Vi­site : Fa­bric, la boîte à idées

Fa­bric conçoit des ac­ces­soires ori­gi­naux, ré­vo­lu­tion­naires. Nous sommes al­lés vi­si­ter les cou­lisses de la marque an­glaise qui connaît de­puis 4 ans, date de sa créa­tion, une vraie suc­cess-sto­ry.

Le Cycle - - Sommaire - Texte et pho­tos P. Ca­ré

C’est dans la zone in­dus­trielle si­tuée sur les hau­teurs de la ville de Frome, dans le sud-ouest de l’An­gle­terre, dans un double bâ­ti­ment en tôles grises es­tam­pillé R1 et sur le­quel au­cun nom n’ap­pa­raît sur la fa­çade, que se cache la marque an­glaise Fa­bric. Un ano­ny­mat as­su­mé, bien que l’en­tre­prise ait été sous la lu­mière des pro­jec­teurs en 2014 à l’Eu­ro­bike, où elle pré­sen­ta sa selle Cell au re­vê­te­ment bleu trans­lu­cide et à la struc­ture en nidd’abeilles. Mais l’his­toire de Fa­bric ne re­monte pas à trois ans et à son ap­pa­ri­tion re­mar­quée dans le plus gros sa­lon de cyclisme au monde. Tout com­mence en 2005. Après un pas­sage chez Pa­sh­ley Cycles, Nick Lar­sen fonde Charge, une jeune marque de vé­los en acier un peu « un­der­ground ». Il y dé­ve­loppe et y conçoit des fixies et autres vé­los ty­pés BMX/dirt ain­si que des selles, le tout fa­bri­qué en Asie. Le suc­cès est ful­gu­rant en An­gle­terre et au Ja­pon, à tel point qu’en 2009 le groupe Do­rel (un des plus im­por­tants dis­tri­bu­teurs de marques de pué­ri­cul­ture) ra­chète Charge et l’in­tègre aux autres grandes marques du groupe dans sa di­vi­sion sport, nom­mée Cy­cling Sport Group (Can­non­dale, GT, Sch­winn…). En 2013, le groupe Do­rel charge Nick Lar­sen de dé­ve­lop­per une nou­velle marque de selles et d’ac­ces­soires ; Fa­bric voit le jour.

RE­VOIR LA FA­BRI­CA­TION DES SELLES

Nick Lar­sen com­mence par créer des selles, un do­maine qu’il connaît bien. Mais, en 2013, il faut « ré­vo­lu­tion­ner » la concep­tion et la fa­bri­ca­tion de cet ac­ces­soire. Le pre­mier pro­blème est, se­lon lui, qu’elles sont fa­bri­quées ma­nuel­le­ment. « Non seule­ment la main-d’oeuvre est im­por­tante, mais en plus on s’est ren­du compte que la qua­li­té de fa­bri­ca­tion et le mon­tage étaient trop va­riables d’un ou­vrier à un autre et d’une selle à une autre », ex­plique-t-il po­sé­ment, une selle à la main. « Quand on pose le re­vê­te­ment sur la mousse, on étire le tis­su. Par­fois, on tire plus d’un cô­té que de l’autre, alors la mousse n’est pas com­pri­mée de la même fa­çon, ce qui crée par­fois de l’in­con­fort. » Son rai­son­ne­ment est simple : « J’ai eu l’idée de fa­bri­quer les selles comme on fa­brique des chaus­sures de run­ning, car à vé­lo la selle sup­porte le poids du cy­cliste, comme la chaus­sure de course à pied ! » Pour al­ler au bout de son idée, Nick se rap­proche d’une grande marque amé­ri­caine de chaus­sures de run­ning. Il a comme idée de se pas­ser de mousse et d’avoir un amor­ti ajus­table grâce à une mem­brane à air que l’on gonfle à la bonne pres­sion en fonc­tion du poids. Fi­na­le­ment, le mo­dèle Cell sor­ti­ra, mais ne se­ra pas gon­flable. Mal­gré ce­la, la marque conti­nue d’in­no­ver sur d’autres mo­dèles, avec une construc­tion mous­se­coque presque mo­no­bloc com­plè­te­ment au­to­ma­ti­sée. La fi­ni­tion est plus propre, et la mousse conserve ses pro­prié­tés, quel que soit l’en­droit sur la selle. Deuxième ré­vo­lu­tion que la marque n’a pas pu bre­ve­ter et qui est dé­sor­mais sin­gée par les autres

fa­bri­cants de selles ! Nick trouve l’in­dus­trie du cycle bri­dée par ses struc­tures et son his­toire. Fa­bric cherche donc à in­ter­pel­ler le consom­ma­teur, comme il l’a fait avec le bi­don/porte-bi­don sans cage qui « n’est pas un pro­duit pour la per­for­mance, mais pour faire réa

