Le der­nier chas­seur bi­plan de l’Union so­vié­tique

Les I- 153 en­caissent l’at­taque al­le­mande en juin 1941 et font face jus­qu’en 1945.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Mi­khail Ma­slov. Tra­duit du russe par Alexandre Ni­cols­ky.

En juin 1941, lorsque le IIIe Reich at­ta­qua l’Union so­vié­tique, les uni­tés des VVS sur la fron­tière oc­ci­den­tale comp­taient 1 300 I-153, juste der­rière le I-16 en termes d’ef­fec­tif. Il y avait éga­le­ment des I-153 dans les flottes de la Bal­tique (108), du Nord (18) et de la mer Noire (au­tour de 75).

Le 22 juin 1941, L’opé­ra­tion Bar­ba­ros­sa com­men­ça. L’avia­tion al­le­mande at­ta­qua les ter­rains proches des fron­tières. La ré­gion mi­li­taire spé­ciale de l’Ouest en­cais­sa le choc prin­ci­pal. Le Groupe d’ar­mées centre, sou­te­nu par la 2e Luft­flotte avec 1 680 avions de com­bat, se lan­ça dans la di­rec­tion Minsk-Mos­cou. La ré­gion Ouest cou­vrait une fron­tière de 470 km de Grod­no à Brest. Sur son flanc droit se trou­vaient les ré­gi­ments de la 11e Di­vi­sion mixte avec le 122e IAP et ses 75 I-16 et I-153 sur le ter­rain de Ski­del ain­si que le 127e IAP avec 72 I-153 à Av­gus­tov (au sud-est de Griod­no). Les deux ré­gi­ments étaient consi­dé­rés comme bien en­traî­nés et bien pré­pa­rés. Au le­ver du jour, les chas­seurs furent mis en alerte pour in­ter­cep­ter les bom­bar­diers al­le­mands. Dès leur pre­mière sor­tie, les avia­teurs du 122e Ré­gi­ment par­vinrent à des­cendre quatre avions al­le­mands.

Dans le cou­rant de la jour­née, l’avia­tion al­le­mande bom­bar­da à plu­sieurs re­prises, avec des groupes de 10 à 30 avions, tous les ter­rains oc­cu­pés par la 11e Di­vi­sion aé­rienne mixte. Les pi­lotes so­vié­tiques par­vinrent à dé­col­ler à plu­sieurs re­prises. Les com­bats se pro­lon­gèrent sans cesse jus­qu’à la nuit, les pi­lotes des 122e et 127e IAP ob­te­nant un to­tal de 35 vic­toires. Le lieu­te­nant Jou­kovs­ky, com­man­dant d’es­ca­drille au 127e IAP, dé­col­la neuf fois dans la jour­née, ob­te­nant quatre vic­toires. A. A. Ar­te­mov, com­man­dant d’es­ca­drille en se­cond, des­cen­dit quatre avions en neuf com­bats ; A. S. Da­ni­lov af­fron­ta neuf Bf 110 et en des­cen­dit deux, et, sans mu­ni­tions, en per­cu­ta dé­li­bé­ré­ment un troi­sième.

Sept avions al­le­mands dé­truits

La pre­mière ren­contre des “Tchaï­ka” du 127e Ré­gi­ment eut lieu à proxi­mi­té de Cher­le­naMos­ty-Grod­no. Ses pi­lotes dé­trui­sirent sept avions al­le­mands, alors qu’ils per­dirent quatre chas­seurs.

Bien qu’au dé­but de 1941 les uni­tés de chasse des VVS per­çurent de nou­veaux avions, beau­coup de

