L’ACTE DE NAIS­SANCE DU NA­TIO­NA­LISME CHI­NOIS

Le Figaro Magazine - - Quartiers Libres - EM­MA­NUEL HECHT

★★★ LA GUERRE DE L’OPIUM, de Ju­lia Lo­vell. Bu­chetC­has­tel, 578 p., 27 €. Tra­duit de l’an­glais par Sté­phane Roques.

Face au fléau de l’opium dans les an­nées 1830, l’em­pe­reur mand­chou tranche pour la ré­pres­sion. Pro­blème : le tra­fic est or­ga­ni­sé par un Etat, la Gran­deB­re­tagne, qui comble ain­si son dé­fi­cit com­mer­cial avec la Chine, dont elle im­porte le thé, mais qui ne lui achète rien. La Com­pa­gnie des Indes orien­tales as­sure la pro­duc­tion de l’opium au Ben­gale, le vend aux en­chères de Cal­cut­ta à des tra­fi­quants et paie le thé avec cet ar­gent. Pour Londres, l’ar­rêt de cette ac­ti­vi­té lu­cra­tive est in­ac­cep­table. Un corps ex­pé­di­tion­naire est en­voyé en mer de Chine : c’est le dé­but de la pre­mière Guerre de l’opium (1839-1842). Ce conflit in­égal et de faible in­ten­si­té se­ra conclu par l’hu­mi­liant trai­té de Nan­kin, qui pré­voit la ces­sion de Hong­kong et l’ou­ver­ture de cinq ports aux An­glais. Au-de­là du ré­cit, pre­nant et jo­li­ment tra­duit, l’uni­ver­si­taire bri­tan­nique Ju­lia Lo­vell sou­ligne que cette guerre est de­ve­nue un épi­sode fon­da­teur du na­tio­na­lisme chi­nois : les di­ri­geants de Pé­kin l’ex­hument chaque fois qu’ils veulent si­gni­fier que, dé­sor­mais, ils re­fu­se­ront l’hu­mi­lia­tion de l’« im­pé­ria­lisme ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.