La Di­vi­sion aé­rienne au com­bat

Il y a un siècle exac­te­ment, la France en­ga­geait au com­bat la plus for­mi­dable ar­ma­da aé­rienne qu’elle ait eu à sa dis­po­si­tion de­puis la créa­tion de l’avia­tion mi­li­taire.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 580/mars 2018 - * Lire Le Fa­na de l’Avia­tion n° 579 Par Da­vid Mé­chin

En 1918, les Fran­çais in­novent avec la mise en place d’une re­dou­table force de frappe aé­rienne.

L’his­toire de l’ar­ma­da aé­rienne dé­bute avec celle de son créa­teur, le gé­né­ral Mau­rice Du­val. Né d’un père mé­de­cin mi­li­taire et d’une mère is­sue de la bour­geoi­sie, il est un pur pro­duit de la caste mi­li­taire et ob­tient après son bac­ca­lau­réat le concours d’en­trée à SaintCyr à 19 ans en 1888. Le jeune of­fi­cier va se mon­trer par­ti­cu­liè­re­ment brillant et d’une grande cu­rio­si­té in­tel­lec­tuelle en ef­fec­tuant no­tam­ment un stage de deux an­nées dans l’ar­mée ja­po­naise de 1907 à 1909, qui lui vaut des fé­li­ci­ta­tions mi­nis­té­rielles qu’il avait d’ailleurs dé­jà ob­te­nues pour ses tra­vaux à l’École su­pé­rieure de la guerre.

En 1914, il est chef de ba­taillon et ra­pi­de­ment pro­mu lieu­te­nant­co­lo­nel en étant nom­mé sous-chef d’état-ma­jor d’une des deux ar­mées fran­çaises par­ti­ci­pant à la ba­taille de Cham­pagne en sep­tembre 1915, où il est bles­sé, n’hé­si­tant pas à se por­ter en pre­mière ligne pour ob­ser­ver ses troupes. La ci­ta­tion à l’Ordre de l’ar­mée qu’il re­çoit le 20 sep­tembre 1915 en té­moigne : “Constam­ment en re­con­nais­sance sur le front dans les tran­chées les plus avan­cées, [il] rend des ser­vices par­ti­cu­liè­re­ment brillants par une vé­ri­table in­tel­li­gence des si­tua­tions, une ac­ti­vi­té in­las­sable, un en­train com­mu­ni­ca­tif et un re­mar­quable es­prit d’ini­tia­tive.”

Après une conva­les­cence, il pour­suit sa car­rière dans les états-ma­jors et, en 1917, se re­trouve, avec le grade de co­lo­nel, comme chef d’état-ma­jor du Groupe d’ar­mées Centre, ad­joint di­rect du gén. Fayolle. Le li­mo­geage du gén. Ni­velle, le chef du Grand Quar­tier gé­né­ral qui a or­ga­ni­sé la dé­sas­treuse of­fen­sive du Che­min

des Dames, va bou­le­ver­ser sa car­rière. Car le com­man­dant du Peu­ty, le di­rec­teur du ser­vice aé­ro­nau­tique au sein du GQG, va par­ta­ger la dis­grâce de Ni­velle et être ren­voyé dans l’in­fan­te­rie. Le gén. Pé­tain, nou­veau chef du GQG, a re­mar­qué les qua­li­tés de Mau­rice Du­val et le nomme à ce poste le 3 août 1917.

Of­fi­ciel­le­ment, le di­rec­teur du ser­vice de l’avia­tion au GQG est char­gé de l’em­ploi mi­li­taire des moyens aé­riens mis à dis­po­si­tion des forces ar­mées par le gou­ver­ne­ment ci­vil. Le res­pon­sable de la pro­duc­tion aé­ro­nau­tique est le sous-se­cré­taire d’État à l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire et ma­ri­time, qui se trouve être le dé­pu­té Jacques-Louis Du­mes­nil, nom­mé à ce poste dans le gou­ver­ne­ment Pain­le­vé le 12 sep­tembre 1917 et main­te­nu dans ses fonc­tions par Georges Cle­men­ceau après son ar­ri­vée au pou­voir le 16 no­vembre sui­vant. Dans les faits, il va en être dif­fé­rem­ment grâce à la per­son­na­li­té de Du­val qui, bien que n’étant pas avia­teur, ne va pas mettre long­temps à com­prendre l’en­jeu de la si­tua­tion.

Dès la fin du mois d’août 1917, la Rus­sie est plon­gée en plein chaos suite à l’échec de l’of­fen­sive lan­cée par le gou­ver­ne­ment Ke­rens­ki le mois pré­cé­dent. Les ob­ser­va­teurs avi­sés com­prennent que le pays ne va pas tar­der à quit­ter le com­bat – ce qui se­ra of­fi­ciel le 7 no­vembre 1917 après la prise du pou­voir par les bol­che­viques – et que l’Al­le­magne va par consé­quent dis­po­ser d’im­por­tantes ré­serves de troupes à ré­af­fec­ter sur le front oc­ci­den­tal. L’hi­ver étant peu pro­pice à une of­fen­sive, c’est sans nul doute au prin­temps 1918 que l’Al­le­magne, qui dis­po­se­ra d’une cer­taine su­pé­rio­ri­té nu­mé­rique, va pas­ser à l’at­taque. À la fin de l’au­tomne 1917, que ce soit dans les cercles gou­ver­ne­men­taux ou dans l’opi­nion pu­blique, tout le monde s’at­tend à un violent choc et le gén. Pé­tain or­ga­nise ses troupes pour le conte­nir, d’abord en exi­geant que les An­glais étendent le front dont ils ont la charge, en­suite en re­ti­rant une ar­mée – la 3e – de la pre­mière ligne qu’il place en at­tente dans une ré­serve gé­né­rale. En­fin, il va or­don­ner l’or­ga­ni­sa­tion des lignes fran­çaises en dé­fense en pro­fon­deur : en cas d’at­taque, ne lais­ser qu’un mi­ni­mum de troupes pour ra­len­tir la pro­gres­sion en­ne­mie et ar­rê­ter celle-ci à par­tir d’une se­conde ligne où s’est re­plié le gros des troupes qui peut li­vrer com­bat hors de por­tée de l’ar­tille­rie en­ne­mie.

