Le Ville de Tou­louse ne ré­pond plus

Une en­quête sur le site du drame, dans les Py­ré­nées-Orien­tales, a per­mis de re­trou­ver des ves­tiges et d’ho­no­rer la mé­moire des pas­sa­gers et de l’équi­page.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 580/mars 2018 - Par Gilles Col­la­ve­ri

À la re­cherche du De­woi­tine 338 Ville de Tou­louse.

Ce 23 mars 1938, le De­woi­tine 338 im­ma­tri­cu­lé F-AQBB d’Air France pro­gresse dans le mau­vais temps au­des­sus des Py­ré­nées. Bap­ti­sé Ville de Tou­louse, c’est un ap­pa­reil mo­derne et ré­cent, il a fait son pre­mier vol quelques mois plus tôt, le 20 oc­tobre 1937. Par­ti de Da­kar à des­ti­na­tion de Tou­louse, il a fait es­cale à Ca­sa­blan­ca, Oran, puis Bar­ce­lone. Il trans­porte huit per­sonnes dont cinq pas­sa­gers et l’équi­page, com­po­sé de Hen­ry Guy, le pi­lote, Pierre Ley­ma­rios, le ra­dio- na­vi­ga­teur et Étienne Du­thu­ron, le mé­ca­ni­cien.

Ce soir, le mau­vais temps est au ren­dez-vous : neige, brouillard, vent. Un contact ra­dio est éta­bli avec Per­pi­gnan mais la com­mu­ni­ca­tion est mau­vaise. Le D. 338 pour­suit sa route et donne ré­gu­liè­re­ment sa po­si­tion. Vers 20 h 07, les ha­bi­tants d’un pe­tit vil­lage des Py­ré­néesO­rien­tales en­tendent un bruit de

mo­teur, sui­vi d’une ex­plo­sion. Le Ville de Tou­louse vient de per­cu­ter le mont Ca­ni­gou, vers 2 100 m d’al­ti­tude. Les té­moins de l’ac­ci­dent “ont en­ten­du clai­re­ment le choc contre la mon­tagne, ain­si que le bruit de l’ap­pa­reil dé­va­lant le flanc du pic contre le­quel il s’est écra­sé. Les flammes ont été aper­çues 2 à 3 mi­nutes après le choc, ce qui a per­mis aux té­moins de si­tuer le lieu de la ca­tas­trophe et de re­trou­ver l’avion dans la nuit”. L’avion a ex­plo­sé et il n’y a au­cun sur­vi­vant. Les se­cours partent im­mé­dia­te­ment, dans la nuit, et le len­de­main à l’aube, ils trouvent l’épave, près du som­met. Il man­quait 10 m pour que l’ap­pa­reil fran­chisse la crête. Le jour­nal L’in­dé­pen­dant du 27 mars dé­crit la vi­sion de l’équipe de se­cours : “À la suite de l’ex­plo­sion du ré­ser­voir d’es­sence, toute la face du ro­cher est noire. Des pans de tôle sont en­cas­trés dans les in­ter­stices et un large mor­ceau d’aile gît au pied de la mu­raille”.

Dé­tails na­vrants : le pi­lote Guy avait rem­pla­cé au pied le­vé l’un de ses col­lègues, car il vou­lait ren­trer à Tou­louse voir son épouse ma­lade, et l’un des pas­sa­gers, em­bar­qué à Da­kar, se ren­dait aux ob­sèques de son père.

Une cé­ré­mo­nie à la mé­moire de l’équi­page

Les corps et le cour­rier (sept sacs sont in­tacts et trois éven­trés) se­ront re­des­cen­dus avec dif­fi­cul­té dans la val­lée les jours sui­vants. Le 28 mars,

BRU­NO VIELLE

Fin, élan­cé, élé­gant, un D.338 en vol.

C. LEY­MA­RIOS

Pierre Ley­ma­rios, na­vi­ga­teur, de­vant un Wi­bault 283.

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