pi­lotes n’étaient pas en­core for­més. Ain­si, le 129e IAP, élé­ment de la 9e Di­vi­sion, ba­sé à Za­blu­do­vo, au sud de Bie­los­tok, ali­gnait dans la ba­taille 61 MiG-3 et 57 I-153. Le 123e IAP de la 10e Di­vi­dion mixte, ba­sé sur le ter­rain de Stri­go­vo, dis­po­sait de 61 I-153 et 20 nou­veaux chas­seurs Yak-1, ar­ri­vés trois jours avant la guerre. La pre­mière vic­toire fut en­re­gis­trée par le com­man­dant du ré­gi­ment, le ma­jor Sou­rine. À bord d’un Yak-1, il abat­tit son pre­mier Bf 109 à 5 heures du ma­tin, puis trois autres en quatre sor­ties dans la jour­née. La ma­jo­ri­té des pi­lotes com­bat­tirent néan­moins à bord des “Tchaï­ka”. Vers 8 heures du ma­tin, quatre I-153, com­man­dés par le ca­pi­taine Mo­jayev cou­vrant des troupes au sol dans le sec­teur de Brest, se trou­vèrent face à huit Bf 109. Dans un com­bat in­égal, les pi­lotes so­vié­tiques abat­tirent trois chas­seurs al­le­mands, tan­dis qu’ils per­dirent un de leurs avions. Le bi­lan des avia­teurs du 123e IAP s’éle­vait à la fin du pre­mier jour du conflit à près de 30 avions al­le­mands dé­truits pour neuf chas­seurs per­dus.

Ce­pen­dant, mal­gré l’hé­roïsme des pi­lotes, les pertes de l’avia­tion so­vié­tique ce pre­mier jour furent im­por­tantes ; les VVS de la ré­gion Ouest per­dirent ain­si le 22 juin plus de 700 avions, la grande ma­jo­ri­té dé­truite au sol.

Les at­taques al­le­mandes des ter­rains se pour­sui­virent les jours sui­vants : à la fin juin, l’avia­tion du front Ouest avait per­du 1 200 avions. Les Al­le­mands avaient au 5 juillet per­du plus de 800 avions, la ma­jo­ri­té des pertes étant due à l’ac­tion de l’avia- tion du front Ouest. Les I-153 avaient lar­ge­ment contri­bué à ce bi­lan.

Alors que les com­bats étaient en cours, les uni­tés de l’ar­rière ar­ri­vèrent à la res­cousse. Le 29e IAP fai­sait par­tie de la 31e Di­vi­sion aé­rienne mixte, ba­sée en Ex­trême-Orient, et était équi­pé d’I-153 et de I-16. Dans la deuxième moi­tié de juin, il re­çut l’ordre de faire mou­ve­ment vers la fron­tière Ouest et c’est en cours de route que les avia­teurs ap­prirent que la guerre avait com­men­cé. Dans les pre­miers jours de juillet, le 29e IAP, avec deux ré­gi­ments de bom­bar­de­ment de la 31e Di­vi­sion mixte, ar­ri­va sur le front Ouest et toute la di­vi­sion fut ras­sem­blée dans le sec­teur de Bo­lo­goye. Les com­bats avaient alors dé­jà lieu de­vant Smo­lensk, et le com­man­de­ment y re­grou­pait les uni­tés de ré­serve.

À l’aube du 7 juillet 1941, les avia­teurs d’Ex­trême- Orient en­trèrent dans la ba­taille, opé­rant dans le sec­teur de Vych­ni Vo­lot­chek, Bo­lo­goye, An­drea­pol, Se­li­ja­ro­vo. Presque im­mé­dia­te­ment eurent lieu des vols de re­con­nais­sance, de cou­ver­ture d’uni­tés amies et d’at­taque. Le 18 juillet, le sous-lieu­te­nant Yu­khi­mo­vich de la 2e Es­ca­drille du 29e IAP in­ter­cep­ta un Ju 88 et le des­cen­dit. Ce fut la pre­mière vic­toire de son ré­gi­ment.

La dé­fense de Mos­cou

Le 28 juillet, une pa­trouille de deux “Tchaï­ka”, celle du com­man­dant d’es­ca­drille, le ca­pi­taine Tor­mo­zov, et du sous-lieu­te­nant Dou­di­nov, eut pour mis­sion de cou­vrir le fran­chis­se­ment de la Lo­vat près du vil­lage de Se­vas­tia­no­vo (ré­gion de Ve­li­kie Lou­ki). La des­ti­na­tion étant loin­taine, les avions em­por­tèrent des ré­ser­voirs pen­du­laires.

