L’es­sor du “Con­dor”

Deuxième par­tie. 1941 : la ba­taille de l’At­lan­tique com­mence. Les grands qua­dri­mo­teurs du KG 40 se lancent à l’as­saut des convois ma­ri­times et col­la­borent avec les U-Boote.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Ch­ris Goss. Tra­duit de l’an­glais par Xavier Méal.

Deuxième par­tie. 1941 sonne comme une an­née dif­fi cile pour les “Con­dor” en pleine ba­taille de l’At­lan­tique.

Les suc­cès de la fin de 1940 pour le I/KG 40 furent sui­vis d’une ac­cal­mie en ce qui concerne les at­taques de convois ma­ri­times entre le 19 dé­cembre 1940 et le nau­frage du Cly­to­neus, des suites de l’at­taque de l’ober­leut­nant Ru­dolf Mons du 3./ KG 40 le 8 jan­vier 1941. Mons dé­col­la à 5 heures pour une mis­sion de re­con­nais­sance mé­téo­ro­lo­gique ar­mées sur l’ouest de l’Ir­lande. Un pe­tit peu plus de six heures plus tard, il tom­ba sur le Cly­to­neus alors qu’il se trou­vait à 480 km au nord-ouest de la baie de Do­ne­gal, et lar­gua six bombes de 250 kg, dont deux au moins firent mouche, fai­sant gî­ter for­te­ment sur tri­bord le car­go dont le sort pa­rut d’em­blée scel­lé.

Le I/KG 40 coule 17 na­vires en jan­vier

autre suc­cès no­table fut en­re­gis­tré huit jours plus tard quand le haupt­mann Kon­rad Ver­lohr (1./ KG 40) et l’oblt Bern­hard Jope (2./ KG 40) at­ta­quèrent le convoi OB274 et furent cré­di­tés d’avoir cou­lé le Ono­ba et le Mean­dros. Jan­vier 1941 se ré­vé­le­rait un bon mois pour le I./KG 40 avec 17 na­vires cou­lés pour la perte au com­bat d’un seul avion, ce­lui que pi­lo­tait l’oblt Frie­drich Bur­meis­ter quand il fut abat­tu par des tirs de dé­fense an­ti­aé­rienne lé­gère en at­ta­quant le Sea­man le 10 jan­vier 1941. Bur­meis­ter fut cap­tu­ré ain­si que deux de ses hommes d’équi­page, tan­dis que trois autres furent tués ; sa cap­ture per­mit aux Al­liés d’en ap­prendre plus au su­jet de l’énig­ma­tique I/KG 40 et de ses “Con­dor”.

Le I/ KG 40 en­tre­prit une at­taque d’en­ver­gure avec cinq avions le 28 jan­vier 1941, pro­ba­ble­ment contre le convoi HX102. Entre 11 h 10 et 12 h 25, les at­taques furent pro­non­cées par quatre équi­pages. L’oblt Hein­rich Schlos­ser (3./KG 40) rap­por­ta avoir tou­ché un car­go à 560 km dans l’ouest-nord-ouest de l’île de To­ry, avec quatre bombes de 250 kg. Puis l’oblt Hans Bu­ch­holz (1./KG 40) por­ta une at­taque si­mi­laire contre un car­go à 450 km à l’ouest de la baie de Castle, sans en voir les ré­sul­tats. En­suite le hptm Ed­mund Da­ser (1./KG 40) rap­por­ta avoir at­ta­qué un convoi à 290 km à l’ouest de Co­lon­say avec une bombe de 500 kg et deux de 250 kg tou­chant un car­go, ici aus­si sans qu’il puisse voir le ré­sul­tat. Fi­na­le­ment, le hptm Fritz Flie­gel at­ta­qua un convoi à 260 km à l’ouest de To­ber­mo­ry, no­tant qu’une de ses bombes dé­ton­na sous le na­vire. Les Al­liées rap­por- tèrent des at­taques de “Con­dor” sur le Grel­ro­sa à 400 miles [640 km] à l’ouest du nord de l’Ir­lande et sur le Pan­dion à 150 miles [240 km] à l’ouest de Ma­lin Head, ce der­nier fi­nis­sant par cou­ler à Lough Swilly le 30 jan­vier 1941.

Si jan­vier 1941 avait été bon, fé­vrier 1941 fut en­core meilleur. Les rap­ports de seule­ment trois jour­nées suf­fi sent à l’illus­trer. Le 9 fé­vrier 1941, cinq “Con­dor” at­ta­quèrent le convoi HG53 qui fai­sait route au su­douest du Por­tu­gal. Les cinq pi­lotes – hptm Fritz Flie­gel, oblt Hein­rich Schlos­ser, oblt Bern­hard Jope, oblt Hans Bu­ch­holz et oblt Erich Adam – étaient tous très ex­pé­ri­men­tés. Les quatre pre­miers al­laient tous plus tard re­ce­voir la fa­meuse Rit­ter­kreuz (Croix de che­va­lier), Jope ayant dé­jà re­çu une fois cette dé­co­ra­tion. Erich Adam eut l’in­for­tune d’être tou­ché par les tirs du sloop Dept­ford, ce qui le contrai­gnit à rompre le com-

bat et à se po­ser en ca­tas­trophe à Mou­ra, au Por­tu­gal ; tous les autres équi­pages re­ven­di­quèrent avoir ex­cel­lé. Schlos­ser fut cré­di­té de trois ba­teaux cou­lés, pour un to­tal de 8 500 t. Flie­gel fut cré­di­té de deux na­vires pour un to­tal de 11 000 t et d’un autre en­dom­ma­gé. Jope fut cré­di­té d’un to­tal de 5 000 t cou­lées et d’un autre na­vire en­dom­ma­gé. Bu­ch­holz en­dom­ma­gea un na­vire. Les pertes confi rmées des Al­liés furent celles des Var­na, Ju­ra, Bri­tan­nic, Dag­mar I et Te­jo. Au mo­ment où les “Con­dor” se­maient mort et des­truc­tion, le lt zur See Ni­co­lai von Clau­sen cou­la avec son U-Boot U-37 les Cour­land et Es­trel­la­no. Ce furent là de re­mar­quables suc­cès pour les Al­le­mands, et en par­ti­cu­lier pour le I/ KG 40 ,et ils hâ­tèrent pro­ba­ble­ment la re­mise à Flie­gel de la Rit­ter­kreuz le 25 mars 1941, Bu­ch­holz re­ce­vant la sienne la veille.

