En vue : Jo­sé Paul

Der­rière sa mèche gri­son­nante se cache un des met­teurs en scène et co­mé­diens les plus ta­len­tueux de sa gé­né­ra­tion. Rencontre.

Le Figaro Magazine - - Sommario - • JEAN-LUC JEENER

Avec le temps, l’ex­pé­rience et, bien sûr, son ta­lent, Jo­sé Paul s’im­pose dou­ce­ment comme l’un de nos meilleurs met­teurs en scène ac­tuels. La Gar­çon­nière, qui se­ra re­prise dé­but jan­vier, a rem­pli l’an­née der­nière pen­dant des mois l’im­mense salle du Théâtre de Pa­ris tan­dis que, dans le jo­li Théâtre des Nou­veau­tés, c’est la re­prise si fine, si drôle, si ef­fi­cace et si in­tel­li­gente dans sa fo­lie vau­de­vil­lesque de la co­mé­die de Ray Coo­ney, C’est en­core mieux l’après-mi­di, qui ré­joui­ra tous les ama­teurs de bou­le­vard. Dans les deux cas, les pas­sion­nés de théâtre y re­con­naî­tront la patte unique de Jo­sé Paul.

Rien, chez lui, n’est lais­sé au ha­sard : une di­rec­tion d’acteurs au cor­deau, de l’ami­tié et de la sym­pa­thie qui se dé­gagent sur le pla­teau, une tech­nique par­fai­te­ment maî­tri­sée, tout est au ser­vice du spec­tacle et des per­son­nages. Du grand art. Et ce n’est ni Guillaume de Ton­qué­dec, la ve­dette de La Gar­çon­nière, ni Sébastien Cas­tro, pre­mier rôle de la pièce de Ray Coo­ney, qui vont nous contre­dire. En fai­sant ap­pel à Jo­sé Paul pour les mettre en scène, ils sa­vaient ce qu’ils fai­saient.

Rien, pour­tant, ne pré­dis­po­sait le jeune Paul à faire du théâtre. Un père boulanger, une mère au foyer… Sauf que la grand-mère, elle, ado­rait le théâtre et em­me­nait ré­gu­liè­re­ment son pe­tit-fils à la Co­mé­die-Fran­çaise. Pre­mier choc : Ruy Blas avec le gé­nial Jean Piat. « C’était in­croyable, il y avait cet autre monde, en face. J’avais juste trois pas à faire… Un vrai monde de chair et d’os. J’avais huit ans. Et ma grand-mère m’a ex­pli­qué que ces gens qu’on voyait sur la scène ne s’amu­saient pas, mais fai­saient un tra­vail. Eh bien, ai-je dit, voi­là, c’est le tra­vail que je veux faire ! Mais mal­heu­reu­se­ment, mes pa­rents avaient vite com­pris que c’était une pas­sion cou­pable et dès que j’avais de mau­vaises notes, ils me­na­çaient de me pri­ver et de la lec­ture des clas­siques La­rousse que je dé­vo­rais et, sur­tout, de Co­mé­die-Fran­çaise ! » Atroce pu­ni­tion, que l’âge adulte au­ra tou­jours du mal à com­pen­ser. D’où, sans doute en­core, à presque cin­quante ans et une car­rière bien rem­plie, cette gour­man­dise de théâtre qui lui fait re­fu­ser, bien sou­vent, des pro­po­si­tions au ci­né­ma et à la té­lé­vi­sion. « Que vou­lez-vous, dit-il en­core, le théâtre, c’est mon oxy­gène. »

Jo­sé Paul est un co­mé­dien qui marque les mé­moires. Ceux qui ont pu le voir, par exemple, à ses dé­buts, avec son com­plice d’alors, Alain Goi­son, au Pe­tit Ca­si­no, dans

Les Dia­blogues de Ro­land Du­billard, s’en sou­viennent en­core. Avec ce pe­tit bi­jou de fi­nesse et d’in­tel­li­gence, ils par­ve­naient à faire ou­blier Claude Pié­plu et Ro­land Du­billard lui-même qui l’avaient créé. « J’avais lou­pé le Con­ser­va­toire de Pa­ris, ain­si que la Rue Blanche, et tous ces pe­tits théâtres où j’ai dé­bu­té comme Le Pe­tit Ca­si­no, Le Sé­lé­nite ou les Blancs Man­teaux étaient pré­cieux pour les jeunes co­mé­diens. Con­trai­re­ment à au­jourd’hui, on pou­vait y faire du théâtre ex­pé­ri­men­tal et intelligent… Et puis j’y ai ap­pris la li­ber­té et l’exi­gence, ja­mais plus on ne me fe­ra faire n’im­porte quoi ! » Jo­sé Paul fait al­lu­sion à l’émis­sion de Guy Lux, « La Classe », vue à l’époque par 14 mil­lions de spec­ta­teurs et qu’il a quit­tée en pleine gloire parce qu’il ne s’y sen­tait pas heu­reux. « C’est la même chose avec les co­mé­diens avec les­quels on tra­vaille. Il y a par­fois des spec­tacles où les condi­tions de ré­pé­ti­tion sont très com­pli­quées. Le met­teur en scène, trop sou­vent, est le paillas­son de cer­taines ve­dettes. Je n’ai qu’une vie et je ne veux pas me rendre ma­lade. J’ai re­fu­sé beau­coup de pro­jets à cause de ce­la. » D’ac­cord, mais, par exemple, sur la pièce de Sébastien Thié­ry, Qui a peur de Mon­sieur Sch­mitt ? ce­la s’est très bien pas­sé avec Ri­chard Ber­ry, qui n’a pas pour­tant la ré­pu­ta­tion d’être un co­mé­dien fa­cile… « N’em­pêche, ajoute-t-il, les états d’âme des co­mé­diens sur un pla­teau sont obs­cènes. Jouer une pièce, c’est un voyage et un voyage dif­fé­rent chaque soir. C’est im­por­tant d’y être heu­reux pour rendre les gens heu­reux. Moi, je ne peux tra­vailler que dans une am­biance se­reine. »

Pour l’heure, il pré­pare son nou­veau spec­tacle, Pa­pa va bien­tôt ren­trer, une pièce de l’ex­cellent Jean Fran­co :

« Un vrai coup de coeur, bien sûr : sans ce­la, faire du théâtre n’a au­cun sens ! »

DOUBLE CAS­QUETTE. Dans « C’est en­core mieux l’après-mi­di », de Ray Coo­ney, adap­té par Jean Poi­ret, Jo­sé Paul est à la fois met­teur en scène et co­mé­dien, aux cô­tés de Ly­siane Meis et Sébastien Cas­tro (Théâtre des Nou­veau­tés, Pa­ris IXe).

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