JOYEUX LU­CIEN À SAINT-WANDRILLE

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Dé­am­bu­ler dans le cloître go­thique de l’ab­baye Saint-Wandrille re­vient à mar­cher dans les pas de cen­taines de moines qui, de­puis 649, ha­bitent ce site splen­dide, res­té priant et vi­vant jus­qu’à au­jourd’hui. En­tou­ré de pierres basses comme des ban­quettes, res­tau­ré au fil des an­nées, ce lieu de cir­cu­la­tion est le vé­ri­table pou­mon du mo­nas­tère. Mal­gré une in­ter­rup­tion de quelques dé­cen­nies après la Ré­vo­lu­tion - l’édi­fice est alors ven­du comme bien na­tio­nal -, SaintWan­drille té­moigne que la prière et la foi sont les se­crets les mieux par­ta­gés, de siècle en siècle. A for­tio­ri en Nor­man­die où l’en­vi­ron­ne­ment est si puis­sant. Jacques Pré­vert n’écri­vait-il pas : « Il y a une éner­gie dans ce pay­sage… C’est plus que beau, c’est gran­diose » (ex­trait du livre Nor­man­die. Lieux d’inspiration. Mai­sons et jar­dins d’écri­vains, Editions des Fa­laises) ?

Trente et un frères bé­né­dic­tins, âgés de 29 à 93 ans, com­posent la com­mu­nau­té ac­tuelle. Ora et la­bo­ra, ils res­taurent des ta­bleaux, fa­briquent de la bière, du miel et mille autres choses vi­sibles et in­vi­sibles : en té­moigne ce coup de té­lé­phone quo­ti­dien pro­ve­nant d’un homme, plein de gra­ti­tude pour « la prière des moines qui l’a sau­vé alors qu’il se trou­vait ter­ras­sé par une forte dé­pres­sion », ra­conte frère Lu­cien, qui vit là de­puis qua­rante-huit ans avec son sym­pa­thique ac­cent cau­chois. Por­tier et guide du mo­nas­tère, cet homme jo­vial ré­pond à toute de­mande avec une sim­pli­ci­té désar­mante. « Contrai­re­ment à ce que les gens pensent, nous sommes cer­tai­ne­ment plus at­ten­tifs à nos fa­milles et à nos amis que d’autres. » Dans l’église pro­fonde et si­len­cieuse, l’at­mo­sphère vibre, et l’on pense au fait que, si l’on en croit saint Jean, l’es­prit « souffle où il veut ». A Saint-Wandrille, le souffle ne dis­perse pas, il réunit. Loin du brou­ha­ha des son­ne­ries de té­lé­phone et des no­ti­fi­ca­tions SMS, tout res­pire la paix dé­si­rée, re­cher­chée, in­vo­quée. On se sou­vient des lignes d’un lo­ca­taire de l’ab­baye, Pa­trick Leigh Fer­mor, ve­nu au dé­but des an­nées 1950 pas­ser quelques mois sous ces cha­pi­teaux pro­fonds. Il est l’au­teur d’un des livres qui dé­crit le plus jus­te­ment la vie des moines et sa mys­té­rieuse fé­con­di­té : Un temps pour se taire (Editions Ne­vi­ca­ta). Ces hommes que l’on croit hors du monde y sont, en fin de compte, plus que qui­conque.

Ab­baye Saint-Wandrille, Saint-Wandrille-Ran­çon (02.35.96.11.23 ; St-wandrille. com).

Pour frère Lu­cien, de­ve­nu moine de Saint-Wandrille en 1969 : « Une pa­role don­née est une pa­role te­nue. Je me suis en­ga­gé à vie. »

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