Opé­ra­tions de guerre, (1944-1945)

L’en­trée en ser­vice de l’“In­va­der” ne se fait pas sans dif­fi cultés. Mais très vite il se montre re­dou­table…

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Re­né J. Fran­cil­lon * Lire Le Fa­na de l’Avia­tion n° 561.

Fin avril 1944, quatre A-26B-5-DL (les ma­tri­cules 41-39116 à 41-39119) furent convoyés de l’usine de Long Beach à la NAS (Na­val Air Sta­tion) Ala­me­da par des pi­lotes du construc­teur. Après avoir été dé­mon­tés et en­duit d’une couche de pro­tec­tion, ils furent his­sés à bord d’un bâ­ti­ment de la ma­rine amé­ri­caine qui al­lait les trans­por­ter de Ca­li­for­nie en Nou­velle-Gui­née. Dé­bar­qués à Fin­sch­ha­fen, ils y furent re­mon­tés sous la di­rec­tion d’un in­gé­nieur de (1) Il s’agis­sait là de la dé­si­gna­tion of­fi­cielle de ce groupe pen­dant la Deuxième Guerre mon­diale. Tou­te­fois, de­ve­nus les spé­cia­listes des mis­sions de bom­bar­de­ment à très basse al­ti­tude et de mi­traillage avec des B-25 puis des A-20 avec une bat­te­rie de mi­trailleuses dans le nez, les équi­pages pré­fé­rèrent uti­li­ser la vieille dé­si­gna­tion de leur uni­té : 3rd At­tack Group. Dou­glas, Bill Mor­ris­sey, puis mis à la dis­po­si­tion du 3rd Bom­bard­ment Group (Light) (1). Au com­bat contre les Ja­po­nais de­puis jan­vier 1942, ce groupe de bom­bar­de­ment était alors ba­sé à Hol­lan­dia et équi­pé de Dou­glas A-20G et A-20H quand son 8th Bomb Squa­dron prit en charge les quatre “In­va­der”.

La for­ma­tion de cinq équi­pages sé­lec­tion­nés par­mi les plus ex­pé­ri­men­tés de l’es­ca­dron dé­bu­ta le 7 juin 1944 et fut sui­vie le 23 juin par la pre­mière mis­sion de com­bat. Le pa­tron de l’es­cadre, le co­lo­nel John P. He­ne­bry, la dé­cri­vit ain­si : “Nous par­tîmes à la re­cherche d’ob­jec­tifs pou­vant nous per­mettre de mettre nos “In­va­der” à l’épreuve. Au­cun ne nous sem­blant digne de nos nou­veaux ap­pa­reils, nous pour­sui­vîmes nos re­cherches plus au nord. Le ter­rain d’avia­tion et le port suf­fi­sam­ment im­por­tant se trou­vaient à Ma­nok­wa­ri dans la pé­nin­sule de Vo­gel­kop, [au­jourd’hui pé­nin­sule de Do­be­rai], à en­vi­ron 600 km au nord- ouest de notre base de dé­part. Mais ces ob­jec­tifs furent dé­ce­vants après qu’une pre­mière passe à très basse al­ti­tude confir­ma que seuls quelques avions dé­jà en­dom­ma­gés se trou­vaient sur le ter­rain d’avia­tion et que dans le port il n’y avait que deux épaves de car­gos et des pe­tits cha­lands. Ce n’était pas là l’ad­ver­saire re­dou­table que nous sou­hai­tions. Néan­moins, nous

L’em­blème du 3rd At­tack Group, spé­cia­li­sé dans les mis­sions “d’at­taque” avec mi­traillages et bom­bar­de­ments à très basse al­ti­tude en Nou­velle-Gui­née.

Le ma­tri­cule 41-39116, ici à Hol­lan­dia, en Nou­vel­leGui­née néer­lan­daise, était l’un des quatre A-26B-5-DL avec les­quels le 3rd BG condui­sit les es­sais en com­bat.

mi­traillâmes la piste et les cha­lands et lar­guâmes nos bombes (20 de 45 kg par ap­pa­reil) sur le quai au nord du port. Nous ne ren­con­trâmes que de faibles tirs de DCA et, comme on nous l’avait pré­dit, au­cun chas­seur ne s’op­po­sa à nous.

