CES EM­BOU­TEILLAGES MONSTRES QUI FONT LA FU­REUR DES AU­TO­MO­BI­LISTES

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres -

En guerre ou­verte contre les voi­tures, la maire de Pa­ris dé­cide bru­ta­le­ment, en sep­tembre 2016, de fer­mer la voie sur berge rive droite à la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile. Consé­quence im­mé­diate : des ki­lo­mètres de bou­chons ap­pa­raissent chaque jour dans les quar­tiers li­mi­trophes, ce dont elle n’a que faire.

« D’un coup, Pa­ris s’est trou­vé blo­qué. Les 45 000 voi­tures et ca­mion­nettes qui tran­sitent chaque jour par cette ar­tère es­sen­tielle (ndlr : la voie sur berge ex­press Georges Pom­pi­dou) ont dû se re­por­ter sur d’autres iti­né­raires, en par­ti­cu­lier le bou­le­vard Saint-Ger­main, jusque-là fluide, aus­si­tôt sa­tu­ré. Des rues ad­ja­centes sont de­ve­nues im­pra­ti­cables. Les temps de tra­jet se sont al­lon­gés, dans Pa­ris in­tra-mu­ros, de dix, quinze ou vingt mi­nutes. Dé­jà en­com­bré, le bou­le­vard pé­ri­phé­rique s’est re­trou­vé sa­tu­ré plu­sieurs heures par jour.

Pris dans la sou­ri­cière, pour ten­ter d’en sor­tir, les Fran­ci­liens se sont pré­ci­pi­tés sur leurs sys­tèmes d’aide à la na­vi­ga­tion, comme Waze, Google Maps, TomTom et autres. D’où des files de voi­tures em­prun­tant les mêmes pe­tites rues im­pro­bables, à Pa­ris et en ban­lieue, pour ar­ri­ver à des­ti­na­tion, après des dé­tours consi­dé­rables. Avec ce que ce­la im­plique de consom­ma­tion de car­bu­rant, d’éner­ve­ment et, pour les ri­ve­rains, de bruit et de pol­lu­tion sup­plé­men­taires. Fu­reur gé­né­rale, y com­pris celle des conduc­teurs de bus de la RATP, eux aus­si en­glués dans le tra­fic, dans l’in­ca­pa­ci­té de res­pec­ter leurs ho­raires et sou­vent obli­gés de dé­bar­quer, à leur de­mande, leurs pas­sa­gers pres­sés de fi­nir à pied… La rage des au­to­mo­bi­listes fran­ci­liens va être dé­cu­plée quand ils vont dé­cou­vrir qu’à l’ini­tia­tive de la maire, les ser­vices de voi­rie ont, dé­li­bé­ré­ment, créé d’autres ser­vi­tudes : des bou­chons ar­ti­fi­ciels ! Pour mas­quer au­tant que pos­sible l’im­pact de la fer­me­ture de la voie Geor­gesPom­pi­dou, la cir­cu­la­tion a été ré­duite à une seule voie sur les quais, en amont, avant les car­re­fours du pont de l’Al­ma ou dans le sou­ter­rain de la place de la Con­corde. Ce qui crée une si­tua­tion ubuesque : on ronge son frein à l’arrêt ou à la queue leu leu, à cô­té d’une voie vide, neu­tra­li­sée dans le seul but de ne pas concen­trer les em­bou­teillages sur les quais hauts de la Seine, ce qui si­gne­rait le crime.

Mise en scène, la com­mu­ni­ca­tion est plus que ja­mais une prio­ri­té à la Mai­rie de Pa­ris. Face à la bron­ca, cu­rieu­se­ment trai­tée du bout des lèvres par cer­tains mé­dias com­plai­sants à son égard, comme Le Monde, L’Obs ou Me­dia­part, « Cruel­la » n’au­ra de cesse de mi­ni­mi­ser les consé­quences de sa dé­ci­sion, au cours des se­maines sui­vantes. Sans don­ner de chiffres, elle af­firme que le re­port de cir­cu­la­tion des berges de la Seine vers d’autres voies est moins im­por­tant que pré­vu. « Il y a dé­jà eu, en trois se­maines […], une adap­ta­tion des au­to­mo­bi­listes, dé­clare la maire sur RTL : nous le me­su­rons mois par mois. Il y a dé­jà ce qu’on ap­pelle une éva­po­ra­tion de la cir­cu­la­tion, de l’ordre de 10 %. » En réa­li­té, la mai­rie de Pa­ris n’a rien me­su­ré du tout. Les cap­teurs pour éva­luer les va­ria­tions de tra­fic et de pol­lu­tion n’ont même pas été ins­tal­lés !

