De notre cor­res­pon­dant... en Ala­ba­ma

Le Figaro Magazine - - Sommario - À WA­SHING­TON, PHI­LIPPE GÉLIE

Pur pro­duit du Sud re­belle et pieux, il ré­cite la Bible le re­vol­ver à la cein­ture et va vo­ter à che­val. Roy Moore, 70 ans, vient de rem­por­ter une pri­maire ré­pu­bli­caine cru­ciale en Ala­ba­ma. Ce juge au par­fum de soufre, au­then­tique po­pu­liste dans la veine de Do­nald Trump – Stet­son et re­li­gion en plus – est dé­sor­mais fa­vo­ri pour ré­cu­pé­rer en dé­cembre le fau­teuil de sé­na­teur oc­cu­pé de­puis vingt ans par Jeff Ses­sions, de­ve­nu At­tor­ney Ge­ne­ral. Sa vic­toire sur Lu­ther Strange, sé­na­teur sor­tant adou­bé par l’es­ta­blish­ment et le Pré­sident lui-même, montre que le trum­pisme a de beaux jours de­vant lui – en­vers et contre Trump. « Judge Moore » a bâ­ti sa no­to­rié­té sur les po­lé­miques. En 2001, il sur­git sur la scène na­tio­nale en ins­tal­lant à Mont­go­me­ry, sous la cou­pole de la Cour su­prême d’Ala­ba­ma, qu’il pré­side, une stèle de gra­nit de 2,5 tonnes gra­vée des Dix Commandements. Dé­sa­voué par la jus­tice fé­dé­rale au nom de la neu­tra­li­té re­li­gieuse de l’Etat, cet évan­gé­lique in­té­griste re­fuse d’ob­tem­pé­rer. Il consi­dère que la loi « du dieu d’Abra­ham » inspire la Consti­tu­tion des Etats-Unis et prend le pas sur la loi or­di­naire. Sanc­tion­nant sa ré­bel­lion, une com­mis­sion ju­di­ciaire le ré­voque en 2003.

Dans un Etat fier de sa de­vise (« Nous avons l’au­dace de dé­fendre nos droits »), il par­vient à se faire ré­élire huit ans plus tard à la tête de la Cour su­prême. Il ne lui fau­dra que quatre ans pour être écar­té une se­conde fois, ex­ploit sans pré­cé­dent. Consi­dé­rant l’ho­mo­sexua­li­té comme « une déviance, un crime contre la na­ture, le mal in­trin­sèque », ain­si qu’il l’écri­vait dans un ju­ge­ment, le Chief Jus­tice dé­cide d’igno­rer la dé­ci­sion de la Cour su­prême lé­ga­li­sant le ma­riage gay et or­donne aux juges d’Ala­ba­ma de ne pas va­li­der les cer­ti­fi­cats ma­tri­mo­niaux. Il est condamné pour six vio­la­tions de l’éthique ju­di­ciaire et sus­pen­du jus­qu’à la fin de son man­dat.

An­cien adepte de kick­boxing, ce ma­gis­trat pug­nace s’es­time in­ves­ti d’une mis­sion di­vine. « Dieu a choi­si ce lieu et ce mo­ment pour que nous sau­vions notre pays », dit-il lors de l’épi­sode des Dix Commandements. En in­va­li­dant, en 2003, les lois « an­ti-so­do­mie » qui sub­sis­taient dans 14 Etats, la Cour su­prême « a dé­truit l’ins­ti­tu­tion de Dieu », es­time-t-il. Moore pro­clame son re­jet de la théo­rie de l’évo­lu­tion et son in­to­lé­rance de la re­li­gion mu­sul­mane. Il reste aus­si l’un des der­niers pro­mo­teurs de la théo­rie conspi­ra­tion­niste sur le lieu de nais­sance de Ba­rack Oba­ma. « Les Noirs et les Blancs se battent, les Rouges et les Jaunes se battent, a-t-il dit du­rant la cam­pagne. Qu’est-ce qui peut nous unir ? Il n’y a que Dieu. »

Roy Moore pro­met de don­ner du fil à re­tordre aux lea­ders ré­pu­bli­cains lors­qu’il sié­ge­ra au Sé­nat. « Per­sonne ne me contrôle et ils le savent », dit-il. « Grâce à vous, l’es­ta­blish­ment a été vain­cu en Ala­ba­ma », a-t-il twee­té à ses élec­teurs au soir de la pri­maire. Do­nald Trump était ve­nu trois jours plus tôt sou­te­nir son ri­val, mais on de­vi­nait que le Pré­sident cé­dait aux pres­sions du par­ti, qui avait mi­sé 13 mil­lions de dol­lars sur Lu­ther Strange (quatre fois le bud­get de Moore). « Je me suis peut-être trom­pé », avait même lâ­ché Trump sur l’es­trade. Après le ver­dict, il s’est em­pres­sé d’ef­fa­cer sa ra­fale de tweets proS­trange et d’adou­ber le vain­queur, « un type super qui a me­né une cam­pagne fan­tas­tique ».

Roy Moore est si évi­dem­ment « trum­pien » que son élec­tion ne sau­rait pas­ser pour un désa­veu du Pré­sident. Ali­gné sur ses po­si­tions pour dur­cir l’im­mi­gra­tion, abro­ger l’Oba­ma­care, ré­duire les im­pôts et les contraintes sur les en­tre­prises, l’ex-juge a été ac­ti­ve­ment sou­te­nu par Steve Ban­non, gar­dien du temple po­pu­liste. L’an­cien conseiller stra­té­gique de la Mai­sonB­lanche est par­ti en cam­pagne contre les élus ré­pu­bli­cains de l’es­ta­blish­ment dans l’Ari­zo­na, le Ne­va­da, le Mi­chi­gan, le Ten­nes­see, le Mis­sou­ri, le Mon­ta­na, le Maine… Moore lui a of­fert sa pre­mière vic­toire dans ce qui s’an­nonce comme une vé­ri­table guerre ci­vile au sein du camp conser­va­teur.

Pour lui, la loi di­vine prend le pas sur la loi or­di­naire

Ho­mo­phobe, évan­gé­lique in­té­griste, ce juge an­ti­es­ta­blish­ment a été dé­si­gné par les élec­teurs conser­va­teurs pour re­pré­sen­ter le Par­ti ré­pu­bli­cain à l’élec­tion sé­na­to­riale de l’Ala­ba­ma, battant le can­di­dat sou­te­nu par Do­nald Trump,

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