Cette mis­sion sans his­toire nous per­mit de concen­trer notre at­ten­tion sur les qua­li­tés et dé­fauts de l’“In­va­der”. Nous ap­pré­ciâmes ses qua­li­tés de vol ain­si que son rayon d’ac­tion, sa charge de bombes et ses ex­cel­lents mo­teurs, mais le trou­vâmes non sa­tis­fai­sants comme bom­bar­dier à très basse al­ti­tude.” Les mis­sions qui sui­virent ne firent que confir­mer ce ju­ge­ment.

Les cri­tiques por­tèrent sur le manque de vi­si­bi­li­té la­té­rale en rai- son du po­si­tion­ne­ment des na­celles mo­teur, la moins bonne vi­si­bi­li­té vers l’avant que sur les A-20 (que les A-26 de­vaient rem­pla­cer), les vi­tesses en croi­sière et maxi­males trop ré­duites quand les conte­neurs à mi­trailleuses étaient ins­tal­lés, et la tou­relle ven­trale in­utile lors des mis­sions à très basse al­ti­tude. En consé­quence, le ver­dict du gén. George Ken­ney, le

com­man­dant des forces aé­riennes al­liées de la SWPA (Sout­west Pa­ci­fic Area, zone du Pa­ci­fique sud-ouest), fut ac­ca­blant : “Quelles que soient les cir­cons­tances, nous ne vou­lons pas de l’A-26 pour rem­pla­cer quoi que ce soit.”

Sur le front de l’Eu­rope du Nord

Avant que les mo­di­fi­ca­tions sou­hai­tées (nou­velle ver­rière, ré­ser­voirs de plus grande ca­pa­ci­té, et huit mi­trailleuses de 12,7 mm dans le nez et six en voi­lure) ne soient in­tro­duites en cours de pro­duc­tion, il avait été dé­ci­dé qu’en prio­ri­té les “In­va­der” se­raient envoyés en An­gle­terre pour y rem­pla­cer les Dou­glas A-20 (puis les Mar­tin B-26) équi­pant les uni­tés de bom­bar­de­ment de la 9th Air Force.

La pro­cé­dure pour l’in­tro­duc­tion d’un nou­veau type d’avions de com­bat dans un théâtre d’opé­ra­tions ex­té­rieur consis­tait à équi­per un groupe tac­tique aux États-Unis avec ces ap­pa­reils et d’y com­plé­ter son en­traî­ne­ment pré-opé­ra­tion­nel avant de l’en­voyer outre-mer. Tou­te­fois, comme seu­le­ment 112 A-26 avaient été ré­cep­tion­nés par les Uni­ted States Ar­my Air Forces avant mai 1944 et que de nom­breux étaient en­core uti­li­sés pour es­sais et dé­ve­lop­pe­ment par le construc­teur et les ser­vices tech­niques des USAAF, il ne fut pas pos­sible de suivre cette pro­cé­dure pour la mise en ser­vice des “In­va­der” en Eu­rope. En consé­quence, comme dé­taillé dans un mé­mo­ran­dum du 31 mai 1944, l’état-ma­jor des USAAF op­ta pour do­ter tem­po­rai­re­ment d’A-26 la 901st AAF Air Base Unit sur la base de Pi­ne­castle en Flo­ride, et de pré­le­ver 18 pi­lotes, six bom­bar­diers-na­vi­ga­teurs, et 18 mi­trailleurs de cette uni­té pour or­ga­ni­ser un es-

ca­dron in­dé­pen­dant, l’A-26 Com­bat Evaluation Pro­ject Squa­dron.

Une fois leur for­ma­tion ter­mi­née, ces 18 équi­pages col­lec­tèrent 12 A-26B et six A-26C à Hun­ter Field en Géor­gie, d’où ils s’en­vo­lèrent à des­ti­na­tion de l’Eu­rope. Ar­ri­vés à Prest­wick après avoir fran­chi l’At­lan­tique via le Groen­land et l’Is­lande, ils s’y re­po­sèrent avant de re­par­tir à des­ti­na­tion de la base de Great Dun­mow. C’est sur cette base en Es­sex qu’ils furent rat­ta­chés au 386th Bomb Group de la 9th Air Force équi­pé de Mar­tin B-26, dont les équi­pages aguer­ris al­laient leur ser­vir de men­tors. Si la tra­ver­sée de l’At­lan­tique s’était ef­fec­tuée sans in­ci­dents no­toires, il n’en fut pas de même à l’ar­ri­vée à Great Dun­mow le 24 août 1944 quand un A-26B et un A-26C furent ac­ci­den­tés à l’at­ter­ris­sage et furent dé­cla­rés ir­ré­pa­rables. Le dé­bar­que­ment en Nor­man­die ayant eu lieu 85 jours au­pa­ra­vant, les 16 res­ca­pés du Pro­ject Squa­dron ve­naient d’ar­ri­ver trop tard pour jus­ti­fier le nom d’“In­va­der” don­né aux A-26.

