Es­ca­drilles cô­tières : es­ca­drilles à la plage ?

Quand l’avia­tion gar­dait les côtes loin du front.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 584/juillet 2018 - * Lire Par Da­vid Mé­chin Le Fa­na de l’Avia­tion n° 579 à 583.

Du­rant l’an­née 1916, alors que des cen­taines de mil­liers de com­bat­tants s’af­frontent dans les tran­chées al­lant des Flandres à Bel­fort, un autre front, tout aus­si meur­trier, s’ins­talle au large des côtes bri­tan­niques et fran­çaises. L’Al­le­magne s’en­gage dans une guerre na­vale contre les Al­liés et, au moyen de ses U-Boote, s’at­taque à tout na­vire de com­merce ou na­vire de pêche bat­tant leur pa­villon, n’épar­gnant pour un temps que ceux ap­par­te­nant aux États neutres.

Pour la France, la me­nace est très sé­rieuse car le long des côtes il n’y a pra­ti­que­ment rien pour pa­rer au dan­ger sous-ma­rin. Les na­vires de com­merces na­viguent le plus sou­vent seuls et ne sont que très ra­re­ment es­cor­tés de bâ­ti­ments de guerre ; les U-Boote al­le­mands évo­luent d’ailleurs la plu­part du temps en sur­face et coulent leurs vic­times désar­mées au ca­non plu­tôt qu’à la tor­pille, ne plon­geant qu’en cas de dan­ger. La liste des ma­rins dis­pa­rus en mer s’al­longe sans cesse, sur­tout au large de la Bre­tagne et de la fa­çade At­lan­tique…

Des ex­pé­riences me­nées avant-guerre confor­tées par les pre­miers ré­sul­tats opé­ra­tion­nels, l’hy­dra­vion se ré­vèle comme un moyen utile et peu oné­reux pour la sur­veillance des côtes, à dé­faut d’être un moyen d’at­taque vrai­ment ef­fi­cace en rai­son de la faible puis­sance des bombes em­por­tées à l’époque ; seuls deux U-Boote se­ront ef­fec­ti­ve­ment neu­tra­li­sés par des ap­pa­reils fran­çais du­rant la Grande Guerre. Le mi­nistre de la Ma­rine en poste de­puis le 29 oc­tobre 1915, l’ami­ral La­caze, l’a très bien com­pris et a en­tre­pris plu­sieurs plans de dé­ve­lop­pe­ment de l’avia­tion ma­ri­time, le pre­mier dès le 23 jan­vier 1916. Mais il part de très loin et se heurte à deux écueils. D’une part, le manque d’ap­pa­reils : la Ma­rine a tar­dé à mo­bi­li­ser le po­ten­tiel in­dus­triel des construc­teurs qui se re­trouve en­tiè­re­ment em­ployé par l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire ; l’or­ga­ni­sa­tion de chaînes de pro­duc­tion d’hy­dra­vions se­ra lente à dé­mar­rer. D’autre part le manque de pi­lotes : pi­lo­ter un hy­dra­vion de­mande une for­ma­tion spé­ci­fique et l’avia­tion ma­ri­time n’a pour le mo­ment pas as­sez d’écoles à la hau­teur de ses am­bi­tions de crois­sance.

De ce fait, à la fin de l’an­née 1916, les moyens aé­riens pour la pro­tec­tion des côtes sont très li­mi­tés : outre le Centre d’avia­tion ma­ri­time (CAM) de Dun­kerque qui se bat comme une uni­té du front, il n’y en a que trois autres opé­ra­tion­nels à Bou­logne, au Havre, et à La Pal­lice, près de La Ro­chelle. Sur la fa­çade mé­di­ter­ra­néenne, un seul CAM est opé­ra­tion­nel à Tou­lon et un autre est im­pro­vi­sé à Saint-Raphaël où se trouve l’école de pi­lo­tage des hy­dra­vions. Les côtes d’Afrique du Nord sont sans autre dé­fense que le CAM de Bi­zerte ; on compte quatre autres CAM près des zones de front à Ve­nise, Cor­fou, Ar­gos­to­li pour sur­veiller l’en­trée du ca­nal de Co­rinthe, et Sa­lo­nique, base ar­rière de l’ar­mée d’Orient.

Mal­gré les com­mandes aux usines et la for­ma­tion ac­crue de pi­lotes, il faut faire plus, et vite : le 31 jan­vier 1917, le Kai­ser a si­gné un ordre de re­prise de la guerre sous­ma­rine à ou­trance si­gni­fiant que les U-Boote cou­le­ront tout na­vire ren­con­tré sur les ri­vages bri­tan­niques ou fran­çais, quelle que soit sa na­tio­na­li­té. Da­niel Vincent, sous-se­cré­taire d’État à l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire, pro­pose alors au mois de jan­vier 1917 à l’am. La­caze de for­mer des es­ca­drilles de pa­trouille cô­tières avec des ap­pa­reils ter­restres pi­lo­tés par des pi­lotes de l’Aé­ro­nau­tique mi­li­taire. La­caze

ARDHAN

Ac­ces­soire in­dis­pen­sable des es­ca­drilles cô­tières, la ve­dette ra­pide (ici celle de la 482 des Sa­blesd’Olonne), qui doit prendre la mer en même temps que les avions partent en pa­trouille, afin de re­pê­cher les éven­tuels nau­fra­gés de l’air suite à un pro­blème mé­ca­nique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.