gir le consom­ma­teur », plaide-t-il. C’est no­tam­ment grâce à trois de­si­gners in­dus­triels qui n’ont pas d’in­té­rêt par­ti­cu­lier pour le vé­lo – et qui nour­rissent donc peu­têtre moins d’a prio­ri – que Fa­bric re­vi­site avec plus de fa­ci­li­té les ac­ces­soires, tou­jours dans le but d’amé­lio­rer le quo­ti­dien des cy­clistes. Après la selle fa­çon run­ning, la jeune marque an­glaise se rap­proche du groupe Air­bus ( EADS In­no­va­tion Works) de Bris­tol pour conce­voir une nou­velle selle avec des rails en ti­tane qui joue­raient le rôle d’amor­tis­seurs, grâce à des ex­tré­mi­tés en forme de la­melles. À cause d’un pro­blème de com­pa­ti­bi­li­té entre le ti­tane et le car­bone lors de la fa­bri­ca­tion, la selle fi­nale, même si elle conserve l’idée de dé­part, est réa­li­sée en­tiè­re­ment en car­bone mo­no­bloc. Telle est la genèse du mo­dèle ALM ! Par ailleurs, l’achat de deux im­pri­mantes en 3D a per­mis de beau­coup ré­duire les temps de dé­ve­lop­pe­ment. « Au­jourd’hui, on au­rait pu faire l’ALM en six mois », nous as­sure ain­si Nick.

SE DÉ­MAR­QUER PAR L’ORI­GI­NA­LI­TÉ

Et grâce aux nou­velles tech­niques de fa­bri­ca­tion, « les selles Fa­bric de­mandent 50 % de temps de fa­bri

ca­tion en moins » . Mais rien n’est fa­bri­qué ni sto­cké à Frome, les deux han­gars sont bien trop pe­tits pour y en­tre­po­ser la pro­duc­tion. Le bu­reau à l’étage, en open space fa­çon start-up, que se par­tage la douzaine de sa­la­riés, pour­rait se ré­su­mer en une boîte à idées d’où émergent les concepts et les pro­to­types. D’ici sont sor­tis la lu­mière avant pour le nou­veau cintre Can­non­dale Sy­napse, le feu ar­rière rouge qui in­tègre un dé­cé­lé­ra­teur pour chan­ger de mode au mo­ment d’un frei­nage, le nou­veau ru­ban de cintre 100 % en si­li­cone in­jec­té éti­rable à vo­lon­té, ou en­core le tout nou­veau bi­don avec pi­cots ther­mo-mou­lés sur la par­tie haute pour ga­ran­tir une meilleure pré­hen­sion en rou­lant, même en ayant les mains hu­mides. Avec une douzaine de ré­com­penses et autres prix rem­por­tés lors de dif­fé­rents concours d’in­no­va­tions – mais éton­nam­ment rien à l’Eu­ro­bike – Fa­bric n’en­tend pas en res­ter là. La marque an­glaise compte bien conser­ver l’es­prit start-up dans ses pe­tits lo­caux de la zone in­dus­trielle de Frome. His­toire de conti­nuer à sur­prendre et à bous­cu­ler l’in­dus­trie du cycle !

Fa­bric s’est fait connaître au sa­lon de l’Eu­ro­bike en 2014 avec ces deux selles. La ver­sion de droite (la Cell) est un pro­to­type en plas­tique is­su de l’im­pres­sion 3D, celle de gauche est le pro­to­type « gon­flable » avec une valve Schra­der sous la coque.

L’im­pres­sion 3D per­met à Fa­bric de ga­gner du temps dans le dé­ve­lop­pe­ment des pro­duits et d’avoir un ren­du à deux ni­veaux de fi­ni­tion.

Bien­ve­nue au coeur de l’ac­ti­vi­té de Fa­bric ! C’est dans ces bu­reaux que les idées prennent forme et que les trois char­gés de mar­ke­ting ré­flé­chissent no­tam­ment au pa­cka­ging des pro­duits. À l’étage du des­sous, on trouve le ga­rage, la « can­tine » et les deux im­pri­mantes 3D. Ni plus ni moins !

Lors des réunions, les idées sont tra­duites en des­sins sur un ta­bleau blanc. Les pre­miers cro­quis sont à l’ori­gine de presque tous les nou­veaux pro­duits.

Les sa­coches et une fixa­tion ins­pi­rée des porte-bi­dons sans cage, nou­veau pro­jet avec la pièce n°001.

Nick Lar­sen, fon­da­teur de Charge et di­rec­teur de Fa­bric de­puis 2013, a ré­vo­lu­tion­né la selle avec ses idées no­va­trices en ma­tière de fa­bri­ca­tion et de dé­ve­lop­pe­ment.

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