Quant au mot d’éva­po­ra­tion, il est lourd de sens puis­qu’il si­gni­fie que, rom­pant avec des siècles pen­dant les­quels la no­tion de pro­grès et de li­ber­té a tou­jours été as­so­ciée avec celle de mo­bi­li­té, l’élue se fé­li­cite d’avoir obli­gé cer­tains ha­bi­tants de la ré­gion pa­ri­sienne à li­mi­ter leurs dé­pla­ce­ments. Vou­loir tra­ver­ser Pa­ris en voi­ture, dans un tun­nel conçu à cet ef­fet, se­rait-il de­ve­nu un dé­lit ? La mo­der­ni­té se­rait-elle de res­ter cha­cun chez soi ? C’est un re­tour­ne­ment ma­jeur, dont il faut prendre la me­sure. Il y a dans ce mot et la fa­çon dont elle le pro­nonce, de sa voix su­crée, une ma­nière de dé­sin­vol­ture et de mé­pris qui va cho­quer beau­coup de Pa­ri­siens.

Bien­tôt, un pre­mier rap­port (1) sur les ef­fets de la fer­me­ture de la voie Georges-Pom­pi­dou don­ne­ra corps au sen­ti­ment gé­né­ral des au­to­mo­bi­listes d’avoir été cy­ni­que­ment pié­gés. Un co­mi­té d’ex­perts in­dé­pen­dant est en ef­fet char­gé par Va­lé­rie Pé­cresse, pré­si­dente de la Ré­gion Ile-de-France, de suivre l’évo­lu­tion du tra­fic de­puis sep­tembre 2016 et d’en pu­blier chaque mois les ré­sul­tats. Cet ob­ser­va­toire est pré­si­dé par Pierre Car­li, mé­de­cin-chef du Samu de Pa­ris, de grande ré­pu­ta­tion, avec de nom­breux or­ga­nismes dont l’Ins­ti­tut d’amé­na­ge­ment et d’ur­ba­nisme (IAU) d’Ile-de-France. Il va me­su­rer l’évo­lu­tion du tra­fic mais aus­si les consé­quences de la fer­me­ture de la voie sur berge, en termes de pol­lu­tion de l’air et de bruit.

En com­pa­rant les mois de sep­tembre 2016 et 2015, les ex­perts ont dé­jà consta­té que le soir, aux heures de →

→ pointe, les temps de par­cours ont aug­men­té de 16 % du cô­té de Vé­li­zy (Yve­lines) sur la ro­cade de l’A86 et de 22 % sur le même axe, entre Thiais et Cré­teil (Val-deMarne). Dans ce sec­teur, la si­tua­tion est d’ailleurs plus cri­tique le ma­tin, avec une ag­gra­va­tion de 28 %. Dé­jà sa­tu­ré aux heures de pointe, le pé­ri­phé­rique ac­cuse des em­bou­teillages plus lourds, sur­tout à l’ouest de Pa­ris. Sur cer­tains tron­çons, le temps de par­cours aug­mente, le ma­tin, de 25 % ! »

LA POL­LU­TION, ALI­BI IDÉAL OU VRAI MEN­SONGE ?

Pour jus­ti­fier les res­tric­tions dras­tiques de cir­cu­la­tion et les in­nom­brables bou­chons qui en dé­coulent, la maire de Pa­ris met en avant l’ar­gu­ment de la pol­lu­tion, sans craindre de dra­ma­ti­ser ar­ti­fi­ciel­le­ment la si­tua­tion avec des chiffres que contestent les ex­perts. Mais, on le sait, Anne Hi­dal­go fait dire ce qu’elle veut aux chiffres…

« Pa­ris est une ville trop pol­luée, une ville dans la­quelle il y a des morts liées à la pol­lu­tion, dé­clare, tou­jours nuan­cée, Anne Hi­dal­go, le 5 mai 2015. Sur la mé­tro­pole du Grand Pa­ris, ce sont en­vi­ron 6 500 dé­cès par an sup­plé­men­taires. Donc il faut agir main­te­nant. » Ja­mais la Reine Verte n’au­rait pu faire une telle vio­lence aux au­to­mo­bi­listes d’Ile-de-France, si elle ne s’ap­puyait sur le cou­rant po­li­ti­que­ment très por­teur de la lutte contre la pol­lu­tion. […]

Pour com­plé­ter le ta­bleau est tom­bé comme un cou­pe­ret, de la bouche de Sa Ma­jes­té, un chiffre ter­rible : la pol­lu­tion at­mo­sphé­rique pro­voque au moins 48 000 morts par an en France ! Au­tant que l’al­cool, moins que le ta­bac mais quinze fois plus que les accidents de la route.