Le 19 fé­vrier 1941, Bern­hard Jope cou­la de nou­veau des na­vires lors d’une re­con­nais­sance mé­téo­ro­lo­gique ar­mée sur les Hé­brides. Sa route croi­sa celle du convoi OB287 ; il re­la­ta ain­si les faits :

“Vol d’ap­proche sur l’ouest de l’Ir­lande, forts vents de face di­mi­nuant à l’ouest des Hé­brides, averses. Après avoir vo­lé dans les nuages un mo­ment, le convoi est ap­pa­ru sou­dai­ne­ment en PlQ 16 Ouest 7004 [sic], cap à l’ouest, 45 na­vires mar­chands jus­qu’à 10 000 t, faible es­corte. Im­mé­dia­te­ment pro­non­cé une at­taque sur­prise sur la ligne de trois ba­teaux de­vant moi. Trois bombes lar­guées sur le pre­mier na­vire (8 000 t), deux der­rière l’ar­rière et la troi­sième tou­chant la plage ar­rière. Lais­sé pas­ser le se­cond na­vire et, ap­pro­chant par l’ar­rière, at­ta­qué le troi­sième avec trois bombes. Une a ta­pé di­rec­te­ment dans le com­par- ti­ment mo­teur, avec ex­plo­sion de la chau­dière. N’ayant pas as­sez de car­bu­rant, pas pu trans­mettre vec­teurs ra­dio pour les U-Boote. L’at­taque a eu lieu à 13 h 30. Du fait de notre at­taque sur­prise, pas d’ac­tion dé­fen­sive ob­ser­vée. Deux bal­lons de bar­rage ob­ser­vés 50 m au-des­sus de deux des na­vires.

Avant que le convoi ne soit dé­cou­vert, avons ob­ser­vé à l’ouest et au sud-ouest des Hé­brides quelques ba­teaux de pa­trouille et un re­mor­queur ti­rant un na­vire mar­chand char­gé, cap à l’est ; nous n’en avons at­ta­qué au­cun. Un avion éga­le­ment ob­ser­vé près du na­vire mar­chand. Avons pour­sui­vi vol à une al­ti­tude de 600- 800 m, avec 2/10 de nuages, via l’île Fair entre les Ork­neys et les Shet­lands, jusque Sta­van­ger.”

Les re­ven­di­ca­tions de Jope se ré­vé­lèrent justes : les Al­liés rap­por­tèrent la perte du tan­ker Gra­cia et du car­go Hou­sa­to­nic. Jope eut même l’op­por­tu­ni­té de par­faire son suc­cès deux jours plus tard : alors qu’il ren­trait de Sta­van­ger, il tom­ba de nou­veau sur ce convoi :

“Vol d’ap­proche de­pui s Sta­van­ger, via l’île Fair, vers la po­si­tion es­ti­mée du convoi dé­jà at­ta­qué les 19 et 20 fé­vrier. Il fai­sait tou­jours nuit quand des lueurs pro­ve­nant des ba­teaux ont été aper­çues, en­vi­ron 250 km au nord-ouest des Hé­brides vers 8 heures. Les lu­mières des ba­teaux se sont im­mé­dia­te­ment éteintes, mais nous avons lan­cé plu­sieurs at­taques à la lueur de la Lune. Une bombe SC250 a été lâ­chée sur le na­vire qui a été aus­si sou­mis à nos tirs de ca­nons et mi­trailleuses. Mais nous n’avons pas ob­ser­vé d’ef­fets vi­sibles.

À 10 h 30, le convoi a de nou­veau été re­pé­ré, et, jouant de l’ef­fet

Les ba­teaux ont éteint les lu­mières (…) Nous avons at­ta­qué à la lueur de la Lune

de sur­prise, été at­ta­qué une nou­velle fois. Deux des tan­kers, en queue de convoi, ont été bom­bar­dés, cha­cun avec trois bombes. Le plus gros a été en­dom­ma­gé par la dé­to­na­tion d’une bombe près de sa coque, à l’ar­rière. Un coup au but a dé­truit l’autre, plus pe­tit ; la bombe a ex­plo­sé dans le com­par­ti­ment mo­teur, dé­trui­sant les su­per­struc­tures de la plage ar­rière et, en consé­quence, la chau­dière a ex­plo­sé. Les deux na­vires ont été dis­tan­cés par le reste du convoi et ont re­çu l’as­sis­tance de deux vais­seaux auxi­liaires.

Les po­si­tions trans­mises aux U-Boote

la suite de notre at­taque, tous les na­vires ont ou­vert le feu. L’avion a fait des cercles au­tour du convoi pen­dant en­vi­ron 20 mi­nutes. Après le mes­sage “Res­tons sur le convoi et en­voyons vec­teurs ra­dio sur la fré­quence U-Boot”, ces vec­teurs ont été trans­mis pour les U-Boote. Du­rant le vol de retour à une al­ti­tude de 3 500 m, il y avait un fort vent ar­rière. Après avoir at­teint le coin sud-ouest de l’Ir­lande, il nous a été pos­sible de cal­cu­ler la po­si­tion exacte du convoi avec la mé­thode du cap et de la montre.”

Fé­vrier 1941 al­lait être le zé­nith des suc­cès du I/ KG 40 avec cinq autres na­vires cou­lés le 26 fé­vrier 1941 (cré­di­tés au lt Ot­to Gose, à l’oblt Hein­rich Schlos­ser et à l’oblt Ru­dolf Mons) et trois sup­plé­men­taires le len­de­main. La co­opé­ra­tion entre “Con­dor” et U-Boote – en par­ti­cu­lier le U- 47 com­man­dé par le fa­meux ka­pitän­leut­nant Gün­ther Prien (1) –se ré­vé­la des plus ef­fi­caces contre le convoi OB290 qui vit 13 de ses na­vires êtres cou­lés et cinq autres en­dom­ma­gés.

Du­rant ce même mois, seule­ment deux “Con­dor” furent per­dus : non seule­ment Erich Adam po­sa le sien en ca­tas­trophe au Por­tu­gal, mais le 5 fé­vrier 1941, l’oblt Paul Göm­mer et son équi­page du 1./KG 40 furent tous tués lors d’un at­ter­ris­sage en ca­tas­trophe dans le sud de l’Ir­lande après avoir été tou­chés par des tirs de dé­fense an­ti­aé­rienne.

