La guerre élec­tro­nique

La guerre élec­tro­nique au ser­vice de la dis­sua­sion : ses ap­pli­ca­tions opé­ra­tion­nelles, ses en­jeux de sou­ve­rai­ne­té.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 573/août 2017 - Par le co­lo­nel (H) Pierre-Alain An­toine

Dans L’Art de la guerre, cinq siècles avant Jé­sus Ch­rist, Sun Tzu écri­vait : “Pour vaincre son en­ne­mi, il faut tout connaître sur lui” ; “Tout l’art de la guerre ré­side dans la du­pe­rie” ; “Une ar­mée sans agents se­crets est exac­te­ment comme un homme sans yeux ni oreilles”. À ce titre, le ré­seau d’écoute des émis­sions ra­dio­élec­triques pro­ve­nant de l’autre cô­té du Ri­deau de fer a été es­sen­tiel pour connaître le plan de ba­taille du pacte de Var­so­vie, dé­ve­lop­per l’au­to­pro­tec­tion des bom­bar­diers fran­çais, tac­tiques comme stra­té­giques. La guerre élec­tro­nique de­vient alors un maillon cri­tique de la cré­di­bi­li­té de la force de frappe.

La France est membre fon­da­teur de l’Or­ga­ni­sa­tion du trai­té de l’At­lan­tique dès sa créa­tion en 1949. Mais, contrai­re­ment à l’idée re­çue, elle n’a en fait ja­mais quit­té l’Otan. Ce­pen­dant, dès 1966, le gé­né­ral de Gaulle a sou­hai­té se re­ti­rer de son or­ga­ni­sa­tion mi­li­taire in­té­grée afin de li­bre­ment mettre en oeuvre sa propre force de dis­sua­sion. Si la France s’était jusque-là ap­puyée sur le dis­po­si­tif de ren­sei­gne­ment de l’or­ga­ni­sa­tion, il n’en fut pas de même à par­tir du 1er avril 1967, date à la­quelle les ar­mées al­liées sta­tion­nées sur le ter­ri­toire na­tio­nal ont dû quit­ter la France. La source de ren­sei­gne­ments se ta­rit, ou tout au moins voit son dé­bit di­mi­nuer sen­si­ble­ment. Nous avons donc été obli­gés de re­créer notre propre dis­po­si­tif qui, à la chute du mur de Ber­lin, avait at­teint un ni­veau que beau­coup d’al­liés nous en­viaient. Par né­ces­si­té, l’ar­mée de l’Air dé­ve­loppe un nou­veau mé­tier, la GE, la guerre élec­tro­nique. Un vo­ca­bu­laire bien par­ti­cu­lier ap­pa­raît : Si­gint ou Si­gnal In­tel­li­gence, ce­lui-ci se dé­cli­nant en Co­mint (com­mu­ni­ca­tion in­tel­li­gence) et en Elint (Elec­tro­nic in­tel­li­gence) ou ren­sei­gne­ment sur les si­gnaux ra­dar. Ju­gez plu­tôt

Le ren­sei­gne­ment d’ori­gine élec­tro­ma­gné­tique

La France a en­tre­te­nu jus­qu’à cinq es­ca­drons de ren­sei­gne­ment élec­tro­nique sol en RFA et à Ber­lin :

– l’Es­ca­dron Elec­tro­nique Sol, EES 04.054, à Achern, dans la Fo­rêtNoire au sud de Ba­den-Ba­den pour les écoutes ra­dio HF ;

– l’EES 06.054 à Bad Lau­ter­berg, au centre de la RFA, pour les écoutes des émis­sions V/UHF et SHF ; – l’EES 07.054 à Furth im Wald, en face de la Tché­co­slo­va­quie, pour le re­cueil des fré­quences H/V/UHF et SHF ; – l’EES 02.054 sur la BA 165 à Ber­lin, pour le re­cueil V/UHF, SHF et HF ;

– l’EES 03.054 à Gos­lar, en RFA, (mais rat­ta­ché à la BA 165), pour le re­cueil V/UHF et SHF.

Cer­tains es­ca­drons par­ta­geaient les sites avec des uni­tés d’écoute de l’ar­mée de Terre, des re­lais hert­ziens de l’ar­mée de l’Air ou des uni­tés de guerre élec­tro­nique amé­ri­caines ou de l’Otan ser­vies par des per­son­nels de la Lutf­waffe. Deux dé­ta­che­ments par­ti­cipent à la chaîne in­ter­ar­mées de ra­dio­go­nio­mé­trie élec­tro­nique, le DE n° 8 à Ba­den-Oos et le DE n° 9 à Fürs­ten­feld­bruck (une base aé­rienne de la Luft­waffe à l’ouest de Mu­nich). Le ré­seau d’écoute était ren­for­cé par le Centre d’ins­truc­tion à la guerre élec­tro­nique (CIGE) sta­tion­né sur la BA 128 de MetzF­res­ca­ty qui hé­berge éga­le­ment l’Es­ca­dron de fu­sion du ren­sei­gne­ment d’ori­gine élec­tro­ma­gné­tique

PHI­LIPPE WOD­KA-GAL­LIEN

Sur ce “Mi­rage” 2000N du 3/4 Li­mou­sin, on dis­tingue le dé­tec­teur ra­dar en bout d’aile (flèche verte), le brouilleur sous la dé­rive (flèche rouge) et les lance-leurres au ni­veau du mo­teur (flèche noire). En haut de dé­rive, le dé­tec­teur d’alerte ra­dar sec­teur ar­rière et de brouilleur axé sur l’avant.

PHI­LIPPE WOD­KA-GAL­LIEN

Le dé­tec­teur de dé­part de mis­sile (flèche) d’un “Mi­rage” 2000N sur la BA 123 d’Or­léans en 2005. L’équi­pe­ment est in­té­gré à la poutre du mis­sile air-air.

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