La ré­or­ga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion aé­rienne

La tâche de Du­val se­ra de pré­pa­rer l’avia­tion fran­çaise à cette fu­ture ba­taille. Il trouve que cel­le­ci dis­pose de plu­sieurs atouts à l’été 1917. La pro­duc­tion fran­çaise est la pre­mière du monde, en avions et sur­tout en mo­teurs, ce qui donne à la seule avia­tion fran­çaise une lé­gère su­pé­rio­ri­té nu­mé­rique sur l’avia­tion al­le­mande. On trouve éga­le­ment en uni­tés des ap­pa­reils qui sont les meilleurs du conflit : le Spad XIII au mo­teur His­pa­no-Sui­za 8B de 200 ch, le chas­seur le plus ra­pide du conflit,

et le bom­bar­dier Bre­guet 14 au mo­teur Re­nault 12 F de 300 ch qui peut échap­per à la chasse en­ne­mie grâce à son pla­fond.

Mal­heu­reu­se­ment, ces ap­pa­reils ne sont pas les seuls et de nom­breux autres mo­dèles moins réus­sis ou car­ré­ment ob­so­lètes les cô­toient en pre­mière ligne : on compte sept types dif­fé­rents pour l’ob­ser­va­tion, sept pour le bom­bar­de­ment, ain­si que pour la chasse le Nieu­port 24 net­te­ment dé­pas­sé par rap­port au Spad. Plu­sieurs de ces ap­pa­reils ont été im­po­sés contre l’avis des pi­lotes par le Ser­vice tech­nique de l’Aé­ro­nau­tique (STAé) du co­lo­nel Do­rand, dont les spé­ci­fi­ca­tions tech­niques or­don­nées aux construc­teurs n’ont pas for­cé­ment été des plus lo­giques. Une des pre­mières tâches de Du­val va consis­ter à ré­for­mer les at­tri­bu­tions du STAé et à se dé­bar­ras­ser du col. Do­rand, rem­pla­cé par Al­bert Ca­quot le 12 jan­vier 1918.

Tous nos ef­forts doivent tendre à réa­li­ser une avia­tion puis­sante et par­faite (…)

L’autre ex­ploit de Du­val va consis­ter à se dé­bar­ras­ser des ap­pa­reils qu’il juge in­aptes au front. La note se­crète da­tée du 28 no­vembre 1917 adres­sée au sous-se­cré­taire d’État à l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire et ma­ri­time, si­gnée par le gén. Pé­tain et ré­di­gée par Charles Du­val, en donne le ton : “Tous nos ef­forts doivent tendre à réa­li­ser une avia­tion puis­sante et par­faite au prin­temps pro­chain. Nous nous trou­vons, à l’heure ac­tuelle, au der­nier mo­ment où des me­sures ef­fi­caces puissent être prises pour y par­ve­nir. Ce mo­ment pas­sé, il se­ra trop tard. J’ai es­ti­mé, dans ces condi­tions, qu’il était im­por­tant de pro­cé­der à une ré­vi­sion d’en­semble de notre si­tua­tion. Cette ré­vi­sion montre qu’il est in­dis­pen­sable de faire d’ur­gence un ef­fort très consi­dé­rable si nous vou­lons abou­tir. J’ai l’hon­neur de vous le sou­mettre.”

Dans sa note, Du­val de­mande l’ac­cé­lé­ra­tion de la pro­duc­tion des meilleurs mo­dèles, à sa­voir le Spad XIII pour la chasse, le Bre­guet 14B2 pour le bom­bar­de­ment, le Cau­dron R.XI pour l’es­corte, ain­si que le Bre­guet 14 A2 et Salm­son 2A2 pour l’ob­ser­va­tion. La tâche n’est pas des plus ai­sées, car des construc­teurs dis­posent de puis­sants re­lais par­le­men­taires à la Chambre des dé­pu­tés et au Sé­nat, aux­quels le sous-se­cré­taire d’État à l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire n’est pas in­sen­sible. Mais le fait que Pé­tain mette tout son poids po­li­tique dans cette note lui per­met d’être en­ten­du, ai­dé en ce­la par le fait que le gén. Hen­ri Mor­dacq, le chef du ca­bi­net mi­li­taire du pré­sident du Conseil Georges Cle­men­ceau et de fac­to mi­nistre de la Guerre, soit un ca­ma­rade de St-Cyr de Du­val. Du­rant les quatre mois de dé­cembre 1917 à mars 1918, les chas­seurs Nieu­port dis­pa­raissent ef­fec­ti­ve­ment des uni­tés de pre­mière ligne et la pro­duc­tion de Bre­guet 14B2 fait un bon si­gni­fi­ca­tif per­met­tant le ré­équi­pe­ment de toutes les es­ca­drilles de bom­bar­de­ment. Mais si le ré­équi­pe­ment des es­ca­drilles en ma­té­riel de pre­mier choix est une chose, en­core faut-il qu’elles soient uti­li­sées ju­di­cieu­se­ment au com­bat.

La concen­tra­tion des moyens aé­riens

C’est là qu’in­ter­vient le der­nier as­pect de l’oeuvre de Du­val : la ré­or­ga­ni­sa­tion tac­tique des uni­tés aé­riennes. Du­rant la ba­taille de Ver­dun, le gén. Pé­tain avait pu ex­pé­ri­men­ter avec suc­cès la concen­tra­tion des uni­tés de chasse qui avaient per­mis à la France de ra­pi­de­ment re­prendre la su­pé­rio­ri­té aé­rienne et com­pen­ser l’in­fé­rio­ri­té de l’ar­tille­rie fran­çaise en per­tur­bant le ré­glage d’ar­tille­rie de l’ad­ver­saire. L’ex­pé­rience s’était

ré­pé­tée sur la Somme avec la consti­tu­tion du Groupe de Ca­chy du­rant l’été 1916, puis à la fin de l’an­née avec la créa­tion de quatre groupes de com­bat (GC 11, 12, 13 et 14) en oc­tobre 1916 ras­sem­blant cha­cun quatre es­ca­drilles de chasse tra­vaillant en­semble et par­ta­geant les mêmes ter­rains. Du­val pousse cette lo­gique de concen­tra­tion des moyens en or­don­nant la créa­tion de six nou­veaux groupes de com­bat (GC 15 à GC 20) et lier six des dix groupes en­semble dans un éche­lon su­pé­rieur, les es­cadres de com­bat : les GC 15, 18 et 19 vont consti­tuer la 1re Es­cadre, tan­dis que les GC 11, 13 et 17 vont en consti­tuer une se­conde.