Du­rant la pre­mière moi­tié de 1941, les pertes de “Con­dor” furent dues à la dé­fense an­ti­aé­rienne al­liée dans cinq cas, à une at­taque par un avion al­lié dans un cas, et à des causes in­con­nues pour trois cas. Le pre­mier com­bat aé­rien rap­por­té eut lieu le 11 jan­vier 1941 entre un hy­dra­vion Short “Sun­der­land” du Sqn 201 et un “Con­dor” au nord-ouest de Ro­ckall, le “Sun­der­land” re­ven­di­quant avoir en­dom­ma­gé le “Con­dor”. Puis, le 29 jan­vier 1941, un com­bat op­po­sa le “Con­dor” pi­lo­té par l’oblt Erich Adam du 2./KG 40 au “Sun­der­land” du flying of­fi­cer Bar­ry Aik­man du Sqn 210. Le mi­trailleur de queue du “Sun­der­land”, le sgt Reg William­son, fut bles­sé et le lt Al­fred Win­ter, opé­ra­teur ra­dio du “Con­dor”, fut mor­tel­le­ment tou­ché à la tête. Le rap­port de com­bat al­le­mand offre une lec­ture des plus in­té­res­santes. Ayant dé­col­lé à 6 h 02 pour une mis­sion de re­con­nais­sance ar­mée, les deux avions tom­bèrent l’un sur l’autre à 12 h 30 (11 h 37 à l’heure d’été bri­tan­nique) dans le car­reau 25 Ouest/ 3640 [sic]. Un com­bat épique s’en­sui­vit, le “Sun­der­land” avec ses mi­trailleuses, le “Con­dor” avec son ca­non de 20 mm et ses mi­trailleuses. Le “Con­dor” fut tou­ché à 15 re­prises ; son mo­teur ex­té­rieur droit et son équi­pe­ment de na­vi­ga­tion furent en­dom­ma­gés. Les mi­trailleurs al­le­mands rap­por­tèrent avoir tou­ché le “Sun­der­land” qui fut vu pour la der­nière fois traî­nant un pa­nache de fu­mée noire. Il al­lait se pas­ser presque trois mois avant que le Coas­tal Com­mand ob­tienne sa

(1) Cé­lèbre pour avoir at­ta­qué la flotte bri­tan­nique à Sca­pa Flow, au nord de l’Écosse, en oc­tobre 1939.

pre­mière vic­toire avé­rée en com­bat aé­rien contre le grand qua­dri­mo­teur al­le­mand.

Au dé­but de mars 1941, de nou­veaux chan­ge­ments al­laient af­fec­ter le I/KG 40. Le Flie­gerfüh­rer At­lan­tik, su­bor­don­né à la Luft­flotte 3, fut créé et ba­sé à Bran­dé­rion, non loin de Lo­rient, en Bre­tagne, com­man­dé par l’oberst­leut­nant Mar­tin Har­lin­ghau­sen, fervent dé­fen­seur des avions ma­ri­times of­fen­sifs. Sa tâche était simple : des uni­tés dé­si­gnées de­vaient ef­fec­tuer des re­con­nais­sances ar­mées pour le compte de la Be­fehl­sha­ber der U-Boote (com­man­de­ment de la force sous-ma­rine sous le com­man­de­ment du­quel était le I/ KG 40 de­puis le 6 jan­vier 1941) afin de rap­por­ter les po­si­tions et mou­ve­ments des na­vires al­liés pour sou­te­nir les at­taques des U-boote. Sa mis­sion se­con­daire, nor­ma­le­ment non dé­vo­lue aux “Con­dor”, était l’at­taque conven­tion­nelle de na­vires dans les eaux cô­tières bri­tan­niques ; les “Con­dor” n’at­ta­quaient les ba­teaux qu’en haute mer, loin des chas­seurs de jour et de nuit. En mars 1941, le I/KG 40 comp­tait dans sa flotte 21 “Con­dor”, mais le nombre de ceux en état de vol était bien in­fé­rieur – jus­qu’à seule­ment six à un cer­tain mo­ment. Quoi qu’il en soit, le I/KG 40 comp­tait dé­sor­mais trois Staf­feln et deux autres Grup­pen étaient en cours de formation, sans pour au­tant être équi­pés du Fw 200. En jan­vier 1941, le 4./KG 40, com­man­dé par le hptm Paul Fi­scher, fut créé sur He 111, deux autres Staf­feln sui­vant à par­tir de mai 1941, sur Dor­nier 217 – le 4./KG 40 pas­sa sur Do 217 à par­tir de 1941. Ini­tia­le­ment, le 4./KG 40 dé­pen­dait du I/KG 40, mais il fut trans­for­mé en Gruppe sous le com­man­de­ment du hptm Wendt Frei­herr Von Schlip­pen­bach. En mars 1941, le III/KG 40, com­man­dé par le maj. Wal­ter Her­bold, fut créé à par­tir du I/KG 1, sur He 111 H-3 ; Her­bold se­rait rem­pla­cé par le hptm Ro­bert Ko­wa­lews­ki, du II/KG 26 et bon ami de Har­lin­ghau­sen, en juillet 1941.

Une nou­velle ver­sion entre en ser­vice

Mal­gré un nombre de pertes re­la­ti­ve­ment faible, le I/KG 40 avait tou­jours des pro­blèmes à rem­plir toutes ses mis­sions, par­ti­cu­liè­re­ment quand le maj. Ed­gar Pe­ter­sen (qui re­vint comme ges­ch­wa­der kom­mo­dore du KG 40 en avril 1941) se mit en tête d’ef­fec­teur des at­taques en masse avec les “Con­dor”, tac­tique qui avait pré­cé­dem­ment por­té ses fruits. Par exemple, en avril 1941, si 25 à 30 “Con­dor” étaient af­fec­tés à l’uni­té, sur le pa­pier, pas plus de six à huit étaient en état de vol au même mo­ment. Ce­pen­dant, de nou­velles ver­sions de “Con­dor” com­men­çaient à en­trer en ser­vice. Les pre­miers Fw 200 C-1 avaient re­çu un ar­me­ment dé­fen­sif consti­tué de mi­trailleuses MG 15 et d’un ca­non 20 mm dans une gon­dole ven­trale, et em­por­taient jus­qu’à cinq bombes de 250 kg. Son suc­ces­seur, le Fw 200 C-2, était une ver­sion amé­lio­rée du point de vue des py­lônes d’em­port de bombes et na­celles, avec des ren­forts struc­tu­raux im­po­sés par le com­bat (par rap­port à ce qui est re­quis pour trans­por­ter des pas­sa­gers). Le Fw 200 C-3, qui de­ve­nait au prin­temps 1941 la va­riante la plus uti­li­sée, avait re­çu des mo­di­fi­ca­tions au ni­veau des mo­teurs, pe­sait plus lourd, pou­vait em­por­ter plus de bombes, et avait re­çu une tou­relle dor­sale et des mi­trailleuses de fu­se­lage, pour la plu­part de ca­libre plus im­por­tant.