Pour sa pre­mière mis­sion, le Pro­ject Squa­dron par­ti­ci­pa le 6 sep­tembre 1944 au bom­bar­de­ment de po­si­tions al­le­mandes à Brest. Au cours de celle-ci, comme pour les sept sui­vantes (la der­nière le 19 sep-

tembre avec pour ob­jec­tif la gare de triage de Du­ren), l’es­ca­dron d’es­sais opé­ra­tion­nels opé­ra sous la tu­telle du 386th BG. Comme ce groupe était une uni­té de bom­bar­de­ment à moyenne al­ti­tude, ces mis­sions ne per­mirent pas de mettre en va­leur les qua­li­tés des “In­va­der” qui avaient été conçus pour le mi­traillage et le bom­bar­de­ment à basse al­ti­tude ; le Pro­ject Squa­dron fut trans­fé­ré au 416th BG pour as­su­rer la trans­for­ma­tion de ce groupe.

Les huit mis­sions ef­fec­tuées par cet es­ca­dron tem­po­raire per­mirent d’éta­blir ou de vé­ri­fier les per­for­mances des “In­va­der” en condi­tions de com­bat : taux de mon­tée de 2 à 2,5 m/s à la vi­tesse de 290 km/h avec une charge de bombes de 1 815 kg ; vi­tesse de croi­sière de 350 km/h avec cette charge et mo­teurs tour­nant à 2 500 tr/min ; al­ti­tude de croi­sière op­ti­male de 3 650 m. Le rap­port fi­nal in­di­qua en outre qu’il se­rait sou­hai­table d’uti­li­ser les A-26C avec quatre hommes d’équi­page (pi­lote, na­vi­ga­teur, bom­bar­dier, et mi­trailleur) mais que les A-26B n’en de­man­de­raient que deux (pi­lote et mi­trailleur). En­fin, les char­ge­ments de bombes lors de ces huit mis­sions consis­tèrent en quatre en­gins de 454 kg, six de 227 kg, ou 12 de 113 kg. L’em­port de deux bombes de 908 kg était sou­hai­table mais exi­geait en­core l’au­to­ri­sa­tion des centres d’es­sais.

L’équi­page ré­duit, un atout im­por­tant

La conclu­sion du rap­port était par­ti­cu­liè­re­ment en­cou­ra­geante : “L’A- 26 est un bom­bar­dier très ef­fi­cace à moyenne al­ti­tude. Il est pré­fé­rable au A-20 de par sa charge de bombes plus im­por­tante et plus di­ver­si­fiée, et son rayon d’ac­tion dé­passe ce­lui de l’A-20 et du B-26. Ses per­for­mances sur un mo­teur lui four­nissent un im­por­tant avan­tage. Sa vi­tesse su­pé­rieure à celle des bom­bar­diers moyens, ain­si que ses qua­li­tés de vol, sa ma­noeu­vra­bi­li­té, et sa te­nue en for­ma­tion, per­mettent d’exé­cu­ter des mis­sions plus longues avec moins de fa­tigue pour l’équi­page. Son équi­page ré­duit est un atout im­por­tant. L’ex­cel­lente

vi­si­bi­li­té de­puis le poste du bom­bar­dier est un gros avan­tage. Comme bom­bar­dier moyen, l’A-26 a pas­sé avec suc­cès l’épreuve du com­bat en Eu­rope.”

Com­men­tant les ré­sul­tats ob­te­nus par le Pro­ject Squa­dron, le ma­jor gé­né­ral Hoyt S. Van­den­berg, chef de la 9th Air Force, in­di­qua dans un mes­sage da­té du 5 oc­tobre 1944 que “les A-26 avaient été re­çus à un mo­ment in­ap­pro­prié pour qu’ils puissent être su­jets à des es­sais opé­ra­tion­nels pro­bants.” Tou­te­fois, il pré­ci­sa que “l’A-26 se­rait un rem­pla­ce­ment ap­pro­prié pour les B-26 et A-20 de la 9th Bom­bard­ment Di­vi­sion et que toutes ces uni­tés pour­raient être trans­for­mées sur A-26 sans di­mi­nu­tion de leur ef­fi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle.”