Dans le sec­teur de l’ob­jec­tif, les deux chas­seurs furent at­ta­qués par quatre Bf 109. Dès la pre­mière at­taque, Ni­co­las Dou­di­nov était par­ve­nu à in­cen­dier un chas­seur al­le­mand. À leur tour les Al­le­mands réus­sirent à tou­cher l’avion de Tor­mo­zov, son ré­ser­voir pen­du­laire gauche pre­nant feu. Ten­tant d’éteindre les flammes et de lar­guer ses ré­ser­voirs, le com­man­dant d’es­ca­drille quit­ta le com­bat. Les trois Bf 109 concen­trèrent leurs ef­forts sur le “Tchaï­ka” de Dou­di­nov. Mais Tor­mo­zov, ayant éteint l’in­cen­die, lar­gua ses ré­ser­voirs et re­vint pour des­cendre un deuxième Al­le­mand. Un autre fut abat­tu par Dou­di­nov lors d’une col­li­sion vo­lon­taire – ce der­nier se pa­ra­chu­ta dans ses lignes. Le ca­pi­taine Tor­mo­zov ren­tra sain et sauf.

Pour ses com­bats sur I-153, Ni­co­las Dou­di­nov fut éle­vé à la di­gni­té de Hé­ros de l’Union so­vié- tique en oc­tobre 1941. Le 29e IAP avait été très ef­fi­cace au cours de cette pé­riode : deux mois de com­bats s’étaient sol­dés par 47 vic­toires. En même temps, l’uni­té avait été sol­li­ci­tée pour des mis­sions de sup­port. Le 6 dé­cembre 1941, pour la bra­voure, la fer­me­té, le cou­rage, l’hé­roïsme dont il avait fait preuve, par or­don­nance du mi­nistre de la Dé­fense, le 29e IAP re­çut l’ap­pel­la­tion de Ré­gi­ment de la garde et s’ap­pe­la dé­sor­mais 1er Ré­gi­ment de chasse de la garde. Ce ré­gi­ment dont la tra­di­tion re­mon­tait à Nes­te­rov, as de la Pre­mière Guerre mon­diale, ter­mi­na la guerre à Ber­lin et à Prague.

Dans la nuit du 21 au 22 juillet, la Luft­waffe fit son pre­mier raid sur Mos­cou. La dé­fense de la ca­pi­tale fut as­su­rée par le 6e Corps aé­rien, créé le 20 juin. À la mi-juillet, le 6e IAK comp­tait 783 avions de com­bat, dont 94 I-153 “Tchaï­ka”. Quand le front ap­pro­cha de Mos­cou, ces avions furent sur­tout envoyés at­ta­quer les uni­tés al­le­mandes. Une des uni­tés qui se dis­tin­guèrent alors fut le 120e IAP et ses I-153. Jus­qu’à la fin de l’an­née 1941, ses pi­lotes at­ta­quèrent ré­gu­liè­re­ment les uni­tés al­le­mandes. En dé­cembre, alors qu’ils étaient ba­sés sur l’aé­ro­drome cen­tral de Mos­cou, les pi­lotes du 120e IAP furent les pre­miers à si­gna­ler le dé­but de la re­traite des Al­le­mands. Compte te­nu de ses mé­rites, l’uni­té re­çut en mars 1942 l’ap­pel­la­tion de Ré­gi­ment de la garde. Fin dé­cembre 1941, il ne res­tait plus que 11 I-153 pour la dé­fense de Mos­cou, mais la ba­taille était ga­gnée.

Pro­té­ger Ba­kou à tout prix

Au cours de l’été 1942 il y eut une concen­tra­tion in­at­ten­due d’I-153 dans la zone de dé­fense aé­rienne de Ba­kou. C’était la des­ti­na­tion des uni­tés mal­trai­tées dans les com­bats qui ve­naient là pour y être ré­équi­pées. Elles y lais­saient sou­vent leurs avions usés et ra­pié­cés. Ba­kou four­nis­sait le pé­trole au pays, plu­sieurs en­tre­prises tra­vaillant pour la dé­fense y avaient été éva­cuées, et c’est par là qu’ar­ri­vait une par­tie de l’aide al­liée. À l’été 1942, Ba­kou était l’un des points les mieux pro­té­gés, le nombre de chas­seurs af­fec­tés à sa dé­fense n’était dé­pas­sé qu’à Mos­cou. Le 8e Corps aé­rien de chasse as­su­rant sa dé­fense aé­rienne dis­po­sait de 266 avions, dont 141 “Tchaï­ka”. L’uti­li­sa­tion in­ten­sive des I-153 ré­dui­sit ra­pi­de­ment leur nombre. À la mi-no­vembre 1942, il ne res­tait plus dans la dé­fense aé­rienne de Ba­kou que 20 “Tchaï­ka” en bon état.