Les pertes de “Con­dor” al­laient s’ac­croître de fa­çon dra­ma­tique entre mars et juillet 1941. En mars, deux furent dé­truits dans des ac­ci­dents, six membres d’équi­pages dont trois pi­lotes y lais­sant la vie. Du­rant ce même mois, pour la pre­mière fois, un “Con­dor” fut pris à par­tie par des chas­seurs ba­sés à terre : deux Haw­ker “Hur­ri­cane” du Sqn 3 de la RAF l’en­dom­ma­gèrent au large de Sum­burgh, dans les îles Shet­land, le 2 mars 1941. Le plt off. Doug Ro­bert­son rap­por­ta :

“(…) Alors que nous vo­lions au­des­sus de la mer à 50 km à l’est de Sum­burgh, j’ai aper­çu un Fw 200 qui vo­lait à peine quelques mètres au-des­sus de l’eau et au même mo­ment, j’ai en­ten­du “Red 1” [plt off. John Crabb] or­don­ner “Tal­ly Ho!” [at­ta­quez !]. J’ai sui­vi “Red 1”, lé­gè­re­ment au-des­sus. Im­mé­dia­te­ment, “Red 1” s’est désen­ga­gé de sa pre­mière at­taque, j’ai ti­ré une ra­fale de trois se­condes de­puis le plein ar­rière et ai ob­ser­vé des tra­ceuses pé­né­trer le fu­se­lage de l’avion en­ne­mi. J’ai désen­ga­gé quand “Red 1” a de nou­veau at­ta­qué par la droite. J’ai pris de l’al­ti­tude par la droite et ai pro­non­cé une at­taque en pi­qué de face, en par­tant de 60 m plus haut, en ti­rant une ra­fale d’une se­conde. J’ai dû rompre mon at­taque car “Red 1” ti­rait sur l’avion de la di­rec­tion exac­te­ment op­po­sée à la mienne. J’ai en­suite at­ta­qué par l’ar­rière, en ti­rant une ra­fale de six se­condes à en­vi­ron 200 m de dis­tance, et ai de nou­veau vu des tra­ceuses pé­né­trer l’avion en­ne­mi. Du­rant toutes ces at­taques, je n’ai pas es­suyé de tirs dé­fen­sifs…” Le “Con­dor” se po­sa en ca­tas­trophe à Va­rhaug, au sud de Sta­van­ger ; la seule vic­time fut l’ob­ser­va­teur mé­téo­ro­logue qui fut bles­sé.

Il semble que seule­ment trois na­vires furent cou­lés du­rant ce mois de mars : le Ben­vor­lich le 19, le Bea­ver­brae le 25 et l’Em­pire Mer­maid le 26, le pre­mier et le der­nier cré­di­té res­pec­ti­ve­ment à l’oblt Franz Vül­lers et à l’oblt Ru­dolph Mons – même si l’Em­pire Mer­maid ne cou­la que le 28 mars 1941.

En avril 1941, la RAF en­re­gis­tra sa pre­mière vic­toire en com­bat aé­rien confir­mée contre un “Con­dor”. Le 16, le flt lt Bill Ri­ley et le war­rant of­fi­cer Do­nald­son, aux com­mandes d’un Bris­tol “Beau­figh­ter” du Sqn 252, abat­tirent le “Con­dor” pi­lo­té par l’oblt Her­mann Rich­ter du 1./KG 40 au large de la baie de Black­sod, au nord de l’Ir­lande ; les six membres d’équi­page al­le­mands furent por­tés dis­pa­rus. Dans le rap­port de Bill Ri­ley, on peut lire :

“À la fin de notre pa­trouille, nous avons aper­çu un avion en­ne­mi à 14 h 20, sur un cap 210°. Iden­ti­fié comme un “Con­dor”. J’ai com­men­cé mon at­taque par le quart avant pour ter­mi­ner à l’ar­rière. Ou­vert le feu à 300 m et ai pour­sui­vi en ra­fales courtes jus­qu’à être à bout por­tant à l’ar­rière. Le “Con­dor” a ré­pli­qué avec ses mi­trailleuses de fu­se­lage. Il a pris feu à l’ar­rière de l’em­plan­ture de l’aile gauche, les deux mo­teurs sem­blant in­opé­rants. Le “Con­dor” a vi­ré à gauche, s’est re­mis en ligne droite, puis a plon­gé en flammes dans la mer avec un angle à pi­quer de 45°. N’avons pas ob­ser­vé de sur­vi­vants, peu de dé­bris. Le “Con­dor” était peint en­tiè­re­ment vert, avec des croix aux contours sou­li­gnés en blanc. Pas de gon­dole ven­trale ob­ser­vée.”

Des “Con­dor” per­dus et moins de na­vires cou­lés

Le 17 avril, l’oblt Paul Ka­lus et son équi­page du 1./ KG 40 furent por­tés dis­pa­rus ; le corps d’un des membres d’équi­page fut ré­cu­pé­ré en mer le 21 mai 1941 et in­hu­mé sur une des îles Shet­land. Le len­de­main, l’oblt Ernst Mül­ler et son équi­page du 3./KG 40 amer­rirent en ca­tas­trophe de­vant l’île de Schull, dans le com­té de Cork ; ils furent tous in­ter­nés en Ir­lande. En­fin, l’avion de l’oblt Ro­land Schel­cher du 1./ KG 40 fut semble-t-il abat­tu par les tirs d’une bat­te­rie de dé­fense aé­rienne de la Royal Na­vy, au large des Shet­land, et tout l’équi­page y lais­sa la vie. À ce­ci il faut ajou­ter, lors de deux nuits suc­ces­sives du 12 au 13 et du 13 au 14 avril, que le Bom­ber Com­mand de la RAF frap­pa la base de Mé­ri­gnac et dé­trui­sit trois “Con­dor”. La perte de sept “Con­dor” – et de nom­breux équi­pages en­traî­nés – du­rant ce mois en­ta­ma les res­sources al­le­mandes, car Focke-Wulf Flug­zeug­bau ne pro­dui­sait tou­jours que cinq avions par mois.

Par ailleurs, le nombre de na­vires cou­lés par les “Con­dor” avait di­mi­nué : le 6 avril, les Ni­co­lau Zo­gra­phia, Ol­ga S et Duns­tan furent les cibles des avions pi­lo­tés par les lt Ru­dolf Mayr et lt Ro­bert Ma­ly du 3.Staf­fel. Puis le 16 avril 1941, les Swe­dru et Fa­vo­rit furent cou­lés par le “Con­dor” pi­lo­té par l’oblt Ru­dolf Heindl du 3./ KG 40. Deux autres na­vires furent cou­lés à la fin du mois.

Le mois de mai fut plus calme en­core, avec seule­ment trois na­vires cou­lés et un “Con­dor” per­du. Mais cette perte fut du­re­ment res­sen­tie. Le 19 mai 1941, alors que le Um­ge­ni su­bis­sait une at­taque au large d’Ho­ly­wood, au nord de l’Ir­lande, juste après l’aube, l’un des ser­vants de la dé­fense an­ti­aé­rienne lo­gea une unique balle dans le nez du “Con­dor” qui s’em­bra­sa peu après et s’écra­sa à 500 m du na­vire. Deux des membres

Le “Con­dor” a pris feu puis a plon­gé en flammes dans la mer sous un angle de 45°

d’équi­page avaient été bles­sés et se noyèrent avant d’avoir pu être se­cou­rus, les cinq autres s’en ti­rant sans bles­sures. L’oblt Hans Bu­ch­holz, ti­tu­laire de la Rit­ter­kreuz, avait fi­na­le­ment épui­sé son ca­pi­tal chance.