Pré­pa­ra­tion du Jour J et Dé­bar­que­ment

Le 416th Bom­bard­ment Wing (Light) et ses quatre es­ca­drons (les 668th à 671st BS) virent le jour sur la base Will Ro­gers en fé­vrier 1943 où ils per­çurent leurs Dou­glas A-20. Après 11 mois d’en­traî­ne­ment dans l’Ok­la­ho­ma, en Loui­siane et au Mis­sis­sip­pi, ils furent envoyés en Grande-Bre­tagne par voie ma­ri­time et s’ins­tal­lèrent à We­thers­field le 1er fé­vrier 1944. 18 A-20 en dé­col­lèrent le 3 mars pour al­ler bom­bar­der Poix-en-Pi­car­die mais, en rai­son de la mau­vaise mé­téo, la mis­sion dut être an­nu­lée avant que l’ob­jec­tif ne fût at­teint. La pre­mière mis­sion réus­sie vit 21 A-20 bom­bar­der le ter­rain d’avia­tion à Conches-en-Ouche le 3 mars. Le rythme des opé­ra­tions s’ac­cé­lé­ra alors en pré­pa­ra­tion du dé­bar­que­ment en Nor­man­die. Le Jour J, le 416th BG ef­fec­tua deux mis­sions – pour un to­tal de 96 sor­ties dans l’Orne et en Seine-In­fé­rieure. Trois mois plus tard, alors que les troupes al­liées pro­gres­saient ra­pi­de­ment à l’est de la Seine, le groupe de­vint la pre­mière uni­té amé­ri­caine de bom­bar­diers à s’ins­tal­ler en France, la der­nière mis­sion à par­tir de We­thers­field étant ef­fec­tué le 16 sep­tembre et la pre­mière de­puis Me­lun-Villa­roche le 27 du même mois.

À peine ins­tal­lé en France, le 416th BG fut in­for­mé que les équi­pages et les 16 A-26 du Pro­ject Squa­dron y com­men­ce­raient la trans­for­ma­tion sur “In­va­der”. Tou­te­fois, en rai­son de la si­tua­tion sur le front, il n’était pas ques­tion que le groupe cesse ses opé­ra­tions de com­bat. En consé­quence, il fut dé­ci­dé que, par ro­ta­tion, un tiers des équi­pages de chaque es­ca­dron se­rait en trans­for­ma­tion sur A-26 – chaque pi­lote re­ce­vant 11 heures d’ins­truc­tion –, les autres conti­nuant les mis­sions de guerre sur A-20. Les pre­miers vols d’en­traî­ne­ment furent ef­fec­tués à Me­lun le 2 oc­tobre, mais la mau­va is e mé­téo re­tar­da les sui­vants. La for­ma­tion des équi­pages fut ter­mi­née le 5 no­vembre et la pre­mière mis­sion sur “In­va­der” ef­fec­tuée le 17 quand 28 A-26B bom­bar­dèrent un dé­pôt à Ha­gue­nau. Tout efoi s , comme les A-26C n’étaient pas en­core dis­po­nibles, le 416th BG dut conti­nuer à uti­li­ser une dou­zaine d’A-20J et A-20K à nez vi­tré jus­qu’au 6 fé­vrier 1945 afin de gui- der les A-26B aveugles. Les A-26C avec un bom­bar­dier dans le nez vi­tré furent uti­li­sés pour la pre­mière fois en opé­ra­tions par le 416th BG lors de sa 200e mis­sion, un bom­bar­de­ment de Nut­ter­den en Al­le­magne. Deux autres mis­sions dé­col­lèrent de Me­lun-Villa­roche avant le trans­fert du groupe à Laon-Athies le 13 fé­vrier 1945.

Le 416 t h Bom­bar­de­ment Group ef­fec­tua sa der­nière mis­sion le 3 mai 1945 quand 36 de ses “In­va­der” bom­bar­dèrent une usine de mu­ni­tions à Stod, en Tché­co­slo­va­quie, le 3 mai 1945. Ses opé­ra­tions sur A-26 se sol­dèrent par 127 mis­sions (4 442 sor­ties) du­rant les­quelles 6 104,6 t

de bombes avaient été lar­guées. 14 de ses “In­va­der” avaient été abat­tus par la Flak et 19 autres furent ju­gés ir­ré­pa­rables. Ses pertes hu­maines se mon­taient à 19 tués au com­bat, 26 dis­pa­rus et un pri­son­nier. La guerre fi­nie, le 416th BG fut ra­pa­trié aux États-Unis et y fut dis­sous le 24 oc­tobre 1945.