Ces deux es­cadres de com­bat sont cha­cune as­so­ciées avec une es­cadre de bom­bar­de­ment : pour Du­val et Pé­tain, le bom­bar­dier est un ca­non à longue por­tée qui pro­longe l’ac­tion de l’ar­tille­rie sur le champ de ba­taille en at­ta­quant les dé­pôts mi­li­taires en­ne­mis et ses voies de ra­vi­taille­ment. La ré­forme me­née par Du­val en ce sens est as­sez ra­di­cale. Toutes les es­ca­drilles de bom­bar­de­ment de jour sont ré­équi­pées en Bre­guet 14B2 et amal­ga­mées dans l’Es­cadre de bom­bar­de­ment n° 12 du cdt Vuille­min (re­grou­pant les groupes de bom­bar­de­ment 5, 6 et 9 à trois es­ca­drilles cha­cun) ou l’Es­cadre de bom­bar­de­ment n° 13 du cdt Prez de la Mor­lais (re­grou­pant les GB 3 et 4 éga­le­ment à trois es­ca­drilles cha­cun). Les uni­tés de bom­bar­de­ment de nuit, équi­pées de Voi­sin X, se re­trouvent de leur cô­té amal­ga­mées dans l’EB 11 (ou grou­pe­ment Cha­bert) re­grou­pant les GB 1, 7 et 8, et qui est des­ti­né à pro­lon­ger l’ac­tion des groupes de bom­bar­de­ment diurnes sur le champ de ba­taille.

fait est que plus au­cune des uni­tés de bom­bar­de­ment fran­çaises ne va dé­sor­mais être uti­li­sée pour le bom­bar­de­ment dit stra­té­gique en pre­nant pour cible des villes al­le­mandes le long de la val­lée du Rhin. Du­val va te­nir bon sur ce point mal­gré de forts vents contraires : quand ont lieu les pre­miers bom­bar­de­ments al­le­mands contre la ville de Pa­ris en 1918, nombre de par­le­men­taires fran­çais vont hur­ler à l’or­ga­ni­sa­tion de re­pré­sailles, dont le dé­pu­té Pierre-Étienne Flan­din qui a mi­li­té toute la guerre du­rant pour le bom­bar­de­ment des villes al­le­mandes. À ce titre, les Bre­guet 14B1 de bom­bar­de­ment mo­no­place des­ti­nés aux raids à longue dis­tance, dont une tren­taine d’exem­plaires ont été construits à par­tir de dé­cembre 1917, vont res­ter sto­ckés et ne se­ront ja­mais li­vrés en es­ca­drille. D’autre part, Du­val ré­siste éga­le­ment aux pres­sions bri­tan­niques ten­dant vers le bom­bar­de­ment stra­té­gique : pa­ral­lè­le­ment à la Royal Air Force créée le 1er avril 1918, se monte une “In­de­pen­dant Air Force” le 13 mai, ba­sée en Lor­raine et char­gée de s’at­ta­quer aux in­dus­tries al­le­mandes, en re­pré­sailles des bom­bar­de­ments de Zep­pe­lin sur l’An­gle­terre. Sa pre­mière ac­tion d’éclat est un bom­bar­de­ment sur Co­logne le 18 mai 1918, ob­te­nu au prix de lourdes pertes. Lors de la deuxième réunion du co­mi­té in­ter­al­lié de l’avia­tion le 31 mai 1918, Du­val va très sè­che­ment re­fu­ser toute aide à cette en­tre­prise stra­té­gique en dé­cla­rant à ses ho­mo­logues bri­tan­niques que “le but ca­pi­tal est de ga­gner la ba­taille ; si nous sommes vain­cus sur terre le

bom­bar­de­ment de Co­logne est sans in­té­rêt. Le nombre des aé­ro­dromes est li­mi­té, c’est pour­quoi il faut at­ta­cher à l’avia­tion de cam­pagne une plus grande im­por­tance qu’à l’avia­tion des­ti­née aux bom­bar­de­ments des zones loin­taines”. Il va même bien plus loin en ob­te­nant que les uni­tés de l’IAF soient af­fec­tées sur des ob­jec­tifs tac­tiques à la fin de l’an­née 1918…

Le pre­mier choc : l’of­fen­sive “Mi­chaël”

l’ar­ri­vée du prin­temps, le col. Du­val dis­pose d’un Grou­pe­ment d’avia­tion ré­ser­vée (GAR) pla­cé sous les ordres du Grou­pe­ment des ar­mées du Nord et di­ri­gé par le cdt le Ré­vé­rend. Il re­pré­sente la moi­tié de l’ef­fec­tif de la chasse fran­çaise et la to­ta­li­té de l’avia­tion de bom­bar­de­ment de jour, or­ga­ni­sé en deux grou­pe­ments por­tant le nom de leurs chefs res­pec­tifs : le Grou­pe­ment Mé­nard, ras­sem­blant l’Es­cadre de com­bat n° 1 et l’Es­cadre de bom­bar­de­ment n° 12, ain­si que le Grou­pe­ment Fé­quant, ras­sem­blant l’Es­cadre de com­bat n° 2 et l’Es­cadre de bom­bar­de­ment n° 13. À ces deux grou­pe­ments s’ajoute sous les ordres du cdt le Ré­ve­rend un groupe de bom­bar­de­ment de nuit, le GB 8, équi­pé de trois es­ca­drilles de Voi­sin-Re­nault. Ces uni­tés sta­tionnent toutes en Cham­pagne où le Grand Quar­tier gé­né­ral s’at­tend à l’at­taque al­le­mande.

Celle- ci a fi­na­le­ment lieu dans la Somme, à la jonc­tion des ar­mées fran­çaises et bri­tan­niques. Le chef de l’ar­mée bri­tan­nique, le très contes­té gén. Haig, es­père en­core réus­sir une grande of­fen­sive dans les Flandres mal­gré la bou­che­rie qu’il a or­ga­ni­sée sur ce sec­teur à l’au­tomne 1917 en n’y ga­gnant que quelques ar­pents de boue. C’est à son corps dé­fen­dant, sur ordre de son pou­voir po­li­tique, qu’il a dû étendre le front bri­tan­nique en af­fec­tant au sud de son sec­teur sa 5e Ar­mée, pre­nant la place d’une ar­mée fran­çaise en­voyée en ré­serve. Re­con­nais­sons que cel­le­ci ne lui a pas fa­ci­li­té la tâche et que les troupes lo­cales du Gé­nie, sa­chant le sec­teur confié aux Bri­tan­niques, ne se sont pas fou­lées pour creu­ser

une so­lide se­conde ligne. Le chef de l’état-ma­jor al­le­mand, le gén. Erich Lu­den­dorff, est par­fai­te­ment au cou­rant de cette fai­blesse et at­taque en ce lieu pré­cis le 21 mars 1918 à l’aide de troupes d’élite.

