DRONES DE COM­BAT : S’AR­MER POUR LES GUERRES FU­TURES

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Phi­lippe Wod­ka-Gal­lien

Le 6 no­vembre 2002, au Yé­men, un drone Pre­da­tor de l’US Air Force tire un mis­sile Hell­fire sur une voi­ture ayant à son bord six ter­ro­ristes d’Al Qaï­da. Le raid vient en ri­poste à l’at­ten­tat contre le des­troyer USS Cole, un an plus tôt. Ce jour-là, les Etats-Unis pro­cèdent à la pre­mière frappe par drone de leur his­toire. Ce n’est que le pre­mier acte d’une nou­velle ré­vo­lu­tion dans la conduite de la guerre aé­rienne.

Une dé­cen­nie plus tard, l’US Air Force ins­crit le 22 oc­tobre 2013 deux mil­lions d’heures de vol aux ma­ni­festes de mis­sion de ses Pre­da­tor et de ses Rea­per, sa ver­sion plus puis­sante. Elle sait mettre en ligne 150 Rea­per. Le 12 oc­tobre der­nier, l’US Air Force an­non­çait un raid en So­ma­lie de drones ar­més Rea­per avec l’éli­mi­na­tion de soixante Dji­ha­distes. Le drone est en­tré du­ra­ble­ment dans notre culture stra­té­gique, et tout au­tant dans notre culture po­pu­laire. En at­teste, à ce titre, sa pré­sence au ci­né­ma et dans les jeux vi­déo, sans par­ler des rayons des li­brai­ries. Dans le sillage de la ré­vo­lu­tion de l’in­for-

ma­tion des an­nées 1990, sa ma­tu­ri­té tech­no­lo­gique et opé­ra­tion­nelle s’est af­fir­mée. Plus ré­cem­ment, le drone de com­bat, avion d’arme sans pi­lote, est en plein dé­ve­lop­pe­ment. Dans un uni­vers in­édit de vio­lence mon­dia­li­sée, ces deux sys­tèmes ré­pondent à un be­soin de sé­cu­ri­té nou­veau, éten­du à l’échelle pla­né­taire. L’avia­tion pi­lo­tée, seule, ne peut y ré­pondre.

Drones ar­més et drones de com­bat : pour­quoi et comment ?

Pour­tant, le concept de drone ar­mé est an­cien. Il re­monte aux pre­miers temps de l’avia­tion mi­li­taire. La chute du mur de Ber­lin en no­vembre 1989 an­nonce une ré­vo­lu­tion glo­bale.

Géo­po­li­tique, éco­no­mique, elle est aus­si tech­no­lo­gique. C’est celle de l’in­for­ma­tion et du nu­mé­rique. Sou­te­nus par une ex­pan­sion éco­no­mique in­édite, les drones ar­més s’ins­crivent dans l’uni­vers mi­li­taire an­ti­gué­rilla consé­cu­tif aux at­taques du 11-Sep­tembre 2001. Les an­nées 2010 res­taurent les op­po­si­tions in­ter­éta­tiques. Re­ven­di­ca­tions ré­gio­nales – Ukraine, Cri­mée, mer de Chine, am­bi­tions in­diennes, pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire, conflits per­sis­tants du MoyenO­rient – et ter­ro­risme ter­ri­to­ria­li­sé : l’ex­pres­sion vio­lente de rap­ports de force est de­ve­nue la nou­velle grille de lec­ture de la géo­po­li­tique contem­po­raine. La dé­fense re­de­vient prio­ri­taire.