D’où sort ce chiffre, ré­pé­té par­tout, pen­dant toute la se­maine ? D’une étude pu­bliée par la toute nou­velle agence San­té pu­blique France, créée en 2016 et qui, dès sa pre­mière an­née d’exis­tence, a re­çu un prix de… com­mu­ni­ca­tion. Pour Ma­ri­sol Tou­raine, alors mi­nistre de la San­té, qui a por­té cette agence sur les fonts bap­tis­maux, « la pol­lu­tion est à l’ori­gine de 9 % de la mor­ta­li­té na­tio­nale ». Fran­çois Bour­dillon, son di­rec­teur gé­né­ral, en ra­joute : « Ce­la cor­res­pond à une ré­duc­tion de l’es­pé­rance de vie de deux ans chez les per­sonnes âgées de trente ans. » Ces es­ti­ma­tions alar­mantes sont su­pé­rieures – c’est l’in­fla­tion ! – aux pré­cé­dentes, de 42 000 morts par an, celles de l’étude eu­ro­péenne CAFE (Clean Air for Eu­rope) qui date de 2005. Mais le car­nage est tel qu’on n’en est plus à 6 000 morts près.

En réa­li­té, rien ne per­met d’af­fir­mer que la pol­lu­tion at­mo­sphé­rique est, en France comme à Pa­ris, à ce point mor­ti­fère. D’abord, dès qu’on gratte un peu, on

ap­prend qu’il ne s’agit pas de 48 000 morts, mais de

« 48 000 morts pré­ma­tu­rées ». Ce qui change tout et… ne veut plus rien dire. Car quel est le rap­port entre un

« mort pré­ma­tu­ré » de dix ans et un autre de trois jours, dont la fin a été à peine écour­tée ? Par ailleurs, nul ne sait par quelle mé­thode scien­ti­fique l’agence San­té pu­blique France fait la cor­ré­la­tion entre le taux de pol­lu­tion de tel ou tel élé­ment et le nombre de dé­cès

« pré­ma­tu­rés ». Comment ex­tra­pole-t-elle ? De ces soi-di­sant études, on ne connaît que les conclu­sions orien­tées. Conclu­sions qui vont d’ailleurs à l’in­verse du sens com­mun, puisque l’es­pé­rance de vie ne cesse de croître, en par­ti­cu­lier dans les grands centres ur­bains, ceux-là mêmes qui sont mon­trés du doigt. »

LES MI­GRANTS, UNE CHANCE POUR PA­RIS ?

Tou­jours « gé­né­reuse », la maire de Pa­ris leur ouvre les bras en grand. Mais c’est l’Etat qui paie – donc tous les contri­buables. Une gé­né­ro­si­té à moindre coût pour les Pa­ri­siens, mais pas sans consé­quences sur les ar­ron­dis­se­ments où se concentrent les nou­veaux ve­nus.

« Alors que la France avait eu toutes les peines du monde à ré­sor­ber les bi­don­villes qui fleu­ris­saient dans les an­nées cin­quante, voi­là qu’ils re­viennent, dans les quar­tiers nord de Pa­ris, sous le bou­le­vard pé­ri­phé­rique, dans tous les re­coins de la ville. On en voit dans le XVIIIe, le long de la voie fer­rée désaf­fec­tée de la pe­tite cein­ture. Cer­tains quar­tiers de la ca­pi­tale sont ain­si ra­me­nés au ni­veau des fa­ve­las bré­si­liennes.

Cette po­li­tique gé­né­reuse d’ac­cueil des mi­grants sied par­fai­te­ment à la femme de gauche, ou­verte et bien­veillante, qui a fait de Pa­ris une sorte d’agence de com­mu­ni­ca­tion tout en­tière dé­vouée à sa propre pro­mo­tion, avec l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2022 en point de mire. C’est ain­si qu’elle a fait vo­ter par le Conseil une sub­ven­tion de 200 000 eu­ros pour pro­mou­voir le C40, la réunion des grandes villes sou­cieuses d’éco­lo­gie qu’elle pré­side. « Il au­rait été plus clair qu’elle se fasse ver­ser di­rec­te­ment cette sub­ven­tion pour elle », s’amuse NKM.