Du­rant le mois de juin 1941, au­cun “Con­dor” ne fut per­du au com­bat mais un Fw 200 A-01 fut dé­truit sur le ter­rain d’Aal­borg West suite à un in­cen­die mo­teur, tan­dis que deux avions furent en­dom­ma­gés par la dé­fense an­ti­aé­rienne en at­ta­quant le convoi HS65. Le “Con­dor” pi­lo­té par le lt Ot­to Gose se po­sa en ca­tas­trophe à Na­vio, en Es­pagne, tan­dis que ce­lui de l’oblt Erich Wes­ter­mann se bri­sa en l’air en at­ta­quant le même convoi, les dé­bris tom­bant près d’Amae­le­ja au Por­tu­gal – les six membres d’équi­page furent tués. Fi­na­le­ment, le 24 juin, un “Con­dor” amer­rit en ca­tas­trophe dans le golfe de Gas­cogne.

Le der­nier jour de juin 1941, un “Con­dor” et un “Sun­der­land” se confron­tèrent de nou­veau dans les airs. Les équi­pages des lt Ru­dolf Feldt du 3. Staf­fel et du fg off Athol “At­tie” Weare du Sqn 10 ou­vrirent le feu les uns sur les autres ; l’ober­feld­we­bel (ofw) Wer­ner Sieth (mé­ca­ni­cien na­vi­guant) fut bles­sé, tan­dis que les ré­ser­voirs d’huile et de car­bu­rant du “Sun­der­land” furent en­dom­ma- gés. Ce même jour, le “Con­dor” pi­lo­té par l’ofw Her­bert Rohr­bach’s du 1./ KG 40, spé­cia­le­ment équi­pé d’un Schiff­sor­tungs­gerät (ra­dar de dé­tec­tion de na­vires de sur­face) dis­pa­rut au-des­sus de l’At­lan­tique. Peu de na­vires al­liés furent cou­lés en ce mois de juin – seule­ment deux confi rmés, les 6 et 19. D’un autre cô­té, les ren­contres avec les avions de la RAF s’ac­crois­saient ; les équi­pages du 3. Staf­fel eurent affaire à des avions du Coas­tal Com­mand au moins neuf fois – la RAF ne re­cen­sa que deux ren­contres.

Du­rant le mois de juillet 1941, de nom­breux avions furent vic­times d’ac­ci­dents, ce qui ré­dui­sit no­ta­ble­ment le nombre de ceux dis­po­nibles. Le 17 juillet 1941, le Coas­tal Com­mand et les “Con­dor” s’af­fron­tèrent de nou­veau, mais cette fois, bien que son opé­ra­teur ra­dio, l’oblt Hans Jor­dens fût tué, l’oblt Ru­dolf Heindl dut à ses mi­trailleurs d’abattre un “Whit­ley” du Sqn 502 pi­lo­té par le wg cdr Do­nald Shore (qui s’ap­prê­tait à prendre le com­man­de­ment du Sqn 612). Shore et un de ses hommes furent bles­sés, mais le pi­lote par­vint à amer­rir en ca­tas­trophe et les cinq membres d’équi­page bri­tan­niques furent ré­cu­pé­rés le West­cott.

Mal­gré ce suc­cès, le I/KG 40 eut à souf­frir dès le len­de­main d’une perte sé­vère. Le hptm Fritz Flie­gel dé­bus­qua le convoi OB346 qui avait quit­té Li­ver­pool pour Free­town quatre jours plus tôt. L’un des pi­lotes du Figh­ter Ca­ta­pult Ship (FCS) Ma­plin re­la­ta dans son jour­nal :

“Alors que je pre­nais mon pe­tit­dé­jeu­ner et que Bob [lt Bob Eve­rett] était dans l’avion, un “Con­dor” est ar­ri­vé et a com­men­cé à tour­ner au­tour du convoi à plus faible dis­tance. Nous avons été ten­tés de nous faire ca­ta­pul­ter, mais nous nous sommes re­te­nus car il n’at­ta­quait pas. Il a conti­nué à faire des cercles au­tour du convoi de temps à autre pen­dant une heure, avant de par­tir en di­rec­tion du sud. Nous l’avions à peine per­du de vue quand il y a eu un énorme cha­hut à l’ar­rière du na­vire, où ils avaient re­pé­ré un autre “Con­dor” vo­lant au ni­veau de la mer et ap­pro­chant le convoi droit des­sus et dé­jà très près. Nous avons im­mé­dia­te­ment lan­cé le “Hur­ri­cane” de Bob, mais avant qu’il ait eu le temps de vi­rer et de se rap­pro­cher du “Con­dor”, ce der­nier avait lar­gué une sé­rie de bombes sur un autre na­vire dont le pont s’était em­bra­sé.”

Les Figh­ter Ca­ta­pult Ship étaient une ten­ta­tive de so­lu­tion in­té­ri-

maire, faute d’un nombre suf­fi­sant de porte-avions, pour pro­cu­rer une dé­fense aé­rienne aux convois ma­ri­times (lire plus bas).

Avant même qu’il puisse lan­cer son at­taque avec son “Sea Hur­ri­cane”, Bob Eve­rett vit un bout de l’aile droite du “Con­dor” se dé­ta­cher ; le qua­dri­mo­teur avait re­çu un coup di­rect d’une des bat­te­ries de dé­fense an­ti­aé­rienne du convoi, soit celle du na­vire mar­chand ar­mé Nor­man Prince (qui se­rait cou­lé par le U-156 le 29 mai 1942) soit celle du Pi­lar de Lar­ri­na­ga. Le “Con­dor” s’écra­sa en mer – lais­sant un Eve­rett pour le moins frus­tré – et tout son équi­page pé­rit. Le I/ KG 40 ve­nait de perdre son of­fi­cier le plus ex­pé­ri­men­té et un deuxième ti­tu­laire de la Rit­ter­kreuz en deux mois. Flie­gel fut rem­pla­cé par le hptm Ed­mund Da­ser, qui avait pris le com­man­de­ment de l’Ergän­zung­ss­taf­fel/KG 40 en avril 1941 afin de for­mer de nou­veaux équi­pages de “Con­dor”. Agé de 33 ans, Da­ser s’était en­ga­gé en 1932, avait vo­lé avec le II/ KG 154 et le II/KG 157, puis, en mars 1939, avait été dé­ta­ché comme pi­lote à la Focke-Wulf Flug­zeug­bau où il avait ac­quis beau­coup d’ex­pé­rience sur “Con­dor” avant d’être af­fec­té au 1./ KG 40 en avril 1940. Ayant connu de nom­breux suc­cès en opé­ra­tions, il avait re­çu la Rit­ter­kreuz en fé­vrier 1941 – alors le troi­sième pi­lote du I/ KG 40 à la re­ce­voir, un mois avant ce­lui qu’il rem­pla­çait dé­sor­mais.