Si la 3e Ar­mée bri­tan­nique souffre du­re­ment et re­cule entre Ar­ras et Pé­ronne, la 5e Ar­mée, si­tuée au sud de la pré­cé­dente, est tout sim­ple­ment pul­vé­ri­sée en quelques jours. Faute de se­conde ligne pour se ré­ta­blir, la dé­faite se trans­forme en dé­route, ag­gra­vée par le fait que le gén. Haig, qui garde en tête ses plans d’at­taque dans les Flandres, y mé­gote l’en­voi de ren­forts. L’Al­le­magne a réa­li­sé une concen­tra­tion sans pré­cé­dent de ses uni­tés aé­riennes : 950 ap­pa­reils, dont 420 chas­seurs com­pre­nant les uni­tés d’élite de la Jagd­ges­ch­wa­der (JG) I di­ri­gée par Von Rich­tho­fen, fondent sur les 3e et 5e ar­mées bri­tan­niques qui dis­posent de 32 Squa­drons re­pré­sen­tant théo­ri­que­ment 768 ap­pa­reils dont 384 chas­seurs. Le Royal Flying Corps su­bit de lourdes pertes tant en hommes qu’en ma­té­riel étant don­né que 18 es­ca­drons doivent éva­cuer pré­ci­pi­tam­ment leur ter­rain face à l’avance en­ne­mie.

Ce sont les troupes fran­çaises qui comblent pré­ci­pi­tam­ment la brèche lais­sée par la 5e Ar­mée bri­tan­nique. La 3e Ar­mée fran­çaise te­nue en ré­serve est im­mé­dia­te­ment en­ga­gée, sui­vie de la 1re Ar­mée ra­me­née de Lor­raine. Mais avant que les sol­dats ne puissent être trans­por­tés sur le front, c’est l’avia­tion qui va être sol­li­ci­tée pour re­tar­der la pro­gres­sion des troupes al­le­mandes sur la Somme. Les deux uni­tés du GAR sont les pre­mières à l’oeuvre : dès le dé­but de la ba­taille, les uni­tés du Grou­pe­ment Fé­quant, à par­tir de leurs ter­rains au sud de Sois­sons, sont dé­jà à por­tée de la zone des com­bats et vont s’en rap­pro­cher en mi­grant au­tour de Beau­vais à comp­ter du 30 mars. Quant à celles du Grou­pe­ment Mé­nard, si­tuées au sud d’Éper­nay en Cham­pagne, toutes migrent au Ples­sis-Bel­le­ville le 28 mars pour les der­nières d’entre elles. D’autres uni­tés aé­riennes suivent plus tard avec la mon­tée en ligne des 3e et 1re ar­mées fran­çaises : il y au­ra au to­tal 1 375 ap­pa­reils à co­carde en­ga­gés sur la zone des com­bats, dont 660 ap­par­te­nant au GAR qui ont été les pre­miers sur place.

Concer­nant la chasse, il y a 585 Spad VII et XIII, dont 360 ap­par­te­nant au GAR, qui éta­blissent en quelques jours la su­pé­rio­ri­té aé­rienne sur les Al­ba­tros D.V et Fok­ker Dr.I al­le­mands, dé­pas­sés aus­si bien sur le plan qua­li­ta­tif que quan­ti­ta­tif. Ils ouvrent la voie aux quelque 225 Bre­guet 14 qui at­taquent les convois de troupes al­le­mandes sur un champ de ba­taille où les tran­chées ont dis­pa­ru du fait de l’en­fon­ce­ment des lignes al­liées ; les chas­seurs se joignent d’ailleurs aux bom­bar­diers pour réa­li­ser des mi­traillages de troupes. Les té­moi­gnages de pi­lotes abondent pour dé­crire l’in­ten­si­té des mis­sions d’at­taque sur les troupes en­ne­mies et les masses d’avions y par­ti­ci­pant. Le jour­nal de marche de l’Es­cadre de com­bat n° 1 (Grou­pe­ment Mé­nard), un des rares do­cu­ments des uni­tés de la Pre­mière Guerre mon­diale ayant sur­vé­cu, s’en fait l’écho : dé­cri­vant d’in­tenses com­bats les 30 et 31 mars, quand les sol­dats al­le­mands prennent la ville de Mont­di­dier, il constate le 1er avril 1918 que “dans l’en­semble l’avia­tion en­ne­mie a sem­blé do­mi­née par la nôtre. Les pa­trouilles bien grou­pées de tri­plans et d’Al­ba­tros ne s’en­gagent qu’avec pru­dence.”

On a fait une bonne vi­sée et lâ­ché 24 bombes Mi­che­lin. Une pa­gaille ter­rible (…)

Quand les com­bats se ter­minent le 5 avril 1918, l’avia­tion fran­çaise a de­puis le 21 avril 1918 per­du 38 pi­lotes (tués, cap­tu­rés ou dis­pa­rus) sur le sec­teur de la Somme, contre 77 pi­lotes pour l’avia­tion al­le­mande et 109 pour l’avia­tion bri­tan­nique.

La se­conde ba­taille de la Marne (27 mai-12 juin)

Du­re­ment tou­chée, l’avia­tion bri­tan­nique, de­ve­nue la Royal Air Force le 1er avril 1918, n’a guère le temps de souf­fler puisque le gén. Lu­den­dorff or­ga­nise une nou­velle of­fen­sive sur les Flandres, dite “Geor­gette”, du 9 au 21 avril, puis marque une pause du­rant le mois de mai.