Les I-153 s’illus­trèrent lors du siège de Le­nin­grad. En juillet 1941, le 7e Corps de chasse de la dé­fense aé­rienne qui pro­té­geait la ville dis­po­sait

de 242 chas­seurs, dont 38 “Tchaï­ka”. À la mi-août 1941, la si­tua­tion de la ville de­ve­nait ca­tas­tro­phique. Les com­bats fai­saient rage. Le 19 août, la re­con­nais­sance aé­rienne dé­tec­ta le mou­ve­ment d’une im­por­tante co­lonne al­le­mande en di­rec­tion de Se­lo. Huit I-153 du 7e IAP sous les ordres du lt Svi­ten­ko dé­col­lèrent pour frap­per la co­lonne. À la deuxième passe de tir, Svi­ten­ko fut tou­ché et contraint de po­ser sa ma­chine dans un champ plein de cra­tères près de Klo­pit­sy. Les Al­le­mands étaient tout près et ou­vrirent un feu de mor­tiers. Voyant la si­tua­tion déses­pé­rée de son chef, son ai­lier Ali­bek Slo­nov se po­sa et ré­cu­pé­ra Svi­ten­ko. Les I-153 prirent une part ac­tive dans les at­taques des po­si­tions al­le­mandes tout au­tour de la ville jus­qu’au prin­temps 1942.

L’ar­ri­vé du re­dou­table Fw 190

À l’été 1942, l’avia­tion al­le­mande lan­ça des at­taques mas­sives sur la base na­vale de Krons­tadt. Le 71e IAP em­ployait 20 I-153 pour la dé­fendre. Entre le 28 mai et le

14 juillet, les Al­le­mands y per­dirent 24 avions tan­dis que le 71e IAP n’avait pas de pertes. I. I. Ser­bin, le com­mis­saire po­li­tique du ré­gi­ment, abat­tit per­son­nel­le­ment trois He 111, plus un autre en col­la­bo­ra­tion. À la mi-1943, les I-153 se trou­vaient prin­ci­pa­le­ment dans les uni­tés de la Flotte de la Bal­tique. Il y avait quelques “Tchaï­ka” (le nombre n’est pas fi xe : les avions par­taient en ré­pa­ra­tion, re­ve­naient ou étaient re­mis à d’autres ré­gi­ments) dans les 3e, 4e et 10e ré­gi­ments de chasse de la garde et dans la 7e Pa­trouille de dé­fense aé­rienne. Il y eut jus­qu’à 10 I-153 dans l’île de La­ven­sa­ri jus­qu’en juillet. Le re­gain d’ac­ti­vi­té de l’avia­tion en­ne­mie au cours de l’été 1943, la dif­fi­cul­té d’in­ter­cep­ter des bom­bar­diers ra­pides comme les Ju 88 et les He 111, et l’ar­ri­vé du re­dou­table Fw 190 en­traî­nèrent le trans­fert de Yak-1 du 3e IAP de la Garde pour se sub­sti­tuer aux I-153.

