Tant qu’il y au­ra des pa­pa­raz­zis

S’ils re­trouvent des cou­leurs du­rant l’été, les pro­fes­sion­nels de l’image vo­lée ont beau­coup per­du de leur su­perbe. Et pas seule­ment de­puis la mort de La­dy Dia­na il y a vingt ans. En­quête à Saint-Tro­pez et dans les couloirs d’agences pho­to pas comme les a

Le Figaro Magazine - - Semaine - PAR CHARLES JAIGU

Il ne se baigne pas cette en­flure, al­lez mets-toi à l’eau, juste cinq mi­nutes ! » As­sis près d’un pa­ra­sol, comme un quel­conque va­can­cier, Thi­baut planque sur la plage un ac­teur de deuxième par­tie de ta­bleau. Billy Zane a joué le mé­chant fian­cé de Kate Wins­let dans Ti­ta­nic. Pour jus­ti­fier son at­tente, il faut qu’il at­trape le mo­ment de la bai­gnade : c’est ce qui se vend le mieux. En même temps, ju­melles en main, il ob­serve à 150 mètres le yacht dans le­quel se trouve l’ac­teur Adrien Bro­dy – os­ca­ri­sé dans Le Pia­niste. Il ob­serve, juste pour vé­ri­fier qu’il a rai­son de ne pas s’y in­té­res­ser. « J’ai deux concur­rents au cul de Bro­dy, dé­jà que ça ne vaut pas grand-chose, je pré­fère ten­ter Zane sur le­quel je suis seul », ex­plique-t-il. A la ju­melle, il nous in­dique un Zo­diac

POUR BEAU­COUP, LES BELLES AN­NÉES NE SONT QU’UN SOU­VE­NIR

ap­pa­rem­ment in­oc­cu­pé. En fait, sous la ser­viette de bain né­gli­gem­ment éten­due au mi­lieu, on de­vine un corps im­mo­bile. Ce­lui d’un pa­pa­raz­zi en planque, prêt à sur­gir si Bro­dy se dé­cide en­fin à faire du jet-ski. « Le su­jet se lâche mieux s’il ne te voit pas », nous ex­plique notre photographe.

Ce 25 juillet, la bande d’amis de Leo­nar­do DiCa­prio est à Saint-Tro­pez : Sean Penn, Kate Wins­let, Gerard But­ler, Or­lan­do Bloom, Syl­ves­ter Stal­lone, Em­ma Stone, Har­vey Kei­tel, Kate Hud­son… Une flo­pée d’ac­teurs « made in Hol­ly­wood » suit tou­jours le sillage de la star qui re­çoit les « rich & fa­mous » pour une soi­rée d’enchères or­ga­ni­sée par sa fon­da­tion en fa­veur de l’en­vi­ron­ne­ment. C’est l’un des pics de la sai­son pour un pa­pa­raz­zi ins­tal­lé à Saint-Tro­pez de juin à la fin du mois d’août. Les cli­chés se ven­dront aux sites et aux ma­ga­zines people du monde en­tier. En at­ten­dant, les re­por­ters-pho­to­graphes scrutent le pon­ton en bois de la plage du Club 55, qui s’en­fonce dans le tur-

