LA RE­NAIS­SANCE D’UN PRÉ­CIEUX BIO­TOPE

Le Figaro Magazine - - Collecions Secrétes - BÉ­NÉ­DICTE ME­NU

Aux grandes per­sonnes rai­son­nables, lais­sons les cha­peaux pour, comme des ga­mins à l’âme va­ga­bonde, de­vi­ner au bout du monde, dans les courbes de ses re­liefs, des boas ava­lant tout cru des élé­phants… Il n’y a pour­tant pas de pa­chy­dermes où nous nous ren­dons pour la pre­mière étape de ce voyage, pas plus que de boas, mais une île dite « aux oi­seaux ». Celle-ci au­rait ins­pi­ré le des­sin qu’un pi­lote éga­ré dans le dé­sert fit un jour pour un drôle de bon­homme. Un Pe­tit Prince qui y vit le boa go­beur d’élé­phant, mais qui vou­lait un mou­ton… Plus gour­mands, nous rê­vons, nous, d’aper­ce­voir des baleines, des man­chots de Ma­gel­lan… et des élé­phants, mais de mer ! L’en­trée en ma­tière est, certes, un peu el­lip­tique. C’est que cer­tains pay­sages ont le pou­voir de dé­bri­der l’es­prit. SaintExu­pé­ry fit bon usage de cette ma­gie na­tu­relle. Char­gé de l’ex­ploi­ta­tion des lignes de l’Ae­ro­pos­ta Ar­gen­ti­na (fi­liale de l’Aé­ro­pos­tale) de 1929 à 1931, l’avia­teur fran­çais sur­vo­la à de nom­breuses re­prises la Pa­ta­go­nie. Il fut le pre­mier à ral­lier Bue­nos Aires à Co­mo­do­ro Ri­va­da­via en fai­sant es­cale à San An­to­nio Oeste, dont l’aé­ro­port porte au­jourd’hui son nom, ain­si qu’à Tre­lew, où il sé­jour­na au Tou­ring Club – comme un cer­tain Butch Cas­si­dy avant lui (la chambre du vo­leur de banques en ca­vale, res­tée in­tacte, se vi­site tou­jours). C’est lors d’un vol entre ces deux villes que Saint-Ex au­rait po­sé son La­té 25 le long de la côte, face à la fa­meuse île aux oi­seaux dont la forme évoque, il est vrai, et se­lon que l’on ait gar­dé ou non une âme d’en­fant, un ser­pent ven­tru ou un cha­peau…

sur la côte nord de l’isthme Ame­ghi­no (35 ki­lo­mètres de long sur 5 ki­lo­mètres de large dans sa par­tie la plus étroite) qui mène à la pé­nin­sule Valdés. Près de 4 000 ki­lo­mètres car­rés, soit une de­mi-Corse, ta­pis­sés d’une steppe ty­pi­que­ment pa­ta­gonne bat­tue par les vents, peu­plée de nan­dous éche­ve­lés, de gua­ca­nos lai­neux et autres

L’île se trouve dans le golfe San Jo­sé,

ma­ras, qui ne sont pas des fraises mais d’étranges lièvres aux al­lures de mar­su­piaux. Le tout ser­ti dans 400 ki­lo­mètres de hautes fa­laises et de plages vir­gi­nales of­frant au­tant de points de vue sur l’At­lan­tique que d’ha­bi­tats pour son fa­bu­leux bes­tiaire… Si­tuée à l’in­té­rieur des terres, Tre­lew est, de­puis Bue­nos Aires, l’un des deux points d’ac­cès à cette pres­qu’île des confins ar­gen­tins clas­sée de­puis 1999 par l’Unes­co au pa­tri­moine mon­dial. Nous sommes ar­ri­vés dans la pro­vince de Chu­but par le se­cond, Puer­to Ma­dryn, 65 ki­lo­mètres plus au nord. Bien plus confi­den­tielle que l’im­mense Mar del Pla­ta, dans la pro­vince de Bue­nos Aires, c’est une des sta­tions bal­néaires les plus po­pu­laires du pays, un ren­dez-vous pri­sé des plon­geurs et même le seul en­droit au monde où a lieu, le Ven­dre­di saint de Pâques, une pro­ces­sion sous-ma­rine. Mais, de juillet à fin oc­tobre, c’est avant tout pour as­sis­ter à l’un des plus fa­bu­leux spec­tacles de la vie sau­vage que l’on s’y rend. C’est la sai­son pri­vi­lé­giée pour ob­ser­ver l’im­mense ba­leine franche aus­trale. Ce co­losse ma­rin, qui me­sure jus­qu’à 16 mètres de long (un quart, rien que pour la tête) et dé­passe par­fois les 50 tonnes (l’équi­valent de 7 à 8 élé­phants char­nus, un rêve de boa !) a bien failli dis­pa­raître. Lente, adi­peuse à sou­hait et do­tée de nom­breux fa­nons dont on fai­sait na­guère cor­sets, →