Les pre­miers drones ar­més sont is­sus des nou­veaux drones de ren­sei­gne­ment à grande au­to­no­mie. Fixé à leurs frêles voi­lures, l’ar­me­ment ne peut être com­po­sé que de mu­ni­tions lé­gères : des en­gins an­ti­chars ou des ro­quettes à gui­dage la­ser. La for­mule ré­pond au be­soin de neu­tra­li­sa­tion des groupes ter­ro­ristes qui trouvent re­fuge dans les zones re­cu­lées du monde, à l’image d’Al Qae­da qui opère de­puis l’Af­gha­nis­tan. Le drone ar­mé vient ap­puyer les forces spé­ciales, les hé­li­co­ptères et l’avia­tion de

com­bat sur des zones éten­dues face à des ad­ver­saires bien dis­si­mu­lés.Telle est la le­çon des opé­ra­tions en Af­gha­nis­tan dé­clen­chées par l’Otan en sou­tien des Etats-Unis suite au 11-Sep­tembre. Plus en­core, ces en­gins ont toute li­ber­té dans un ciel dé­pour­vu de dé­fenses sol- air so­phis­ti­quées (hors quelques mis­siles Man­pads). Ces sys­tèmes ap­portent le nou­veau vo­cable de drone MALE (Moyenne al­ti­tude et longue en­du­rance), ou de MALE ar­més lors­qu’on lui ajoute un ar­me­ment.

Le drone de com­bat prend la dé­si­gna­tion d’UCAV (Un­man­ned com­bat air ve­hicle). Ra­pide, fur­tif, ma­noeu­vrant, cet avion de com­bat au­to­nome n’est pas contraint par les li­mites phy­siques d’un pi­lote. L’ar­me­ment est em­prun­té aux avions de com­bat. Le tout doit ga­ran­tir le suc­cès d’une ac­tion of­fen­sive face à un ad­ver­saire éta­tique apte à pro­té­ger son es­pace aé­rien au moyen de dé­fenses sol-air per­fec­tion­nées. Ils au­ront aus­si à opé­rer avec les avions

de com­bat pi­lo­tés, éven­tuel­le­ment en for­ma­tions com­bi­nées.A ce jour, dans les deux cas, l’homme est tou­jours dans la boucle de dé­ci­sion d’ou­ver­ture du feu.

Le cen­te­naire du drone ar­mé

Vic­to­rieux, en 1918, des em­pires cen­traux, Etats- Unis, France et Royaume Uni se pré­sentent dé­jà comme des pion­niers. La Ma­rine na­tio­nale veut ex­ploi­ter la té­lé­mé­ca­nique, une in­no­va­tion qui per­met le pi­lo­tage à dis­tance de plans aé­ro­dy­na­miques. Elle est uti­li­sée pour mettre au point un bi­plan té­lé­gui­dé ar­mé d’une tor­pille. Tes­té au large de Tou­lon en 1920, c’est l’an­cêtre tout à la fois du mis­sile Exo­cet et du drone ar­mé. Il n’est pas don­né suite à ce sys­tème, mais il per­met de très nets pro­grès en ma­tière d’ins­tru­ments de bord, no­tam­ment le pi­lote au­to­ma­tique.

En 1936, l’US Na­vy lance le pro­jet N2C- 2, un bi­plan Cur­tiss té­lé­com­man­dé por­teur de bombes. Di­rec­tion la guerre du Pa­ci­fique. La ma­rine amé­ri­caine met sur pied le Spe­cial task air group-1, une uni­té qui met en oeuvre des bi­mo­teurs Fac­to­ry TRD-1, des bom­bar­diers té­lé­pi­lo­tés. Quatre de ces bi­mo­teurs dé­collent des îles Sa­lo­mon en juillet 1944 pour frap­per des na­vires ja­po­nais. Ils font but sur les car­gos Ya­ma­zu­ki et Ma­ru, et 46 de ces en­gins in­ter­vien­dront en 1944 à Gua­dal­ca­nal. Il faut lire le Fa­na n°286 (sep­tembre 1993) pour dé­cou­vrir cet épi­sode. Au sor­tir de la Se­conde Guerre mon­diale, les nou­veaux en­gins té­lé-pi­lo­tés sont can­ton­nés à un rôle très se­con­daire de ci­ble­rie pour l’ar­tille­rie sol-air. On ci­te­ra, sur ces an­nées 1950, les en­gins fran­çais CT10 dé­ri­vés du V1 ou le Tu­ra­na en Aus­tra­lie. Ils sont les pre­miers pas ti­mides d’une nou­velle ré­vo­lu­tion. Ils servent aus­si au re­cueil de par­ti­cules ra­dio­ac­tives lors des tests nu­cléaires