L’ap­pa­reil pré­fé­ré des pi­lotes

for­ma­tion par ro­ta­tion des équi­pages de chaque es­ca­dron s’étant ré­vé­lée peu pra­tique, celle du 409th BG fut en­tre­prise de ma­nière plus tra­di­tion­nelle, un es­ca­dron étant re­ti­ré pour trans­for­ma­tion pen­dant que les mis­sions étaient as­su­rées par les trois autres. Le pro­ces­sus com­men­ça en no­vembre 1944 alors que le groupe était ba­sé à Brétigny-sur- Orge de­puis deux mois. Les A-26 prirent part aux opé­ra­tions côte à côte avec les der­niers A-20 du groupe du­rant la ba­taille des Ar­dennes en dé­cembre 1944 et jan­vier 1945. Par la suite, le 409th BG se dé­fit de ses der­niers “Ha­voc” et fut trans­fé­ré à Laon-Cou­vron en fé­vrier 1945. C’est à par­tir de cette base dans l’Aisne qu’il ef­fec­tua sa der­nière mis­sion de guerre le 3 mai 1945.

un mes­sage du 4 jan­vier 1945, le maj. gén. Sa­muel E. An­der­son, le com­man­dant de la 9th Bom­ber Di­vi­sion, in­for­ma le chef d’état-ma­jor des USAAF que deux groupes (les 409th et 416th) étaient équi­pés d’A-26 avec ar­me­ment fixe dans le nez et pré­ci­sait qu’ils avaient ef­fec­tué 935 sor­ties sur A-26, que quatre avaient été abat­tus au com­bat et que 128 avaient été en­dom­ma­gés. Il in­di­qua aus­si : “En gé­né­ral, l’A-26 est un ap­pa­reil très sa­tis­fai­sant. Les pi­lotes s’y font la main plus vite que sur les A-20 ou B-26 et ils consi­dèrent l’A-26 comme étant pré­fé­rable à tout autre ap­pa­reil sur les­quels ils ont vo­lé.” Pour mettre en va­leur les qua­li­tés de l’A-26, le gén. An­der­son ci­ta cet exemple : “Ré­cem­ment, un pi­lote du 409th Group a dé­col­lé avec quatre bombes de 454 kg et un plein de car­bu­rant. Bien qu’un mo­teur l’ait lâ­ché alors qu’il était à 10 m au-des­sus du sol, il n’a pas eu de dif­fi­cul­tés. En fait, au lieu de faire de­mi-tour et de se po­ser im­mé­dia­te­ment, il a pris de l’al­ti­tude et a ef­fec­tué des cir­cuits en at­ten­dant que les autres ap­pa­reils aient dé­col­lé.”

et der­nier groupe d’“Ha­voc” de la 9th Air Force, le 410th BG était à Beau­mont-sur-Oise quand il tou­cha quatre A-26 en jan­vier 1945. Ces “In­va­der” par­ti­ci­pèrent alors à des mis­sions noc­turnes d’ap­pui avec des A-20 et des B-26 du groupe. Dans les der­nières se­maines des opé­ra­tions en Eu­rope, le 410th BG fut en­fin équi­pé uni­que­ment d’“In­va­der”.

Le 386th BG ba­sé à Beau­mont-sur-Oise

ses trois uni­tés ayant com­bat­tu sur “Ha­voc”, ce fut un groupe de “Ma­rau­der” qui fut ré­équi­pé avec des “In­va­der”. Le 386th BG, le groupe qui avait cha­pe­ron­né l’A-26 Com­bat Evaluation Pro­ject Squa­dron en août et sep­tembre 1944, était ba­sé à Beau­mont-sur-Oise de­puis cinq mois quand il com­men­ça à re­ce­voir des A-26 en fé­vrier 1945. La trans­for­ma­tion de ce groupe était tou­jours en cours quand les “In­va­der” com­men­cèrent à se joindre aux B-26. Se­lon Jim Roe­der, ce se­rait au cours d’une de ces mis­sions mixtes que le maj. My­ron Dur­kee au­rait ti­ré plei­ne­ment avan­tage de la ma­noeu­vra­bi­li­té et de la bat­te­rie de mi­trailleuses de l’A-26B pour abattre un Me 262 le 20 fé­vrier ; tou­te­fois, ni le rap­port d’opé­ra­tions du groupe ni la liste of­fi­cielle des vic­toires rem­por­tées par les pi­lotes des USAAF en font état. Le jour sui­vant, le 386th BG ef­fec­tua sa pre­mière mis­sion ex­clu­si­ve­ment “In­va­der” en bom­bar­dant

le pont fer­ro­viaire à Her­ford en Rhé­na­nie-du-Nord ; ses opé­ra­tions conti­nuèrent jus­qu’au 3 mai 1945.