→ pa­ra­pluies et brosses à che­veux, Eu­ba­lae­na aus­tra­lis fut la proie fa­vo­rite des ba­lei­niers du­rant près d’un siècle… Rien que pour la pre­mière moi­tié du XIXe, 45 000 in­di­vi­dus furent ex­ter­mi­nés, l’in­ven­tion du har­pon ai­dant tant et si bien que, dans les an­nées 1960, la po­pu­la­tion mon­diale de baleines franches aus­trales comp­tait moins de 5 000 in­di­vi­dus. Elles sont un peu plus de 7 000 au­jourd’hui. Et, dans cette ré­gion du sud de la Pa­ta­go­nie ré­chauf­fée par un cou­rant tiède ve­nu du Bré­sil, un bon tiers d’entre elles trouvent les condi­tions idéales pour se re­pro­duire, mettre bas et éle­ver leur pe­tit (plus de 5 mètres à la nais­sance) avant de re­ga­gner les eaux nour­ri­cières de l’An­tarc­tique où elles se gavent de krill en pré­vi­sion de ce pé­riple mi­gra­toire. Si­tuée pile au creux du golfe Nue­vo qui borde la côte mé­ri­dio­nale de l’isthme, Puer­to Ma­dryn offre au touriste pres­sé la pos­si­bi­li­té d’une vi­site éclair de la pé­nin­sule (Puer­to Pirá­mides, l’unique vil­lage de la ré­serve na­tu­relle et base idéale pour la dé­cou­vrir, n’est qu’à une heure quinze par la route) et or­ga­nise des croi­sières pour ob­ser­ver le cé­ta­cé star. Mais la na­ture ex­cep­tion­nelle de la zone mé­rite lar­ge­ment que l’on s’y at­tarde…