at­mo­sphé­riques, à par­tir d’avions pi­lo­tés B-17 ou T-33 dro­ni­sés. La guerre élec­tro­nique leur donne aus­si l’im­pul­sion. Les B-47 puis B-52 du Stra­te­gic Air Com­mand font ap­pel à de pe­tits mis­siles pour leur­rer les ra­dars so­vié­tiques, les ADM-2C Quail. Ils res­tent en ser­vice jus­qu’en 1972.

Les pre­miers drones de com­bat : un hé­ri­tage de la guerre du Viet­nam

De cette dé­route, le Pen­ta­gone se re­lève en in­té­grant trois in­no­va­tions ma­jeures : les ar­me­ments gui­dés, la guerre élec­tro­nique, mais aus­si les drones. L’ex­pert at­ti­tré de l’US Air Force est Te­le­dyne Ryan. Ba­sée à San Die­go, la firme signe un contrat por- tant sur la trans­for­ma­tion de l’en­gin de re­con­nais­sance BQM-34 A Fi­re­bee en un drone ar­mé. Lan­cé par un C-130 Her­cules, opé­rant comme un mis­sile ré­cu­pé­rable, l’en­gin était dé­dié à la re­cherche de sites sol-air. Il em­bar­quait à cette fin une ca­mé­ra ou un cap­teur Elint ( Elec­tro­nic In­tel­li­gence). Le pre­mier es­sai du Fi­re­bee ar­mé se tient le 14 dé­cembre 1971 au­près du 6514th Test squa­dron de l’US Air Force. L’ex­pé­ri­men­ta­tion pré­voyait le tir d’un mis­sile té­lé­gui­dé Ma­ve­rick qui par­vient à frap­per di­rec­te­ment une cible au sol. En fé­vrier 1972, l’ex­ploit est re­nou­ve­lé avec un Stud­dy Ho­bo, un en­gin gui­dé à au­to­di­rec­teur op­tro­nique. Les ex­pé­ri­men­ta­tions se suc­cèdent avec les pre­mières armes gui­dées la­ser Pa­ve­way, mais aus­si des bombes lisses Mk-81 et Mk-82. Chaque Fi­re­bee em­por­tait deux mu­ni­tions, une sous chaque aile. Cet en­gin est bien l’an­cêtre de l’UCAV d’au­jourd’hui. Il au­rait eu mis­sion de dé­truire les sites sol-air ad­verses dans un scé­na­rio de conflit en centre-Eu­rope. Le pro­jet trouve ap­pui dans les le­çons du Viet­nam et de la guerre du Kip­pour en 1973. C’est aus­si l’an­née du choc pé­tro­lier. Mal­gré la me­nace du Pacte de Var­so­vie, les dé­penses mi­li­taires sont re­gar­dées de près. Il de­vient im­pos­sible d’em­pi­ler plus en­core les lignes bud­gé­taires. Dé­jà, s’agis­sant de l’arme aé­rienne, les am­bi­tions sont re­vues à la baisse : l’Ely­sée re­pousse le Mi­rage 4000 et Londres ne rem­place plus ses bom­bar­diers lourds, tout en re­non­çant aux grands porte-avions. Dans le pire des scé­na­rios, la dis­sua­sion