seul autre groupe de la 9th Air Force à être en­tiè­re­ment ré­équi­pé d’“In­va­der” avant la fin des hos­ti­li­tés fut le 391st BG, à Roye-Amy, qui échan­gea ses B-26 pour des A-26 en jan­vier 1945. Pour sa der­nière mis­sion, il se joi­gnit aux quatre autres groupes d’A-26 le 3 mai 1945 pour le bom­bar­de­ment de l’usine à mu­ni­tions de Stod par 136 “In­va­der”.

Eu­rope du Nord, les seuls uti­li­sa­teurs des “In­va­der” furent le 397th BG, un groupe de B-26 en cours de trans­for­ma­tion sur A-26 à Pé­ronne à la fin de la guerre, et deux uni­tés spécialisées dans le pa­ra­chu­tage d’agents de l’OSS (l’Of­fice for Stra­te­gic Ser­vices, le pré­cur­seur de la CIA) en Al­le­magne (lire en­ca­dré page 19).

dé­cembre 1944, la 12th Air Force en Ita­lie ali­gnait six groupes de bi­mo­teurs de bom­bar­de­ment : le 47th BG équi­pés de Dou­glas A-20, les 310th et 321st BG avec leurs North Ame­ri­can B-25 et les 17th, 319th et 320th BG do­tés de Mar­tin B-26. Il était pré­vu que tous re­ce­vraient des “In­va­der” avant la fin de l’an­née sui­vante. En fait, seul le 47th BG fut par­tiel­le­ment ré­équi­pé avec des A-26B et C en com­plé­ment de ses A-20. Les pre­miers “In­va­der” ar­ri­vèrent en jan­vier 1945 alors que le groupe était à Gros­se­to. C’est à par­tir de cette base en Tos­cane que les “In­va­der” ajou­tèrent des mis­sions noc­turnes à leurs pal­ma­rès. Le haut fait pen­dant cette pé­riode fut ob­te­nu entre le 21 et le 24 avril quand les A-26 et A-20 du 47th BG furent en opé­ra­tions pen­dant 60 heures consé­cu­tives pour cou­per la route aux troupes al­le­mandes en re­traite en bom­bar­dant les ponts sur le Pô et la ligne de che­min de fer pas­sant par le col du Bren­ner. Après la fin de la guerre en Eu­rope, le groupe fut briè­ve­ment ba­sé à Pise avant de ren­trer aux États-Unis en juillet 1945.

Re­tour dans le Pa­ci­fique

cours du pre­mier tri­mestre de 1944, les pi­lotes de l’AAF Pro­ving Ground Com­mand (le centre d’ex­pé­ri­men­ta­tion à Eglin Field, en Flo­ride) avaient critiqué la mau­vaise vi­si­bi­li­té vers le bas et vers l’avant due aux mon­tants de la ver­rière d’ori­gine et la po­si­tion du poste de pi­lo­tage par rap­port aux mo­teurs. Mais rien n’avait été fait pour cor­ri­ger ce vice avant que quatre A-26B ne soient envoyés en Nou­velle- Gui­née pour es­sais au com­bat. Comme in­di­qué plus haut, le rap­port sou­mis par le col. John P. He­ne­bry du 3rd Bom­bar­de­ment Group à la conclu­sion de ces es­sais avait ame­né le gén. Ken­ney à re­je­ter les A-26 pré­vus pour rem­pla­cer les A-20 de la 5th Air Force. Tou­te­fois, cette condam­na­tion ne fut pas rédhi­bi­toire car, de re­tour aux États-Unis, le col. He­ne­bry se dé­cla­ra en­tiè­re­ment sa­tis­fait après avoir fait un vol d’es­sai aux com­mandes de l’A-26B que Dou­glas avait équi­pé en sep­tembre 1944 du pro­to­type d’une nou­velle ver­rière. Une so­lu­tion à ce grave dé­faut ayant été trou­vée, il fal­lut en­core at­tendre pour que les autres de­si­de­ra­ta de la 5th Air Force soient sa­tis­faits : amé­lio­ra­tion de l’ar­me­ment fixe dans le nez et en voi­lure, aug­men­ta­tion de la ca­pa­ci­té des ré­ser­voirs in­ternes, et rem­pla­ce­ment de la tou­relle ven­trale par un ré­ser­voir auxi­liaire.