A l’op­po­sé de la pé­nin­sule de Valdés, à 75 ki­lo­mètres de Puer­to Ma­dryn, Pun­ta Nin­fas marque l’ex­tré­mi­té sud de l’em­bou­chure du golfe Nue­vo. Nous y avons ren­dez-vous sur le site d’El Pe­dral. Ou­vrant l’ho­ri­zon sur une côte veillée par d’im­po­santes fa­laises, une plage de ga­lets roses s’étale sur 9 ki­lo­mètres de long… et 8 mètres de pro­fon­deur ! En sur­plomb de cette cu­rio­si­té géo­lo­gique, dans l’im­men­si­té de ce dé­cor pa­ta­gon, une oa­sis de ver­dure ap­pa­raît tel un mi­rage au bout de la piste. Une tour et son pi­nacle pointent le ciel par-de­là les grands arbres. Murs blancs, toi­ture et co­lom­bages rouges. Le style de la mai­son que nous dé­cou­vrons, éri­gée en 1923, est ré­so­lu­ment basque et évoque l’épo­pée des pion­niers eu­ro­péens en Pa­ta­go­nie. Ju­litte De­cré, fran­çaise, la tren­taine pé­tillante, nous at­tend sur le seuil de la porte. Ins­tal­lée en Ar­gen­tine de­puis le dé­but des an­nées 2000, elle y était ve­nue pour un stage de fin d’études. Elle y trou­va l’amour, fon­da une fa­mille et une en­tre­prise dé­diée à la dé­cou­verte de la pé­nin­sule Valdés qu’elle gère avec son as­so­cié et ami Tiñio Res­nik, un amou­reux de la mer ori­gi­naire de Puer­to Ma­dryn ren­con­tré lors d’un voyage à El Ca­la­fate où il opé­rait des croi­sières au mi­lieu des ma­jes­tueux gla­ciers. Ils ra­chètent d’abord cette an­cienne es­tan­cia et son vaste do­maine près des­quels une co­lo­nie de man­chots de Ma­gel­lan s’est for­mée quelques an­nées plus tôt. En 2009, la roo­ke­rie comp­tait dé­jà 13 couples. En 2015, on en re­cen­sait 1 791 ! Au­jourd’hui, près de 5 000 man­chots fré­quentent le site chaque an­née de la mi-sep­tembre à la mi-avril, pé­riode à la­quelle ils s’en re­tournent vers le sud du Bré­sil dans le sillage mi­gra­toire des an­chois, leur mets fa­vo­ri. Rien de com­pa­rable avec Pun­ta Tom­bo qui hé­berge, à une cen­taine de ki­lo­mètres au sud de Tre­lew, la plus grande co­lo­nie du monde (250 000 couples) mais, à El Pe­dral, c’est une ren­contre en toute in­ti­mi­té avec l’ani­mal qui nous est pro­po­sée, loin des hordes de tou­ristes qui af­fluent à Pun­ta Tom­bo. Après une ex­cur­sion au pied des fa­laises de Pun­ta Nin­fas (d’énormes élé­phants de mer y ont leur base), la vi­site des man­chots est pré­vue au cou­cher de so­leil. Une pe­tite marche sur un sen­tier jon­ché d’huîtres pé­tri­fiées amé­na­gé au pied du pe­tit hô­tel mène au ri­vage où une ca­co­pho­nie de piaille­ments ac­com­pagne notre évo­lu­tion par­mi les ani­maux jus­qu’à la plage où quelques-uns trot­tinent, de re­tour d’une par­tie de pêche en bande. Le so­leil ra­sant em­brase l’ho­ri­zon. Un couple de vo­la­tiles nous re­garde pas­ser sans sour­ciller. La fe­melle couve ses oeufs sur un ter­rier creu­sé dans le sol friable. Le mâle do­de­line de la tête, plus cu­rieux qu’apeu­ré. Plus loin, les ga­lets d’El Pe­dral semblent d’or. Puis la lu­mière dé­croît, il est temps de ren­trer. Un feu de camp nous at­tend de­vant le porche. On trinque à cette belle jour­née tout en écou­tant Ju­litte et Tiñio ra­con­ter la ge­nèse du Yel­low Sub­ma­rine, leur der­nière « créa­tion » et la plus folle. Ins­pi­ré d’un mo­dèle dé­jà opé­ra­tion­nel en mer des Ca­raïbes, cet éton­nant ba­teau construit sur un chan­tier na­val de Mar del Pla­ta pos­sède une par­ti­cu­la­ri­té : une cale pro­fonde amé­na­gée en vaste ca­bine do­tée de 40 fe­nêtres la­té­rales qui per­mettent d’ob­ser­ver les évo­lu­tions des baleines franches sous l’eau. « L’an der­nier, des pas­sa­gers ont as­sis­té à une scène to­ta­le­ment in­édite d’après les scien­ti­fiques, ra­conte Ju­litte. C’est la pre­mière fois que l’on voyait une fe­melle al­lai­tante s’ac­cou­pler. Cer­tains pensent qu’elle s’y est ré­so­lue pour pro­té­ger son ba­lei­neau. » Seul im­pé­ra­tif pour cette ex­cur­sion unique : une mer calme. Nos places sont ré­ser­vées à bord pour le len­de­main. Las, le vent souf­fle­ra, créant une houle qui sape tout es­poir de vi­si­bi­li­té sous l’eau. Le Yel­low Sub­ma­rine et sa plate-forme de

ENTRE DEUX FLEUVES, UNE LANGUE DE TERRE SUBTROPICALE

mise à l’eau res­te­ront sur la plage. Nous de­vrons nous ré­soudre à l’ob­ser­va­tion clas­sique de­puis le pont d’un ba­teau… Un pe­tit quart d’heure de na­vi­ga­tion plus tard, un pre­mier saut de ba­leine nous ar­rache des « Oh ! », un se­cond des « Ah ! » et les gestes dé­li­cats d’une mère en­vers son pe­tit, des sou­rires at­ten­dris qui bien­tôt ef­facent jus­qu’au sou­ve­nir de la dé­cep­tion. Plus mé­con­nue en­core que la pé­nin­sule Valdés, la deuxième par­tie de notre pé­riple ar­gen­tin nous ré­serve bien d’autres émo­tions au sein de la ré­serve na­tu­relle de l’Iberá (Es­te­ros del Iberá). Pour l’at­teindre, nous ral­lions par les airs Re­sis­ten­cia, à 2 100 ki­lo­mètres en di­rec­tion du nord-est. La ca­pi­tale de la pro­vince du Cha­co, connue pour ses in­nom­brables sculp­tures, est, dit-on, un vé­ri­table mu­sée à ciel ou­vert. Ici, plus un souffle de vent. La cha­leur étouffe, la vé­gé­ta­tion s’épanche. L’apa­nage des ré­gions sub­tro­pi­cales. Nous sommes en Mé­so­po­ta­mie ar­gen­tine. Une langue de terre entre deux fleuves (Pa­raná et Uru­guay) qui naît aux portes de Bue­nos Aires et se fau­file jus­qu’au Bré­sil et au Pa­ra­guay, où les chutes d’Iguazú marquent la fron­tière entre les trois pays sur les terres de Mi­siones.