nu­cléaire reste en­core la meilleure dé­fense.Très en avance sur son temps, ce sys­tème, mal­gré des ré­sul­tats pro­met­teurs, est écar­té. La mis­sion de Sup­pres­sion of Ene­my Air De­fense res­te­ra donc dé­vo­lue aux Phan­tom Wild Wea­sel avec mis­siles Sh­rike. Le 2 août 1990, Sad­dam Hus­sein en­va­hit le Ko­weit.Alors que le mur de Ber­lin est tom­bé, cette guerre in­at­ten­due va ser­vir de ca­ta­ly­seur à une nou­velle ré­vo­lu­tion mi­li­taire, celle du champ de ba­taille du nu­mé­rique. Les in­gré­dients sont là : in­for­ma­tique de com­man­de­ment, trans­mis­sions, élec­tro­nique bien sûr, es­pace, GPS, et armes de pré­ci­sion. Les ar­mées de Sad­dam Hus­sein en font les frais. L’US Air Force dé­ploie des di­zaines de BQM- 74C Chu­kar, des drones de leur­rage pour cou­vrir les pre­mières vagues de F-117.

MALE ar­més : ré­vo­lu­tion dans la re­con­nais­sance et l’at­taque

Le ré­pit est de courte du­rée. Les Bal­kans de­viennent le théâtre d’une guerre de sé­ces­sion san­glante entre les Etats de la fé­dé­ra­tion you­go­slave. Les Eu­ro­péens en ap­pellent aux Etats-Unis. Si tous re­fusent une nou­velle guerre sur le con­tinent, Wa­shing­ton veut me­su­rer son en­ga­ge­ment, et sur­tout ne su­bir au­cune perte dans une guerre loin­taine. Un in­dus­triel de Ca­li­for­nie a peut-être la so­lu­tion. Il s’ap­pelle Ge­ne­ral Ato­mics. Son pro­duit, le Gnat 750, dé­jà tes­té par la CIA, s’illustre dès 1992 au-des­sus de la Bos­nie. L’en­gin est per­fec­tion­né. Il sait re­ce­voir une liai­son sa­tel­lite. Le RQ-1 Pre­da­tor est né. Il va s’im­po­ser dans les conflits ré­gio­naux pour un quart de siècle. L’heure est en­core aux ex­pé­ri­men­ta­tions : les pre­miers Pre­da­tor dans deux, puis trois es­ca­drons sur une base très dis­crète du Ne­va­da, le ter­rain auxi­liaire d’In­dian Springs. A 65 ki­lo­mètres au nord de Las Ve­gas, le site de­vient le la­bo­ra­toire d’un nou­vel art opé­ra­tion­nel. L’His­toire re­tient que le ter­rain avait été uti­li­sé dans les an­nées 1950 par des for­ma­tions de QF-80, une ver­sion té­lé-pi­lo­tée du T-33 pour les me­sures des ra­dio­élé­ments gé­né­rés par les es­sais nu­cléaires du Ne­va­da Test Site. Du­rant la guerre du Ko­so­vo de 1999, les Pre­da­tor se sont avé­rés par­ti­cu­liè­re­ment pré­cieux dans la re­cherche de cibles pour les avions de l’Otan. Là en­core, l’US Air Force écrit une nou­velle page de l’his­toire de la guerre aé­rienne. Le 16 fé­vrier 2001 reste une date ou­bliée. Et pour­tant ! Ce jour­là, dans le ciel de Nel­lis, un Pre­da­tor réus­sit le pre­mier tir ex­pé­ri­men­tal d’un mis­sile Hell­fire. Ge­ne­ral Ato­mics peut faire évo­luer le Pre­da­tor. Ex­ten­sion ho­mo­thé­tique en taille et en per­for­mances du Pre­da­tor, le nou­vel aé­ro­nef, dé­voi­lé en 2001, prend le nom de RQ-9 Rea­per.Tur­bo­pro­pul­sé, il est cinq fois plus im­po­sant. Jau­geant cinq tonnes, il est suf­fi­sam­ment puis­sant pour deux bombes Pa­ve­way de 125 kg. Le 20 juin 2005, autre chan­ge­ment d’échelle, In­dian Springs dé­laisse son sta­tut de ter­rain auxi­liaire de Nel­lis pour de­ve­nir Creech Air Force Base. Dans la fou­lée, les bases d’Hol­lo­man, d’Eglin et de Can­non ac­cueille­ront leurs es­ca­drons de Pre­da­tor et de Rea­per. Etran­ge­ment, de ce cô­té de l’At­lan­tique, par choix po­li­tique, les Eu­ro­péens re­fusent de re­joindre cette nou­velle course aux ar­me­ments. Il leur faut un quart de siècle pour ré­agir, s’agis­sant d’un drone MALE. Plus en­core (35 ans), si l’on prend comme point de dé­part les pre­miers vols de Gnat-750 dans les Bal­kans, puis ceux conduits dans le cadre de l’opé­ra­tion Al­lied Force de l’Otan. Le drone MALE ar­mé eu­ro­péen est à ce jour pré­vu pour 2025. En Chine, on a ob­ser­vé tout ce­la de très près, jus­qu’à pro­po­ser le drone MALE Wing Loon. Dé­ve­lop­pé par AVIC, l’en­gin, vu au Bour­get en 2017, pré­sente étran­ge­ment la même sil­houette que le Rea­per et peut em­por­ter une large gamme d’ar­me­ment air- sol. Son suc­cès à l’ex­port est confir­mé, au Moyen-Orient no­tam­ment.

