Cha­leur, bruit et chu­cho­te­ment

Le F-35 fit beau­coup de bruit, in­dus­triels et clients né­go­cièrent dis­crè­te­ment, le tout sous un so­leil de plomb. C’était le Sa­lon du Bour­get édi­tion 2017.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 573/août 2017 - Par Alexis Ro­cher

Boeing, Air­bus et les avions mar­quants du Sa­lon 2017.

Des tem­pé­ra­tures ca­ni­cu­laires propres à faire bron­zer un rou­get ont mar­qué l’édi­tion 2017 du Sa­lon du Bour­get. Ce fut un fes­ti­val de pa­ra­sols, de cas­quettes et de cha­peaux. On y fit néan­moins beau­coup d’af­faires, de nom­breuses dé­lé­ga­tions né­go­cièrent pro­jets et contrats. Ap­pa­rem­ment les vi­si­teurs furent sa­tis­faits. Éme­ric d’Ar­ci­moles, com­mis­saire gé­né­ral du sa­lon, le sou­ligne : “C’est un très bon cru en termes de bu­si­ness.” 150 mil­liards de dol­lars de contrats furent si­gnés. Cha­cun pro­cla­ma dans une pro­fu­sion de com­mu­ni­qués que les af­faires avaient été bonnes. Près de 1 200 avions se ven­dirent. Boeing triom­pha avec 785 com­mandes (67,1 mil­liards), Air­bus an­non­ça avoir pla­cé pour 41,5 mil­liards d’ap­pa­reils, es­sen­tiel­le­ment des A320­neo (pour new en­gine op­tion). Faut-il rap­pe­ler que le duel entre les deux géants de l’in­dus­trie aé­ro­nau­tique mon­diale est un grand clas­sique des sa­lons ? De part et d’autre, on tra­vaille ac­ti­ve­ment pour pré­sen­ter la gamme le plus com­pé­ti­tive.

Neo, Max et plus…

Boeing lan­ça of­fi­ciel­le­ment à cette oc­ca­sion le grand der­nier de la fa­mille du 737, sé­millant quin­qua­gé­naire qui n’en fi­nit pas de rajeunir au fil de ses évo­lu­tions. Le Max 10 voit grand. Il trans­porte 188 pas­sa­gers en deux classes, contre 138 pour le Max 7. Dis­tance fran­chis­sable de 3 215 miles (5 170 km). Un to­tal de 15 clients pour quelque 350 ap­pa­reils furent dé­voi­lés au sa­lon. De l’autre cô­té de l’At­lan­tique, Air­bus peau­fine sa gamme d’A320­Neo, avec comme che­val de ba­taille l’A321. Fa­brice Bré­gier, di­rec­teur gé­né­ral d’Air­bus et pré­sident d’Air­bus Avions com­mer­ciaux pro­cla­ma dans une confé­rence de presse : “À terme les A321­neo re­pré­sen­te­raient 50 % de nos li­vrai­sons.” Ob­jec­tif 30 avions par mois dans quatre ans ! L’A321­neo est en me­sure d’ef­fec­tuer des liai­sons trans­con­ti­nen­tales, comme par exemple un San Fran­sis­co-Honolulu avec 185 pas­sa­gers. Un peu plus d’une cen­taine d’A320­neo toutes ver­sions confon­dues sont dé­sor­mais en ex­ploi­ta­tion com­mer­ciale chez 23 com­pa­gnies aé­riennes, et Air­bus en­tend im­po­ser A319­neo, A320­neo et A321­neo au­près des loueurs et des low cost. Autre pro­blé­ma­tique com­mer­ciale avec l’A350-1000, qui s’at­taque à rien de moins qu’au Boeing 777, et plus par­ti­cu­liè­re­ment la ver­sion 777-300ER, forte dé­jà de 800 ap­pa­reils com­man­dés. Air­bus pour­suit les es­sais du 350-1000 en vue de sa cer­ti­fi­ca­tion et sa li­vrai­son à la fin de l’an­née. Boeing ne reste pas en po­si­tion de chien de faïence face à son concur­rent et pré­pare ac­ti­ve­ment la contre-at­taque avec les 777X, une re­mise à jour com­plète de son best­sel­ler de­puis les an­nées 1990.