La plu­part des voya­geurs qui s’aven­turent dans le Nord-Est s’ar­rêtent là, dans cette pro­vince que les jé­suites, ve­nus évan­gé­li­ser les Gua­ra­nis dès le XVIIe, ont pro­fon­dé­ment mar­quée de leur em­preinte. Peu s’at­tardent, par manque de temps ou mé­con­nais­sance, sur les autres atouts de cette ré­gion, pou­mon vert de l’Ar­gen­tine où pousse la yer­ba mate. De l’autre cô­té du fleuve Pa­raná que nous fran­chis­sons par un pont, la pro­vince de Cor­rientes en compte pour­tant un de taille (il oc­cupe près de 15 % de sa su­per­fi­cie to­tale) : 13 000 ki­lo­mètres car­rés d’un en­tre­lacs de la­gunes, ma­rais et étangs par­se­més de ja­cinthes d’eau, d’îles aux pal­miers élan­cés et d’îlots flot­tants. Un monde à part que les In­diens bap­ti­sèrent Iberá (l’eau qui brille) et qui consti­tue la deuxième plus grande zone ma­ré­ca­geuse du conti­nent après le Pan­ta­nal bré­si­lien. Au dé­but du XIX e siècle, sous l’ef­fet d’une chasse in­ten­sive, la na­ture pro­li­fique de l’Iberá, que le Fran­çais Al­cide d’Or­si­gny ex­plo­ra à cette époque, s’est mise à pé­ri­cli­ter dan­ge­reu­se­ment. Pre­mière es­pèce dans le col­li­ma­teur, l’ai­grette, tra­quée pour ses plumes. Sui­vront le dé­bon­naire ca­py­ba­ra, plus gros ron­geur du monde et le caï­man, pour leurs peaux. Pe­tit à pe­tit, le joyau mi­roi­tant des Gua­ra­nis voit s’éteindre les es­pèces les plus em­blé­ma­tiques de son bes­tiaire. En 1950, le der­nier ja­guar fut ti­ré. Dis­pa­rus éga­le­ment le four­mi­lier géant, le ta­pir, le pé­ca­ri et le cerf des pam­pas. Quant à l’ara chlo­ro­ptère, il s’était dé­jà vo­la­ti­li­sé un de­mi-siècle plus tôt. Dés­équi­li­bré, le pré­cieux bio­tope ne pou­vait plus ga­ran­tir la sur­vie de cer­taines es­pèces, tel le cerf des ma­rais. D’autres, plus op­por­tu­nistes, se sont mises à pro­li­fé­rer, pi­ran­has en tête. La na­ture a hor­reur du vide. Et l’homme de se rendre compte que, sans elle, point de sa­lut. En 1983, le clas­se­ment de l’Iberá en ré­serve na­tu­relle par le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial de Cor­rientes té­moigne de cette prise de conscience. Aux abords de la la­gu­na Iberá, un grand lac de plus de 5 000 hec­tares, la com­mu­nau­té de Co­lo­nia Car­los Pel­le­gri­ni est l’une des pre­mières à se lan­cer dans l’éco­tou­risme. En 1996, la Po­sa­da Agua­pé ouvre ses portes, sui­vie par l’es­tan­cia San Juan Po­ria­hu. Sur la route pro­vin­ciale n° 40, le pont qu’em­prun­taient les bra­con­niers pour tra­ver­ser la la­gune de­vient une pas­se­relle de dé­cou­verte, tout un sym­bole. Quelques gau­chos conver­tis à la cause s’im­pro­visent guides et ba­ladent les tou­ristes sur les barques qu’ils uti­li­saient au­tre­fois pour le trans­port de leur bu­tin à tra­vers les ma­rais jus­qu’aux vil­lages avoi­si­nants, où ils tro­quaient plumes et peaux contre quelques den­rées.