L’UCAV : l’autre ave­nir de l’avia­tion de com­bat

Le choc re­monte à no­vembre

1994. En cette fin d’au­tomne, les centres de doc­trine, les at­ta­chés de dé­fense et les jour­na­listes spé­cia­li­sés re­çoivent un sur­pre­nant do­cu­ment. Son titre : New World Vis­ta. Il est si­gné du Scien­ti­fic Ad­vi­so­ry Board, le think tank de l’US Air Force. Ce do­cu­ment pros­pec­tif ima­gine la guerre à l’ho­ri­zon 2030. Le ciel se­ra do­mi­né par des en­gins of­fen­sifs, ava­tars de F-117 sans équi­page, conçus pour tra­ver­ser ou dé­truire des dis­po­si­tifs an­ti-aé­riens so­phis­ti­qués en ter­ri­toires hos­tiles. Bref, les di­vi­dendes de la paix sont re­mi­sés à plus tard, et l’ave­nir pour­rait bien voir le re­tour d’af­fron­te­ments in­ter­éta­tiques. Leur ar­me­ment est com­po­sé de mu­ni­tions de pré­ci­sion ou d’armes à éner­gie di­ri­gée. Ce tra­vail d’an­ti­ci­pa­tion ex­ploite in­ten­sé­ment le « di­gi­tal bat­tle­field », la fur­ti­vi­té, et les armes de pré­ci­sion. L’idée semble s’ins­pi­rer de l’HIMAT de Ro­ck­well et de la Na­sa, un avion ex­pé­ri­men­tal à haute ma­noeu­vra­bi­li­té tes­té dans le ciel d’Ed­wards entre 1979 et 1983. New World Vis­ta dé­clenche d’im­por­tants bud­gets qui ir­riguent les bu­reaux d’études chez Lock­heed, Boeing et Nor­throp Grum­man.

Ce der­nier em­porte une pre­mière manche avec le X-47 Pe­ga­sus. L’en­gin est tes­té sur le porte-avions USS

Geor­geBush en 2013. Le 10 avril 2014, il ef­fec­tue un vol de nuit. Son au­to­no­mie est im­por­tante : 4 000 km. Nor­throp Grum­man a trois atouts. Four­nis­seur his­to­rique de l’avia­tion em­bar­quée de la Na­vy, la firme a ra­che­té Te­le­dyne et a re­çu la maî­trise d’oeuvre du Glo­bal Hawk, le drone de re­con­nais­sance in­ter­con­ti­nen­tal.

