Le “Ra­fale”

Pré­sent et ave­nir… Ré­flexion sur le rôle du “Ra­fale” dans la force nu­cléaire fran­çaise.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 573/août 2017 - Par l’ami­ral (2S) Fran­çois Dupont, an­cien com­man­dant de SNLE (sous-ma­rins nu­cléaires lan­ceurs d’en­gins) et conseiller du mi­nistre de la Dé­fense (2002-2005).

"Base de Saint-Di­zier, 5 heures du ma­tin. Pas­cal ouvre la ver­rière et as­pire lon­gue­ment l’air frais de ce ma­tin d’au­tomne. Ja­mais sans doute il n’avait me­su­ré aus­si in­ten­sé­ment une phrase de l’un de ses ins­truc­teurs à Sa­lon : “Un vol de nuit c’est comme un vol de jour sauf que ce­la se passe la nuit !” Il y a plus de huit heures main­te­nant qu’il avait quit­té la pla­nète, lui et Tho­mas, son na­vi­ga­teur of­fi­cier sys­tème d’arme, à bord de ce “Ra­fale” F3 de l’Es­ca­dron Gas­cogne.

Cette nuit Pas­cal et Tho­mas ont été des hommes de la dis­sua­sion nu­cléaire. Huit heures ha­ras­santes, huit heures d’une concentration sans re­pos. Huit heures qui ont vu se suc­cé­dé des phases à haute al­ti­tude et des che­vau­chées fan­tas­tiques à 150 pieds [45 m]. Huit heures pen­dant les­quelles ils n’avaient été qu’un pion d’un dis­po­si­tif très com­plexe dont la maî­trise les dé­passe mais dont ils savent que la tête est le pré­sident de la Ré­pu­blique. Huit heures d’en­traî­ne­ment hors normes pour une mis­sion hors normes.

Pas­cal n’avait pas sou­hai­té de­ve­nir pi­lote de com­bat pour être un homme de la dis­sua­sion nu­cléaire. À 20 ans, la sub­ti­li­té d’une mis­sion qui consiste à mettre au point une arme si puis­sante qu’il convient sur­tout de ne pas avoir à la lar­guer un jour lui au­rait heu­reu­se­ment échap­pé. Pour Pas­cal, le “Ra­fale” à Mach 2 c’était Ma­ve­rick [hé­ros de Top Gun. NDLR.] et voir le so­leil tous les jours.

Et puis il avait bien fal­lu qu’il se rende à l’évi­dence : la vo­lon­té des hommes de la IVe Ré­pu­blique, puis celle du gé­né­ral de Gaulle, de re­don­ner à la France les moyens de sa sau­ve­garde pas­sait dans les an­nées 1950 par l’ac­cès à l’arme ato­mique. Et Pas­cal avait com­pris qu’il n’était qu’un mo­deste hé­ri­tier de tous ceux, sa­vants, scien­ti­fiques, ar­tilleurs, in­gé­nieurs, ma­rins, avia­teurs, stra­tèges qui avaient bâ­ti cette for­mi­dable ma­chine non pas à ga­gner la guerre mais à l’évi­ter. Plus en­core il avait

AR­MÉE DE L’AIR

Dès sa concep­tion, l’em­port de l’arme nu­cléaire fut in­té­gré au “Ra­fale”. Il en se­ra l’unique vec­teur pour l’ar­mée de l’Air et la Ma­rine en 2018 avec le re­trait du “Mi­rage” 2000N.

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