Mais la gé­né­ro­si­té af­fi­chée va vite trou­ver ses li­mites. Si­tués au nord et à l’est de Pa­ris, c’est-à-dire au coeur de son élec­to­rat so­cia­lo-éco­lo-mé­len­cho­niste, les cam­pe­ments illé­gaux ont fi­ni par pour­rir la vie quo­ti­dienne des ha­bi­tants. En par­ti­cu­lier les femmes, har­ce­lées voire ex­clues de cer­tains quar­tiers du nord de Pa­ris. Ces ex­cès ont en­traî­né un ras-le-bol, comme ça avait été le cas avec les cen­taines de tentes ins­tal­lées le long du ca­nal Saint-Mar­tin, haut lieu bran­ché, avec le sou­tien des mi­li­tants de Droit au lo­ge­ment. Comment, po­li­ti­que­ment, conci­lier l’image d’une maire ou­verte et ac­cueillante et celle d’une élue sou­cieuse du →

→ confort et de la tran­quilli­té de ses conci­toyens ? Une so­lu­tion im­pro­vi­sée a été trou­vée : per­sis­ter dans les nobles dis­cours, tout en fai­sant por­ter la res­pon­sa­bi­li­té et le coût des mi­grants à l’Etat ! Voi­là bien un exer­cice de du­pli­ci­té où ex­celle notre hé­roïne. Heu­reu­se­ment que Ian Bros­sat, en charge des mi­grants, tombe naï­ve­ment le masque : « Il est vrai que c’est l’Etat qui paye, mais nous, nous as­su­mons de por­ter haut et fort notre gé­né­reuse po­li­tique d’ac­cueil, contre vents et ma­rées », nous confie-t-il avec un cy­nisme dé­bon­naire. Le 31 mai 2016, Anne Hi­dal­go or­ga­nise ain­si, au dé­bot­té, une confé­rence de presse pour an­non­cer, avec so­len­ni­té, la créa­tion d’un centre hu­ma­ni­taire à Pa­ris pour ac­cueillir des ré­fu­giés. « C’est un acte de ré­sis­tance, elle en­clenche la ba­taille cultu­relle », com­mente Pierre Hen­ry, di­rec­teur de France terre d’asile. […] Pen­dant quelques mois, tout va fonc­tion­ner ca­hin­ca­ha, comme pré­vu. Anne Hi­dal­go ac­cueille les nou­veaux ar­ri­vants dans son camp hu­ma­ni­taire, à charge pour l’Etat de les trans­fé­rer à grands frais dans les centres d’ac­cueil pré­vus sur tout le ter­ri­toire na­tio­nal. Mais, comme il était pré­vi­sible, le sys­tème va vite s’en­gor­ger et le quar­tier de la Porte de la Cha­pelle a plon­gé dans le Chaos. Notre-Dame des mi­grants re­vient à la charge dans une lettre adres­sée au pré­fet de po­lice et au pré­fet d’Ile-de-France, le 13 avril 2017 : « Je de­mande à l’Etat d’as­su­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés en ac­crois­sant très vite les orien­ta­tions vers des dis­po­si­tifs d’aval adap­tés », exige-t-elle d’un ton ca­té­go­rique, une se­maine après des in­cen­dies qui ont dé­truit le camp hu­ma­ni­taire de Grande-Synthe, près de Dun­kerque. Bonne pré­mo­ni­tion : quelques heures plus tard, une vio­lente ba­taille a écla­té entre mi­grants af­ghans et sou­da­nais au­tour du centre de pré­ac­cueil de la Porte de la Cha­pelle, en marge d’une dis­tri­bu­tion ali­men­taire. Cha­cun se bat pour évin­cer les autres com­mu­nau­tés. Beau­coup sont ar­més de bâ­tons et de barres de fer. Une cen­taine de mi­grants ont pro­fi­té de la confu­sion pour s’in­tro­duire dans la salle d’hé­ber­ge­ment de 400 places, oc­cu­pées en per­ma­nence. Bi­lan : une ving­taine de bles­sés. « C’est la consé­quence de l’exas­pé­ra­tion de per­sonnes qui at­tendent des jours du­rant d’avoir des places », af­firme Bru­no Mo­rel, di­rec­teur gé­né­ral d’Em­maüs So­li­da­ri­té qui gère le centre de la Cha­pelle. Il est pré­vu pour ac­cueillir les ar­ri­vants une di­zaine de jours au maxi­mum avant de re­joindre les centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion en pro­vince. Mais, pro­blème : ils ne partent plus, il y a 140 dé­parts par se­maine au lieu de 250. L’es­sen­tiel est ailleurs : pour sainte Anne du Bon Ac­cueil, l’hon­neur est sauf. En­fin, sur­tout son image. »

