Vla­di­mir Cos­ma parle musique et ci­né­ma dans les Yve­lines

Le Courrier des Yvelines (Saint-Germain-en-Laye) - - L’ACTU - Re­cueillis par T.R.

Son nom est as­so­cié aux plus grands suc­cès du ci­né­ma fran­çais des an­nées 70 et 80. Le com­po­si­teur Vla­di­mir Cos­ma, 77 ans, se­ra pré­sent ce mer­cre­di 15 no­vembre à Saint-quentin-en-yve­lines, pour la soi­rée d’ou­ver­ture du fes­ti­val du film do­cu­men­taire.

Quels sont vos liens avec les Yve­lines ?

Je connais le mot Yve­lines. Je ne sais pas à quelles villes ce­la cor­res­pond.

Ver­sailles, par exemple.

J’ai un mo­ment mé­mo­rable de ma vie à Ver­sailles, car il y a qua­rante-huit ans, j’ai eu mon pre­mier ren­dez-vous avec la femme de ma vie de­vant le châ­teau de Ver­sailles ! Elle était à Marne-la­co­quette, on cher­chait un point de ren­contre et on a choi­si le châ­teau. J’avais deux heures de re­tard à ce ren­dez-vous et elle m’a at­ten­du !

Quel re­gard por­tez-vous sur le mé­tier de com­po­si­teur de musique de film et son évo­lu­tion par rap­port à vos dé­buts ?

Je consi­dère que mu­si­cien, ce n’est pas un mé­tier à but lu­cra­tif, c’est une pas­sion. J’ai tou­jours été un com­po­si­teur tout court. Il se trouve que pen­dant de longues pé­riodes de ma vie j’ai fait de la musique de film, mais c’est comme au temps de Stra­vins­ky ou d’autres, ils fai­saient de la musique de bal­let parce qu’il y avait beau­coup de pro­duc­tions de bal­let. Bach écri­vait pour l’église mais ce n’était pas pour au­tant un com­po­si­teur pour l’église. De­puis un siècle, le ci­né­ma est une des formes de spec­tacle qui uti­lise le plus la musique. C’est dif­fi­cile d’être com­po­si­teur au­jourd’hui, sans écrire pour la té­lé­vi­sion, le ci­né­ma, et toutes ces formes de dif­fu­sion qui n’exis­taient pas au­pa­ra­vant.

Tra­vaillez-vous à par­tir d’images ou d’un scé­na­rio ?

Non, je com­pose de la musique de­puis que je suis pe­tit et tous les jours entre 8 h et mi­di, j’écris de la musique. J’ai un ho­raire pré­cis.

C’est comme une hy­giène de vie ?

Ce­la fait par­tie de ma vie. Par­fois j’ai une com­mande de musique de film, je cherche un thème que je ne trouve pas for­cé­ment. Alors, je cherche dans mon tra­vail fait un ou deux ans avant et je trouve cer­taines choses que je marque dans des ca­hiers avant de les adap­ter à la com­mande. Il y a des fois où je trouve pour une com­mande, mais dans la ma­jo­ri­té des cas, mes thèmes sont faits au fur et à me­sure de ma vie.

C’est le cas de vos airs les plus connus ?

Oui, même s’ils ne sont pas exac­te­ment dans la forme fi­nale. Par exemple, le mo­tif de Rab­bi Ja­cob, je l’avais trou­vé quand j’avais 15 ans. Au mo­ment du film, je l’ai dé­ve­lop­pé et j’ai fait ce qu’il est de­ve­nu dans le film. Même la musique de La Boum, c’est un mo­tif que j’avais écrit pour un film pu­bli­ci­taire de quinze se­condes, avec trois notes qui me sem­blaient in­té­res­santes. Je commence tou­jours par cher­cher une idée nou­velle, ori­gi­nale pour la com­mande qui m’est faite mais si tout d’un coup je me dis que ce que j’ai fait là avant est plus in­té­res­sant, alors je ne me prive pas.

Vous avez fait beau­coup de co­mé­dies, mais c’est un ha­sard, non ?

Oui, com­plè­te­ment. Je ne suis ni par­ti­cu­liè­re­ment co­mique ni par­ti­cu­liè­re­ment gai de na­ture. Il se fait que j’ai eu la chance de com­men­cer avec Yves Ro­bert pour Alexandre Le Bien­heu­reux. Pen­dant quelques an­nées, j’étais son com­po­si­teur pour les films qu’il réa­li­sait ou pro­dui­sait comme Le Dis­trait ou Le Grand Blond avec une chaus­sure noire. Comme cette musique a eu un énorme suc­cès, j’ai été ap­pe­lé par les plus grands met­teurs en scène de co­mé­die comme Gé­rard Ou­ry et d’autres. Gé­rard Ou­ry, Pas­cal Fer­rant, Claude Zi­di, Claude Pi­no­teau, Jean-pierre Mo­cky… au­tant de met­teurs en scène avec qui vous avez tra­vaillé plu­sieurs fois au cours de votre car­rière…

Ce n’est pas moi qui suis al­lé les cher­cher, c’est la vie qui a fait que ça s’est pas­sé comme ça. Si j’avais été ap­pe­lé pour un film d’alain Res­nais, je se­rais peu­têtre par­ti dans un autre genre de ci­né­ma.