quoise. On vé­ri­fie à la ju­melle que les plai­san­ciers qui sont trans­por­tés dans des an­nexes de­puis les yachts dis­po­sés en guir­lande à un de­mi-mille de là ne sont pas des stars plan­quées der­rière leurs lu­nettes de so­leil. Pour­quoi Karl La­ger­feld – qui a une vil­la non loin – n’a-t-il pas eu l’idée d’or­ga­ni­ser un dé­fi­lé sur le pon­ton du 55 ? Sur ce po­dium ma­rin montent les si­rènes lus­trées par les em­bruns en né­gli­gés de co­ton, aux cou­leurs d’été – orange jaune ou bleu : des man­ne­quins, ex-man­ne­quins qui frayent ou dé­frayent la chro­nique et les stars d’un quart d’heure ou de siècle. « Il est sou­vent dif­fi­cile de re­con­naître les gens connus ici, ils se res­semblent tous », glisse un photographe. Sans comp­ter que nom­breuses sont les gloires in­con­nues hors de leurs pays : chan­teuse sué­doise, pré­sen­ta­trice al­le­mande, foot­bal­leur au­tri­chien. Pour­tant les pa­pa­raz­zis connaissent sur le bout des doigts le go­tha des prin­cesses et l’an­nuaire des star­lettes, ces quarts de cé­lé­bri­tés qui au­ront droit à un pa­pier mi-suave mi-mo­queur sur le site du Dai­ly Mail - l’un des sites people les plus vus dans le monde. Notre contact tra­vaille pour l’agence E-Press, l’une des quatre agences fran­çaises, avec Bes­ti­mage, Aba­ca, et KKR. Il a com­men­cé en pre­nant des pho­tos de fêtes. Un jour, un at­ta­ché de presse lui a sug­gé­ré de plan­quer au Crillon, où Ja­mel doit fê­ter son an­ni­ver­saire, en lui pré­ci­sant qu’« il sort sou­vent sur le bal­con ». Vers quatre heures du ma­tin, Ja­mel est sor­ti sur le bal­con, ac­com­pa­gné de sa toute nou­velle co­pine, Mé­lis­sa Theu­riau. Ain­si font les « people » : ils ap­pa­raissent sur les bal­cons des hô­tels cinq étoiles. Clic clac, pre­mier scoop.

« Je l’ai ven­du plus cher que toutes les pho­tos que j’avais prises jusque-là », avoue Thi­baut. Voi­là comment com­mence une car­rière de pa­pa­raz­zi dans les an­nées 2000. Pour­tant les belles an­nées ne sont plus qu’un sou­ve­nir. Il y a vingt ans dé­jà, La­dy Di per­dait la vie dans le tun­nel du pont de l’Al­ma. On ac­cu­sa les pho­to­graphes d’en être la cause. Pa­trick Poivre d’Ar­vor et Claire Cha­zal en tête, alors maîtres des JT de TF1, l’un et l’autre ayant quelques →

→ comptes à ré­gler avec la pro­fes­sion qui les avait tra­qués dans leurs va­cances grecques. Un livre ré­cent de Jean-Mi­chel Ca­rar­dec’h, Qui a tué La­dy Di ? (Gras­set), fait le point sur ce ca­ram­bo­lage mé­dia­tique et pla­né­taire. Il re­prend les rap­ports de po­lice et les ex­per­tises contra­dic­toires et met hors de cause les pa­pa­raz­zis qui sui­vaient la femme la plus pho­to­gra­phiée dans le monde. Ils ne furent pour rien dans la mort d’une prin­cesse qui avait construit sa gloire en les uti­li­sant sans ver­gogne. C’est même ain­si qu’elle avait im­po­sé à la vieille mo­nar­chie un nou­veau rap­port de force : le cli­ché contre le pro­to­cole. Pour­tant, toute la pro­fes­sion va payer cher cet évé­ne­ment qui se­ra un tour­nant dans l’histoire de ces pa­pa­raz­zades com­men­cées dans les an­nées 50. La Dolce Vi­ta, le film de Fel­li­ni, avait po­pu­la­ri­sé le mot. Il les avait cro­qués avec ami­tié comme les in­dis­ci­pli­nés com­pa­gnons de la cé­lé­bri­té. Après le der­nier sou­pir de Dia­na, ils ont été dé­non­cés comme des vau­tours sans foi ni loi, prêts à tout pour une image ven­due aux enchères de la presse people. « Pen­dant un an, il était de­ve­nu im­pos­sible de faire des pho­tos. Dès qu’on se mon­trait avec un té­lé­ob­jec­tif, on se fai­sait in­sul­ter », note Sé­bas­tien Va­lie­la – au­teur, avec son par­te­naire Pierre Suu, de la pho­to de Fran­çois Mit­ter­rand et sa fille Ma­za­rine de­vant Le Di­vel­lec en 1995, et ré­ci­di­viste en 2013 de la pho­to de Fran­çois Hol­lande sor­tant cas­qué de son ren­dez-vous avec Julie Gayet. « Il a suf­fi que Pa­trick Poivre d’Ar­vor et Claire Cha­zal ac­cusent les pho­to­graphes pour que tout le monde les croie », note Lau­rence Pieau, qui a créé le ma­ga­zine Clo­ser en 2006, après avoir pas­sé de nom­breuses an­nées chez Voi­ci – le titre spé­cia­li­sé dans la pho­to­gra­phie non au­to­ri­sée créé par l’Al­le­mand Axel Ganz au dé­but des an­nées 1990.