LES HLM DE LA DISCORDE

Au nom de la « mixi­té so­ciale », la mai­rie de Pa­ris uti­lise ses pré­ro­ga­tives en ma­tière de lo­ge­ment pour mo­di­fier en pro­fon­deur la so­cio­lo­gie pa­ri­sienne au­tant que la na­ture de cer­tains quar­tiers. Contraintes de quit­ter la ca­pi­tale, les classes po­pu­laires, mais aus­si les classes moyennes, en sont les pre­mières vic­times. « L’af­fi­chage est ré­so­lu­ment de gauche : Anne Hi­dal­go veut 30 % de lo­ge­ments so­ciaux dans Pa­ris à l’ho­ri­zon 2030, au nom de cette belle idée qu’est la mixi­té so­ciale. Pro­blème : vue par cette idéo­logue, la mixi­té n’a plus rien à voir avec celle des im­meubles hauss­man­niens où les com­merces oc­cu­paient ja­dis le rez-de-chaus­sée, les com­mer­çants l’en­tre­sol, les bour­geois les pre­mier et deuxième étages, les em­ployés les troi­sième et qua­trième, les ou­vriers et les do­mes­tiques ha­bi­tant les combles, avant que l’ins­tal­la­tion des as­cen­seurs ne vienne bous­cu­ler cette hié­rar­chie. La po­li­tique vou­lue par la maire de Pa­ris, qui dé­na­ture l’es­sence même de la ca­pi­tale en fai­sant en­trer la ban­lieue in­tra-mu­ros, pour­suit un double ob­jec­tif : il faut mon­trer à une France dé­crite comme ra­ciste et conser­va­trice que sa ca­pi­tale est ou­verte à la di­ver­si­té so­ciale et eth­nique, tout en mo­di­fiant la so­cio­lo­gie de la ca­pi­tale pour qu’au cours des fu­tures élec­tions la gauche de­vienne in­dé­bou­lon­nable. […]

La mai­rie as­sure ain­si dé­pen­ser 180 mil­lions d’eu­ros par an pour exer­cer son droit de pré­emp­tion, ra­che­ter des ap­par­te­ments et des im­meubles, y com­pris dans les beaux quar­tiers, pour les trans­for­mer à grands frais en HLM. Comme ces 113 lo­ge­ments so­ciaux dans la très bour­geoise rue Saint-Di­dier (XVIe ar­ron­dis­se­ment), dont Ian Bros­sat a po­sé, en mai 2016, la pre­mière pierre. Pour « cor­ri­ger l’hé­ri­tage his­to­rique », la mai­rie veut pro­duire 5 000 lo­ge­ments HLM (+ 17%) d’ici à 2020 « dans les ar­ron­dis­se­ments les moins pour­vus ». Ian Bros­sat pré­cise : « A cette échéance, le nombre de lo­ge­ments so­ciaux dans les quar­tiers les plus hup­pés au­ra été dou­blé par rap­port à 2014, de 400 à 800 dans le VIIe et de 3 000 à 6 000 dans le XVIe. »

La Ville mul­ti­plie les ac­qui­si­tions fon­cières sans se sou­cier du prix à payer pour le contri­buable pa­ri­sien. Elle a ain­si dé­bour­sé 4,24 mil­lions d’eu­ros pour ache­ter un im­meuble de six lo­ge­ments dans le XVIe ar­ron­dis­se­ment, soit 12 000 eu­ros le mètre car­ré ! Et a pré­emp­té un im­meuble à Mont­martre, éva­lué à 13 406 eu­ros le mètre car­ré. « C’est scan­da­leux, s’em­porte Jean-Louis Dumont, le pré­sident – so­cia­liste ! – de l’USH, l’Union so­ciale pour l’ha­bi­tat qui fé­dère les of­fices HLM de France. On pour­rait faire quatre ou cinq fois plus d’ap­par­te­ments si on in­ves­tis­sait avec me­sure. Mais la seule chose qui im­porte à Anne Hi­dal­go, c’est de faire de la com (2) ! »

[…]