Au dé­but de 1942, l’avia­tion du front dis­po­sait d’un peu plus de 200 I-153. Suite aux pertes et à l’usure du ma­té­riel, il en res­tait à la fin de l’an­née moins de la moi­tié. En­tre­temps, quelques uni­tés avaient été af­fec­tées au har­cè­le­ment noc­turne des Al­le­mands. Au mi­lieu de l’an­née 1943, seu­le­ment 36 I-153 étaient comp­tés sur le front. Ce fut jus­te­ment à cette pé­riode que par­vint dans les uni­tés la bro­chure Tac­tique de l’avia­tion de chasse. Pour ce qui est du I-153, ce do­cu­ment était com­plè­te­ment dé­pas­sé, mais parce qu’il fut éla­bo­ré sur l’ex­pé­rience des com­bats de 1941 et 1942, son conte­nu ne manque pas d’in­té­rêt. Il est dit dans ce do­cu­ment que l’ex­cel­lente ma­nia­bi­li­té du “Tchaï­ka” le rend in­vul­né­rable face au Bf 109 peu ma­noeu­vrant. À condi­tion que le pi­lote du “Tchaï­ka” sur­veille bien le ciel au­tour de lui, le I-153 pour­ra tou­jours évi­ter l’at­taque et faire face à l’ad­ver­saire. Il ar­ri­vait sou­vent que le “Tchaï­ka” puisse ti­rer sur le Bf 109 alors que ce der­nier ne par­ve­nait pas à vi­rer vers son ad­ver­saire ; l’ins­truc­tion pré­voyait l’uti­li­sa­tion en es­saim de chas­seurs I-153 entre 500 et 1 000 m d’al­ti­tude.

En Fin­lande contre l’Union so­vié­tique…

En 1944, les der­niers I-153 furent em­ployés ponc­tuel­le­ment. Ain­si, jus­qu’en mai 1945, les I-153 de la Flotte du Nord as­su­raient la pro­tec­tion de convois en mer Blanche. D’autres “Tchaï­ka” vo­laient tou­jours

en Ex­trême-Orient et en Mon­go­lie lorsque le conflit prit fin.

Pen­dant la pé­riode de 1940 à 1945, 21 I-153 furent uti­li­sés par la Fin­lande contre l’Union so­vié­tique. Comme les Fin­lan­dais man­quaient de chas­seurs, ils n’hé­si­tèrent pas à re­mettre en ser­vice des avions cap­tu­rés, dont des I-153.

Les huit pre­miers “Tchaï­ka” étaient des prises de guerre du conflit de 1939-1940. Dès le 18 avril 1940, le pre­mier de ces avions, por­tant l’im­ma­tri­cu­la­tion VH-101 et les marques de na­tio­na­li­té fin­lan­daises, fut mis en pre­mière ligne.

À l’été 1941, huit I-153 furent re­grou­pés au sein du ré­gi­ment LeLv 6, ba­sé à Tur­ku puis à Num­me­la, avec pour mis­sions la dé­fense des côtes. Les “Tchaï­ka” à swas­ti­ka bleu at­ta­quaient les pe­tits na­vires, évi­tant les zones de dé­fense aé­rienne et les com­bats.

L’ap­pa­ri­tion d’avions “ex-amis” fut re­mar­quée par les So­vié­tiques, qui, du coup, se mé­fièrent de tous les I-153. Le com­man­de­ment de la Flotte de la Bal­tique or­don­na à ses propres I-153 de ne dé­col­ler qu’à trois avions et, en cas de ren­contre avec des avions en­ne­mis du même type, de les dé­truire im­mé­dia­te­ment. Le 10 juillet, un pre­mier “Tchaï­ka” fin­lan­dais fut abat­tu dans le sec­teur de la pres­qu’île de Han­ko par des I-153 du 13e IAP. Une se­maine plus tard, la traque de l’ad­ver­saire eut des ef­fets tra­giques : deux pi­lotes de chasse cé­lèbres de la Bal­tique, An­to­nen­ko et Brin­ko, re­ve­nant de mis­sion, ren­con­trèrent deux “Tchaï­ka” qu’ils prirent par er­reur pour des en­ne­mis. Pio­tr Brin­ko, qui était sur I-16, eut l’im­pres­sion que l’un des avions ren­con­trés se di­ri­geait sur lui en at­taque fron­tale et abat­tit l’avion de son com­pa­gnon de ré­gi­ment Ivan Koz­lov.