Lau­rence Pieau a vé­cu de l’in­té­rieur les trans­for­ma­tions de la presse people,

pas­sant par France Di­manche et créant Pu­blic et Clo­ser. Elle re­ven­dique tou­jours de ne pas « faire le plan com » des cé­lé­bri­tés. Mais elle sou­ligne que les ar­ticles n’in­fligent pas aux stars, mal­gré leurs jé­ré­miades, « un trai­te­ment ir­res­pec­tueux ». Comme elle le fait ob­ser­ver,

LES FRAN­ÇAIS, CHAM­PIONS DE LA PHO­TO NI VU NI CONNU”

« Qui a vu Jean-Jacques Gold­man dans un ma­ga­zine people ? Si on ne veut pas être pho­to­gra­phié, on y ar­rive tou­jours. » Le ren­dez-vous des stars et des pho­to­graphes à SaintT­ro­pez n’est plus ce qu’il était, même si Sé­né­quier n’a pas été rem­pla­cé par un nou­veau « spot » my­thique. Les stars amé­ri­caines conti­nuent de s’y mon­trer. Telle Pa­me­la An­der­son, qui y pos­sède un ap­par­te­ment. Stars de pas­sage, non­cha­lante et de bonne hu­meur, comme Syl­ves­ter Stal­lone, qui « sa­lue, signe, sou­rit, serre les mains, bref fait le bou­lot », nous ra­conte l’un des nom­breux pho­to­graphes qui est ins­tal­lé là pour la sai­son. Stars pa­ra­nos, comme Leo­nar­do DiCa­prio, qui fuit toute ap­pa­ri­tion en de­hors des obli­ga­toires pro­mo­tions de films ou d’évé­ne­ments. Ce jour-là, une table a été dres­sée au fond du res­tau­rant du Club 55. « Quand il ar­rive, il est ac­com­pa­gné de cinq gardes du corps, il a sa cas­quette vis­sée sur le front jus­qu’aux yeux et il passe par l’en­trée des pou­belles. » D’une mé­fiance ob­ses­sion­nelle, il est dif­fi­cile à prendre en fla­grant dé­lit. « A Saint-Barth, une femme de chambre m’a dit qu’elle avait croi­sé Ri­han­na en pei­gnoir de bain qui sor­tait de la chambre de DiCa­prio. J’ai es­sayé de tous les cô­tés, on les a vus sor­tir du même hô­tel, mais ja­mais en­semble. » Ce jour-là, le jeu de piste se ter­mi­ne­ra par une pho­to vo­lée de DiCa­prio sur le yacht d’un man­ne­quin. Est-ce que ça fe­ra une bonne pho­to ? « Une bonne pho­to est une pho­to ven­due, pu­bliée et payée », ré­pond Franck, l’un des pa­trons de l’agence E-Press. Mais DiCa­prio n’est pas une as­sez belle histoire, tou­jours en­tou­ré de ses man­ne­quins Vic­to­ria’s Se­cret. Il manque la rou­cou­lade de l’été. « Cette sai­son, on va peu­têtre res­ter ici pen­dant deux mois sans dé­cro­cher un tro­phée, et on au­ra per­du 20 000 € », grogne l’un d’entre eux. « Il dit ça tous les ans, mais il est tou­jours là », cor­rige un autre. Vingt ans après Dia­na, le gi­bier se fait plus rare.

