CU­BAINES

Pro­me­nade sur l’île tro­pi­cale en com­pa­gnie du grand pia­niste Roberto Fon­se­ca, quelques jours avant l’ar­ri­vée en France de la co­mé­die mu­si­cale « Soy de Cu­ba ».

Le Figaro Magazine - - Quartiers Libres - • FRAN­ÇOIS DELÉTRAZ

Comme la danse, la mu­sique cu­baine est sur tous les conti­nents ! En ma­tière d’ex­por­ta­tion de sa cul­ture, ce pe­tit pays de 12 mil­lions d’ha­bi­tants dame le pion à ses grands voi­sins comme le Brésil ou l’Ar­gen­tine. C’est dire à quel point l’ADN de ce peuple est mar­qué par la danse, la mu­sique et la fête, même si la po­li­tique cultu­relle du ré­gime cas­triste a joué un rôle non né­gli­geable. Après 1959, la grande dan­seuse Ali­cia Alon­so avait convain­cu Fi­del Cas­tro du né­ces­saire ap­pren­tis­sage de la mu­sique et de la danse à l’école pu­blique. « Un be­soin vi­tal » di­sait-elle, au même titre que l’édu­ca­tion ou la san­té. Et, au­jourd’hui en­core, cet ap­pren­tis­sage com­mun per­dure. Ré­sul­tat, il n’y a pas au monde de ca­pi­tale plus mu­si­cale que la Ha­vane : elle ré­sonne de concerts de jazz, de mo­ments de rum­ba im­pro­vi­sés, des soi­rées de Roberto Fon­se­ca ou des re­pré­sen­ta­tions de Cas­se­noi­sette par le bal­let na­tio­nal. Et, à la té­lé­vi­sion, on ne rate pas « Bai­lan­do en Cu­ba », l’équi­valent de notre « Danse avec les stars ». Au­jourd’hui souffle à Cu­ba un es­prit de mo­vi­da, un vent de fan­tai­sie, des em­bruns de li­ber­té. Tous les ar­tistes de l’île l’af­firment : être né à Cu­ba est un avan­tage – mais voya­ger, un pri­vi­lège… La ve­nue à Pa­ris de Soy de Cu­ba est donc un évé­ne­ment : une troupe mon­tée de toutes pièces avec des dan­seurs is­sus des écoles na­tio­nales ou pri­vées qui pul­lulent sur l’île. A La Flau­ta Má­gi­ca, un bar en vogue per­ché au som­met d’un im­meuble qui sur­plombe l’am­bas­sade des Etats-Unis et la mer, on re­fait le monde et les dis­cus­sions vont bon train. Rem­bert Egües, le maître des lieux qui est aus­si le com­po­si­teur de Soy de Cu­ba, ac­cueille tou­ristes et Cu­bains bran­chés pour écou­ter des concerts dont on ne connaît pas le pro­gramme à l’avance. « Notre en­sei­gne­ment est très exi­geant et com­bine clas­sique et rythmes afro-cu­bains », ex­plique le grand pia­niste Roberto Fon­se­ca. Quand il n’est pas à son bar, Rem­bert tra­vaille dans son propre stu­dio, à quelques pâ­tés de mai­son de là. Cet « an­cien » voit d’un oeil amu­sé l’ef­fer­ves­cence en­dia­bler tous les quar­tiers de­puis que la li­bé­ra­li­sa­tion de l’éco­no­mie, qui au­to­rise dé­sor­mais les pe­tites en­tre­prises, a don­né un coup de fouet à la ville. Dé­sor­mais, les bars mu­si­caux et les res­tau­rants in­dé­pen­dants cô­toient les res­tau­rants d’Etat.

Pour quelques CUC, la mon­naie ré­ser­vée aux étran­gers, on s’offre une ba­lade dans un su­perbe taxi le long du front de mer pour ad­mi­rer ses in­croyables im­meubles. Puis on ar­rive à Pa­seo del Pra­do, où Ac­corHo­tels construit son nou­veau pa­lace et où Karl La­ger­feld a or­ga­ni­sé un dé­fi­lé l’an der­nier. Une al­lée ma­gique qui, de­puis la mer, par une somp­tueuse co­lon­nade, mène au Gran Tea­tro et au vieil hô­tel Te­le­gra­fo avec sa ter­rasse my­thique. De là, Roberto Fon­se­ca nous conduit vers la vieille ville et la pla­za Vie­ja. Les dan­seurs de Soy de Cu­ba nous y at­tendent pour une dé­mons­tra­tion dans un so­lar, une mai­son com­mu­nau­taire hé­ri­tée du com­mu­nisme do­tée d’une jo­lie cour in­té­rieure. Dans ce pays où l’ac­cès à in­ter­net est rare, tous ma­ni­festent une cu­rio­si­té sans bornes pour le monde, mais tou­jours avec cette in­dé­fec­tible fier­té cu­baine, et sur­tout cette ma­nière unique d’abor­der la danse et la mu­sique. Comment, ici, ne pas s’émer­veiller de­vant les su­blimes ar­chi­tec­tures Art nou­veau et Art dé­co tein­tées d’in­fluences es­pa­gnoles et mau­resques ? Comme pour la mu­sique et la danse, Cu­ba s’im­prègne de tant de cul­tures ! Dans Soy de Cu­ba comme dans le der­nier disque de Roberto Fon­se­ca, Abuc, on re­trouve ce mé­lange de ly­risme et de clas­sique, de rythme et de dou­ceur, de tra­di­tion et de mo­der­ni­té. Comme si leur ré­vo­lu­tion cultu­relle (sans vio­lence, elle) ac­com­pa­gnait l’His­toire, leur his­toire. D’où ce ti­raille­ment qu’ils ont tous, entre vou­loir par­tir et pour­tant vou­loir res­ter. Rem­bert Eqües, l’an­cien, et Roberto Fon­se­ca, le pia­niste qui se­coue le monde bien po­li­cé du jazz, ont trou­vé un juste mi­lieu : ils voyagent, ils jouent à l’étran­ger. Mais ils re­viennent tou­jours, comme hap­pés par cette île fas­ci­nante « sans qui, re­con­naissent-ils, nous ne se­rions rien ».

Alors que le pia­niste Roberto Fon­se­ca vient de sor­tir son nou­vel al­bum (Abuc, Universal), la co­mé­die mu­si­cale

« Soy de Cu­ba » re­vient à Pa­ris au Pa­lais des sports.

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