27 mai 1915 Lud­wig­sha­fen,g le ppre­mier raid stra­té­gique fran­çais

De bom­bar­de­ment nou­vel­le­ment créés confi­fir­mèrent le rôle ma­jeur que joue­rait à l’ave­nir l’avia­tion.

Le Fana de l'Aviation - - Histoire - Par Pa­trick Fa­con

Le 23 no­vembre 1914, le gé­né­ral Joffre, com­man­dant en chef des ar­mées fran­çaises, ins­truit par l’ex­pé­rience des pre­mières se­maines de guerre, dé­ci­da de réunir en un groupe de bom­bar­de­ment trois es­ca­drilles jusque-là sans liens or­ga­niques entre elles, les VB1 (ex-V14), VB2 (ex-Br17) et VB3. L’évé­ne­ment ne lais­sait pas d’être consi­dé­rable dans le sens où il dé­cou­lait d’une ré­fl­flexion pous­sée sur le rôle d’une spé­cia­li­té née à la fa­veur des cir­cons­tances d’un confl­flit dont per­sonne ne soup­çon­nait en­core les ca­rac­té­ris­tiques pro­fondes. Le gé­né­ra­lis­sime en avait ti­ré les pre­miers en­sei­gne­ments lorsque, dans une note pré­mo­ni­toire en date de ce même mois, il avait avan­cé : “L’avia­tion n’est pas seule­ment, comme on avait pu le sup­po­ser au­tre­fois, un ins­tru­ment de re­con­nais­sance. Elle s’est ren­due, si­non in­dis­pen­sable, du moins ex­trê­me­ment utile pour le ré­glage du tir de l’ar­tille­rie. Elle a mon­tré, en outre, que par le lan­ce­ment de pro­jec­tiles à ex­plo­sifs puis­sants, elle était en me­sure d’agir comme une arme of­fen­sive, soit pour des mis­sions éloi­gnées, soit en liai­son avec les autres troupes. En­fi­fin, elle a en­core le de­voir de pour­chas­ser et de dé­truire les avions en­ne­mis…”

L’em­preinte de Ba­rès

de ces lignes était un of­fi­cier su­pé­rieur dont le rôle al­lait se ré­vé­ler dé­ci­sif pour l’es­sor de l’avia­tion mi­li­taire fran­çaise, le com­man­dant Ba­rès. Nom­mée chef du ser­vice aé­ro­nau­tique du Grand Quar­tier gé­né­ral (GQG), l’or­gane de com­man­de­ment des ar­mées en­ga­gées sur le front, cette forte per­son- na­li­té était convain­cue, en des temps où une telle ap­proche n’al­lait pas de soi, de l’es­sence pro­fon­dé­ment of­fen­sive d’une arme née à peine 5 ans plus tôt. S’il re­con­nais­sait vo­lon­tiers l’in­té­rêt de l’ob­ser­va­tion et du ré­glage d’ar­tille­rie, Ba­rès voyait bien plus loin quand il no­tait : “L’avia­tion est une arme, arme net­te­ment of­fen­sive, soit dans la chasse aux avions en­ne­mis, soit dans la des­truc­tion des troupes, can­ton­ne­ments et for­ti­fi­fi­ca­tions au moyen de pro­jec­tiles. Elle peut re­ce­voir des mis­sions dis­tinctes à plus ou moins grandes dis­tances, ou at­ta­quer en liai­son avec les autres troupes.” Aus­si, en­ten­dait-il bâ­tir, dès le prin­temps 1915, une avia­tion dont la mis­sion ne consis­te­rait plus seule­ment à opé­rer tac­ti­que­ment pour le compte des ar­mées du front. Il sou­hai­tait la voir agir dans le do­maine stra­té­gique par le biais d’es­ca­drilles à long rayon d’ac­tion ca­pables d’en­gen­drer “des des­truc­tions ou créer des en­com­bre­ments sur des voies fer­rées de l’en­ne­mi à 200… 250 km en ar­rière du front. Il faut nous dé­ga­ger des contin­gences du mo­ment, ajou­tait-il, et voir au-de­là de la sai­son pré­sente pour élar­gir notre cadre, nos am­bi­tions, et ti­rer tout le par­ti pos­sible des ap­pa­reils dont nous pour­rons dis­po­ser”.

l’es­prit de Ba­rès et de ses col­la­bo­ra­teurs, l’avia­tion of­fen­sive s’iden­ti­fi­fiait avant tout au bom­bar­de­ment, cen­sé agir sur les ar­rières plus ou moins im­mé­diats du champ de ba­taille, en frap­pant les troupes au sol ou les voies de com­mu­ni­ca­tion, ou en­core être dé­ployé contre l’in­dus­trie de guerre ad­verse, voire pi­lon­ner les centres ur­bains dans le cadre de mis­sions de re­pré­sailles. L’ex­tra­or­di­naire en­goue­ment des of­fi­ciers avia­teurs du Grand Quar­tier gé­né­ral pour ce mode opé­ra­toire et la force de convic­tion dont ils fi­firent preuve convain­quirent Joffre du bien-fon­dé de cette doc­trine.

les pre­mières se­maines de 1915, le gé­né­ra­lis­sime ac­cep­ta de faire pro­cé­der à la créa­tion d’une force de bom­bar­de­ment qui lui se­rait di­rec­te­ment su­bor­don­née, et dont la tâche consis­te­rait à dé­truire les ré­serves, les bat­te­ries d’ar­tille­rie, les han­gars à di­ri­geables, les ca­sernes et les voies de com­mu­ni­ca­tion, mais aus­si di­vers ob­jec­tifs stra­té­giques. “C’est en vue de cette ac­tion large et

DR

Équi­pages du GB 1 de­vant

un Voi­sin à la veille de la mis­sion sur Lud­wig­sha­fen.

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