Des pas­sa­gers choyés

Boeing pense au confort des pas­sa­gers pour tra­ver­ser en avion les États- Unis.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 584/juillet 2018 - Par Alexis Ro­cher

Boeing ven­dant des avions à sa propre com­pa­gnie aé­rienne ? Ini­ma­gi­nable en 2018. Pour­tant c’est bien le cas en 1928. William Boeing a lan­cé Boeing Air Trans­port en 1926 pour trans­por­ter pas­sa­gers et cour­riers. Un an au­pa­ra­vant le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avait confié aux so­cié­tés pri­vées le trans­port du cour­rier, ce qui avait in­ci­té les in­dus­triels de l’avia­tion à s’en­ga­ger à grande échelle sur ce nou­veau mar­ché. Plu­tôt que de com­man­der des Fok­ker F.VII ou des Ford “Tri­mo­tor” pour suc­cé­der au mo­no­mo­teur Boeing 40 dé­jà en ex­ploi­ta­tion, William Boeing lance ses in­gé­nieurs sur un autre tri­mo­teur – c’est la mode. Sort des ate­liers de Seat­tle le Boeing 80. La pro­pul­sion est as­su­rée par des Pratt & Whit­ney “Wasp” (le fa­bri­cant a des parts dans la com­pa­gnie aé­rienne avec Boeing).

Pull­man des airs

Le point fort du Boeing 80 : une confor­table ca­bine se­lon les stan­dards de l’époque. Les voyages se fai­saient jus­qu’alors dans des con­di- tions qui se­raient au­jourd’hui im­pen­sables, même dans la plus spar­tiate des com­pa­gnies low cost. Pa­rois en contre­pla­qué d’aca­jou et fau­teuils en cuir s’ajoutent à l’eau chaude dans les toi­lettes. Des li­seuses individuelles com­plètent l’en­semble. Des chauf­fages per­mettent d’évi­ter de trans­for­mer la ca­bine en gla­cière. Le bruit reste im­por­tant mais le confort des pas­sa­gers s’amé­liore no­ta­ble­ment. Il est même ques­tion d’un “Pull­man des airs” tant le pas­sa­ger se sent dé­sor­mais ins­tal­lé dans un de ces wa­gons Pull­man luxueux qui ar­pentent à l’époque les voies fer­rées nord-amé­ri­caines.

Les in­gé­nieurs per­fec­tionnent l’avion avec le 80A qui bé­né­fi­cie de Pratt & Whit­ney “Hor­net” et d’une

struc­ture plus lé­gère, et qui ef­fec­tue son pre­mier vol en juillet 1929. Nou­velle amé­lio­ra­tion avec l’ajout de pe­tits em­pen­nages sur le 80A-1. Sur le 80B-1, le poste de pi­lo­tage se re­trouve à l’ex­té­rieur, par­ti­cu­la­ri­té bien vite ou­bliée. Le pé­tro­lier Stan­dard Oil uti­lise le 226, conver­sion du 80A, comme avion d’af­faires. La Grande Dé­pres­sion d’oc­tobre 1929 li­mite ce­pen­dant les ventes.

Les Boeing 80 par­courent les lignes de la com­pa­gnie, dé­sor­mais connue sous le nom de Uni­ted Air­craft and Trans­port Cor­po­ra­tion. Ci­tons le pé­riple San- Fran­cis­co- Chi­ca­go, près de 30 heures de vol, ef­fec­tué à 200 km/h de moyenne. Le voyage coûte 900 dol­lars (14 000 dol­lars ac­tuels). En train, il faut comp­ter 70 heures et 600 dol­lars. Au­jourd’hui le même tra­jet vous coû­te­ra 350 dol­lars pour 4 heures de vol.

À par­tir de mai 1930, des hô­tesses de l’air sont em­bau­chées, nou­vel ar­gu­ment pour at­ti­rer la clien­tèle.

Au mi­lieu des an­nées 1930, les 16 Boeing 80 sont rem­pla­cés par des avions en­core plus confor­tables, en­core plus ra­pides. Le tri­mo­teur bi­plan de Boeing, so­lide, est ex­ploi­té en Alas­ka jusque dans les an­nées 1940, no­tam­ment par le fa­meux bush pi­lot Ro­bert Reeve, qui s’aven­ture avec son 80 dans l’ar­chi­pel des Aléou­tiennes en pleine guerre contre les Ja­po­nais. Son 80A-1 im­ma­tri­cu­lé NC224M a été sau­vé de la dé­charge en 1969 pour re­joindre le Mu­seum of Flight de Seat­tle.

BOEING

Le Boeing 80 n’est pas ré­vo­lu­tion­naire dans sa con­cep­tion, mais il gagne une ré­pu­ta­tion de so­li­di­té.

BOEING

À la fin des an­nées 1920, Boeing ajoute le trans­port de pas­sa­gers et de cour­rier à son rôle d’avion­neur en créant Boeing Air Trans­port.

BOEING

Le Boeing 80 im­ma­tri­cu­lé NC224M, pré­ser­vé après une car­rière qui le mène en Alas­ka dans les an­nées 1940.

BOEING

Avec le Boeing 80, le confort des pas­sa­gers s’amé­liore. Ils bé­né­fi­cient, à par­tir de 1930, du ser­vice d’hô­tesses de l’air.

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