Face à des stars ré­tives, les pa­pa­raz­zis fran­çais sont les mieux pré­pa­rés. Ils ont dé­ve­lop­pé de­puis très long­temps une tech­nique d’ap­proche au loin­tain qui fait d’eux les cham­pions de la pho­to « ni vu ni connu ». Il faut en cher­cher la cause du cô­té des lois de pro­tec­tion de la vie pri­vée, pro­mul­guées par Georges Pom­pi­dou en 1972. Des lois uniques au monde, qui per­mettent aux avo­cats, par simple ac­tion en ré­fé­ré, de blo­quer la pa­ru­tion d’un →

→ jour­nal sous presse s’ils ont connais­sance de la pho­to. « Nous sommes obli­gés de tra­vailler in­co­gni­to pour être sûrs de pu­blier », ra­conte Sé­bas­tien Va­lie­la, qui se sou­vient que lors de ses an­nées pas­sées à Los An­geles, les ac­teurs amé­ri­cains le re­mer­ciaient de res­pec­ter leur tran­quilli­té. « Aux EtatsU­nis, si un people s’en prend à un photographe, il va au tri­bu­nal et ça lui coûte cher. » Mais c’est aus­si le tour­nant des an­nées 90 qui a changé les mé­thodes. C’est ce que ra­conte Va­lie­la, dans son livre Pa­pa­raz­zo (Mi­cha­lon) : « Avant, les pa­pa­raz­zis par­ta­geaient plus ou moins la même vie que les stars, ils jouaient sur une forme de conni­vence. » Avant, c’était les grandes an­nées de Pa­ris Match et VSD. Après ce fut Voi­ci, Pu­blic, Clo­ser, puis les sites in­ter­net : l’ère de la pho­to non au­to­ri­sée qui échappe à l’hy­per contrôle des com­mu­ni­quants et aux pour­suites des avo­cats. « Nous avons ap­pris à bos­ser comme des flics, avec des tech­niques de planques, des fi­la­tures, adop­té les voi­tures ba­na­li­sées aux vitres tein­tées », com­mente Va­lie­la. Le « sous-ma­rin »,

pe­tite ca­mion­nette ba­na­li­sée, est de­ve­nu la ca­chette du pa­pa­raz­zi qui, tel la bri­gade des moeurs, at­tend tran­quille­ment la star aux bras de sa conquête du jour. « Notre mé­tier, c’est 80 % de re­cherche d’in­fo et 10 % de prise de vue »,

ré­sument les vieux rou­tiers de la pa­pa­raz­zade.

C’est comme cela que trois se­maines avant la mort de Dia­na, Ma­rio Bren­na a pris la sé­rie de pho­tos la mieux ven­due de la pro­fes­sion : la prin­cesse an­glaise contre l’épaule du mil­liar­daire égyp­tien. Un scoop où il était seul à l’af­fût, qui lui per­mit d’em­po­cher 14 mil­lions de francs. Mais ça, c’était avant. Quand la star com­bi­nait une no­to­rié­té pla­né- taire, une vie tour­men­tée, une pho­to­gé­nie na­tu­relle. De­puis, les his­trions de rien du tout, sor­tis des émis­sions de té­lé­réa­li­té, ont pris la re­lève. Et les ac­teurs connus ont pris la tan­gente. Les stars grunge re­fusent de jouer la par­ti­tion des de­mi-dieux. Quelque chose d’aris­to­cra­tique – rare, ra­cé et dé­jan­té - a lais­sé la place à une nou­velle dé­mo­cra­tie du cli­ché bon mar­ché – trop de pho­tos tuent « la » pho­to, trop de stars tuent « la » star. Un pa­pa­raz­zi nous montre Ma­rion Co­tillard bla­farde à la sor­tie de l’aé­ro­port de Nice.

« Ima­gine De­lon se poin­ter en sur­vê­te­ment », ré­sume l’un d’entre eux.