Le col. Du­val, qui re­çoit ses étoiles de gé­né­ral de bri­gade le 19 avril 1918, met à pro­fit ce ré­pit pour ré­or­ga­ni­ser son avia­tion ré­ser­vée en fai­sant ra­ti­fier le 14 mai 1918 par le gén. Pé­tain, chef du Grand Quar­tier gé­né­ral, un ordre de créa­tion de la Di­vi­sion aé­rienne. Cette uni­té dont Du­val va prendre le com­man­de­ment va trans­for­mer le GAR exis­tant en rat­ta­chant aux grou­pe­ments Mé­nard et Fé­quant toute l’avia­tion de bom­bar­de­ment de nuit de l’ar­mée fran­çaise : le Grou­pe­ment Cha­bert ras­sem­blant les trois groupes de bom­bar­de­ment – GB 1, 7 et 8 à trois es­ca­drilles de 15 ap­pa­reils cha­cun, soit 135 avions –, ain­si que le Grou­pe­ment Villo­mé ras­sem­blant celles vo­lant sur le bom­bar­dier tri­mo­teur Ca­pro­ni – 20 ap­pa­reils fran­çais des es­ca­drilles CEP 115 et 130 plus 12 ap­pa­reils de trois es­ca­drilles ita­liennes. Une es­ca­drille d’es­corte sur Cau­dron R.XI bi­mo­teur (C 46) et une es­ca­drille de re­con­nais­sance sur Bre­guet 14 (BR 220) s’ajoute à la liste des ef­fec­tifs de la Di­vi­sion aé­rienne qui re­pré­sente une masse de 772 ap­pa­reils et qui concentre dé­sor­mais sous com­man­de­ment unique la to­ta­li­té de l’avia­tion de bom­bar­de­ment fran­çaise, diurne comme noc­turne.

Si puis­sante que puisse être l’avia­tion fran­çaise, elle ne dis­tingue pas les in­dices de la troi­sième of­fen­sive al­le­mande, dite “Blü­cher-Yorck”, qui se pré­pare et va être dé­clen- chée le 27 mai 1918 sur le Che­min des Dames, un sec­teur conquis par les Fran­çais l’an­née pré­cé­dente, au prix de très lourdes pertes et qui est ré­pu­té in­ex­pug­nable. Le chef de la 6e Ar­mée fran­çaise te­nant le sec­teur, le gén. De­nis Du­chêne, est un homme sup­por­tant fort peu la contra­dic­tion et qui fait peu de cas des ordres du gén. Pé­tain pres­cri­vant l’or­ga­ni­sa­tion d’une dé­fense en pro­fon­deur. L’at­taque me­née dans la nuit sur­prend les dé­fen­seurs fran­çais qui sont contour­nés par des troupes d’élite ; l’Aisne est vite fran­chie et les troupes al­le­mandes dé­ferlent vers le sud.

L’in­ter­ven­tion de la Di­vi­sion aé­rienne dans la ba­taille va être im­mé­diate : dans l’après-mi­di même du 27 mai 1918, à 14 heures, le GC 17, une com­po­sante du Grou­pe­ment Fé­quant, re­çoit l’ordre de quit­ter la ré­gion de Beau­vais pour s’ins­tal­ler à Sa­po­nay. Il s’y pose deux heures plus tard en ayant at­ta­qué les troupes al­le­mandes à la bombe ou à la mi­trailleuse du­rant son voyage. Le reste du grou­pe­ment suit im­mé­dia­te­ment ;

le Grou­pe­ment Mé­nard et le reste de la Di­vi­sion aé­rienne ne se­ront à pied d’oeuvre que le 29 mai sur des ter­rains au sud de la Marne. Avec le ren­fort de quatre groupes de com­bat in­dé­pen­dants et quelques es­ca­drilles de chasse d’ar­mée, ce ne sont pas moins de 645 chas­seurs qui sont prêts à s’op­po­ser aux 456 ap­pa­reils al­le­mands (38 Jas­ta à 12 ap­pa­reils pour les 18e, 7e et 1re ar­mées al­le­mandes im­pli­quées dans l’at­taque). L’avia­tion fran­çaise peut en­core comp­ter sur le ren­fort de sept es­ca­drons de chasse bri­tan­niques (168 ap­pa­reils) de la 9th Bri­gade de la RAF ba­sée près de Beau­vais, soit une su­pé­rio­ri­té nu­mé­rique de pra­ti­que­ment 2 contre 1.

Pour la pre­mière fois, les chas­seurs Spad VII et XIII sont confron­tés à un chas­seur al­le­mand qui ap­proche leurs per­for­mances, le Fok­ker D.VII, mais les rap­ports de com­bats de la Di­vi­sion aé­rienne constatent que les Spad par­viennent tou­jours à les dis­tan­cer aux basses al­ti­tudes. Ces Fok­ker D.VII ne re­pré­sentent au mo­ment de l’of­fen­sive qu’un maxi­mum de 25 % des ef­fec­tifs de la chasse al­le­mande si l’on en croit les sta­tis­tiques du Front­bes­tand da­tant du mois de juin, et sont en tout cas in­suf­fi­sants pour em­pê­cher l’avia­tion fran­çaise d’ef­fec­tuer ses mis­sions d’at­taque sur les troupes al­le­mandes comme le men­tionne le jour­nal des marches et opé­ra­tions (JMO) du Grou­pe­ment Mé­nard au 30 mai : “De nom­breux convois et de nom­breuses troupes sur routes ou au sta­tion­ne­ment ont été at­ta­qués à la mi­trailleuse à toutes les heures de la jour­née par les pi­lotes de l’es­cadre, qui ont éga­le­ment ra­me­né de nom­breux ren­sei­gne­ments concer­nant la si­tua­tion de l’en­ne­mi sur le front.”

La pro­gres­sion al­le­mande cesse le 4 juin 1918, alors que les troupes en­ne­mies ont at­teint la Marne dont ils ont conquis une par­tie de la rive sud et pris la ville de Châ­teauT­hier­ry, les pla­çant à moins d’une cen­taine de ki­lo­mètres de la ca­pi­tale qui se trouve dan­ge­reu­se­ment me­na­cée. Lu­den­dorff en­clenche im­mé­dia­te­ment une nou­velle of­fen­sive le 9 juin, dite “Gnei­se­nau” – ba­taille du Matz pour les Fran­çais –, pour re­lier les ter­ri­toires conquis lors des deux pré­cé­dentes of­fen­sives. Mais cette fois- ci les troupes fran­çaises, bien or­ga­ni­sées dans une dé­fense en pro­fon­deur, vont li­mi­ter la pro­gres­sion al­le­mande et même les faire re­cu­ler par une contre-of­fen­sive or­ga­ni­sée par le gén. Man­gin et ap­puyée par des chars.

En 17 jours de ba­taille in­tense du 27 mai au 12 juin, l’avia­tion fran­çaise a per­du 89 pi­lotes au com­bat (tués, cap­tu­rés ou dis­pa­rus) contre 95 pour l’avia­tion al­le­mande sur le sec­teur. Les mois de mai et juin sont ceux où les pertes su­bies sont les plus im­por­tantes de la guerre pour les avia­teurs fran­çais. À comp­ter de cette date, le vent de la guerre va dé­fi­ni­ti­ve­ment souf­fler en fa­veur des ap­pa­reils à co­carde.

