vé­ri­ta­ble­ment dé­cou­vert à ce mo­ment­là, mais le pro­fes­seur de droit est re­con­nu comme spé­cia­liste de l’ar­bi­trage de­puis de nom­breuses an­nées. La France est par­ti­cu­liè­re­ment re­con­nue en la ma­tière. « La France, et Pa­ris en par­ti­cu­lier, est la ca­pi­tale mon­diale de l’ar­bi­trage ». Il lui ar­rive d’avoir à se pro­non­cer sur des li­tiges à plu­sieurs mil­liards d’eu­ros.

Plus lo­ca­le­ment, Tho­mas Clay est éga­le­ment le doyen ho­no­raire de l’uni­ver­si­té de Ver­sailles­saint-quen­tin (UVSQ).

Les étu­diants du mas­ter ar­bi­trage et com­merce in­ter­na­tio­nal qu’il a fon­dé peuvent se dé­lec­ter de ses cas pra­tiques ju­ri­diques pui­sés dans les af­faires po­li­ti­co­ju­di­ciaires qu’il a eu à trai­ter tout au long de sa car­rière. « L’ar­bi­trage, c’est la jus­tice des af­faires in­ter­na­tio­nales. Lorsque deux en­tre­prises concluent un contrat, elles pré­voient presque tou­jours qu’en cas de li­tige, elles n’iront pas de­vant la jus­tice d’un des deux États, mais au­ront re­cours à une jus­tice pri­vée qui s’ap­pelle l’ar­bi­trage », dé­ve­loppe-t-il.

Tho­mas Clay a été l’un des pre­miers à dé­non­cer l’ar­bi­trage qui a per­mis à Ber­nard Ta­pie d’em­po­cher 403 mil­lions d’eu­ros dans son li­tige avec le Cré­dit lyon­nais.

« L’af­faire Ta­pie c’est un cas pra­tique ex­tra­or­di­naire que je n’au­rais ja­mais pu conce­voir tant il est tor­tueux », concède ce ju­riste hors pair, connu pour être l’en­ne­mi in­time de l’homme d’af­faires.

Ce com­pa­gnon de route d’ar­naud Mon­te­bourg a aus­si été son di­rec­teur de campagne pour la pri­maire de 2011. Les deux hommes ont de­puis pris leurs dis­tances.

Cet agré­gé de droit pri­vé met un point d’hon­neur au­jourd’hui à ne pas ré­vé­ler pour qui il a vo­té à la pri­maire de la gauche, dont il a été le pré­sident de la Haute Au­to­ri­té. Une ins­tance com­po­sée de quinze spé­cia­listes du droit – avo­cats, ju­ristes et ma­gis­trats - char­gée de veiller à la sin­cé­ri­té du vote.

Celle-ci a d’ailleurs été dis­soute après le sacre de Be­noît Ha­mon pour re­de­ve­nir la Haute Au­to­ri­té éthique du Par­ti so­cia­liste. Au­tant d’ac­ti­vi­tés bé­né­voles pour Tho­mas Clay.

« Nous sommes in­dé­pen­dants par rap­port au par­ti mais nous adhé­rons aux va­leurs de la gauche », pré­cise ce sym­pa­thi­sant so­cia­liste non en­car­té. Il se dit fa­vo­rable à une ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de ce pro­ces­sus dé­mo­cra­tique, dont on a pour­tant en­tra­per­çu les li­mites. « La pri­maire s’est ins­tal­lée dans la pra­tique po­li­tique de la Ve Ré­pu­blique, et on ne re­vien­dra pas en ar­rière. Il faut donc dé­sor­mais la conso­li­der », juge-t-il.

En­ga­gé, Tho­mas Clay l’a tou­jours été. En 2002, il se dis­tingue avec une pre­mière tri­bune dans le Monde, sur Jacques Chi­rac, au titre un brin pro­vo­ca­teur : « Le pri­son­nier de l’ély­sée ».

Proche des mi­lieux du foot­ball (il est membre de la com­mis­sion d’ap­pel de la Ligue de­puis des an­nées), il a ain­si eu l’oc­ca­sion de dé­fendre Mi­chel Pla­ti­ni, alors écla­bous­sé par le scan­dale de la FIFA (lire ci-des­sous).

Un dos­sier lar­ge­ment mé­dia­ti­sé pour le­quel il a don­né des in­ter­views par di­zaines, dans le monde en­tier. Il a d’ailleurs « le luxe » de pou­voir choi­sir ses dos­siers. Tho­mas Clay ne dé­fend que des causes aux­quelles il croit.

Au mois de mai pro­chain, il de­vrait quit­ter ses fonc­tions de conseiller spé­cial de Thierry Man­don, le se­cré­taire d’état à l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Au­pa­ra­vant, il était pas­sé par le ca­bi­net d’an­dré Val­li­ni (PS), aux cô­tés du­quel il par­ti­ci­pe­ra à l’éla­bo­ra­tion du pro­gramme du can­di­dat Hol­lande sur le vo­let de la jus­tice. « Je suis mar­qué politiquement, mais j’ai des amis dans les deux camps ré­pu­bli­cains. Je ne pour­rais ce­pen­dant ja­mais tra­vailler ac­ti­ve­ment avec ceux qui jouent avec les va­leurs fon­da­men­tales de la Ré­pu­blique », confie-t-il.

Par­mi ses prin­ci­pales réa­li­sa­tions, Tho­mas Clay a oeu­vré à la ré­dac­tion de la ré­forme de l’exa­men d’en­trée dans les écoles d’avo­cat, qui consiste à pro­po­ser un exa­men unique aux can­di­dats à tra­vers la France

« C’est une ré­forme qui était at­ten­due de­puis 1991. Elle consiste à mettre fin au dés­équi­libre et à l’in­éga­li­té sur le ter­ri­toire na­tio­nal des taux de réus­site à cet exa­men, qui va­riaient de 1 à 5 en fonc­tion de l’en­droit où il était pas­sé. Pour qui­conque est at­ta­ché à l’éga­li­té ré­pu­bli­caine, c’était in­ac­cep­table », juge-t-il. Une ré­forme en­trée en vi­gueur le 1er jan­vier der­nier.

Et la suite ? « Lorsque j’au­rais quit­té le mi­nis­tère, je met­trai bien sûr l’ex­pé­rience ac­quise au ser­vice de mon uni­ver­si­té », pro­met-il, sans pré­ci­ser da­van­tage quel se­rait son rôle dans la nou­velle ad­mi­nis­tra­tion ar­ri­vée l’an der­nier.

Tho­mas Clay, 42 ans, est agré­gé de droit pri­vé, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Ver­sailles et spé­cia­liste de l’ar­bi­trage. Pro­pul­sé « juge de paix » de la pri­maire de la gauche en jan­vier der­nier, l’homme est L’af­faire Ta­pie : « Un cas pra­tique ex­tra­or­di­naire » aus­si connu pour avoir fait par­tie de l’équipe de dé­fense de Mi­chel Pla­ti­ni, em­pê­tré dans le scan­dale de la FIFA, et pour son rôle d’ar­bitre dans l’af­faire Ta­pie-la­garde.

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