Cette évo­lu­tion s’ex­plique aus­si par les trans­for­ma­tions de la presse people. A par­tir des an­nées 90, l’heb­do­ma­daire

Voi­ci, qui vient d’être lan­cé sur le mar­ché par Axel Ganz, ose mon­trer les cé­lé­bri­tés non re­tou­chées, et pas for­cé­ment à leur avan­tage. Face aux unes sous contrôle de Pa­ris Match, le ma­ga­zine at­teint le mil­lion d’exem­plaires, avant de voir ses ventes s’ef­fon­drer à par­tir des an­nées 2008, ef­fet de la crise éco­no­mique, et de l’émer­gence des sites web. Les fa­milles royales ne sont plus aus­si co­opé­ra­tives et par­fois moins at­trac­tives. A Mo­na­co, seule Char­lotte Ca­si­ra­ghi in­té­resse. A Londres, la tor­nade Dia­na a conduit la mo­nar­chie à fer­mer les écou­tilles. Une charte entre la presse bri­tan­nique et la mo­nar­chie in­ter­dit les pho­tos vo­lées. Les pho­to­graphes étran­gers n’y sont pas sou­mis. Mais la fa­mille royale se montre in­trai­table. C’est ain­si qu’en 2012, une pho­to de Kate Midd­le­ton les seins nus, pu­bliée par le ma­ga­zine Clo­ser, a dé­clen­ché la fu­reur de la fa­mille royale. Londres a fait pres­sion sur Pa­ris pour ob­te­nir une en­quête de po­lice. Un pro­cès a été ou­vert qui ne condam­ne­ra pro­ba­ble­ment pas, au nom de la pro­tec­tion des sources, les au­teurs pré­su­més du cli­ché. Le ju­ge­ment en pre­mière ins­tance doit être ren­du en sep­tembre. Les avo­cats de Kate Midd­le­ton de­mandent 1,5 mil­lion d’eu­ros en dom­mages et in­té­rêts. Un mon­tant ja­mais at­teint jusque-là. « On a sous-es­ti­mé le trau­ma­tisme des an­nées Dia­na, et le cô­té in­tou­chable de Kate qui ve­nait de de­ve­nir l’épouse du fu­tur roi d’An­gle­terre », ad­met Lau­rence Pieau qui di­rige la ré­dac­tion de Clo­ser.

Le té­lé­phone por­table est une autre mau­vaise nou­velle pour les pa­pa­raz­zis.

« Il crée une pres­sion dif­fuse qui les amène à se pro­té­ger en­core plus », note l’un d’entre eux. Et il faut comp­ter avec ces stars qui s’au­to­pro­meuvent via leurs por­tables. « Ils nous court-cir­cuitent en fai­sant eux-mêmes leurs pho­tos sur Ins­ta­gram. » On nous cite l’exemple de l’ac­trice Eva Lon­go­ria qui poste sur Ins­ta­gram un vrai re­por­tage sur son dé­jeu­ner dans le res­tau­rant étoi­lé Chez Bruno, à Lorgues, avec le me­nu dé­taillé et le plat qu’elle a choi­si en gros plan. Au­jourd’hui, le prix moyen d’une pho­to tourne au­tour de 400 eu­ros, et un bon su­jet ex­clu­sif monte à 3 000 eu­ros. Le mar­ché du web a contour­né les ma­ga­zines pa­piers en ache­tant des droits de pu­bli­ca­tions pour quelques heures seule­ment. Le plus sou­vent, une pho­to sur le net s’achète →

LEURS AD­VER­SAIRES ? LA JUS­TICE ET... LES TÉLÉPHONES POR­TABLES

→ entre 3 et 5 eu­ros. La quan­ti­té rem­place la qua­li­té. Dans ce mé­tier de traque et d’at­tente, il est ra­ris­sime de croi­ser une « pa­pa­raz­za ». Cette jeune femme blonde et gra­cile qui a com­men­cé comme fan de star. Elle les mi­traille au­jourd’hui sur les ta­pis rouges. Sa pré­sence a le don d’exas­pé­rer les stars fé­mi­nines. Ce fut le cas à l’aé­ro­port de Rois­sy, en at­ten­dant Li­ly Rose Depp, la fille de Va­nes­sa Pa­ra­dis et de John­ny Depp. Elle re­père la jeune fille - dé­jà égé­rie de Cha­nel - et se place de­vant l’as­cen­seur, sans re­pé­rer la pré­sence de Va­nes­sa Pa­ra­dis, qui at­tend sa fille juste der­rière elle. « Au mo­ment où s’ouvrent les portes de l’as­cen­seur, je sors mon ap­pa­reil, et je re­çois une gifle. » Elle se dé­bat pen­dant que la star conti­nue à la har­ce­ler, ai­dée par un des gardes du corps de sa fille : « Je fais juste mon tra­vail ! » lance la pa­pa­raz­za. « C’est un tra­vail de merde ! », hurle la chan­teuse de­vant les ba­dauds si­dé­rés.