Anne Hi­dal­go a aus­si pour­sui­vi un tour de passe-passe ini­tié par Bertrand De­la­noë en « re­con­ven­tion­nant » les lo­ge­ments, mot bar­bare pour que per­sonne ne com­prenne, qui dé­signe une réa­li­té simple : d’un trait de plume, on trans­forme des lo­ge­ments dits in­ter­mé­diaires en lo­ge­ment so­ciaux, ce qui fait fuir en ban­lieue les classes moyennes, trop riches pour avoir ac­cès aux HLM, trop pauvres pour ac­cé­der au mar­ché libre. Ain­si change pro­gres­si­ve­ment le peu­ple­ment des ar­ron­dis­se­ments pa­ri­siens. Par pur cy­nisme élec­to­ral. Der­rière tout ça, il y a en­core un énorme men­songe : quand on « re­con­ven­tionne » un lo­ge­ment in­ter­mé­diaire en lo­ge­ment so­cial, on ne crée pas un seul lo­ge­ment ! Lors­qu’on achète un im­meuble oc­cu­pé, on ne crée pas un lo­ge­ment non plus. Le solde, en créa­tion, n’a donc rien à voir avec les chiffres ron­flants af­fi­chés par Anne Hi­dal­go et Ian Bros­sat. « Il y a eu moins de 2 000 lo­ge­ments vé­ri­ta­ble­ment créés », se risque JeanF­ran­çois Le­ga­ret (3).

Ces im­plan­ta­tions de lo­ge­ments so­ciaux dans les hauts lieux de la bour­geoi­sie pa­ri­sienne, mais aus­si dans des quar­tiers tran­quilles où logent des cadres moyens, des re­trai­tés et des classes moins fa­vo­ri­sées, sus­citent des ré­ac­tions ou­trées, sou­vent vio­lentes, par­fois ex­ces­sives, qui abondent sur les sites in­ter­net. C’est no­tam­ment le cas des lo­ge­ments construits à Ba­lard, sur le site des an­ciennes usines Ci­troën du quai de Ja­vel, en bord de Seine, dans le XVe ar­ron­dis­se­ment, lieu de ré­si­dence et fief po­li­tique d’Anne Hi­dal­go. « Ba­lard est de­ve­nu un point de ral­lie­ment des dé­lin­quants or­di­naires, avec des bandes de “jeunes » squat­tant les halls de HLM ou leurs ga­rages sou­ter­rains, peut-on lire sur le site At­lan­ti­co, le 3 mars 2016. Les par­ties com­munes étaient ré­gu­liè­re­ment van­da­li­sées. Odeurs d’urine. En dé­pit de l’ac­cu­mu­la­tion des plaintes et des mains cou­rantes, la po­lice est aux abon­nés ab­sents. » De fait, le Jar­din blanc du parc An­dréCi­troën, qui s’étend de Ba­lard jus­qu’à la Seine, est de­ve­nu mal­fa­mé. Un lieu de tra­fic de drogue où des pe­tits dé­lin­quants abîment les équi­pe­ments spor­tifs, re­cy­clés en salle d’at­tente pour tran­sac­tion.

Même évo­lu­tion de l’autre cô­té de la Seine, dans le XVIe ar­ron­dis­se­ment, où des im­meubles sont pré­emp­tés et trans­for­més en lo­ge­ments so­ciaux. Des quar­tiers comme ceux de la Porte d’Au­teuil ou de la rue de Bou­lain­vil­liers voient ain­si sur­gir des bandes de jeunes, par­fois agres­sifs. En fé­vrier 2016, sur fond de tra­fic de stu­pé­fiants, une bande du XVIe est même ve­nue se battre avec ses ri­vales de Ba­lard, dans le Jar­din blanc qui prend des airs de dalle d’Ar­gen­teuil – celle que Ni­co­las Sar­ko­zy vou­lait « net­toyer au Kär­cher ». […] In­du­bi­ta­ble­ment, la vio­lence, la cri­mi­na­li­té, la ra­caille at­ti­tude s’in­filtrent in­tra-mu­ros, et pas seule­ment dans les ar­ron­dis­se­ments du nord-est de Pa­ris. Pru­dence : on avance sur un ter­rain mi­né. L’im­plan­ta­tion de lo­ge­ments so­ciaux dans cer­tains quar­tiers de Pa­ris sus­cite chez de nom­breux ha­bi­tants une hos­ti­li­té as­su­mée visà-vis des « po­pu­la­tions ori­gi­naires du Magh­reb et d’Afrique sub­sa­ha­rienne, qui sont en passe de de­ve­nir ma­jo­ri­taires dans les HLM », tan­dis que « des fa­milles po­ly­games avec dix en­fants se re­trouvent même par­fois en­tas­sées dans des quatre-cinq pièces in­adap­tés », peut-on lire sur les sites in­ter­net. Anne Hi­dal­go et les bien-pen­sants qui l’en­tourent adorent ces cli­chés à conno­ta­tion ra­ciste car ils leur per­mettent de dis­qua­li­fier les op­po­sants à leur po­li­tique de mixi­té so­ciale im­po­sée : pas ques­tion →