Das­sault ré­agit. En 2004, dans un contexte bud­gé­taire contraint, sa di- rec­tion est à l’ini­tia­tive du pro­jet Neu­ron. Les tra­vaux s’ap­puient sur le Pe­tit Duc, un dé­mons­tra­teur de taille mo­deste qui sou­ligne le po­ten­tiel de son bu­reau d’études dans ce do­maine nou­veau. La DGA confie à la firme de Saint-Cloud la maî­trise d’oeuvre du pro­jet en fé­vrier 2006 et lui ac­corde 400 mil­lions d’eu­ros. Das­sault est ar­chi­tecte d’en­semble, fé­dé­rant le Sué­dois Saab qui par­ti­cipe à la concep­tion, Alé­nia qui s’in­ves­tit sur le sys­tème d’armes, et, en Suisse, Ruag qui in­ter­vient pour la souf­fle­rie et les sup­ports d’ar­me­ment. La France four­nit aus­si un mo­teur Snec­ma et le train Mes­sier et une liai­son de don­nées Thales. En Es­pagne, Air­bus construit la sta­tion sol et les ailes. Le Neu­ron ef­fec­tue un pre­mier vol le 1er dé­cembre 2012. Le 12 avril 2014, dans le ciel de Mé­di­ter­ra­née, le Neu­ron

vole en for­ma­tion entre un Fal­con 7X et un Ra­fale. La pa­ri­té tech­no­lo­gique est dé­mon­trée et pré­fi­gure le fu­tur SCAF (Sys­tème de com­bat aé­rien fu­tur) ins­crit dans la loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire fran­çaise 2019-2025. Dans son livre « His­toi­rede

drones», Oceane Zu­bel­dia dresse un bi­lan contras­té. Se­lon la New Ame­ri­can Foun­da­tion ci­tée dans son ou­vrage, les frappes de drones au­raient cau­sé la perte de 1667 à 2614 per­sonnes, dont 20% de ci­vils.A l’in­verse, d’autres études montrent que les drones au­raient per­mis de ré­duire les dom­mages col­la­té­raux de moi­tié.

MALE ar­més et UCAV : l’uni­vers en ex­pan­sion des ro­bots de com­bat

Les Rea­per ar­més ont été em­ployés en Li­bye en 2011, no­tam­ment pour frap­per des mis­siles sol- air SA-8. En 2014, ils re­pré­sentent dé­jà aux Etats-Unis une force de plus de 250 ap­pa­reils, 300 Rea­per étant com­man­dés ! L’ave­nir de l’UCAV est lui aus­si fixé. Il ap­por­te­ra un sur­croît de puis­sance de feu dans un scé­na­rio d’ou­ver­ture d’iti­né­raires, par un usage d’armes de pré­ci­sion air-sol ti­rés en ap­pui des avions pi­lo­tés. Si le MALE ar­mé opère en contexte de gué­rilla, l’UCAV est l’arme nou­velle conçue pour les conflits sy­mé­triques in­ter­éta­tiques. On peut l’ima­gi­ner comme l’ins­tru­ment d’une en­trée en pre­mier

sur un théâtre dès lors que la su­pé­rio­ri­té aé­rienne n’est pas as­su­rée. L’éven­tail des mis­sions est éten­du au ra­vi­taille­ment en vol, orien­ta­tion confir­mée le 30 août 2018 par le choix du MQ-25 Stin­gray de Boeing comme fu­tur drone de ra­vi­taille­ment en vol de l’avia­tion sur porte-avions. Ca­ta­pul­té comme un chas­seur em­bar­qué, il em­porte une perche de ra­vi­taille­ment en vol et des bi­dons sous voi­lure, son avio­nique re­po­sant lar­ge­ment sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour toutes les opé­ra­tions de ra­vi­taille­ment. Un contrat de dé­ve­lop­pe­ment de 805 mil­lions de dol­lars a été si­gné. Quatre pro­to­types du Stin­gray sont at­ten­dus pour août 2024. An­ti­ci­pant sur un com­bat entre ro­bots aé­riens, la DARPA, l’agence de re­cherche du Pen­ta­gone, vient de fi­nan­cer un pro­jet de sys­tème à éner­gie di­ri­gée pour drones. Dans la fou­lée, les Russes, les Chi­nois, les Bri­tan­niques et les Fran­çais (dans l’es­poir d’en­traî­ner les Eu­ro­péens) sont mo­bi­li­sés sur des pro­jets UCAV. Au sa­lon MAKS de Mos­cou de 2007, MiG dé­voile le Skat (raie en russe). She­nyang Air­craft De­si­gn Ins­ti­tute, du groupe d’Etat chi­nois AVIC, s’af­fiche avec le Sharp Sword 601-S qui ef­fec­tue son pre­mier vol le 20 no­vembre 2013. BAE Sys­tems est pré­sent avec le dé­mons­tra­teur Ta­ra­nis.