Der­nier choc et pre­mière contre-of­fen­sive

L’en­sei­gne­ment des der­niers com­bats conduit le gén. Du­val à ap­por­ter une ré­forme à sa di­vi­sion aé­rienne, en y joi­gnant une uni­té de re­con­nais­sance char­gée de qua­driller le champ de ba­taille pour dé­si­gner les ob­jec­tifs qui peuvent être im­mé­dia­te­ment at­ta­qués par les es­ca­drilles de bom­bar­de­ment. Cette fonc­tion était jusque-là as­su­rée par le chef de l’EB 12 en per­sonne, le cdt Vuille­min, qui sur­vo­lait la zone

en­ne­mie à bord de son Bre­guet 14B2 avec son ad­joint le ca­pi­taine Da­gnaux. Le 3 juin 1918 est ain­si créé le Groupe Bloch qui re­groupe les es­ca­drilles C 46 sur Cau­dron R.XI ain­si que les BR 45 et BR 220 sur Bre­guet 14A2, spé­cia­li­sées dans les re­con­nais­sances à longue dis­tance qui se mul­ti­plient dans l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire. Dans chaque ar­mée au moins une es­ca­drille de corps d’ar­mée sur Bre­guet 14A2 adopte cette spé­cia­li­té qui consiste à al­ler ex­plo­rer les lignes en­ne­mies jus­qu’à 100 km en ar­rière de la ligne de front et ce fai­sant re­pé­rer les convois mi­li­taires sur les routes stra­té­giques, an­non­cia­teurs d’une of­fen­sive. La Di­vi­sion aé­rienne dis­pose dé­sor­mais de ses propres es­ca­drilles spé­cia­li­sées qui, le 29 juillet 1918, de­viennent le Grou­pe­ment des es­ca­drilles de re­con­nais­sance (GER) dont le com­man­de­ment est confié au cne Paul-Louis Weiller, fils de l’in­ven­teur et du riche in­dus­triel La­zare Weiller, et spé­cia­liste de la pho­to­gra­phie aé­rienne.

Aus­si, la der­nière of­fen­sive que vont lan­cer les Al­le­mands le 15 juillet 1918 au­tour de la ville de Reims (dite “Frie­dens­turm”) avec leurs ul­times ré­serves est par­fai­te­ment connue du Grand Quar­tier gé­né­ral : une se­conde ligne de dé­fense est bien amé­na­gée, et une force aé­rienne consi­dé­rable com­pre­nant toute la Di­vi­sion aé­rienne est prête à re­ce­voir le choc. Les Al­le­mands at­taquent à l’est de Reims et sur­tout à par­tir du sud-ouest de la ville, à par­tir du saillant qu’ils viennent de conqué­rir en ten­tant de pous­ser sur la rive sud de la Marne. Le pas­sage de ce fleuve est un des points faibles de l’of­fen­sive car les pon­tons mon­tés par le gé­nie al­le­mand vont su­bir d’in­tenses at­taques de la part des Bre­guet 14A2, comme en té­moigne le sous-lieu­te­nant Eu­gène Weis­mann, mi­trailleur à l’Es­ca­drille BR 132 : “Du­rant l’af­faire des pas­se­relles de la Marne, nous fai­sions un tra­vail énorme, de l’ordre de deux ou trois mis­sions par jour. Les pertes étaient consi­dé­rables. Ce sont sur­tout les Bre­guet qui ont ar­rê­té l’in­fan­te­rie al­le­mande. Or, pour ar­ri­ver à tou­cher ces pas­se­relles, il fal­lait des­cendre ex­trê­me­ment bas, de l’ordre de 15 à 20 m, pour lâ­cher les bombes et les mi­trailler…”

Contrai­re­ment à ce qu’af­firme Weis­mann, les pertes res­tent lé­gères : sur 225 Bre­guet de la di­vi­sion aé­rienne en­ga­gés, seule­ment six pi­lotes sont per­dus (quatre tués, deux pri­son­niers) du­rant les trois jours cri­tiques des com­bats du 15 au 17 juillet. Les chas­seurs de la Di­vi­sion aé­rienne se montrent par­ti­cu­liè­re­ment ac­tifs lors de l’at­taque des bal­lons cap­tifs al­le­mands, les Dra­chen, dont la des­truc­tion per­turbe le ré­glage d’ar­tille­rie de l’en­ne­mi.

Dès le 18 juillet, une contre-of­fen­sive est or­ga­ni­sée par l’ar­mée fran­çaise qui peut bé­né­fi­cier du ren­fort des troupes amé­ri­caines pour la pre­mière fois en­ga­gées en masse. La su­pé­rio­ri­té aé­rienne est ren­for­cée par le fait que les es­ca­drilles de chasse des groupes de com­bat passent de 15 à 18 ap­pa­reils : la Di­vi­sion aé­rienne aligne dé­sor­mais 432 chas­seurs Spad, aux­quels il faut ajou­ter le même nombre ve­nant des six groupes de com­bat in­dé­pen­dants (GC 12, 14, 16, 20, 21 et 22) en­ga­gés dans la ba­taille, plus 45 ve­nant des es­ca­drilles d’ar­mée, 60 autres du 1st Pour­suit Group amé­ri­cain sur Spad (94th, 95th, 27th et 147th Pour­suit Squa­drons à 15 ap­pa­reils) sans ou­blier les 168 chas­seurs des sept Squa­drons de la RAF. Il y a donc un to­tal théo­rique de 1 137 chas­seurs al­liés aux­quels doivent faire face les 492 chas­seurs de l’avia­tion al­le­mande, ré­par­tis en 41 Jas­ta (huit Jas­ta pour la nou­velle 9e Ar­mée près de Sois­sons, 18 pour la 7e Ar­mée qui fait face à la Marne et 15 pour la 1re Ar­mée qui en­toure la ville de Reims) – une in­fé­rio­ri­té nu­mé­rique de 2,3 contre 1 ren­for­cée par la su­pé­rio­ri­té qua­li­ta­tive al­liée : la moi­tié seule­ment des ap­pa­reils al­le­mands sont des Fok­ker D.VII. La voie est bien dé­ga­gée par la chasse pour les Bre­guet 14B2 qui peuvent as­sez li­bre­ment at­ta­quer tout ce qui bouge dans les lignes al­le­mandes, comme en té­moigne Weis­mann : “On passe les lignes à 7 ou 8 m de haut. Puis on est mon­tés à 1 500 m, et on a fait des ronds. Ce­la n’a pas ra­té : on a vu un convoi fait de cha­riots bâ­chés ti­rés par les che­vaux, avec des hommes à che­val. On a fait une bonne vi­sée et lâ­ché 24 bombes Mi­che­lin. Une pa­gaille ter­rible, les hommes ga­lo­paient vers le bois mais on est al­lé les cher­cher avant. Paillard, qui pi­lo­tait, a mis une bonne gi­clée en pi­quant ; moi je leur