→ pour les ha­bi­tants des im­meubles pré­emp­tés ou des quar­tiers en pleine trans­for­ma­tion de se re­bel­ler, car la moindre cri­tique est aus­si­tôt ins­tru­men­ta­li­sée. S’in­surge-t-on de l’ar­ri­vée dans sa cage d’es­ca­lier de dea­lers d’ori­gine im­mi­grée, on est aus­si­tôt ca­ta­lo­gué ! Pour­tant, il est in­dé­niable que des quar­tiers en­core tran­quilles il y a une dé­cen­nie se sont trans­for­més en zones à pro­blèmes. Et le pro­ces­sus ne peut que s’ac­cé­lé­rer puisque, faute de pou­voir ex­pri­mer leurs an­goisses, les ha­bi­tants ain­si bous­cu­lés dé­mé­nagent, quand ils le peuvent. C’est ain­si que se créent et s’élar­gissent les ghet­tos. »

LE HAR­CÈ­LE­MENT DES FEMMES, NOU­VELLE PLAIE PA­RI­SIENNE

Fé­mi­niste re­ven­di­quée, mais at­ta­chée à la « di­ver­si­té », Anne Hi­dal­go a mis en place des « marches ex­plo­ra­toires » pour lut­ter contre la vio­lence ou les in­ti­mi­da­tions dont sont vic­times les femmes dans cer­tains quar­tiers po­pu­laires, comme le tris­te­ment cé­lèbre La Cha­pelle-Pa­jol.

« Lors­qu’ils viennent dans la ca­pi­tale, les Bri­tan­niques, les Hol­lan­dais, les Scan­di­naves et une grande par­tie des Al­le­mands dé­barquent gare du Nord. Or la plus grande gare d’Eu­rope est hos­tile, dan­ge­reuse et sale – les clo­chards, les voyous et les dea­lers y font la loi. Les rats pro­li­fèrent. Ar­ri­vée di­recte dans le tiers­monde. Le quar­tier de la gare du Nord, c’est un peu Bom­bay, mais le Bom­bay d’il y a vingt ans ! Un quar­tier sale où, par sur­croît, les femmes sont ré­gu­liè­re­ment agres­sées. Re­marques dé­pla­cées, in­jures, pro­vo­ca­tions : « Au­tour des gares de l’Est et du Nord, le har­cè­le­ment de rue, par­fois très agres­sif, à l’égard des femmes est de­ve­nu au fil des an­nées un pro­blème de plus en plus pré­oc­cu­pant », constate Le Pa­ri­sien.

En mai 2017, une pé­ti­tion a été lan­cée : « Les femmes, une es­pèce en voie de dis­pa­ri­tion au coeur de Pa­ris. » Elle a été si­gnée en quelques heures par 4 000 femmes !

« J’ai sou­hai­té que le har­cè­le­ment des femmes, dans ces quar­tiers fré­quen­tés où la po­pu­la­tion mas­cu­line est très re­pré­sen­tée, fasse l’ob­jet d’une ac­tion par­ti­cu­lière », avait af­fir­mé quelques mois au­pa­ra­vant Ré­mi Fé­raud, le maire

(PS) du Xe ar­ron­dis­se­ment, adepte, comme Anne Hi­dal­go, de la nov­langue et de l’in­ac­tion.

Les so­lu­tions ? On tombe de sa chaise : pour faire re­cu­ler le har­cè­le­ment sexiste, la mai­rie pré­co­nise, se­lon Le Pa­ri­sien, « une plus grande re­cherche de la mixi­té dans l’en­semble des ac­ti­vi­tés édu­ca­tives, en par­te­na­riat avec les as­so­cia­tions, mais éga­le­ment la SNCF et la RATP ». Est-ce tout ? Non :

« En­fin, la mai­rie du Xe compte mul­ti­plier les réunions de tra­vail sur ce thème mais éga­le­ment or­ga­ni­ser des marches ex­plo­ra­toires dans les quar­tiers les plus concer­nés, en com­pa­gnie de →

→ femmes, pour sen­si­bi­li­ser les au­teurs de har­cè­le­ment. » La maire de Pa­ris a ré­agi, elle aus­si, à la pé­ti­tion des ha­bi­tantes de la place de la Cha­pelle. Comment ? En pro­met­tant que la si­tua­tion al­lait s’amé­lio­rer ! Les pré­ci­sions, ce se­ra pour plus tard. A-t-elle ou­blié le temps où, jeune fille, elle fré­quen­tait la Li­brai­rie des femmes, place des Cé­les­tins à Lyon ? Quand dé­lit il y a, n’en­vi­sage-t-elle pas tout sim­ple­ment d’ar­rê­ter et de sanc­tion­ner les dé­lin­quants ? De se dé­ci­der à créer une po­lice mu­ni­ci­pale à Pa­ris comme ailleurs ? »

AU SE­COURS, LES RATS ET LES PUNAISES RE­VIENNENT !