Per­cer le brouillard des guerres fu­tures

Que dire en 2019 ? MALE ar­més et UCAV se dis­tinguent bien du mis­sile au sens où ils ne font pas im­pact sur une cible. La syn­thèse entre les deux ob­jets a pris la forme de drones rô­deurs, ou « Loi­te­ring amu­ni­tions ». Dans une confi­gu­ra­tion très tac­tique, ce sont des en­gins lents et per­sis­tants sur une zone d’ac­tion. Ces en­gins lé­taux sont do­tés d’une té­lé­mé­trie pla­çant l’homme dans la boucle de dé­ci­sion d’en­ga­ge­ment, d’une op­tro­nique évo­luée et d’une charge ex­plo­sive. Dès la dé­tec­tion de la cible, sur ordre de l’opé­ra­teur, ils se trans­forment en mis­sile par im­pact di­rect. Les Is­raé­liens, pion­niers des drones de sur­veillance de­puis les an­nées 1970, ont beau­coup in­ves­ti sur ces sys­tèmes. Cette troi­sième arme trou­ve­ra sa place dans un com­bat la­cu­naire en mi­lieu ur­bain comme en ter­rain libre. L’US Ar­my, pour sa part, ima­gine des drones rô­deurs lé­gers pour en équi­per ses vé­hi­cules blin­dés d’in­fan­te­rie, pour l’éclai­rage rap­pro­ché et l’ou­ver­ture d’iti­né­raires. Le drone de com­bat fu­tur ne se ré­su­me­ra pas, dans les dé­cen­nies pro­chaines, à des géants du ciel té­lé­pi­lo­tés, ar­més de mis­siles tac­tiques. Les in­no­va­tions sont tous azi­muts et les com­bi­na­toires sont in­fi­nies. L’exer­cice d’an­ti­ci­pa­tion nous in­vite donc à ima­gi­ner une guerre fu­ture faite aus­si de na­no et de mi­ni­drones. Ex­ploi­tant le po­ten­tiel de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, ils se­ront aptes à se re­grou­per en es­saims pour frap­per leurs cibles, vé­hi­cules ou per­son­nels. Du très pe­tit aux géants du ciel : des drones à pro­pul­sion so­laire res­te­ront plu­sieurs se­maines, voire des an­nées, en vol évo­luant à très haute al­ti­tude (au-de­là de 20 000 m) comme de pseu­do-sa­tel­lites. Ce fu­tur se pré­pare dès au­jourd’hui chez Air­bus, à la NA­SA et à la DARPA. Dé­ve­lop­pé par Air­bus, le dé­mons­tra­teur Ze­phyr S a dé­jà vo­lé cette an­née en te­nant 25 jours en l’air. Les drones sont dé­sor­mais un uni­vers en ex­pan- sion dans tous les champs des pos­sibles et des confi­gu­ra­tions. Vec­teurs de su­pé­rio­ri­té tech­no­lo­gique, les drones, en leur qua­li­té de ro­bot aé­rien, toutes ca­té­go­ries confon­dues, portent une forte charge psy­cho­lo­gique, ce qui n’est pas le moindre de leurs atouts. ■