Pour ajou­ter au drame de la perte de Flie­gel, le 23 juillet 1941, l’ofw Hein­rich Blei­chert du Stab I/ KG 40 fut abat­tu par un “Hud­son” du Sqn 233 pi­lo­té par le fg off. Ron Down, alors qu’il at­ta­quait le convoi OG69 au large d’Achil Head, en Ir­lande. Blei­chert par­vint à amer­rir en ca­tas­trophe et n’eut à dé­plo­rer qu’un bles­sé, le pré­vi­sion­niste mé­téo­ro­logue ; tout l’équi­page fut cap­tu­ré. Puis, le len­de­main, le Staf­fel Kä­pi­tan du 1./ KG 40, le hptm Kon­rad Ver­lohr, ne ren­tra pas d’une mis­sion à l’ouest de l’Ir­lande.

Aban­don des at­taques à basse al­ti­tude

En ce mois de juillet, il sem­blait que le vent avait bel et bien tour­né pour les “Con­dor”. En plus des pertes et d’un très faible taux de dis­po­ni­bi­li­té (le 26 juillet 1941, le I/KG 40 rap­por­ta que sur ses 25 avions, seule­ment cinq étaient bons de vol), au­cun na­vire ne fut confir­mé comme ayant été cou­lé par le I/ KG 40. Du­rant les deux pre­miers mois de 1941, les “Con­dor” avaient contri­bué à cou­ler en­vi­ron 39 na­vires, et en­vi­ron 17 de mars à juillet 1941 ; du­rant les cinq der­niers mois de 1941, seule­ment quatre furent cou­lés ou gra­ve­ment en­dom­ma­gés par des “Con­dor”. Les équi­pages du 3./KG 40 rap­por­tèrent avoir ren­con­tré des convois ma­ri­times 11 fois du­rant le mois de juillet 1941, et leur seul suc­cès fut d’abattre un “Whit­ley” du Sqn 502 le 17 juillet 1941. C’est à par­tir de ce mo­ment, du fait du manque d’avions bons de vol, des dé­fenses al­liées amé­lio­rées contre les “Con­dor” at­ta­quant à très basse al­ti­tude, et des pertes, que fut dé­cré­té l’aban­don des at­taques à basse al­ti­tude par le I/ KG 40 en fa­veur d’at­taques de plus haut pour res­ter en re­la­tive sé­cu­ri­té. Il en ré­sul­ta une mo­di­fi­ca­tion des Fw 200 C-3 au nou­veau stan­dard Fw 200 C-3/U2 par le dé­mon­tage du ca­non de 20 mm se trou­vant dans le nez et son rem­pla­ce­ment par un vi­seur de bom­bar­de­ment Lot­fern­rohr (Lotfe) 7D per­met­tant une bonne pré­ci­sion en al­ti­tude. Ain­si, les “Con­dor” du I/KG 40 conti­nuèrent d’être une très sé­rieuse me­nace pour les convois al­liés, que les qua­dri­mo­teurs ac­com­pa­gnaient dis­crè­te­ment jusque très loin dans l’At­lan­tique, le temps de trans­mettre par ra­dio aux U-boote leur po­si­tion géo­gra­phique, tout en se te­nant hors de por­tée des dé­fenses al­liées en constante amé­lio­ra­tion et en gar­dant leur ca­pa­ci­té à at­ta­quer quand les condi­tions per­met­taient de le faire avec une cer­taine pru­dence.

La me­nace re­pré­sen­tée par les “Con­dor” avait contraint les Al­liés à ima­gi­ner di­vers moyens de se pro­té­ger du pré­da­teur al­le­mand. La pre­mière idée avait été le Hol­man Pro­jec­tor, qui uti­li­sait une par­tie de la va­peur pro­duite par les chau­dières des na­vires pour pro­je­ter des gre­nades de­vant l’as­saillant. Puis il y avait eu le Sys­tem Type E (plus connu sous le nom de Pa­ra­chute and Cable Ro­cket, ro­quette à câble et pa­ra­chute), soit une ro­quette qui ti­rait der­rière elle 200 m de câble en par­tant au-des­sus du na­vire et qui, une fois ar­ri­vée à son apo­gée, dé­ployait un pa­ra­chute au­quel était sus­pen­due une pe­tite bombe. Fi­na­le­ment, il y eut le Con­dor Trap Ship, un ba­teau qui se fai­sait pas­ser pour un na­vire mar­chand non ar­mé mais était en fait un loup dé­gui­sé en mou­ton ; le Cris­pin n’eut ce­pen­dant ja­mais l’op­por­tu­ni­té de prou­ver (ou non) son ef­fi­ca­ci­té car il fut cou­lé dès le 3 fé­vrier 1941 par le U-Boot U-107.

Ce­pen­dant, seul un ou des chas­seurs pou­vaient contrer ef­fi­ca­ce­ment un “Con­dor”. C’est ce qui

pré­va­lut à l’ap­pa­ri­tion des Figh­ter Ca­ta­pult Ships. Les cinq exem­plaires eurent pour nom Pe­ga­sus, Ariua­ni, Spring­bank, Pa­tia et Ma­plin ; ils étaient tous des na­vires mar­chands mo­di­fiés pour pou­voir “ti­rer et ou­blier” soit des Fai­rey “Ful­mar” soit des “Sea Hur­ri­cane” du Sqn 804 de la Fleet Air Arm, dont les pi­lotes, après avoir fait fuir ou avoir abat­tu le “Con­dor”, re­ga­gnaient un aé­ro­drome sur la terre ferme ou amer­ris­saient près du convoi pro­té­gé et étaient ré­cu­pé­rés… Le pre­mier suc­cès d’un Figh­ter Ca­ta­pult Ship se pro­dui­sit le 11 mai 1941, mais une seule vic­toire en com­bat aé­rien peut être por­tée à leur cré­dit. Le 3 août 1941, le lt Bob Eve­rett du Sqn 804 fut ca­ta­pul­té du Ma­plin aux com­mandes d’un “Sea Hur­ri­cane” et re­ven­di­qua un “Con­dor” avant de se pa­ra­chu­ter et d’être ra­pi­de­ment ré­cu­pé­ré en mer. En fait, ce “Con­dor” se traî­na jus­qu’aux côtes fran­çaises, aux larges des­quelles il tom­ba en mer ; deux membres de son équi­page pé­rirent, le pré­vi­sion­niste fut bles­sé. Pour ce fait d’armes, Bob Eve­rett fut plus tard dé­co­ré de la Dis­tin­gui­shed Ser­vice Or­der.