Au com­men­ce­ment ré­gnait une cer­taine dé­con­trac­tion ita­lienne.

Tout avait com­men­cé à Rome et Ca­pri. Puis Cannes, Saint-Tro­pez, Gs­taad en hi­ver. Les man­ne­quins à Pa­ris, les ro­ckers à Londres, le ci­né­ma à Hol­ly­wood. « Les stars amé­ri­caines en Eu­rope n’avaient pas l’ha­bi­tude des pho­tos im­pro­vi­sées, ils ne connais­saient que les pho­tos po­sées en stu­dio ou dans les opé­ra­tions de re­la­tions pu­bliques. Il n’y avait per­sonne au­tour d’elles, et elles s’en fou­taient », ra­conte Da­niel An­ge­li, long­temps sur­nom­mé « le roi des pa­pa­raz­zis», et fon­da­teur de l’agence An­ge­li. Sou­ve­nir des an­nées fa­ciles : « Je croise Aris­tote Onas­sis ave­nue Foch. – Comment sa­viez-vous que j’al­lais ar­ri­ver ? » s’étonne Onas­sis. « Je n’étais pas cer­tain, mais je suis ve­nu quand même. – Et vous êtes là de­puis long­temps ? Don­nez votre nu­mé­ro à mon chauf­feur, la pro­chaine fois, il vous pré­vien­dra. » De ces an­nées on peut faire l’in­ven­taire en égre­nant les noms des couples comme dans une chan­son de Sou­chon et Voul­zy : Bri­gitte Bardot et Gun­ter Sachs, Jean-Paul Bel­mon­do et Ur­su­la An­dress, Ca­role Bou­quet et Gé­rard De­par­dieu, Isa­belle Ad­ja­ni et War­ren Beat­ty, So­phie Mar­ceau et Chris­tophe Lam­bert, Vincent Lin­don et Ca­ro­line de Mo­na­co, Ca­ro­line et Ernst Au­gust de Ha­novre, Valérie Ka­pris­ky et An­tho­ny De­lon, Sté­pha­nie et Ma­rio à Los An­geles, l’adop­tion de Jade par John­ny et Lae­ti­cia – cli­ché ven­du 250 000 eu­ros par An­ge­li qui en re­ver­sa une par­tie à l’as­so­cia­tion de Lae­ti­cia. Les autres pho­tos se sont ven­dues entre 60 000 et 80 000 eu­ros. C’étaient les belles an­nées.

« Pour réus­sir dans ce mé­tier, il fal­lait se mettre en tan­dem, pour se sou­te­nir le mo­ral pen­dant les traques, pour se re­layer et cou­vrir toutes les sor­ties », nous ra­conte Bruno Mou­ron, par­te­naire de Pas­cal Ros­tain chez Match. Cette paire de casse-cou ont no­tam­ment été à l’ori­gine du scoop sur Ma­za­rine, pho­to­gra­phié par Va­lie­la. Ils ont fait les →

“JE FAIS MON TRA­VAIL !

– C’EST UN TRA­VAIL DE MERDE !”

→ grandes an­nées de Pa­ris Match. « Nous étions 4 équipes de 2 qui tour­naient chez Match. On avait du temps, on était pro­té­gés. L’es­sen­tiel était de me­ner la même vie qu’eux, de des­cendre dans les mêmes hô­tels, de fré­quen­ter un peu le même monde, même si on n’avait pas la même vie. On se fon­dait dans le dé­cor. On pas­sait nos soi­rées à l’Ely­sée Mat, je res­tais au bar pour m’in­for­mer. Le len­de­main ma­tin, on se poin­tait à l’adresse et les amants res­sor­taient en­semble. Au­jourd’hui, les pho­to­graphes at­tendent de­vant la porte. C’étaient des his­toires plus simples parce que nos su­jets n’étaient pas ac­com­pa­gnés d’un dir com et d’une at­ta­chée de presse. »

