Les grands duels in­tel­lec­tuels : Jacques Laurent vs Fran­çois Mauriac, les lettres face au pou­voir

LES GRANDS DUELS IN­TEL­LEC­TUELS (6/7)

Le Figaro Magazine - - Semaine - PAR GUILLAUME PERRAULT *

Après avoir été un de ses pro­té­gés, le jeune hus­sard rom­pit avec le grand écri­vain ca­tho­lique ral­lié à de Gaulle en 1958. Dans un pam­phlet brillant et qui fit évé­ne­ment, il ac­cu­sa Fran­çois Mauriac d’avoir re­nié sa li­ber­té d’es­prit et de s’être trans­for­mé en écri­vain of­fi­ciel du ré­gime. Jacques Laurent fut ju­gé et condam­né pour « of­fense au chef de l’Etat ».

Ils au­raient pu être père et fils, et furent d’abord amis. Près de trente-cinq ans sé­pa­raient le ro­man­cier ca­tho­lique, sty­liste hors pair com­blé d’hon­neurs, et le jeune hus­sard épris de la sou­ve­rai­ne­té de la lit­té­ra­ture, qui ad­mi­rait l’art de son aî­né sans res­pec­ter les gran­deurs d’éta­blis­se­ment. Fran­çois Mauriac, peintre du pé­ché de la chair et des tur­pi­tudes prê­tées à la bour­geoi­sie pro­vin­ciale dont il était is­su, fi­gure de l’in­tel­lec­tuel chré­tien hos­tile à la droite tra­di­tion­nelle de­puis les an­nées 1930, res­ta tou­jours ac­cueillant à la jeu­nesse. Lui-même avait eu la stu­peur, à 24 ans, après la pu­bli­ca­tion de son pre­mier re­cueil de poèmes en 1909, de re­ce­voir un mot élo­gieux de Mau­rice Bar­rès, sui­vi d’un gé­né­reux ar­ticle du maître pro­met­tant le plus bel ave­nir à l’ap­pren­ti. Mauriac lui avait aus­si­tôt ex­pri­mé gra­ti­tude et vé­né­ra­tion. Qua­rante ans plus tard, de­ve­nu aca­dé­mi­cien, c’est donc très vo­lon­tiers que Mauriac re­çut à son tour Jacques Laurent. La re­vue La Table ronde, au reste, re­pré­sen­tait un trait d’union entre le pa­triarche et le dé­bu­tant pro­met­teur is­su de l’Ac­tion fran­çaise. Mauriac ac­cor­dait son par­rai­nage à ce re­fuge de la li­ber­té de l’es­prit fon­dé par Ro­land Lau­den­bach à l’orée de la guerre froide, en 1948. La re­vue La Table ronde ba­taillait contre Sartre, mo­quait sa pré­ten­tion à exer­cer un ma­gis­tère et re­fu­sait l’in­féo­da­tion de la lit­té­ra­ture à la po­li­tique. Laurent, re­mar­qué pour son ro­man Les Corps tran­quilles (1948), avait pris rang par­mi les contri­bu­teurs de la re­vue. Sans doute Mauriac fut-il amu­sé d’ap­prendre que Laurent était aus­si, sous le pseu­do­nyme de Ce­cil Saint-Laurent, le père de Ca­ro­line Ché­rie, ex­cep­tion­nel suc­cès de li­brai­rie, bien­tôt por­té à l’écran avec son concours, et qui as­su­ra à son in­ven­teur une ai­sance fi­nan­cière toute nou­velle.

Le­jeu­neau­teur,ad­mi­sau­do­mi­ci­le­pa­ri­sien­deMau­riac,ave­nue Théo­phile-Gau­tier, à Au­teuil, dé­couvre ain­si le cé­lèbre homme de lettres. De sa voix pa­reille à un chu­cho­te­ment, sé­quelle d’une opé­ra­tion, l’au­teur du Noeud de vi­pères in­ter­roge le vi­si­teur sur ses pro­jets. Il ne lui dé­plaît pas de ras­sem­bler au­tour de sa per­sonne des che­vau-lé­gers plus à droite que lui. Un di­manche, chez Mauriac, Laurent fait la connais­sance d’un cer­tain Ro­ger Ni­mier. Vers 1950, l’im­mor­tel prend l’ha­bi­tude de dî­ner presque chaque lun­di avec une de­mi­dou­zaine des mous­que­taires de La Table ronde dans un res­tau­rant lan­dais de la place du Pan­théon. « En vieux col­lé­gien de la Gi­ronde, Mauriac al­lon­geait sa main sur sa bouche pour pouf­fer en rou­lant des yeux lui­sants dès qu’il avait lais­sé échap­per de sa voix d’outre-gorge, soit une au­dace de lan­gage, soit l’une de ces ir­ré­vé­rences feu­trées, fri­sant par­fois le sa­cri­lège du moins la lè­se­ma­jes­té, où il ex­cel­lait, soit une bonne mé­chan­ce­té », se sou­vien­dra Laurent bien après la rup­ture entre les deux hommes.