Des “Tchaï­ka” vic­times de mé­prises

Des cas si­mi­laires se pro­dui­sirent éga­le­ment par la suite : les “Tchaï­ka” so­vié­tiques se fai­saient ti­rer des­sus par leur propre DCA et étaient at­ta­qués par des chas­seurs amis. Le 11 août 1942, des pi­lotes du 3e IAP de la Garde de l’avia­tion de la Flotte de la Bal­tique, Ka­be­rov et Ko­sty­lev, étaient en pro­tec­tion sur “Hur­ri­cane”. Re­ve­nant vers leur ter­rain, ils virent un I-153 ve­nant de la di­rec­tion du golfe de Fin­lande, le prirent pour un en­ne­mi et l’at­ta-

quèrent en vain. Heu­reu­se­ment : peu après, on ap­prit qu’un com­man­dant d’es­ca­drille du 71e IAP, le maj. Bis­kup, fai­sait un vol d’es­sai en sor­tie de chan­tier sur son “Tchaï­ka” et ne s’at­ten­dait ab­so­lu­ment pas à une agres­sion. Le maj. Bis­kup fut dès lors ré­ti­cent à vo­ler sur “Tchaï­ka”…

Les Fin­lan­dais de leur cô­té cher­chaient éga­le­ment à évi­ter ce genre de mé­prise, et pei­gnaient l’avant des ca­pots et l’in­tra­dos des bouts d’aile en jaune ain­si qu’une large bande jaune sur la queue des avions.

Au cours de l’été, l’avia­tion fin­lan­daise per­dit un avion sur ac­ci­dent mais ac­quit un autre ap­pa­reil de ma­nière in­at­ten­due. Le 25 juillet 1941, un I-153 so­vié­tique de cou­leur ar­gen­tée, por­tant un nu­mé­ro “12” sur le gou­ver­nail, fit un at­ter­ris­sage for­cé dans la ré­gion de Ke­rimä­ki. Le 31 juillet, cet avion, sous l’im­ma­tri­cu­la­tion VH-19, fut in­cor­po­ré au LeLv 6. Jus­qu’à ce que les uni­tés so­vié­tiques aban­donnent la pres­qu’île de Han­ko en dé­cembre 1941, il n’y eut plus de ren­contres avec des “Tchaï­ka” fin­lan­daises. Jus­qu’à la fin de l’an­née, les Fin­lan­dais ne dis­po­saient que de trois avions de ce type dis­po­nibles, uti­li­sés prin­ci­pa­le­ment pour des vols de re­con­nais­sance.

Pen­dant l’hi­ver 1941-1942, lorsque le golfe de Fin­lande se cou­vrit de glace, Fin­lan­dais et So­vié­tique li­vrèrent ba­taille pour s’em­pa­rer des îles dans la ré­gion. Les com­bats se dé­rou­laient entre des pe­tits groupes de sol­dats avec uti­li­sa­tion de traî­neaux pro­pul­sés par une hé­lice ; le ra­vi­taille­ment des uni­tés so­vié­tiques se fai­sait à l’aide d’hy­dra­vions MBR-2, es­cor­tés par des I-153 et des I-16 qui as­su­raient éga­le­ment les mis­sions de re­con­nais­sance et d’as­saut. Il en était de même du cô­té fin­lan­dais avec les I-153 du LeLv 6 ba­sé à Kot­ka. Les ren­contres entre avions ad­verses furent rares. Le 19 mars 1942, une pa­trouille de “Tchaï­ka” fin­lan­dais dé­cou­vrit sur la glace un MBR-2 en panne qu’elle mit en feu.

Au cours de l’été 1942, l’ef­fec­tif de I-153 dis­po­nibles au LeLv 6 ne dé­pas- sait pas trois avions, uti­li­sés épi­so­di­que­ment. La dé­si­gna­tion VH fut alors rem­pla­cée par IT. En sep­tembre, le ma­tri­cule IT-19 ren­tra de ré­pa­ra­tion, por­tant l’ef­fec­tif à quatre ap­pa­reils. Le 4 oc­tobre 1942, ces quatre avions prirent l’air pour une mis­sion de re­con­nais­sance sur le golfe de Fin­lande. Dans le sec­teur de l’île de La­ven­saa­ri, ils se trou­vèrent face à des “Tchaï­ka” so­vié­tiques qui abat­tirent l’un d’entre eux. Le 11 no­vembre, un “Tchaï­ka” fin­lan­dais eut rai­son d’un Pe-2.

En no­vembre 1942, les “Tchaï­ka” fin­lan­dais in­té­grèrent le LeLv 30 ba­sé à Römpöt­ti, à 100 km au nord de Le­nin­grad, où ils furent uti­li­sés conjoin­te­ment à des Fok­ker D.XXI. La mis­sion res­tait la re­con­nais­sance du ri­vage et des îles du golfe.