Mi­traillage à basse al­ti­tude

que toutes les mo­di­fi­ca­tions sou­hai­tées furent in­té­grées, un pre­mier lot de 25 A-26B-51-DL et -56-DL fut en­voyé par voie ma­ri­time au cours du mois de juin 1945 et ar­ri­va aux Phi­lip­pines où le 3rd BG était ba­sé, à San Jo­sé, sur l’île de Min­do­ro, de­puis fi n 1944. Les pre­mières sor­ties avec les nou­veaux ap­pa­reils furent ef­fec­tuées le 9 juillet 1945, l’ob­jec­tif étant le ter­rain d’avia­tion à Ka­ren­ko (au­jourd’hui Hua­lien) sur la côte Est de For­mose. La deuxième mis­sion fut lan­cée trois jours plus tard : les “In­va­der” du 3rd BG mi­traillèrent et bom­bar­dèrent à basse al­ti­tude les

ins­tal­la­tions ja­po­naises à Ta­ma­za­to, juste au sud de Ka­ren­ko.

Les ré­sul­tats ob­te­nus furent tels que, dès le 15 juillet, le gén. Ken­ney fit marche ar­rière et confir­ma au chef d’état- ma­jor des Ar­my Air Forces, le gén. Hen­ry “Hap” Ar­nold, que les A-26B avec huit mi­trailleuses dans le nez mais sans la tou­relle ven­trale étaient hau­te­ment sa­tis­fai­sants pour rem­pla­cer les A-20 du 3rd BG et les B-25 du 417th BG. Ken­ney de­man­da que la li­vrai­son d’“In­va­der” aux Far East Air Forces (2) fût ac­cé­lé­rée.

La re­quête du gén. Ken­ney avait été an­ti­ci­pée par les pla­ni­fi­ca­teurs du quar­tier gé­né­ral des Ar­my Air Forces qui, dans les jours qui sui­virent la ca­pi­tu­la­tion du IIIe Reich, avait adop­té un pro­gramme de ré­équi­pe­ment en pré­pa­ra­tion de l’in­va­sion du Ja­pon pré­vue pour l’au­tomne. Se­lon ce­lui-ci, sept groupes d’A-26 se­raient trans­fé­rés dans le Pa­ci­fique et tous les groupes d’A-20 et de B-25 s’y trou­vant dé­jà se­raient ré­équi­pés avec des “In­va­der”. La seule ex­cep­tion concer­nait trois groupes de B-25 des FEAF qui de­vaient conti­nuer à opé­rer avec leur “Mit­chell” jus­qu’à l’épui­se­ment de leurs ré­serves de B-25. Néan­moins, la mise en pra­tique de ce pro­gramme ve­nait à peine de com­men­cer quand le Ja­pon ca­pi­tu­la le 15 août 1945. Même le 3rd BG n’avait pas en­core fi­ni son ré­équi­pe­ment avec des A-26 lors­qu’il y fut trans­fé­ré des Phi­lip­pines au ter­rain de Mo­to­bu à Oki­na­wa, le 6 août.

Le seul autre groupe à par­ti­ci­per aux der­nières opé­ra­tions contre le Ja­pon fut le 319th BG. Après avoir com­bat­tu en Mé­di­ter­ra­née sur Mar­tin B-26 puis sur North Ame­ri­can B-25, cette uni­té était re­tour­née aux États-Unis pour y être trans­for­mée sur A-26. Ce­ci fait, les ap­pa­reils et le per­son­nel du 319th BG furent trans­por­tés par voie ma­ri­time pour y re­joindre les FEAF, et furent ins­tal­lés le 2 juillet 1945 sur la base de Ka­de­na à Oki­na­wa avec 96 A-26B et C. Le 16 juillet, ce groupe ef­fec­tua une pre­mière mis­sion contre le Ja­pon au cours de la­quelle 26 “In­va­der” s’en prirent à une base aé­rienne et un pont à Miya­za­ki, ce­pen­dant qu’un autre bom­bar­da un autre pont à Sa­do­ha­ra. Deux jours plus tard, ce fut la Chine qui re­çut une pre­mière vi­site des A-26 quand le 319th BG mi­trailla et bom­bar­da ter­rains et docks à Shan­ghai. Une in­va­sion du Ja­pon étant de­ve­nue in­utile, ce groupe re­çut ins­truc­tions le 14 août de trans­fé­rer 57 de ses A-26 au dé­pôt de Clark Field, puis à ce­lui de Du­lag. Le seul autre des groupes pré­vus pour par­ti­ci­per à l’in­va­sion du Ja­pon à com­men­cer sa trans­for­ma­tion fut le 12th BG, une uni­té de la 10th Air Force en Inde. Dans l’im­mé­diat après-guerre, deux des groupes d’“In­va­der” furent par­mi les uni­tés ra­pa­triées aux États-Unis, le 319th BG y étant mis en som­meil le 18 dé­cembre 1945, puis le 12th BG le 22 jan­vier 1946. En re­vanche, le 3rd BG et ses “In­va­der” furent re­te­nus en zone et s’ins­tal­lèrent à At­su­gi le 21 oc­tobre 1945. Tou­jours avec les forces d’oc­cu­pa­tion au Ja­pon cinq ans plus tard, ils al­laient se trou­ver en pre­mière loge quand les hos­ti­li­tés com­men­cèrent en Co­rée.