C’est un nou­veau fléau qui frappe de­puis quelque temps les quar­tiers nord de Pa­ris, et plus par­ti­cu­liè­re­ment les squares et jar­dins pu­blics : le re­tour des rats à la sur­face. Une in­va­sion du plus mau­vais ef­fet avant la te­nue des pro­chains Jeux olym­piques dans la ca­pi­tale en 2024. Par­tout, la grogne monte. Les Pa­ri­siens ne com­prennent pas pour­quoi leur Ville Lu­mière est dé­sor­mais en­va­hie par les rats. Sainte Anne ne peut plus fuir la réa­li­té. Alors, que fait-elle ? Elle pu­blie des com­mu­ni­qués de vic­toire. Un jour elle se fé­li­cite de la dé­ra­ti­sa­tion du square de la tour Saint-Jacques, un autre jour, de celle du square Car­peaux, dans le XVIIIe ar­ron­dis­se­ment, par­ti­cu­liè­re­ment tou­ché, comme tout le nord de Pa­ris. Car les squares, les jar­dins mu­ni­ci­paux en­va­his, doivent être fer­més les uns après les autres pour être dé­ra­ti­sés, avec des pro­duits chi­miques agres­sifs et pol­luants, à cô­té des­quels le di­oxyde d’azote et les par­ti­cules fines ont la dan­ge­ro­si­té de l’eau de Co­logne. Et voi­là que re­viennent les punaises ! Elles « en­va­hissent Pa­ris, les ap­par­te­ments, les lits, les som­miers, les meubles et… piquent les jambes, les mains des Pa­ri­siens », telle Rose, lo­ca­taire dans une HLM du XVIIIe ar­ron­dis­se­ment de la RIVP (Ré­gie im­mo­bi­lière de la Ville de Pa­ris) qui « dort de­puis deux ans avec des gants et des chaus­settes (4) ». La RIVP a lan­cé une cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion et d’af­fi­chage en di­rec­tion des gar­diens d’im­meubles et des lo­ca­taires : « Era­di­quer les punaises, c’est urgent ! » Le Pa­ri­sien ré­vèle que, voyant ce nou­veau mar­ché, cer­taines so­cié­tés de dés­in­fec­tion, « plus ha­bi­tuées aux pro­blé­ma­tiques sou­ris, rats et ca­fards, s’équipent, se forment et se sont même lan­cées dans l’éle­vage de chiens re­ni­fleurs de punaises ».

(1) Co­mi­té ré­gio­nal de sui­vi et d’éva­lua­tion des im­pacts de la pié­to­ni­sa­tion des voies sur berge, 10 oc­tobre 2016.

(2) Ci­té par le men­suel Ca­pi­tal du 12 mai 2017.

(3) Jean-Fran­çois Le­ga­ret est maire (Les Ré­pu­bli­cains) du Ier ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

(4) Le Pa­ri­sien, 1er avril 2017.

La fer­me­ture bru­tale de la voie Geor­gesPom­pi­dou a pro­vo­qué un en­gor­ge­ment dont la Mai­rie nie l’exis­tence en in­vo­quant des chiffres fan­tai­sistes.

La der­nière éva­cua­tion par la po­lice des cam­pe­ments illé­gaux au­tour du mé­tro Porte de la Cha­pelle re­monte au 18 août. C’était la 35e opé­ra­tion du genre.

Le com­mu­niste Ian Bros­sat, char­gé du Lo­ge­ment, ap­plique la consigne de la maire : faire du so­cial dans les quar­tiers chics. Ici au 15 rue Gros, dans le XVIe.

Anne Hi­dal­go veut or­ga­ni­ser des « marches ex­plo­ra­toires » pour « sen­si­bi­li­ser les au­teurs de har­cè­le­ment ».

Dans le jar­din des Tui­le­ries, les rats s’ébattent li­bre­ment sur les pe­louses, au mi­lieu des Pa­ri­siens et des tou­ristes.

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