Le drone RQ-9 Rea­per en in­ter­ven­tion ex­té­rieure, une bombe gui­dée la­ser Pa­ve­way fixée sous l’aile droite. Ap­pa­ru en 2001, il peut at­teindre 480 km/h et vo­ler 30 heures, une liai­son sa­tel­lite (sous le ra­dôme avant) lui don­nant une al­longe stra­té­gique. (Usaf)

Drones BQM-34 Fi­re­bee de Te­le­dyne Ryan mis en oeuvre par un C-130 Her­cules. A par­tir de cet en­gin cible, la confi­gu­ra­tion est per­fec­tion­née du­rant la guerre du Viet­nam pour des mis­sions de re­con­nais­sance et de guerre élec­tro­nique. (Usaf)

Drone BQM-34 Fi­re­bee de l’US Air Force en confi­gu­ra­tion de ren­sei­gne­ment élec­tro­nique, le cap­teur étant pla­cé dans la pointe avant. Ce sys­tème a éga­le­ment été dé­ployé par l’ar­mée de l’Air is­raé­lienne au dé­but des an­nées 1970. (Usaf)

Vol du pre­mier RQ-1 Pre­da­tor ar­mé de deux mis­siles an­ti­char Hell­fire. Les pre­mières ex­pé­ri­men­ta­tions de Pre­da­tor ar­més sont con­duites en 2001. (Usaf)

Drones BQM-34 Fi­ree­bee mo­di­fiés au dé­but des an­nées 1970 pour l’em­port d’armes air-sol de pré­ci­sion. On dis­tingue, sur le cha­riot de gauche, la bombe pla­nante té­lé­gui­dée Stud­dy Ho­bo. (Usaf)

Rea­per ar­mé de bombes Pa­ve­way et de mis­siles Hell­fire. Cette confi­gu­ra­tion dé­ve­lop­pée en vue de li­mi­ter les en­ga­ge­ments de troupes au sol ré­pond aux nou­veaux im­pé­ra­tifs opé­ra­tion­nels im­po­sés par les guerres asy­mé­triques consé­cu­tives aux at­taques ter­ro­ristes du 11-Sep­tembre 2001. (Usaf)

Le dé­mons­tra­teur de drone de com­bat X-47 de Nor­throp Grum­man prêt au ca­ta­pul­tage. (Nor­throp Grum­man)

Le dé­mons­tra­teur Neu­ron, dé­ve­lop­pé sous la maî­trise d’oeuvre de Das­sault Avia­tion, est aus­si un exemple de réus­site de co­opé­ra­tion eu­ro­péenne, dès lors que la concep­tion est pla­cée sous la maî­trise d’oeuvre unique d’un bu­reau d’études apte à fé­dé­rer les com­pé­tences. (Das­sault Avia­tion / G. Gos­set)

Sa­lon du Bour­get 2015 : l’in­dus­triel chi­nois AVIC s’est très lar­ge­ment ins­pi­ré des drones amé­ri­cains Pre­da­tor et Rea­per pour dé­ve­lop­per le drone ar­mé Wing Loon. (P. Wod­ka-Gal­lien)

Vue d’ar­tiste du pro­jet Air­bus Ze­phyr S, un drone géant. Sa pro­pul­sion so­laire lui per­met­tra de res­ter plu­sieurs mois dans la stra­to­sphère pour des mis­sions de ren­sei­gne­ments ou de té­lé­com­mu­ni­ca­tions. Un dé­mons­tra­teur a réus­si à te­nir en l’air 25 jours entre juillet et août 2018. (Air­bus)

Vue d’ar­tiste du fu­tur drone de ra­vi­taille­ment Stin­gray des­ti­né aux porte-avions de l’US Na­vy. Le Pen­ta­gone a ac­cor­dé à Boeing une pre­mière en­ve­loppe de 805 mil­lions de dol­lars pour le dé­ve­lop­pe­ment de quatre pro­to­types. (Boeing)

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