La page d’his­toire de Jean Sé­vil­lia

Le Figaro Magazine - - Sommario -

Si­tué à six ki­lo­mètres de Berch­tes­ga­den, pim­pante ville de Haute-Ba­vière en­fon­cée comme un coin sur le ter­ri­toire au­tri­chien, le pla­teau de l’Ober­salz­berg ouvre le re­gard sur un des plus beaux pay­sages des Alpes. C’est là, on le sait, que se trou­vait ce qu’on nomme au­jourd’hui le « nid d’aigle » de Hit­ler, ex­pres­sion im­propre car elle n’était pas em­ployée à l’époque. Il s’agis­sait en réa­li­té d’un en­semble : le cha­let du Füh­rer, le Ber­ghof, un autre bâ­ti­ment construit pour lui en sur­plomb de l’Ober­salz­berg, sur le mont Kehl­stein, des vil­las ap­par­te­nant aux di­gni­taires du ré­gime, des ca­sernes pour les SS qui gar­daient l’en­droit, des lo­ge­ments abri­tant les ou­vriers qui avaient par­ti­ci­pé au chan­tier, sans comp­ter cinq ki­lo­mètres de sou­ter­rains.

Le 25 avril 1945, un bom­bar­de­ment al­lié pul­vé­ri­sa le site. Après-guerre, les édi­fices res­tés de­bout ont été détruits, à part la mai­son per­chée sur le mont Kehl­stein et un hô­tel qui se­ra trans­for­mé, en 1999, en Centre de documentation sur le na­zisme. Là où se dres­sait la mai­son de Goe­ring, un hô­tel de luxe s’est ou­vert en 2005. Il n’y a donc pra­ti­que­ment plus de ves­tiges de ce qui se dé­rou­lait ici il y a quatre-vingts ans. Chaque an­née, pour­tant, l’Ober­salz­berg draine des cen­taines de mil­liers de vi­si­teurs. Y sont-ils at­ti­rés par l’épous­tou­flant pa­no­ra­ma ou par une cu­rio­si­té mal­saine ? La ques­tion est po­sée par Thier­ry Lentz, qui ra­conte sa dé­cou­verte des lieux dans un pe­tit ou­vrage à la fois his­to­rique et per­son­nel. Sor­tant de sa spé­cia­li­té – Na­po­léon et le pre­mier Em­pire –, l’au­teur ra­conte com­ment Hit­ler s’était at­ta­ché à la ré­gion dès les an­nées 1920. Une fois au pou­voir, le maître du IIIe Reich fe­ra l’ac­qui­si­tion d’un cha­let qu’il trans­for­me­ra, cette ré­si­dence de­ve­nant une chan­cel­le­rie de sub­sti­tu­tion lors de ses longs sé­jours (dix-neuf mois entre 1940 et 1944), tan­dis qu’une sorte de cour se for­mait au­tour de lui, com­plice d’une vie pri­vée que Hit­ler dis­si­mu­lait ha­bi­tuel­le­ment : au Ber­ghof, sa maî­tresse Eva Braun était chez elle. Vi­vant, do­cu­men­té, nour­ri d’anec­dotes et de por­traits, du si­nistre Bor­mann à la mère de Romy Sch­nei­der - qui n’était pas in­no­cente en l’af­faire -, le livre de Thier­ry Lentz se lit d’un trait. Si la mon­tagne n’était pas cou­pable, rap­pelle-t-il, ses hôtes à la croix gam­mée l’étaient tous.

Le Diable sur la mon­tagne. Hit­ler au Ber­ghof, 19221944, de Thier­ry Lentz, Perrin, 320 p., 23 €.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.