En 1951, le hus­sard pu­blie un pam­phlet étin­ce­lant, Paul et Jean-Paul. Ci­ta­tions à l’ap­pui, il com­pare mé­tho­di­que­ment Jean-Paul Sartre à Paul Bour­get, pro­to­type du ro­man­cier de la Belle Epoque dé­sor­mais ju­gé confor­miste et d’une droite sur­an­née. Mauriac, que Sartre avait as­sas­si­né dans La Nou­velle Re­vue fran­çaise, exulte. Il couvre d’éloges le pam­phlé­taire dans Le Fi­ga­ro et le bap­tise « l’un des meilleurs écri­vains de la nou­velle gé­né­ra­tion ». Le com­pa­gnon­nage entre le prix No­bel de lit­té­ra­ture et son pro­té­gé n’a ja­mais été aus­si fort.

Puis l’Histoire sur­vint, qui bri­sa tout. Pour Laurent, Mauriac se four­voie en consa­crant dé­sor­mais la meilleure part de son ta­lent à la chro­nique po­li­tique et à la po­lé­mique. Prendre par­ti chaque se­maine sur les af­faires pu­bliques et les hommes dans son « Bloc-notes » – d’abord pu­blié dans La Table ronde – lui semble dan­ge­reux pour un ar­tiste. Pour tout ar­ran­ger, Mauriac quitte bien­tôt la re­vue en rai­son de dif­fé­rends avec ses ca­dets sur l’In­do­chine et le Ma­roc. Il cède aux avances de Jean-Jacques Ser­van-Schrei­ber, qui le cour­ti­sait, et re­joint L’Ex­press, fon­dé en 1953.

Dans La Pa­ri­sienne, sa re­vue créée l’an­née où Mauriac s’éloigne, le hus­sard érafle le sty­liste et son « Bloc-notes ». « Il est plai­sant de re­trou­ver les faits di­vers de la se­maine sous une aus­si belle plume. En se me­su­rant avec des votes des sous-com­mis­sions ce grand écri­vain tra­gique, ten­du à crier, donne une va­leur ar­tis­tique au par­le­men­ta­risme et prouve l’ef­fi­ca­ci­té de l’écri­ture lit­té­raire, iro­nise Laurent en mai 1956. Le rôle ca­pi­tal de Mauriac à l’in­té­rieur de L’Ex­press est d’ailleurs une trop belle dé­faite des prin­cipes mêmes de ce jour­nal pour que je ne m’en ré­jouisse. Cette feuille a été faite dans le res­pect de la vi­tesse, le culte de l’in­for­ma­tion →

→ brève, l’amour du ta­bleau sy­nop­tique, et elle a été obli­gée de re­cou­rir à l’homme qui songe, qui em­ploie des mots pour leur pres­tige, qui éprouve ses ad­jec­tifs à leur eu­pho­nie, qui évoque son en­fance, les sai­sons, la pluie, re­garde les so­leils se cou­cher, prend son temps pour souf­frir, n’in­sulte qu’à la ma­nière des hu­ma­nistes, ra­conte sa vie, et tremble. » Puis le ton du pam­phlé­taire se fait grave. En ce prin­temps 1956, l’ac­tua­li­té que com­mente Mauriac est lourde. Le gou­ver­ne­ment du so­cia­liste Guy Mol­let ac­cé­lère l’en­voi du contin­gent en Al­gé­rie, où la guerre prend de l’am­pleur. Or, Laurent craint que son aî­né veuille com­bi­ner « les joies to­niques du lea­der avec les ca­prices de l’ar­tiste ir­res­pon­sable » qui change vo­lon­tiers d’avis. « Il me dé­plai­rait que la conscience de Mauriac reste plus long­temps in­dif­fé­rente au fait qu’il ne joue pas avec le feu tout seul, qu’il y joue avec d’autres »,

ses lec­teurs. Un au­teur ne sau­rait exer­cer une au­to­ri­té mo­rale, conclut Laurent, sous peine de croi­ser un jour le re­gard d’un in­con­nu qui lui po­se­ra la ter­rible ques­tion : « Qu’est-ce que tu m’as fait faire de ma jeu­nesse ? » Mauriac ne ré­pond pas à l’in­ter­pel­la­tion de son ca­det.