En 2002, la la­gu­na Iberá et ses en­vi­rons (24 500 hec­tares au to­tal) re­joignent la liste de Ram­sar, qui pointe les zones hu­mides d’im­por­tance in­ter­na­tio­nale. Mais la res­tau­ra­tion de la →

→ na­ture est un pro­ces­sus long et dé­li­cat qui se heurte à dif­fé­rents in­té­rêts éco­no­miques (ex­ploi­ta­tion des res­sources) et cultu­rels (tra­di­tions, modes de vie). L’en­trée en scène du phi­lan­thrope amé­ri­cain Dou­glas Tomp­kins va alors chan­ger consi­dé­ra­ble­ment la donne. Fon­da­teur des marques The North Face et Es­prit, ce mil­liar­daire éco­lo, mort ac­ci­den­tel­le­ment d’hy­po­ther­mie en 2015, a sau­vé des di­zaines de mil­liers d’hec­tares en Pa­ta­go­nie et au Chi­li. Au dé­but des an­nées 2000, c’est à la de­mande du gou­ver­ne­ment ar­gen­tin que Tomp­kins in­ves­tit dans la ré­serve de l’Iberá, ra­che­tant fermes d’éle­vage, ri­zières et autres ex­ploi­ta­tions pri­vées qu’il dé­man­tèle les unes après les autres pour re­don­ner à la na­ture ses droits. A tra­vers le Conser­va­tion Land Trust, il ini­tie sur ces terres des pro­jets de ré­in­tro­duc­tion d’es­pèces dis­pa­rues. Les pre­miers sont lan­cés de son vi­vant. En 2007, un couple de four­mi­liers géants est ré­in­tro­duit sur l’île San Alon­so, qui compte dé­sor­mais 26 ta­ma­noirs. Deux ans plus tard, 6 cerfs des pam­pas ré­in­tègrent les ma­rais, qui en comptent dé­sor­mais une tren­taine. A qua­rante mi­nutes de ba­teau de San Alon­so, dans de vastes en­clos amé­na­gés sur l’île San Ni­colás, un couple de ja­guars is­sus de parcs zoo­lo­giques se ré­ha­bi­tue peu à peu à la vie sau­vage et l’on es­père an­non­cer bien­tôt une nais­sance, ce qui se­rait une pre­mière mon­diale. Pro­chaine étape ? La res­ti­tu­tion des terres à l’Etat ar­gen­tin contre la pro­messe que ces 1 500 ki­lo­mètres car­rés de na­ture in­tè­gre­ront la ré­serve na­tu­relle et contri­bue­ront à la créa­tion d’un parc na­tio­nal. Avec plus de 5 500 ki­lo­mètres car­rés, il se­ra (it) le plus grand du pays… De­puis l’es­tan­cia Rincón del So­cor­ro, qui fut le QG de Tomp­kins avant d’être trans­for­mée en ce luxueux lodge, nous sa­vou­rons une der­nière bouf­fée de na­ture. Dans le parc, nan­dous et ca­py­ba­ras évo­luent en toute li­ber­té. Des nuées d’ibis noir et blanc pa­radent gra­cieu­se­ment dans les ra­mures des arbres au­tour d’un pe­tit étang. La veille, une ba­lade en barque dans les ma­rais nous avait per­mis d’ad­mi­rer hé­rons, ai­grettes et cor­mo­rans, des ja­ca­rés pa­res­sant sur les îlots épars, et même quelques cerfs des ma­rais. « Il y a vingt-cinq ans, nous avait confié Mat­thias, notre guide, une telle ren­contre était im­pen­sable, ils avaient dé­ser­té l’Iberá. Les croi­ser à nou­veau est un bon pré­sage. ■

UN MIL­LIAR­DAIRE PHI­LAN­THROPE AU CHE­VET

DE LA NA­TURE…

Une barque trac­tée par un gau­cho et son che­val, unis dans l’ef­fort. C’est ain­si que l’on trans­porte den­rées (et voya­geurs !) à tra­vers les ma­rais.

Par­mi les 350 es­pèces d’oi­seaux re­cen­sées dans ce dé­dale d’étangs et de ma­rais, la spa­tule rose ap­pré­cie les cli­mats chauds de l’Amé­rique.

Après le Pan­ta­nal au Bré­sil, la ré­serve de l’Iberá (130 000 hec­tares) consti­tue la deuxième plus grande zone de ma­ré­cages de la pla­nète.

Il y a en­core vingt-cinq ans, une telle ren­contre était im­pro­bable dans l’Iberá. Sa ré­gé­né­ra­tion per­met d’y ré­in­tro­duire de nom­breuse es­pèces, tel ce cerf des ma­rais.

Ini­tié par le Conser­va­tion Land Trust, le pro­jet de ré­in­tro­duc­tion du ja­guar, dis­pa­ru de l’Iberá de­puis 1950, est une pre­mière mon­diale.

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