DR/COLL. JOHN I. WHEELER

USAAF

La dé­ci­sion de confier la pro­duc­tion des “In­va­der” avec nez vi­tré et poste de bom­bar­dier à l’usine de Tul­sa après que seu­le­ment cinq de ces ap­pa­reils eussent été construits à Long Beach re­tar­da les li­vrai­sons d’A-26C-DT jus­qu’en sep­tembre 1944.

USAAF

Le 41-39274 Su­gar Ba­by du 668th BS, 416th BG, à Laon-Athies le 22 mars 1945.

DOU­GLAS

Avant que la ver­rière bom­bée ne soit ins­tal­lée en cours de pro­duc­tion, la par­tie gauche de la ver­rière fut mo­di­fiée pour éli­mi­ner les mon­tants qui li­mi­taient la vi­si­bi­li­té.

USAAF

USAAF

L’iden­ti­té de cet A-26B du 416th BG n’a pas pu être confir­mée.

USAAF

À l’ar­ri­vée de l’A-26 Com­bat Evaluation Pro­ject Squa­dron à Great Dun­mow le 24 août 1944, deux “In­va­der” de cette uni­té furent ac­ci­den­tés à l’at­ter­ris­sage : un A-26B et ce A-26C-2DL, ma­tri­cule 41-39193.

USAAF

Un A-26C (pre­mier plan) du 554th BS en route vers un ob­jec­tif en Al­le­magne avec des A-26B du 553rd BS.

S VINCENT DHORNE

L’A-26B-15-T “In­va­der” Stin­ky du 552nd Bomb Squa­dron, 386th Bomb Group, à Beau­mont-sur-Oise en 10 avril 1945.

USAAF

Même à la fin de la guerre, les mis­sions sur l’Al­le­magne res­taient dan­ge­reuses, comme l’illustre l’A-26B ma­tri­cule 43-22359 du 642nd BS, 409th BG, tou­ché par la Flak le 21 mars 1945 à Dul­men. Do­nald J. Cot­ton, pi­lote, Lo­ring E. Lord et Don E. Nord, mi­trailleurs, furent tués.

USAAF

USAAF

Le ma­tri­cule 43-22626 The Saint pa­ra­chu­ta deux agents en Al­le­magne par deux fois lors des nuits des 4 et 11 avril 1945.

USAAF

Le King of Spades fut uti­li­sé par le 492nd BG pour pa­ra­chu­ter des agents de l’OSS en Al­le­magne.

USAAF

Les “In­va­der“frap­pèrent plus par­ti­cu­liè­re­ment les voies de com­mu­ni­ca­tion al­le­mandes à la fin de la guerre. Ici un A-26B du 669th BS, 416th BG, bom­barde le pont d’Edi­gerEl­ler sur la Mo­selle, le 27 dé­cembre 1944, lors de la ba­taille des Ar­dennes. Le 146th BG était alors ba­sé à Me­lunVilla­roche.

USAAF/COLL. JO­NA­THAN WAT­SON

La guerre fi­nie, des “In­va­der” des 3rd BG et 319th BG sont ras­sem­blés à Du­lag, à Min­do­ro. Le 44-34226 Ho­ney Bunch III, un A26B-50-DL du 319th BG com­bine un nez à six mi­trailleuses avec trois mi­trailleuses dans chaque pan­neau ex­té­rieur de la voi­lure.

USAAF

Un A-26B du 47th BG à Gros­set­to, en Ita­lie, en mai 1945.

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