Ce Sa­lon du Bour­get fut l’oc­ca­sion pour Air­bus de pré­sen­ter l’A380plus, nou­velle ver­sion du géant des airs. Ce n’est pas un se­cret, l’A380 peine à trou­ver de nou­veaux clients, néan­moins Air­bus veut croire que le mar­ché des gro­spor­teurs pour­rait croître dans les an­nées à ve­nir, no­tam­ment en Asie. L’A380plus re­çoit un lif­ting pour re­par­tir à la conquête des mar­chés. La ca­bine est com­plè­te­ment ré­amé-

na­gée pour ac­cueillir 80 pas­sa­gers sup­plé­men­taires, l’aile bé­né­fi­cie d’amé­lio­ra­tions aé­ro­dy­na­miques pour faire bais­ser la consom­ma­tion de car­bu­rant. À l’oc­ca­sion du sa­lon, l’A380 qui vient d’ar­ri­ver au mu­sée de l’Air et de l’Es­pace était de­ve­nu le dé­mons­tra­teur de la nou­velle ver­sion “plus” avec no­tam­ment des ai­lettes mar­gi­nales en bout d’aile. L’ave­nir di­ra si l’A380plus in­té­resse les com­pa­gnies aé­riennes.

Air­bus comme Boeing ne ca­chèrent pas lors du sa­lon que beau­coup d’op­tions étaient en­vi­sa­gées pour l’ave­nir. Rien de concret ne fut dé­voi­lé, mais à l’évi­dence les ser­vices mar­ke­ting oeu­vraient dans les cou­lisses pour dé­fi­nir di­men­sions et confi­gu­ra­tions des fu­turs ap­pa­reils com­mer­ciaux. John Lea­hy,

su­per-ven­deur d’Air­bus, ti­rait d’ailleurs à cette oc­ca­sion sa ré­vé­rence. Long­temps res­té dans l’ombre, cet Amé­ri­cain pug­nace a beau­coup contri­bué à la réus­site du construc­teur eu­ro­péen de­puis son ar­ri­vée à Tou­louse en 1985.

Si Air­bus et Boeing oc­cu­pèrent le de­vant de la scène des ba­tailles com­mer­ciales, d’autres ac­teurs se li­vrèrent au jeu des com­mandes si­gnées lors du sa­lon. Ce fut ain­si qu’Em­braer, Bom­bar­dier et Mit­su­bi­shi ex­po­sèrent leur cham­pion res­pec­tif. Pour les Bré­si­liens ce fut le E2. Les Ca­na­diens de Bom­bar­dier sou­li­gnèrent que les dif­fi­cul­tés fi nan­cières ren­con­trées avec les Cse­ries étaient dé­sor­mais du pas­sé. Mit­su­bi­shi fit le maxi­mum pour faire ou­blier les mul­tiples dif­fi- cultés ren­con­trées avec le MRJ. Les in­gé­nieurs doivent re­voir leur co­pie, ce qui évi­de­ment al­longe l’ad­di­tion. Les re­tards s’ac­cu­mulent pour l’ap­pa­reil ja­po­nais, qui de­vait en théo­rie de­van­cer ses concur­rents sur le mar­ché com­mer­cial. Les res­pon­sables de Mit­su­bi­shi mé­ditent sans doute la fable du lièvre et de la tor­tue…

Du bruit au­tour du F-35

Si l’af­fron­te­ment Air­bus-Boeing fut com­men­té, ana­ly­sé, la grande af­faire de ce sa­lon fut l’ap­pa­ri­tion to­ni­truante du F-35 dans le ciel du Bour­get. Pas vrai­ment une nou­veau­té tant l’avion est dé­jà en ser­vice aux États-Unis, mais les Amé­ri­cains pour­suivent de grandes am­bi­tions avec leur chas­seur très per­for­mant, très cher aus­si. Pas moins de six pays eu­ro­péens sont vi­sés comme clients.