don­nais une bonne rin­cée de cô­té. Ce­la a du­ré 20 mi­nutes. Au bout de ces 20 mi­nutes, je vous as­sure qu’il n’y avait pas une patte d’homme ou de che­val qui bou­geait. Nous avons re­fait ce­la une dou­zaine de fois (…) Ce­la ne s’ap­pe­lait pas en­core le straf­fing [mi­traillage au sol. NDLR.]…”

Plus la­co­nique, Du­val note dans un rap­port da­té du 20 juillet : “On a l’im­pres­sion que l’avia­tion en­ne­mie en dé­pla­ce­ment souffre du désar­roi gé­né­ral : son ef­fort n’est pas en rap­port avec la si­tua­tion.” La ba­taille se ter­mine le 6 août 1918 quand le saillant conquis par les Al­le­mands lors de l’of­fen­sive “Blu­cher-Yorck” est presque en­tiè­re­ment re­pris.

Vic­toire en Cham­pagne

Alors que les Al­le­mands ont per­du de nom­breuses troupes, les Al­liés dis­posent dé­sor­mais d’im­por­tants ren­forts ve­nant de l’ar­mée amé­ri­caine avec les­quels ils vont pou­voir or­ga­ni­ser toute une sé­rie d’of­fen­sives qui fe­ront re­cu­ler l’ar­mée al­le­mande jus­qu’à l’ar­mis­tice. Dès le 8 août 1918, une at­taque prin­ci­pa­le­ment con­duite par des troupes bri­tan­niques per­met de re­prendre le ter­rain per­du lors de l’of­fen­sive “Mi­chaël” quatre mois plus tôt. Une par­tie de la Di­vi­sion aé­rienne, l’ex-grou­pe­ment Mé­nard dé­sor­mais di­ri­gé par le cdt de Goÿs, y par­ti­cipe en s’ins­tal­lant sur des ter­rains aux alen­tours de Beau­vais.

Au mois de sep­tembre, la Di­vi­sion aé­rienne est de nou­veau réu­nie sur la Cham­pagne pour y ap­puyer l’of­fen­sive fi­nale de l’ar­mée fran­çaise, con­duite avec le concours de la 1re Ar­mée amé­ri­caine et de son avia­tion. Du­val en a lais­sé le com­man­de­ment à un de ses ad­joints, le col. Pe­tig de Vaul­gre­nant, qui bé­né­fi­cie d’un rap­port de forces en­core plus fa­vo­rable. Dans un pre­mier temps, du 12 au 14 sep­tembre, la 1re Ar­mée amé­ri­caine, avec le concours de troupes fran­çaises, ré­duit le saillant de Saint-Mi­hiel – à l’est de Ver­dun – que les troupes al­le­mandes éva­cuaient pour ré­duire leur front. Puis la grande at­taque est lan­cée le 26 sep­tembre 1918, sur le front com­pris entre la ville de Reims et celle de Ver­dun, avec pour sé­pa­ra­tion entre la 4e Ar­mée fran­çaise du gén Gou­raud et la 1re Ar­mée amé­ri­caine du gén. Per­shing la ville de Sainte-Me­ne­hould, dans la val­lée de l’Ar­gonne. Dans les airs, la su­pé­rio­ri­té nu­mé­rique de l’avia­tion al­liée, res­sem­blée au sud de Châ­lons- en- Cham­pagne, est écra­sante : aux 735 ap­pa­reils des 1re et 2e bri­gades de la Di­vi­sion aé­rienne (ex-grou­pe­ments Mé­nard et Fé­quant) s’ajoutent les 135 Voi­sin du Grou­pe­ment Cha­bert, quatre groupes de com­bat in­dé­pen­dants (288 ap­pa­reils), plus deux groupes de com­bat et un groupe de bom­bar­de­ment amé­ri­cains, soit 216 ap­pa­reils, aux­quels il faut en­core ajou­ter l’avia­tion propre aux 4e Ar­mée et 1re Ar­mée amé­ri­caines, soit 340 ap­pa­reils. Le to­tal se monte à 1 714 avions, dont 864 chas­seurs, au­quel les Al­le­mands ont peu de choses à op­po­ser : on compte 23 Jas­ta de chasse pour les 1re, 3e et 5e ar­mées al­le­mandes, soit 276 chas­seurs écra­sés à plus de trois contre un. Le ciel de Cham­pagne est sillon­né de for­ma­tions com­pactes d’ap­pa­reils al­liés comme s’en font écho les lettres de sol­dats fran­çais ou­vertes par la cen­sure mi­li­taire : “Le ciel est noir de nos avions ; on pour­rait croire à de vrais vols de ca­nards. Ja­mais je n’en ai vu au­tant…”

Quand se ter­mine la ba­taille de Cham­pagne, les quelque 80 es­ca­drilles de la Di­vi­sion aé­rienne ain­si que ses quatre groupes de com­bat de ren­fort ont per­du 88 pi­lotes au cours des mois de sep­tembre, oc­tobre et no­vembre, tan­dis que l’avia­tion amé­ri­caine rat­ta­chée à la 1re Ar­mée amé­ri­caine, qui s’est bat­tue aux cô­tés des Fran­çais, ac­cuse des pertes quatre fois plus im­por­tantes avec 139 pi­lotes pour seule­ment 30 es­ca­drilles, le prix de leur in­ex­pé­rience au com­bat. La Di­vi­sion aé­rienne, concen­trant la chasse et le bom­bar­de­ment fran­çais, s’est af­fir­mée comme le fer de lance des of­fen­sives fran­çaises et, après l’ar­mis­tice, se­ra main­te­nue par­mi les troupes fran­çaises oc­cu­pant la rive gauche du Rhin comme une force de dis­sua­sion à toute vel­léi­té al­le­mande de re­prendre la lutte.

