Dans la tête ima­gi­naire de... Jean de La Fon­taine

Le Figaro Magazine - - Semaine - PRO­POS MIRACULEUSEMENT RE­CUEILLIS PAR JEAN-CHRIS­TOPHE BUIS­SON

IL est mort il y a plus de trois siècles, mais son oeuvre n’a ja­mais été aus­si vi­vante. Tou­jours étu­dié à l’école, ho­no­ré quo­ti­dien­ne­ment ou presque par Fa­brice Lu­chi­ni, il est l’ob­jet d’un es­sai bio­gra­phique de haut vol si­gné Erik Or­sen­na, se­lon qui il est peu d’au­teurs fran­çais qui res­semblent au­tant que La Fon­taine à la vie : « mi-fable, mi-conte, gra­ve­ment co­quine ». Au mi­lieu de rats, de loups, de ca­nards, d’élé­phants, de gre­nouilles, de boeufs, de pe­tits la­pins, de cor­beaux, de re­nards, de tor­tues, de four­mis et de ci­gales, nous avons re­trou­vé le fa­bu­liste, as­sis sur le tronc d’un chêne dé­ra­ci­né, un pot au lait de­vant lui.

Avec qui par­ta­gez-vous votre temps au pa­ra­dis ?

Ni­co­las Fou­quet, qui ai­mait certes trop l’ar­gent mais aus­si les ar­tistes, et Cé­line, qui a eu le bon goût de dire un jour que j’étais le plus grand.

Et aus­si vos amis Ra­cine, Boi­leau et Mo­lière…

Avec eux, je ri­paille plus que je ne dia­logue.

Si vous n’étiez pas de­ve­nu écri­vain ?

J’au­rais été moine. J’ai même com­men­cé à l’être à 20 ans, au sein de la congré­ga­tion des Ora­to­riens. Mais je pré­fé­rais lire L’As­trée que la Somme théo­lo­gique de saint Tho­mas d’Aquin. Cela fai­sait un peu désordre.

Votre ta­bleau pré­fé­ré ?

La Chasse au lion, de Ru­bens.

Ce que vous n’ai­mez pas dans le monde contem­po­rain ?

Les hommes qui courent après la for­tune ; ceux qui donnent à man­ger aux vaches des an­ti­lopes ré­duites en fa­rine ; les éo­liennes qui gâchent les belles cam­pagnes fran­çaises. Il pa­raît qu’on va en ins­tal­ler près de la ferme où j’ai gran­di, dans les en­vi­rons de Châ­teauT­hier­ry. J’en suis ma­lade.

Le voyage qui vous a le plus mar­qué ?

Je n’en ai fait qu’un seul dans ma vie : à Li­moges.

En quoi n’étiez-vous pas doué ?

L’amour. Ma femme peut en té­moi­gner.

Vos au­teurs pré­fé­rés ?

Esope, Ovide, Boc­cace.

Un livre que vous conseillez ?

La Ferme des ani­maux, de George Or­well.

Des écri­vains que vous n’ap­pré­ciez pas ?

Alexandre Du­mas, qui a fait un hé­ros de d’Ar­ta­gnan, ce vil homme qui osa ar­rê­ter le grand Fou­quet ; Mar­cel Proust, dont les phrases font la lon­gueur de mes fables.

Ce que vous n’ai­mez pas chez vous ?

Avoir, comme ma mère, du nez – et abon­dam­ment.

Qui dé­fend le mieux votre oeuvre, de­puis votre dis­pa­ri­tion ?

Mes confrères de l’Aca­dé­mie fran­çaise Marc Fu­ma­ro­li et Erik Or­sen­na, même si ce­lui-ci a le tou­pet de pré­fé­rer mes contes gri­vois à mes fables dont les mo­rales élèvent l’âme.

Et Fa­brice Lu­chi­ni ?

Lui, il est in­sur­pas­sable. Il trouve même dans mes textes des al­lu­sions, des ré­fé­rences, des ré­flexions et des idées aux­quelles je n’avais même pas pen­sé. J’es­père qu’il ne me de­man­de­ra pas un jour des di­vi­dendes sur les ventes de mes oeuvres ob­te­nues grâce à lui.

Un ani­mal qui manque dans vos fables ?

Le panda. Ma 244e fable se se­rait in­ti­tu­lée Le Panda et sa marraine.

Quels en au­raient été les pre­miers vers ?

« Il était un panda à Beau­val

A qui l’on avait don­né pour marraine

Femme blonde sans ri­vale

Haus­sée du sta­tut de reine. »

Un évé­ne­ment qui vous a plu en France ces der­niers mois ?

Voir le mi­nistre char­gé de l’Edu­ca­tion dis­tri­buer 150 000 exem­plaires de mes fables aux élèves de CM2.

Et un évé­ne­ment qui vous a dé­plu ?

Le dé­ve­lop­pe­ment de cette idée se­lon la­quelle un homme peut de­ve­nir une femme et vice ver­sa. Comme si un loup pou­vait de­ve­nir her­bi­vore ou un rat, élé­phant ! Dieu fait bien ce qu’il fait…

Que pen­sez-vous d’Em­ma­nuel Ma­cron ?

Est bien fou du cer­veau qui pré­tend conten­ter tout le monde et son père.

Fran­çois Hol­lande ?

Il est bon de par­ler et meilleur de se taire.

Jean-Luc Mé­len­chon ?

Chien har­gneux a tou­jours l’oreille dé­chi­rée.

Ni­co­las Sar­ko­zy ?

Beau­coup mieux seul qu’avec des sots.

Comment dé­fi­ni­riez-vous l’homme ?

Un ani­mal aus­si tra­gique que co­mique.

Qu’avez-vous dit à saint Pierre en ar­ri­vant là­haut ?

Où sont les bêtes ?

Les Fables de La Fon­taine sont à lire et à re­lire en Pléiade ou en édi­tion de poche.

A lire en cette ren­trée : « La Fon­taine. Une école buis­son­nière », d’Erik Or­sen­na (Stock/France In­ter, 210 p., 17 €).

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