A cette époque, Bruno Mou­ron n’en re­ve­nait pas de pho­to­gra­phier une fille aux seins nus pré­nom­mée Sté­pha­nie et de la vendre 80 000 eu­ros. « Ca­ro­line et Sté­pha­nie étaient nos pe­tites ga­gneuses », confie un an­cien de l’agence An­ge­li, dont le fonds au­jourd’hui a été ra­che­té pas cher par Mi­chèle Mar­chand, la sul­fu­reuse pa­tronne de l’agence Bes­ti­mage, connue pour ses ac­coin­tances avec le mi­lieu, et qui fait par­ler d’elle de­puis qu’elle a su ga­gner la confiance de Bri­gitte Ma­cron et a ob­te­nu l’ex­clu­si­vi­té des pho­tos du couple et de la pre­mière dame. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’un pa­pa­raz­zi ter­mine à l’Ely­sée et s’achète une conduite. Ce fut le cas de Pas­cal Ros­tain, proche de Sar­ko­zy et de Car­la Bru­ni, qui se­ra fi­na­le­ment écon­duit. Ce der­nier réus­si­ra à prendre quelques cli­chés de la fa­meuse sor­tie de Ni­co­las Sar­ko­zy et de Car­la Bru­ni à Dis­ney, mais les pre­miers in­for­més étaient les pho­to­graphes en­voyés par le ma­ga­zine Clo­ser en vi­gie à Dis­ney, comme nous l’ex­plique en dé­tail Lau­rence Pieau. « Nous avions eu cette in­fo via un cir­cuit qui n’avait rien à voir avec l’Ely­sée, ce n’était pas une pho­to au­to­ri­sée ou pré­pa­rée, et d’ailleurs les pho­to­graphes que nous avions mis sur le coup ont at­ten­du très long­temps dans le froid du cô­té de Dis­ney avant de les at­tra­per. » Sar­ko­zy et Hol­lande ont cha­cun fait le bon­heur des pa­pa­raz­zis. Mais il faut bais­ser le ri­deau avec quelques sou­ve­nirs des an­nées John­ny. Da­niel An­ge­li prend une pho­to du ro­cker « bour­ré » sor­tant du Pa­pa­gayo à Saint-Tro­pez. Quelques se­maines plus tard, John­ny croise An­ge­li : « Tu m’as fait perdre 50 000 places à mon der­nier concert - Au contraire, Je t’en ai fait ga­gner 100 000. » In­tri­gué, il lui pro­pose de le suivre en tour­née. C’est comme ça qu’An­ge­li ra­conte comment il est de­ve­nu pa­pa­raz­zi à titre pri­vé de la star fran­çaise le plus du­rable. Les deux hommes sont au­jourd’hui brouillés, et An­ge­li a ga­gné deux pro­cès contre son an­cien client. Sou­ve­nir de fausse planque à l’île Mau­rice : « John­ny se met dans son sau­na et je me re­cule à 10 mètres, il me dit : “va der­rière les feuilles, là c’est pas une vraie planque parce que je te vois”. »

Un jour, Alain De­lon est in­vi­té à l’an­ni­ver­saire de John­ny.

Ces deux-là os­cil­lent de­puis tou­jours entre ri­va­li­té et com­pli­ci­té. L’un et l’autre au fir­ma­ment de la gloire hexa­go­nale. In­vi­té à un concert de John­ny, An­ge­li prend une pho­to de De­lon. Il en fait un beau ti­rage et il l’offre à l’ac­teur. « Quelque temps plus tard, De­lon est in­vi­té à l’an­ni­ver­saire de John­ny. En ca­deau, il lui offre la pho­to que j’avais prise de lui. Au dos du cadre il avait écrit un mot fa­çon De­lon des grandes an­nées “Je te re­garde” », ra­conte An­ge­li. C’était le temps où une pho­to de pa­pa­raz­zi ser­vait de ca­deau à un an­ni­ver­saire de people.