Le ciel est noir de nos avions ; on pour­rait croire à de vrais vols de ca­nards

BDIC

Au Ples­sisBel­le­ville le 1er sep­tembre 1918, le gén. Du­val, chef de la Di­vi­sion aé­rienne, dé­core ses meilleurs pi­lotes. De gauche à droite : le cne Hu­bert de Gef­frier, le s-lt Louis Ri­sa­cher, le s-lt Re­né Dou­si­nelle et le s-lt An­dré Mar­te­not de Cor­doux.

DA­VID MÉ­CHIN

Carte des com­bats sur le front oc­ci­den­tal en 1918. L’ar­mée bri­tan­nique sta­tionne au nord de la ville d’Amiens, l’ar­mée fran­çaise sur le res­tant du front.

MÉ­CHIN DA­VID

Le Spad XIII du s-lt Louis Ri­sa­cher, de l’Es­ca­drille SPA 159. L’uni­té fait par­tie du GC 20 qui, en sep­tembre 1918, rem­place le GC 11 dans la 2e Es­cadre de chasse de la Di­vi­sion aé­rienne.

MÉ­CHIN DA­VID

Le Spad XIII du s-lt Re­né Dou­si­nelle (neuf vic­toires) de l’Es­ca­drille SPA 48, un des plus grands as de l’uni­té.

DR/COLL. GREG VAN WYNGARDEN

Le Bre­guet 14B2 du cne Hu­bert de Gef­frier. La BR 107 va perdre cinq pi­lotes au com­bat du­rant l’an­née 1918 où elle com­bat au sein de la Di­vi­sion aé­rienne, sur un ef­fec­tif théo­rique de 15 pi­lotes.

DA­VID MÉ­CHIN

Le Bre­guet 14B2 du cne Hu­bert de Gef­frier, chef de l’Es­ca­drille BR 107 en 1918. Outre ses 116 mis­sions de bom­bar­de­ment, ce pi­lote a éga­le­ment ob­te­nu une vic­toire ho­mo­lo­guée.

DR/COLL. MÉ­CHIN

Le s-lt Si­mon de Peye­rim­hoff de­vant son Bre­guet 14B2 de l’Es­ca­drille BR 129 en 1918 (où il sert avec son frère Jacques). Un des meilleurs pi­lotes du bom­bar­de­ment, il rem­por­ta éga­le­ment quatre vic­toires ho­mo­lo­guées sur son Bre­guet 14B2.

DA­VID MÉ­CHIN

Le Bre­guet 14B2 du s-lt Si­mon de Peye­rim­hoff, de l’Es­ca­drille BR 129.

DA­VID MÉ­CHIN

Le Voi­sin 10B2 de l’Es­ca­drille VB 109. Comme tous les bom­bar­diers de nuit, il est équi­pé de phares des­ti­nés à éclai­rer la piste d’at­ter­ris­sage. Voi­sin 10B2 à mo­teur Re­nault de l’Es­ca­drille VB 109 en 1918. Cette uni­té, rat­ta­chée au GB 8, est in­té­grée à la Di­vi­sion aé­rienne en mai 1918 au sein du Grou­pe­ment Cha­bert ras­sem­blant les neuf es­ca­drilles de bom­bar­diers noc­turnes équi­pées de cet ap­pa­reil.

DR/COLL AL­BIN DE­NIS

DR/COLL. MÉ­CHIN

Un Cau­dron R. XI d’es­corte de l’Es­ca­drille R 240. Quatre es­ca­drilles de Cau­dron R.XI étaient en ligne dans la Di­vi­sion aé­rienne avec pour tâche d’es­cor­ter les Bre­guet 14 dans leurs mis­sions de bom­bar­de­ment.

Un Cau­dron R.XI d’es­corte de l’Es­ca­drille R 240, in­té­grée à la 2e Bri­gade (Fé­quant) de la Di­vi­sion aé­rienne à l’au­tomne 1918.

DR/COLL. MÉ­CHIN

Le Grou­pe­ment Villo­mé ras­semble toutes les uni­tés de l’ar­mée fran­çaise équi­pées du bom­bar­dier Ca­pro­ni. Ici un ap­pa­reil de la CAP 115 ou de la CAP 130.

DR/COLL. GREG VAN WYNGARDEN

Le Fok­ker Dr.I du leut­nant Hans Kör­ner, as aux sept vic­toires de la Jas­ta 19. Bien que très cé­lèbre grâce à sa sil­houette in­imi­table, le Fok­ker Dr.I est un avion dé­pas­sé qui va ra­pi­de­ment dis­pa­raître de l’in­ven­taire des Jas­ta de chasse al­le­mands.

DA­VID MÉ­CHIN

BDIC

Sur le ter­rain du Ples­sisBel­le­ville le 1er sep­tembre 1918, le gén. Du­val (au centre) est en­tou­ré de plu­sieurs res­pon­sables d’uni­té de sa Di­vi­sion aé­rienne. En par­tant de la gauche, les com­man­dants Vic­tor Mé­nard, Eu­gène Ro­card et Jo­seph Vuille­min. À la gauche de Du­val, les com­man­dants Édouard Du­sei­gneur et Phi­lippe Fé­camp.

MÉ­CHIN DA­VID

Le Spad VII du s-lt An­dré Mar­te­not de Cor­doux de l’Es­ca­drille SPA 94.

DR/COLL. GREG VAN WYNGARDEN

L’Al­ba­tros D.V du lt Hans Joa­chim von Hip­pel, de la Jas­ta 5, une uni­té rat­ta­chée à la 2e Ar­mée al­le­mande au coeur de l’of­fen­sive “Mi­chaël” en mars 1918.

DR/COLL. GREG VAN WYNGARDEN

Un des pre­miers Fok­ker D. VII de la Jas­ta 5 li­vré fin juin 1918. L’ap­pa­reil est par­ta­gé entre les deux plus grands as de l’uni­té, les leut­nant Jo­sef Mai et Ot­to Kön­necke, res­pec­ti­ve­ment ti­tu­laires de 30 et 35 vic­toires aux dé­pens de l’avia­tion bri­tan­nique.

DA­VID MÉ­CHIN

Le Fok­ker D.VII de l’ober­leut­nant Erich Lö­wen­hardt, (Jas­ta 10), troi­sième as al­le­mand de la guerre avec 57 vic­toires aé­riennes ho­mo­lo­guées.

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