Le “Spit­fire” à la ci­gogne

Le dé­funt Ray­bourne Thomp­son a consa­cré dix ans de sa vie à res­tau­rer un “Spit­fire” au glo­rieux pas­sé sous les cou­leurs fran­çaises.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Xa­vier Méal et Jean-Pierre Tou­zeau

10 ans de res­tau­ra­tion, et ce chas­seur au glo­rieux pas­sé sous les cou­leurs fran­çaises vole à nou­veau.

Ray­bourne Thomp­son n’avait ja­mais en­vi­sa­gé pos­sé­der un “Spit­fire”. Cet amé­ri­cain s’était fait re­mar­quer dans son pays par la res­tau­ra­tion dans les an­nées 1980 d’un Beech AT-11 “Kan­san”, qui lui avait va­lu une ré­com­pense, puis il avait mo­di­fié un T- 6 pour lui don­ner une ap­pa­rence de “Ze­ro” avant de se mettre en quête d’un chas­seur. “Je ne vou­lais ni d’un P-51, ni d’un “Cor­sair” ou d’un TBM, ra­con­ta-t-il à un ma­ga­zine aé­ro­nau­tique amé­ri­cain. J’avais pos­sé­dé au­pa­ra­vant un P-51 et m’étais oc­cu­pé de “Cor­sair” quand j’étais dans les Ma­rines, j’avais donc dé­jà eu mon compte avec ceux- là. J’es­sayais alors d’ob­te­nir un “Hur­ri­cane” en Rus­sie, mais l’af­faire avec le gé­né­ral qui le “dé­te­nait” était vite de­ve­nue trop com­pli­quée. C’est à cette époque que Jack van Eg­mond m’a contac­té, après que j’ai fait pa­raître dans le jour­nal Trade-a-Plane une pe­tite an­nonce, pour me pro­po­ser un Su­per­ma­rine “Spit­fire”.”

Le Su­per­ma­rine “Spit­fire” en ques­tion était le Mk IXc ma­tri­cule MK959. Construit dans l’usine Vi­ckers-Arm­strong de Castle Brom­wich en mars 1944, il avait tran­si­té par la 39 Main­te­nance Unit (MU) avant d’être d’abord al­loué le 3 mai au Squa­dron 302 (po­lo­nais) de la Royal Air Force, qui lui at­tri­bua le code de fu­se­lage WX-F et lui fit ef­fec­tuer 14 mis­sions, avant de le res­ti­tuer à la Main­te­nance Unit quelques jours avant le Jour J. Le 15 juin, le “Spit­fire” MK959 fut af­fec­té au Squa­dron 329 (fran­çais) Ci­gognes, alors ba­sé à Mers­ton, qui lui at­tri­bua le code 5A-K.

Le MK959 réa­li­sa sa pre­mière mis­sion avec l’es­ca­drille fran­çaise le 17 juin en dé­but d’après-mi­di, en ef­fec­tuant une pa­trouille dans le sec­teur de Bayeux avec le ser­gent-chef Ker­gue­len à ses com­mandes. En dé­but de soi­rée le même jour, le chas­seur ef­fec­tua une se­conde opé­ra­tion, tou­jours avec le même pi­lote qui en fit par la suite sa mon­ture de pré­di­lec­tion en ac­com­plis­sant avec lui pas moins de 10 mis­sions au-des­sus des plages du Dé­bar­que­ment. À ses com­mandes, le sgt/c Ch­ris­tian Ma­zo par­ti­ci­pa à quatre opé­ra­tions et le sgt/c An­dré Rose en réa­li­sa trois.

Le 25 juin, le groupe fut en­ga­gé dans une nou­velle pa­trouille au-des­sus des troupes dé­bar­quées, mais en mi­lieu d’après-mi­di la mé­téo se dé­té­rio­ra et le lieu­te­nant Avon, qui le pi­lo­tait, re­çut l’ordre – don­né au Squa­dron – de se dé­rou­ter puis de se po­ser sur le ter­rain avan­cé B-3

de Sainte- Croix- sur- Mer. C’est ain­si que les Ci­gognes re­joi­gnirent la terre de France, re­trou­vailles qui ne du­rèrent que quelques heures. Le sgt/c P. Bou­ra­chau eut éga­le­ment l’op­por­tu­ni­té d’ef­fec­tuer une mis­sion de guerre avec le MK959. Le “Spit­fi re” de­meu­ra une pe­tite quin­zaine de jours au sein du Squa­dron 329, le temps d’ac­com­plir 19 mis­sions opé­ra­tion­nelles, es­sen­tiel­le­ment des pa­trouilles au-des­sus des têtes de pont en Nor­man­die. Le MK959 fut en­dom­ma­gé lors d’une mis­sion de mi­traillage le 29 juin 1944 alors qu’il est pi­lo­té par Ker­gue­len. Il ne fut pas ré­pa­ré avant sep­tembre, pour être en­suite af­fec­té au Squa­dron 165 avec le­quel il ef­fec­tua 41 opé­ra­tions de com­bat, no­tam­ment du­rant l’opé­ra­tion Mar­ket Gar­den.

Le “Spit­fire” MK959 vole dé­sor­mais au sein du Texas Flying Le­gends Mu­seum. Il est ici pi­lo­té par War­ren Piestch.

XA­VIER MÉAL

War­ren Piestch, chef pi­lote du Texas Flying Le­gends Mu­seum, montre le MK959 sous un de ses plus beaux angles, l’été der­nier dans le Da­ko­ta du Nord.

Fin août 2003, le mo­teur RollsRoyce “Mer­lin” et l’hé­lice res­tau­rés sont en­fin mon­tés.

DR/COLL. JEAN-PIERRE TOU­ZEAU

Le MK959 tel qu’il était vi­sible sur la base d’Eind­ho­ven dans les an­nées 1980.

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