“Ger­boise bleue”, le pre­mier es­sai

Ger­main Cham­bost a par­ti­ci­pé à bord du “Vau­tour” 625 au pre­mier es­sai d’une bombe ato­mique, “Ger­boise bleue”, le 13 fé­vrier 1960. Il ra­conte son ex­pé­rience.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 573/août 2017 - Par Ger­main Cham­bost

Les pre­miers es­sais nu­cléaires fran­çais au Sa­ha­ra avaient pour ob­jet de vé­ri­fier que les ato­mistes de la Di­rec­tion des ap­pli­ca­tions mi­li­taires du Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mique pos­sé­daient bien la maî­trise du pro­ces­sus d’une ex­plo­sion nu­cléaire, en vue de par­ve­nir à la réa­li­sa­tion d’une arme. Bap­ti­sées “Ger­boise”, du nom d’un pe­tit ron­geur des sables, les trois pre­mières ex­pé­ri­men­ta­tions qui de­vaient avoir lieu à Reg­gane étaient co­dées et ca­rac­té­ri­sées par les trois cou­leurs na­tio­nales, “Ger­boise bleue”, “Ger­boise blanche”, “Ger­boise rouge” – il y au­rait aus­si une “Ger­boise verte” (1). Ce, afin de pro­cla­mer aux yeux du monde en­tier qu’elles ex­pri­maient la vo­lon­té des pou­voirs pu­blics fran­çais, et no­tam­ment du pré­sident de la Ré­pu­blique, Charles de Gaulle, de do­ter la France de la ca­pa­ci­té nu­cléaire, comme on di­sait. Cette ac­qui­si­tion re­le­vait de la puis­sance mi­li­taire telle que l’avaient sym­bo­li­sée les bombes amé­ri­caines d’Hi­ro­shi­ma et de Na­ga­sa­ki, mais aus­si de la po­li­tique, la pos­ses­sion d’une telle arme par un pays don­nant à ce­lui-ci ac­cès au club res­treint des na­tions nu­cléaires. Sans crainte de se trom­per, on peut dire que les mil­liers de mi­li­taires et de ci­vils pré­sents sur la base de Reg­gane au mo­ment des ex­pé­ri­men­ta­tions par­ta­geaient peu ou prou cette no­tion-là, même s’ils ne l’ana­ly­saient pas ex­pli­ci­te­ment, comme ils éprou­vaient la fierté qui al­lait avec la cer­ti­tude de par­ti­ci­per à une grande aven­ture dans la­quelle la France en­ten­dait jouer un rôle de pre­mier plan.

Des cir­rus cou­leur ocre

Les équi­pages des avions qui se trou­vaient im­pli­qués à di­vers titres dans cette aven­ture en avaient par­fai­te­ment conscience. C’était sans conteste le cas du duo que nous for­mions, le lieu­te­nant Ro­ger SaintPaul, na­vi­ga­teur com­man­dant de bord, et moi, as­sez jeune pi­lote de “Vau­tour” de la 92e Es­cadre de bom­bar­de­ment, en ce mois de fé­vrier 1960. Notre rôle, plu­tôt mo­deste au de­meu­rant, consis­tait à suivre à la trace le nuage is­su de l’ex­plo­sion de “Ger­boise bleue”. Nuage tein­té d’ocre par le sable qu’elle avait ar­ra­ché au dé­sert et em­por­té dans l’at­mo­sphère, jus­qu’à la tro­po­pause. Le nuage de­vait se di­luer au fil du temps et des cou­rants aé­riens, mais il de­meu­ra vi­sible tout le temps qui nous était im­par­ti en fonc­tion de l’au­to­no­mie de notre avion. Sa poursuite, afi n de gar­der trace de son itinéraire au-des­sus du Sa­ha­ra, avec en­re­gis­tre­ment des doses et des co­or­don­nées de ra­dia­tions re­le­vées, se ré­vé­la donc ai­sée.

Les do­si­mètres dont nous étions mu­nis de­vaient aus­si nous fa­ci­li­ter le re­pé­rage du nuage, au cas où ce­lui-ci de­meu­re­rait in­vi­sible en al­ti­tude, et nous per­met­taient de conser­ver une cer­taine dis­tance de sé­cu­ri­té par rap­port à la foul­ti­tude de pro­duits ra­dio­ac­tifs, donc dan­ge­reux, in­vi­sibles à l’oeil, qui ac­com­pa­gnaient ces cir­rus co­lo­rés is­sus de la main (et de la science) de l’homme. Nous étions certes re­vê­tus d’une com­bi­nai­son spé­ciale de toile, dont nous nous dé­bar­ras­se­rions vite fait au re­tour de notre mis­sion, mais la pro­tec­tion qu’elle of­frait était évi­dem­ment li­mi­tée. De même, le sys­tème de pres­su-

DR/COLL. RO­GER SAINT-PAUL

L’équi­page du “Vau­tour” 625. À gauche le lieu­te­nant Ro­ger Saint-Paul, na­vi­ga­teur, à droite Ger­main Cham­bost, pi­lote.

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