Ce sont des his­toires de fi­dé­li­té et d’ami­tié ces re­la­tions ?

Non, c’est le fruit d’un ré­sul­tat. Si le met­teur en scène aime ce que vous faites - et si le pu­blic aime aus­si - alors il vous rap­pelle. Je ne suis pas ami avec les met­teurs en scène ni avec les co­mé­diens. On m’a rap­pe­lé parce que j’ai fait des mu­siques qui ont eu du suc­cès mais il y a eu des mo­ments dans ma vie où on ne m’ap­pe­lait pas pen­dant six mois.

Des ci­néastes étran­gers on­tils fait ap­pel à vos ser­vices ?

J’ai fait des films hol­lan­dais, amé­ri­cains, an­glais, russes. Là je viens de faire deux films rou­mains, c’est mon pays d’ori­gine. J’ai choi­si la France comme terre d’émi­gra­tion et mon han­di­cap c’est de ne pas prendre l’avion. J’ai pu faire une dou­zaine de films amé­ri­cains pour le ci­né­ma ou la té­lé­vi­sion parce que les pro­duc­tions avaient ac­cep­té de ve­nir faire l’en­re­gis­tre­ment de la musique et le mon­tage à Pa­ris. Pour faire car­rière en Amé­rique, il faut res­ter des mois et avoir le voyage fa­cile.

Si vous de­viez gar­der une seule de vos com­po­si­tions, celle dont vous se­riez le plus fier, ce se­rait la­quelle ?

Je ne suis pas fier de na­ture… Écrire, créer, c’est un ca­deau du ciel qui nous est don­né à nous au­teurs. Quand j’avais 7 ans, une grande pro­fes­seure de vio­lon en Rou­ma­nie qui avait 85 ans, est ve­nue m’écou­ter jouer un concer­to de Bach. Elle m’a dit, « C’est pas mal, mais dans le deuxième mou­ve­ment vous fer­mez les yeux, qu’est-ce qui se passe ? » Je lui ai ré­pon­du que j’ai été tel­le­ment ému par cette musique que j’ai fer­mé les yeux. Elle m’a dit « Vous jouez non pas pour vous émou­voir vous-même mais pour émou­voir votre pu­blic. Vous de­vez faire tom­ber en transe tous les soirs les gens qui viennent vous en­tendre ». J’ai com­pris alors que je fai­sais de la musique pas uni­que­ment pour moi.

Je n’écoute pas mes mu­siques, mais plu­tôt la musique des autres. Après, par­mi mes com­po­si­tions, celles qui cin­quante ans plus tard sont tou­jours d’ac­tua­li­té, qu’on écoute par­fois plus qu’au mo­ment où je les ai écrites, c’est une forme de ré­com­pense. Je pense au Grand Blond avec une chaus­sure noire, Rab­bi Ja­cob… Par­mi les jeunes gé­né­ra­tions de com­po­si­teurs de musique de films y en a-t-il qui vous im­pres­sionnent plus par­ti­cu­liè­re­ment ?

Il y a vingt ans, il m’était plus fa­cile de vous ré­pondre. Ce­la fait quelques an­nées que je ne vois pas de per­son­na­li­tés qui se dis­tinguent à mes yeux. Par contre, hors mu­siques de films, j’ai dé­cou­vert un com­po­si­teur ex­tra­or­di­naire, un jeune Fran­çais, Guillaume Con­nes­son. Je l’ai écou­té et j’ai été épous­tou­flé.

Pour vous la musique au ci­né­ma, mieux vaut que le pu­blic ne l’en­tende pas ou bien faut-il au contraire qu’il la re­marque ?

Pour moi, il vaut mieux qu’il la re­marque. Il y a ceux qui disent qu’une bonne musique de film est celle qu’on ne re­marque pas. C’est comme dans un ap­par­te­ment, un pa­pier peint. Je pré­fère la musique ta­bleau. Comme le pa­pier peint, le ta­bleau fait par­tie du dé­cor de l’ap­par­te­ment mais même si vous le met­tez dans un autre ap­par­te­ment, il reste beau.

©Vincent Dargent

Vla­di­mir Cos­ma se­ra l’in­vi­té d’hon­neur du fes­ti­val du film do­cu­men­taire de Saint-quentin-en-yve­lines, à par­tir de ce mer­cre­di 15 no­vembre.

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