Deux ans plus tard, en mai 1958, le prix No­bel de lit­té­ra­ture sou­tient le re­tour du gé­né­ral de Gaulle aux af­faires. On sait la consi­dé­ra­tion que l’homme du 18 Juin por­tait aux écri­vains. Dès le 25 août 1944, un de ses pre­miers gestes avait été de s’en­qué­rir de la sé­cu­ri­té de Mauriac et de le convier à dé­jeu­ner au mi­nis­tère de la Guerre. Son fils aî­né, Claude Mauriac, était de­puis quelques jours chef du se­cré­ta­riat par­ti­cu­lier du Gé­né­ral. L’aca­dé­mi­cien fut conquis par le chef du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire dès leur pre­mière ren­contre. L’illustre ro­man­cier, res­té en France oc­cu­pée après l’in­va­sion, avait d’abord été ar­dent ma­ré­cha­liste l’été 1940 puis en re­trait et prudent, en­fin peu à peu en­ga­gé dans la presse clan­des­tine et ré­sis­tante. Il vit en de Gaulle l’in­car­na­tion du sur­moi na­tio­nal, un rap­pel vi­vant de la culpa­bi­li­té des faibles mor­tels qui avaient vé­cu comme ils l’avaient pu sous l’oc­cu­pa­tion. « Les Fran­çais dont la faute es­sen­tielle, dont l’unique faute fut de déses­pé­rer de la France à l’heure de son plus grand abais­se­ment, et, par des pro­pos par­tout ré­pan­dus, d’ac­ca­bler leur mère hu­mi­liée, sont ju­gés, qu’ils le veuillent ou non, par ce chef so­li­taire, as­sis à l’écart et qui n’est plus rien dans l’Etat, écrit Mauriac dès mai 1946 dans Le Fi­ga­ro,

quatre mois après que de Gaulle a quit­té le pou­voir. A l’heure des té­nèbres, eux qui n’ont pas été fi­dèles, ils au­ront beau feindre de l’avoir été, cet homme les rap­pel­le­ra par sa seule pré­sence au sen­ti­ment de leur mi­sère […]. Il ne dé­pend de per­sonne que cha­cune de nos vies n’ait pris, du­rant ces quatre an­nées où la ma­rée al­le­mande nous a re­cou­verts, comme une co­lo­ra­tion qu’elle ne per­dra plus. […] Nous nous dé­bat­tons en vain : nous avons tous au front dé­sor­mais une marque, un signe, que le des­tin nous a don­né, qu’au­cune com­plai­sance n’ef­fa­ce­ra et que nous em­por­te­rons dans la mort. » Là gît l’ex­pli­ca­tion de la vé­né­ra­tion de Mauriac pour de Gaulle et de la pas­sion qu’il ap­porte à le dé­fendre dès son re­tour en 1958. Sans doute l’homme de lettres a-t-il le sen­ti­ment d’ex­pier les sen­ti­ments qu’il avait éprou­vés et ex­pri­més en une du Fi­ga­ro le 3 juillet 1940 : « Les pa­roles du Ma­ré­chal Pé­tain, au soir du 25 juin, ren­daient un son presque in­tem­po­rel ; ce n’était pas un homme qui nous par­lait [à la ra­dio],

mais, du plus pro­fond de notre Histoire, nous en­ten­dions mon­ter l’ap­pel de la grande na­tion hu­mi­liée. Ce vieillard était délégué vers nous par les morts de Ver­dun et par la foule in­nom­brable de ceux qui, de­puis des siècles, se trans­mettent le même flam­beau que viennent de lais­ser tom­ber nos mains dé­biles. »