De toute évi­dence Lock­heed Mar­tin vise à dé­cro­cher le “mar­ché du siècle” comme le F-16 un peu plus de 40 ans au­pa­ra­vant. Cinq pays ont dé­jà pas­sé com­mande (Gran­deB­re­tagne, Ita­lie, Nor­vège, Da­ne­mark, Pays-Bas). L’Es­pagne et la Grèce s’in­ter­rogent tant l’ad­di­tion pro­met d’être sa­lée, la Fin­lande et la Suisse le mettent en com­pé­ti­tion avec ses ad­ver­saires eu­ro­péens (“Eu­ro­figh­ter”, “Gri­pen” et “Ra­fale”). La Bel­gique se dit in­té­res­sée, l’Al­le­magne de­mande des in­for­ma­tions com­plé­men­taires pour éven­tuel­le­ment se pro­non­cer. Le F-35 de­vait donc se pa­rer de ses plus beaux atouts pour sé­duire les états-ma­jors et faire ou-

blier re­tards, pannes ré­cur­rentes et coûts pro­hi­bi­tifs.

dé­mons­tra­tion en vol du F-35 fut pas­sée au crible. Il fut comp­té le temps de son évo­lu­tion à forte in­ci­dence et basse vi­tesse, l’es­pace né­ces­saire pour ef­fec­tuer les ma­noeuvres. Les ex­perts sou­lignent que l’avion est pour l’ins­tant li­mi­té à7 g – le chiffre de 5 g est même avan­cé, ce qui li­mite son do­maine de vol. Les quelques 20 t de pous­sée avec ré­chauffe du puis­sant tur­bo­réac­teur F135 firent grand bruit, rap­pe­lant aux mous­ta­chus les dé­col­lages des “Light­ning” bri­tan­niques dans les an­nées 1960 ou du “Tor­na­do” eu­ro­péen dans les an­nées 1970. Les es­prits cri­tiques ne man­quèrent pas de dire que le F-35, c’était fi­na­le­ment “beau­coup de bruit pour rien” !

au F-35, “Mar­ty”, le pi­lote du “Ra­fale” So­lo Dis­play, eut beau jeu de mettre en va­leur les per­for- mances de son chas­seur. Ce fut un fes­ti­val ! L’avion de com­bat fran­çais pour­suit sa lan­cée après les contrats égyp­tiens, qa­ta­ris et in­diens. Ce der­nier pays s’in­té­resse d’ailleurs à la ver­sion em­bar­quée pour do­ter son porte-avions, ce qui per­met évi­dem­ment à Das­sault de sou­li­gner la po­ly­va­lence de son ap­pa­reil.

plus dis­cret tant il pas­sa la se­maine au sta­tique, l’avion de pa­trouille ma­ri­time ja­po­nais P1.

JACQUES GUILLEM

Le F-35 dé­colle de la piste du Bour­get. Ses dé­trac­teurs lui re­prochent de si­phon­ner tous les cré­dits de dé­fense eu­ro­péens, no­tam­ment ceux des­ti­nés à Air­bus De­fense and Space.

FER­NAN­DO DOSREIS

Le P1 de pa­trouille ma­ri­time ja­po­nais. La ve­nue d’un avion mi­li­taire ja­po­nais, qui plus est pour être ven­du, est une pre­mière.

FRAN­ÇOIS HERBET

L’Air­bus A350-1000, ver­sion des­ti­née à af­fron­ter le Boeing 777-300ER.

FRAN­ÇOIS HERBET

Air­bus fait de l’A321­neo son che­val de ba­taille pour les pro­chaines an­nées.

ALEXIS RO­CHER

L’A380plus se dis­tingue avec ses ai­lettes mar­gi­nales ins­tal­lées au bout des ailes.

FRAN­ÇOIS HERBET

Le Boeing Max 9, une des ver­sions de la re­mise à jour du 737.

ALEXIS RO­CHER

Avec le 787-10, Boeing ajoute une corde à son arc dans la ba­taille contre Air­bus. Il trans­porte 383 pas­sa­gers en trois classes.

JACQUES GUILLEM

Le MRJ était pré­sen­té pour la pre­mière fois au pu­blic.

JACQUES GUILLEM

La so­cié­té 328 Sup­port Ser­vices pro­pose le Dor­nier 328 pour plu­sieurs mis­sions.

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