Der­nier com­bat entre bi­plans

Fin 1942 se pré­sen­ta l’oc­ca­sion d’aug­men­ter l’ef­fec­tif des “Tchaï­ka” fin­lan­dais : les al­liés al­le­mands avaient alors dé­ci­dé de trans­fé­rer – se­lon d’autres sources de vendre – à la Fin­lande une di­zaine de chas­seurs I-153 ré­cu­pé­rés en 1941. Tous les avions avaient be­soin de ré­pa­ra­tion ; ils ar­ri­vèrent en uni­té au cours du prin­temps de 1943. Le LeLV 30 dis­po­sa alors de cinq à sept I-153. Les ren­contres avec les chas­seurs so­vié­tiques se firent plus rares. Le 24 mars 1943, un I-153 fut per­du en com­bat contre des “Tchaï­ka” so­vié­tiques lors de ce qui fut pro­ba­ble­ment le der­nier com­bat aé­rien entre bi­plans de la Deuxième Guerre mon­diale.

Vers le mi­lieu de 1943, la si­tua­tion évo­lua : les VVS dis­po­saient de chas­seurs mo­dernes et le com­man­de­ment de la Flotte de la Bal­tique re­ti­ra ses I-153. Au prin­temps 1944, les “Tchaï­ka” fin­lan­dais in­té­grèrent le ré­gi­ment LeLv 16 où ils se trou­vèrent en com­pa­gnie d’autres vé­té­rans : “Ly­san­der”, “Gla­dia­tor”, Fok­ker C.X. Ils par­ti­ci­pèrent aux opé­ra­tions dans le sec­teur du lac One­ga ; un des der­niers com­bats si­gna­lé fut la ren­contre de cinq I-153 fin­lan­dais avec des “Ai­ra­co­bra” so­vié­tiques. Le 24 fé­vrier 1945, les six der­niers I-153 fin­lan­dais furent im­mo­bi­li­sés.

MI­KHAIL MA­SLOV

Un of­fi­cier si­mule l’ordre de dé­part en mis­sion d’un I-153 en ti­rant une fu­sée d’aver­tis­se­ment.

MI­KHAIL MA­SLOV

Le I-190 vo­la en dé­cembre 1939. Mal­gré un mo­teur de 1 100 ch, il ne par­vint pas à se mon­trer aus­si per­for­mant que les mo­no­plans qui en­traient alors en ser­vice.

MI­KHAIL MA­SLOV

Épave de I-153 peu après l’at­taque de Bar­ba­ros­sa en juin : les dé­gâts furent im­por­tants pour les uni­tés so­vié­tiques tout le long du front.

NSON YURGE Y ANDRE

Un des nom­breux I-153 dis­sé­mi­nés sur le front de l’Ouest le 22 juin 1941.

MI­KHAIL MA­SLOV

Dé­part de I-153 af­fec­tés à la dé­fense de Le­nin­grad pen­dant l’hi­ver 1942.

MI­KHAIL MA­SLOV

Cinq I-153 de la LeLv 6. Le n° 5 fut uti­li­sé jus­qu’à la fin de la guerre.

N ENSO YURG EY ANDR

Un des der­niers I-153 uti­li­sé par la Fin­lande en 1944.

MI­KHAIL MA­SLOV

Dé­mar­rage tra­di­tion­nel pour ce I-153 du 71e IAP.

MI­KHAIL MA­SLOV

Un I-153 af­fec­té à la Flotte du Nord, ba­sé à Vaen­ga.

AVIARESTAVRATSIYA

Ce I-153 res­tau­ré en Rus­sie a vo­lé plu­sieurs an­nées au sein de l’Alpine Col­lec­tion de Wa­na­ka en Nou­vel­leZé­lande, avant de re­ve­nir dans son pays d’ori­gine au mu­sée des Tech­niques de Va­dim Za­do­rozh­ny, à Mos­cou.

AVIARESTAVRATSIYA

Sur le ter­rain de No­vo­si­birsk, le I-153 res­tau­ré par la so­cié­té Aviarestavratsiya en 1997. Il est pro­pul­sé par un mo­teur ASh-62IR.

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