A peine la Consti­tu­tion de la Ve Ré­pu­blique pro­mul­guée, en oc­tobre 1958, de Gaulle élève Mauriac à la di­gni­té de grand­croix de la Lé­gion d’hon­neur. L’homme du 18 Juin at­tache d’au­tant plus de prix au sou­tien de l’aca­dé­mi­cien qu’il éprouve une vive amer­tume à comp­ter tant de grandes plumes et d’uni­ver­si­taires par­mi ses ad­ver­saires. Laurent, pour sa part, si sou­cieux de l’in­dé­pen­dance de la lit­té­ra­ture, craint que son an­cien men­tor ne de­vienne l’écri­vain of­fi­ciel du ré­gime. A chaque étape de l’évo­lu­tion du Gé­né­ral sur la ques­tion al­gé­rienne, Mauriac le dé­fend avec achar­ne­ment et at­taque tous ses dé­trac­teurs. Ul­cé­ré de l’hos­ti­li­té de L’Ex­press en­vers de Gaulle, il claque la porte de l’heb­do­ma­daire au prin­temps 1961 et trans­porte son « Bloc-notes » au Fi­ga­ro lit­té­raire. Trois ans et de­mi plus tard, ce­pen­dant que le drame al­gé­rien s’éloigne, Mauriac pu­blie un es­sai consa­cré au grand homme,

De Gaulle, dont il est dif­fi­cile de contes­ter le ca­rac­tère ha­gio­gra­phique. Deux mois plus tard, le Tout-Pa­ris a la sur­prise de dé­cou­vrir en li­brai­rie la ré­ponse de Jacques Laurent, Mauriac sous de Gaulle. L’ou­vrage de 220 pages a été écrit en neuf jours puis im­pri­mé et dis­tri­bué avec une cé­lé­ri­té ex­cep­tion­nelle. Le pam­phlet est fé­roce et brillant. Com­pa­rant le De Gaulle de Mauriac à un autre de ses livres, Vie de Jé­sus, pu­blié en 1936, Laurent éta­blit que le sty­liste uti­lise les mêmes ex­pres­sions et des images iden­tiques pour dé­peindre le Ch­rist et le chef de l’Etat. « Mauriac a pris le risque de ter­mi­ner son oeuvre sur un livre qui n’est pas de lui et, l’ayant com­men­cée les yeux le­vés vers Dieu, de l’in­ter­rompre, les yeux at­ta­chés à Cé­sar. » Le re­proche qu’adresse Laurent à son an­cien men­tor, c’est d’as­ser­vir la lit­té­ra­ture au pou­voir. Certes, « Cé­sar n’avait ja­mais été in­dif­fé­rent » à Mauriac. Mais, jus­qu’ici, « cet équi­li­briste in­né avait trou­vé un ta­lent dé­ci­sif et des ruses dé­li­cieuses pour ne ja­mais rien rendre à Cé­sar ou à la Mode sans rendre plus à Dieu aus­si­tôt […] Tant qu’il ex­cel­la à ce jeu com­pli­qué et mé­lo­dieux, il fut Fran­çois Mauriac. Il ne pou­vait plus l’être du jour où Cé­sar de­ve­nait son dieu. » Laurent ac­cuse le ro­man­cier d’avoir dé­li­bé­ré­ment tron­qué faits et ci­ta­tions pour com­po­ser

“MAURIAC A PRIS LE RISQUE DE TER­MI­NER SON OEUVRE SUR UN LIVRE QUI N’EST PAS DE LUI”

l’image d’un de Gaulle pro­phé­tique en toute oc­ca­sion. Car der­rière Mauriac se pro­file l’autre cible du pam­phlet : l’homme du 18 Juin lui-même. Jacques Laurent, qui fut à Vi­chy puis proche de l’OAS en 1961, nour­rit une hos­ti­li­té pas­sion­née en­vers de Gaulle. « Certes, au­cun gé­né­ral au monde n’a vain­cu, fait em­pri­son­ner ou fait pé­rir au­tant de grands chefs mi­li­taires que lui. Sur ce point, Mauriac a rai­son de trou­ver que de Gaulle sur­passe Na­po­léon. Mais il omet un dé­tail : la na­tio­na­li­té des vain­cus », mord l’au­teur. A ses yeux, l’homme du 18 Juin s’est « en­fer­mé dans le rè­gle­ment de compte in­tes­tin ». Le drame des pieds-noirs et l’aban­don des har­kis est dé­peint avec une iro­nie sèche. « Le nombre des har­kis et autres sup­plé­tifs qui pé­rirent pen­dant que l’Ar­mée fran­çaise rem­bar­quait est éva­lué par cer­tains à cent vingt mille, mais un haut fonc­tion­naire m’a ras­su­ré sur ce point : “Pas plus de soixante mille, je vous le ga­ran­tis.” » Laurent ac­cuse le fon­da­teur de la Ve Ré­pu­blique d’avoir pour seul gé­nie ce­lui de la mise en scène. A l’en croire, son art consiste à tra­ves­tir les faits et dé­gra­der l’es­prit pu­blic en en­cou­ra­geant le men­songe, la ser­vi­li­té, le re­nie­ment et l’ar­bi­traire, en par­ti­cu­lier lors de l’af­faire al­gé­rienne. La charge est fé­roce. Mauriac se garde de faire à l’as­saillant l’hommage d’une ré­ponse di­recte. Mais, dans son « Bloc­notes » du 24 jan­vier 1965, on de­vine sans peine qui est vi­sé par ces lignes vio­lentes sur les en­ne­mis du Gé­né­ral : « C’est vous et non moi qu’il [de Gaulle]