L’ef­fi ca­ci­té des Figh­ter Ca­ta­pult Ships était néan­moins li­mi­tée, et ils ne ca­ta­pul­tèrent leurs chas­seurs qu’en huit oc­ca­sions seule­ment contre des “Con­dor” et en une seule oc­ca­sion un de ces qua­dri­mo­teurs fut abat­tu. Qui plus est, deux de ces Figh­ter Ca­ta­pult Ships furent cou­lés et un autre gra­ve­ment en­dom­ma­gé. Le Pa­tia fut cou­lé par un He 111 lors d’es­sais à la mer le 27 avril 1941, le Spring­bank le 27 sep­tembre 1941 par le U-201, et l’Ari­gua­ni fut sé­rieu­se­ment en­dom­ma­gé par le U- 83 le 26 oc­tobre 1941.

Une autre idée fut d’équi­per d’une ca­ta­pulte et d’un “Hur­ri­cane” un car­go nor­mal. Dé­si­gnés Ca­ta­pult Air­craft Mer­chant (CAM) Ships, 19 car­gos furent sé­lec­tion­nés pour être mo­di­fiés, et le Figh­ter Com­mand de la RAF al­loua 60 “Hur­ri­cane” à la Mer­chant Ship Figh­ter Unit (MSFU). Le pre­mier à prendre la mer fut le Mi­chael E qui prit la di­rec­tion de New York le 28 mai 1941 et fut cou­lé par le U-108 dès le 2 juin 1941. Un seul ca­ta­pul­tage fut ef­fec­tué en 1941 par les na­vires CAM : le vé­té­ran de la ba­taille d’An­gle­terre George Var­ley “dé­col­la” de l’Em­pire Foam le 1er no­vembre 1941 et mit en fuite le “Con­dor” as­saillant. Les na­vires CAM furent uti­li­sés jus­qu’en juillet 1943 et furent rem­pla­cés par des porte-avions ; ils n’en­re­gis­trèrent qu’une unique vic­toire en com­bat aé­rien confir­mée, exac­te­ment un an près le ca­ta­pul­tage de George Var­ley, quand le fg off. Nor­man Tay­lor (autre vé­té­ran de la ba­taille d’An­gle­terre), ca­ta­pul­té de l’Em­pire Heath, abat­tit un “Con­dor”.

Ce­pen­dant, la plus ef­fi­cace des me­sures dé­fen­sives mises en place par les Al­liés en 1941 fut la mise en ser­vice du porte-avions d’es­corte Au­da­ci­ty, qui em­por­tait six Grum­man “Mart­let” du Sqn 802. L’un des pre­miers pi­lotes à s’en­vo­ler d’un tel porte-avions fut le sub-lt Eric “Winkle” Brown :

“J’étais un jeune sous-lieu­te­nant tem­po­raire de la ré­serve vo­lon­taire de la Royal Na­vy, af­fec­té sur l’Au­da­ci­ty, le pre­mier porte- avions d’es­corte de l’his­toire bri­tan­nique, en pro­tec­tion d’un convoi dans l’At­lan­tique en 1941. Après un pre­mier tour d’opé­ra­tions court mais plein de suc­cès, l’Au­da­ci­ty a été cou­lé par une tor­pille le 21 dé­cembre 1941. Avant ce fu­neste jour, quatre Fw 200 “Con­dor” et un cin­quième pro­bable avaient été en­re­gis­trés, ain­si que le re­pé­rage d’un cer­tain nombre de U- Boote par les “Wild­cat” [nom amé­ri­cain du “Mart­let” bri­tan­nique] de l’Au­da­ci­ty.”

Trois “Con­dor” peuvent être at­tri­bués avec cer­ti­tude aux avions de l’Au­da­ci­ty. Le 21 sep­tem­bere 1941, en es­corte du convoi OG74, les sub-lt Nor­ris Pat­ter­son et Gra­ham Flet­cher abat­tirent ce­lui du lt Georg Schaf­fra­nek du 3./KG 40 ; il n’y eut au­cun sur­vi­vant. Le 8 no­vembre 1941, en es­corte du convoi OG76, Eric Brown abat­tit le “Con­dor” pi­lo­té par l’oblt Karl Krü­ger du 3. Staf­fel (le mi­trailleur de Krü­ger avait pré­cé­dem­ment abat­tu l’of­fi­cier com­man­dant le Sqn 802, le lt cdr John Win­tour) ; dans ce cas éga­le­ment, il n’y eut au­cun sur­vi-

Le “Hur­ri­cane” ca­ta­pul­té du car­go met en fuite le “Con­dor” as­saillant

vant. La der­nière vic­toire confir­mée eut lieu deux jours avant que l’Au­da­ci­ty fût cou­lé par le U-751 le 21 dé­cembre 1941 ; il n’y eut pas non plus de sur­vi­vants par­mi les membres de l’équi­page de l’oblt Hans-Joa­chim Hase dont le “Con­dor” fut abat­tu par le sub- lt “Jim­my” Sleigh. Hase, autre pi­lote ex­pé­ri­men­té de “Con­dor”, ve­nait juste de re­ce­voir l’Eh­ren­po­kal (coupe d’hon­neur), deux se­maines au­pa­ra­vant.

Duels avec les avions du Coas­tal Com­mand

Du­rant l’été de 1941, le I/KG 40 dé­lais­sa sa zone d’opé­ra­tions ha­bi­tuelle quand le Kom­man­do Pe­ter­sen fut créé pour ef­fec­tuer des mis­sions contre les na­vires al­liés dans le golfe de Suez, sur le ca­nal de Suez et le nord de la mer Rouge, sous le contrôle du X Flie­ger­korps. Six “Con­dor” furent en­voyés en Grèce à la fin d’août 1941 avec neuf He 111 du III/ KG 40. Les He 111, com­man­dés par le hptm Ro­bert Ko­wa­lews­ki, kom­man­deur du III/ KG 40, ar­ri­vèrent de Soes­ter­berg le 26 août 1941 et furent rat­ta­chés au KG 26, ap­pa­rem­ment pour des at­taques à la tor­pille. C’est à peu près à cette époque que l’uti­li­sa­tion de Fw 200 fut en­vi­sa­gée pour des at­taques à la tor­pille, ce qui pour­rait ex­pli­quer l’en­voi d’une par­tie du KG 40 en Grèce. Le Kom­man­do ar­ri­va à Athènes-Eleu­sis le 26 août 1941, mais le maj. Ed­gar Pe­ter­sen fut rap­pe­lé en Al­le­magne pour y de­ve­nir le di­rec­teur de la re­cherche à Re­chlin, par­ti­cu­liè­re­ment en charge du He 177 ; il fut rem­pla­cé par l’obstlt Dr Georg Pa­se­waldt.