AVEC LES STARS, DES RE­LA­TIONS ENTRE RI­VA­LI­TÉ ET COM­PLI­CI­TÉ

Adrien Bro­dy et La­ra Lie­to sur le pon­ton du Club 55 beach à Saint-Tro­pez, le 27 juillet. En at­ten­dant l’ap­pa­ri­tion de Ma­don­na, Sean Penn et Len­ny Kra­vitz – qui n’ar­ri­ve­ront pas –, les pho­to­graphes at­trapent au vol des ac­teurs moins cô­tés qui se montrent au Club 55 ou dans le port de Saint-Tro­pez.

AUDREY HEP­BURN Audrey Hep­burn dans les rues de Pa­ris en 1976. Pour une fois, la star et son pa­pa­raz­zi jouent à deux la co­mé­die de la cé­lé­bri­té.

CA­ME­RON DIAZ L’ac­trice amé­ri­caine passe à l’of­fen­sive à la sor­tie du bar du Cha­teau Mar­mont, le cé­lèbre hô­tel de Los An­geles. Aux Etats-Unis, s’en prendre aux pho­to­graphes se paye très cher au tri­bu­nal.

MAR­LENE DIE­TRICH A l’aé­ro­port de Pa­ris en 1976, Mar­lene Die­trich est fu­rieuse quand elle se dé­couvre sui­vie par deux pa­pa­raz­zis. Da­niel An­ge­li prend la pho­to de Fran­cis Apes­te­guy re­ce­vant un coup de sac.

LA­DY DI En 1996, rue Ken­sing­ton, à Londres, la prin­cesse Dia­na se cache ex­cep­tion­nel­le­ment des pho­to­graphes. Elle vient de di­vor­cer, mais elle conserve son titre, et sa nou­velle vie at­tire plus que ja­mais.

La belle si­rène et le jeune hé­ri­tier : un clas­sique in­usable du cli­ché people. Ici, le su­per­mo­del Hei­di Klum et son pe­tit ami Vi­to Sch­na­bel à Saint-Tro­pez.

FRAN­ÇOIS MIT­TER­RAND Avec sa fille Ma­za­rine Pin­geot, à Pa­ris, le 3 no­vembre 1994. Cette pho­to a été prise par Sé­bas­tien Va­lie­la et Pierre Suu, mais sus­ci­tée par le duo de Pa­ris Match, Bruno Mou­ron et Pas­cal Ros­tain. C’est le geste pa­ter­nel du Pré­sident qui a dé­ci­dé Ro­ger Thé­rond en fa­veur de la une. In­for­mé de l’exis­tence de cette pho­to, le Pré­sident a lais­sé faire.

FRAN­ÇOIS HOL­LANDE Après les pho­tos qui avaient ré­vé­lé la liai­son de Fran­çois Hol­lande avec Valérie Trier­wei­ler en 2008, on re­trouve une fausse planque clas­sique : l’été d’un can­di­dat à la pré­si­den­tielle avec sa com­pagne, à Hos­se­gor, en 2011.

NI­CO­LAS SAR­KO­ZY Le 15 dé­cembre 2007, à Eu­ro Dis­ney, le Pré­sident se montre pour la pre­mière fois avec Car­la Bru­ni, la fu­ture pre­mière dame.

En 2012, le ma­ga­zine « Clo­ser » dé­voile en une le sein de Kate Midd­le­ton, peu après le ma­riage prin­cier. Une au­dace qui dé­clenche la co­lère de Bu­ckin­gham Pa­lace. Un pro­cès est en cours.

Sté­pha­nie de Mo­na­co et Ma­rio Ju­tard, pa­tron fran­çais d’une boîte de nuit de Los An­geles avec le­quel elle faillit se ma­rier en 1987.

Da­niel An­ge­li (à gauche) in­carne la plus an­cienne gé­né­ra­tion des pa­pa­raz­zis.

Il a com­men­cé sa car­rière dans les an­nées 60 et lan­cé les sai­sons de Saint-Tro­pez. Sé­bas­tien Va­lie­la (ci-contre, en haut) est l’au­teur de la pho­to de Fran­çois Hol­lande sor­tant de son ren­dez-vous avec Julie Gayet.

Bruno Mou­ron et Pas­cal Ros­tain forment un tan­dem de­puis les an­nées 70.

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