main­tient en état de transe, c’est vous et non moi qu’il condamne, pauvres in­sectes, à une ponte accélérée. » Le 20 fé­vrier, nou­velle at­taque de Mauriac sur « cer­tains hommes de lettres » conscients « de leur échec » : « Ils n’ont pas choi­si d’être lé­gers, ils le sont res­tés mal­gré eux. […] Cette fri­vo­li­té les isole, les in­cline à mal sup­por­ter que d’autres écri­vains ne bouf­fonnent pas tou­jours et qu’ils osent s’in­té­res­ser à la po­li­tique […].

Leur haine est à la me­sure de ce des­tin qui leur in­ter­dit d’en avoir un. Je ris quand j’en­tends Le­po­rel­lo me trai­ter de va­let du pou­voir. » Mauriac sous de Gaulle at­teint les 50 000 exemples ven­dus au prin­temps 1965. A l’ini­tia­tive du par­quet, Jacques Laurent et sa mai­son d’édi­tion, La Table ronde, sont pour­sui­vis pour « of­fense au chef de l’Etat » comme ils l’avaient pré­vu. Laurent exulte. Trente-deux pas­sages du livre sont in­cri­mi­nés. Le pro­cès de­vant la XVIIe chambre cor­rec­tion­nelle se dé­roule en oc­tobre 1965, en pleine cam­pagne pré­si­den­tielle. Une pé­ti­tion de sou­tien au nom de la li­ber­té des lettres a réuni les si­gna­tures de 22 au­teurs en vue, de Jean Anouilh à Fran­çoise Sa­gan, de Mar­cel Ay­mé à Jean-Fran­çois Re­vel. Fran­çois Mit­ter­rand té­moigne par écrit en sa fa­veur. L’au­dience est un évé­ne­ment pa­ri­sien. Jean-Luc Go­dard prend place par­mi le pu­blic. Les ma­gis­trats, Laurent et son avo­cat, Me Jean-Marc Va­raut, rompent des lances sur la li­cence du po­lé­miste et la res­pon­sa­bi­li­té de l’his­to­rien. Le pam­phlé­taire se mue en éru­dit et fait sur­gir des an­nales de la lit­té­ra­ture fran­çaise une co­horte d’illustres de­van­ciers. En vain : au­teur et édi­teur sont condam­nés à des peines d’amende et le tri­bu­nal or­donne la sup­pres­sion de 25 pages du livre. La condam­na­tion se­ra al­lé­gée en ap­pel. En dé­fi­ni­tive, le livre res­te­ra en vente libre pour­vu de son texte in­té­gral. Gué­ri à titre pro­vi­soire du dan­ger de la dis­per­sion par son pam­phlet, Jacques Laurent pa­rut presque contra­rié que son duel avec Mauriac et de Gaulle s’ache­vât si vite.

* Grand re­por­ter au Fi­ga­ro et maître de confé­rences à Sciences-Po, Guillaume Perrault vient de pu­blier Conser­va­teurs, soyez fiers ! (Plon). La se­maine pro­chaine : Si­mon Leys contre les maos.

“C’EST VOUS ET NON MOI QUE DE GAULLE CONDAMNE, PAUVRES IN­SECTES, À UNE PONTE ACCÉLÉRÉE”

Jacques Laurent.

Fran­çois Mauriac.

A l’oc­ca­sion d’une vi­site en Gi­ronde, Charles de Gaulle ren­contre Fran­çois Mauriac, le 16 avril 1961. C’est cette proxi­mi­té entre les deux hommes que Jacques Laurent dé­non­ce­ra.

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