Pour une nou­velle his­toire de l’aé­ro­nau­tique - Par­tie 8 1870-1871,, la vic­toire des bal­lons de Pa­ris

Troi­sième par­tie et fi­fin. La gguerre est pper­due. Mais la fa­ci­li­té avec la­quel­leq les bal­lons s’af­fran­chirent du blo­cus pousse l’État fran­çais à s’im­pli­quer dans la re­cherche aé­ro­nau­tique.

Le Fana de l'Aviation - - Histoire - Par Mi­chel Bé­ni­chou

Le Ville d’Or­léans s’éle­va dans ces condi­tions au­des­sus de la gare du Nord le 24 no­vembre, 20 mi­nutes avant mi­nuit. Lorsque l’heure conseillée pour l’at­ter­ris­sage ap­pro­cha, tou­jours dans la nuit, les deux hommes oc­cu­pant la na­celle, Ro­lier et Bé­ziers, en­ten­dirent le son ef­frayant de vagues bat­tant une côte. Ils ne des­cen­dirent donc pas. À l’aube en­fi­fin, il n’y avait que la mer au­tour d’eux : “Six heures et de­mie du ma­tin, en pleine mer, ne voyant au­cune côte, à la grâce de Dieu…” Le brouillard fi­fit re­non­cer à l’en­voi du pi­geon… Puis la neige tom­ba. Alour­di, le bal­lon des­cen­dit inexo­ra­ble­ment. Ro­lier et Bé­ziers son­gèrent un ins­tant à se don­ner la mort pour évi­ter le sort atroce de la noyade, mais ils sur­vo­lèrent plu­sieurs na­vires et re­prirent es­poir ; peu avant mi­di, une goé­lette sem­bla même les at­tendre. Ro­lier ti­ra sur la corde de sou­pape ; mal­heu­reu­se­ment, le bal­lon était bien trop ra­pide pour le voi­lier. Hé­si­tant sur la conduite à suivre et trop peu com­pé­tents pour adop­ter la bonne so­lu­tion (se lais­ser traî­ner sur la mer), les deux hommes je­tèrent 60 kg de cour­rier qu’ils trans­por­taient, mais, tan­dis qu’ils bon­dis­saient vers les nuées, les sacs re­vinrent à la sur­face et le ba­teau nor­vé­gien les ré­cu­pé­ra pour les ap­por­ter à terre à la Poste qui, se­lon W. Fon­vielle, en au­rait as­su­ré l’ache­mi­ne­ment avec suc­cès via Londres.

Ville d’Or­léans pour­sui­vit sa course dans un “brouillard” très épais par un froid dé­chi­rant ; ses oc­cu­pants se croyaient vrai­ment per­dus lorsque, des­cen­dant vite, le bal­lon pas­sa sous les nuages et… heur­ta un sa­pin cou­vert de neige. Ro­lier sau­ta, Bé­ziers, la jambe prise par un cor­dage, res­ta un ins­tant sus­pen­du contre la na­celle, la tête en bas, tan­dis que le bal­lon re­mon­tait ; il put sai­sir le “guide rope”, se li­bé­rer et, d’une ving­taine de mètres de hau­teur, se lais­ser tom­ber dans un mètre de neige (Fon­vielle lais­sa de cette aven­ture un ré­cit quelque peu ro­man­cé ; nous nous ap­puyons sur le ré­cit plus tem­pé­ré quoique ter­rible de Bé­ziers) : “Le bal­lon avait em­por­té, dans sa course désor­don­née, nos pi­geons, nos dé­pêches, nos vivres et nos cou­ver­tures.” Les deux hommes mar­chèrent vers le sud et, très vite, trou­vèrent la trace de traî­neaux. Ro­lier, épui­sé, fut cou­ché sur les branches basses d’un sa­pin tan­dis que Bé­ziers conti­nuait d’ex­plo­rer les en­vi­rons pour dé­cou­vrir une ca­hute rui­née em­plie de foin… Le len­de­main, après avoir re­pris leur marche, les deux hommes purent s’abri­ter dans une “pauvre chau­mière, un pa­lais !” où ils dé­cou­vrirent des braises et des pommes de terre en­core tièdes : “Ah ! Les dé­lices de Ca­poue !” rap­por­ta Bé­ziers…

DR / MER­VEILLES DE LA SCIENCE

ville d’Or­léans par­tait pour le plus long

voyage d’un bal­lon échap­pant au siège des Prus­siens. Il man­qua de som­brer

en mer.

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