Le Kom­man­do Pe­ter­sen ef­fec­tua ap­proxi­ma­ti­ve­ment une de­mi-dou­zaine de sor­ties par nuit sur la zone Suez/mer Rouge pen­dant une pé­riode très li­mi­tée, pro­ba­ble­ment du 2 au 10 sep­tembre 1941, après la­quelle les “Con­dor” ren­trèrent en France (les He 111 ren­trèrent à Soes­ter­berg le 8 sep­tembre 1941). Du­rant cette brève pé­riode, il sem­ble­rait que le lt Ru­dolf Mayr ait at­ta­qué le Ci­ty of Au­ck­land à 21 h 27 le 3 sep­tembre 1941 mais sans lui in­fli­ger de dom­mages. Pen­dant cette même pé­riode, le “Con­dor” pi­lo­té par l’oblt Horst Neu­mann du 1./ KG 40 s’écra­sa et ex­plo­sa entre l’île de Fleves et Cape Sou­nio, peu après avoir dé­col­ler d’Eleu­sis pour une mis­sion de re­con­nais­sance ar­mée le 5 sep­tembre 1941 (tous les membres d’équi­pages furent tués), tan­dis qu’un He 111 pi­lo­té par le feld­we­bel Wer­ner Titz du 8./ KG 40 fut abat­tu lors d’un bom­bar­de­ment clas­sique sur Abu Suier en Égypte le 6 sep­tembre 1941 par un “Hur­ri­cane” du Sqn 94 pi­lo­té par le Sud-Afri­cain lt Eric Wat­kin­son ; Titz et ses trois membres d’équi­page furent cap­tu­rés.

l’an­née 1941 avait dé­bu­té en fan­fare pour le I/KG 40, elle se ter­mi­na de fa­çon beau­coup plus dis­crète. Avec les nou­velles tac­tiques, le nombre de na­vires cou­lés avait for­te­ment di­mi­nué : le Tu­ni­sia le 4 août, l’Em­pire Hurst le 11 août, le Wal­mer Castle le 21 sep­tembre et le Sa­ras­tone le 29 oc­tobre 1941 furent les seules vic­toires at­tri­buées aux “Con­dor” du­rant les cinq der­niers mois de l’an­née. En re­vanche, les ren­contres avec des avions du Coas­tal Com­mand conti­nuèrent, la RAF en comp­ta­bi­li­sant 13 entre août et no­vembre 1941 (mais au­cune entre dé­cembre 1941 et la fin d’avril 1942). La pre­mière ren­contre entre un “Con­dor” et un Con­so­li­da­ted “Li­be­ra­tor” (du Sqn 120) ré­cem­ment mis en ser­vice fut rap­por­tée le 4 oc­tobre 1941 ; un autre long duel aé­rien entre un “Sun­der­land” (pi­lo­té par le fg off Hen­ry Bai­ley du Sqn 95) et un “Con­dor” (pi­lo­té par le fw Kurt Hinze du 3./ KG 40) se pro­dui­sit le 14 no­vembre 1941, lors du­quel le mi­trailleur de queue du “Sun­der­land”, le sgt Ter­ry McCor­ry, fut tué et l’hy­dra­vion bri­tan­nique en­dom­ma­gé, tan­dis que le “Con­dor” fut à peine égra­ti­gné. La der­nière perte de l’an­née se pro­dui­sit le 21 dé­cembre 1941 quand le “Con­dor” de l’oblt Her­bert Schreyer’s du 1./KG 40 s’écra­sa à Ra­males en Es­pagne – au­cun membre d’équi­page ne sur­vé­cut.

La Luft­waffe ti­ra des le­çons de cette an­née 1941, en par­ti­cu­lier le très ex­tra­ver­ti Flie­gerfüh­rer At­lan­tik en per­sonne, le ge­ne­ra­leut­nant Mar­tin Har­lin­ghau­sen, qui au­rait dit en jan­vier 1942 :

“Du fait des fortes dé­fenses, l’avion Focke-Wulf ne peut plus ef­fec­tuer de bom­bar­de­ments sur les convois dans l’At­lan­tique.”

Les choses al­laient chan­ger pour le fu­tur opé­ra­tion­nel des “Con­dor”, un fu­tur qui ne du­re­rait que deux ans et de­mi.

DR/COLL. CH­RIS GOSS

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L’oblt Bern­hard Jope après une mis­sion le 21 fé­vrier 1941.

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Le “Con­dor” pi­lo­té par l’oblt Erich Adam après un at­ter­ris­sage mou­ve­men­té au Por­tu­gal le 9 fé­vrier 1941.

VINCENT DHORNE

Le Fw 200C-3/U4 WkNr 0074 du I/KG 40 fut ba­sé à Athènes-Eleus­sis à par­tir de la fin août 1941 pour ef­fec­tuer des mis­sions sur le ca­nal de Suez au sein du Kom­man­do Pe­ter­sen.

DR/COLL. CH­RIS GOSS

Le hptm Fritz Flie­gel (à gauche) lors du retour de l’oblt Erich Adam (à l’ex­trême droite) après son at­ter­ris­sage for­cé au Por­tu­gal.

DR/COLL. CH­RIS GOSS

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Le char­ge­ment de bombes de 50 et 250 kg à bord d’un “Con­dor”.

Le Fo­ckeWulf 200 co­dé SG+KS du I/ KG 40 le 18 jan­vier 1941. Le 18 juillet de la même an­née, il fut abat­tu par la DCA lors de l’at­taque du convoi OB436.

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Le Fw 200 C-3 à Mé­ri­gnac dé­but 1941. Il s’écra­sa à Plo­goff en Bre­tagne le 17 mars 1941 après une mis­sion sur l’At­lan­tique.

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Le “Con­dor” co­dé F8+AB avec ses sym­boles de mis­sions sur la dé­rive in­di­quant ses suc­cès contre les bâ­ti­ments al­liés.

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L’at­taque du pé­tro­lier fin­lan­dais Jo­se­fi­na Thor­dén le 19 mai 1941 par le “Con­dor” du hptm Flie­gel.

Le 14 août 1941, l’oblt Franz Vuel­lers at­ter­rit à Co­gnac sur son Fw 200 C-3 avec 200 m de câble at­ta­ché à la dé­rive et un pe­tit pa­ra­chute.

DR/COLL. CH­RIS GOSS

Franz Vuel­lers (deuxième en par­tant de la gauche) et son staf­fel ka­pitän (en face) ins­pectent câble et pa­ra­chute ac­cro­chés à l’avion.

DR/COLL. CH­RIS GOSS

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