Re­tour en “Indochine” avec Ré­gis Wargnier

Il y a 25 ans sor­tait en salles le film fran­çais qui al­lait ob­te­nir un os­car en 1993. De la ma­gique baie d’Ha­long à la ci­té im­pé­riale de Hué, du Ton­kin à l’An­nam, nous nous sommes ren­dus avec son réa­li­sa­teur, Ré­gis Wargnier, sur les lieux d’un tour­nage re

Le Figaro Magazine - - Sommario - DE NOS EN­VOYÉS SPÉCIAUX JEAN-CH­RIS­TOPHE BUIS­SON (TEXTES) ET THOMAS GOISQUE (PHO­TOS)

En Indochine, Indochine est par­tout. En­ten­dez : au Viet­nam, qui, avec les ac­tuels Cam­bodge et Laos, consti­tuait l’Indochine fran­çaise jus­qu’en 1954, le film épo­nyme de Ré­gis Wargnier est par­tout. Et pas seule­ment dans les mé­moires ou chez les ven­deurs d’af­fiches de ci­né­ma aux alen­tours de la ca­thé­drale Saint-Jo­seph à Ha­noï. Pas­sez une nuit sur une jonque d’ex­cur­sion en baie d’Ha­long et vous au­rez droit, si vous al­lu­mez le poste de té­lé­vi­sion de votre ca­bine, au film os­ca­ri­sé et cé­sa­ri­sé en 1993. Ren­dez-vous, une fois à terre, dans la pe­tite ville de Hon Gai, et un pê­cheur vous condui­ra (avec l’au­to­ri­sa­tion de la po­lice lo­cale) sur une pe­tite île à proxi­mi­té, gar­dée par un homme, Pham Quang Trong, qui, sous le pan­neau « Indochine », vous conte­ra comment ce mor­ceau de pierre ver­doyant ac­cueillit pen­dant quelques se­maines une équipe du film pour y tour­ner plu­sieurs scènes « dé­ci­sives ». Dé­ci­dez-vous à prendre un verre au cé­lèbre hô­tel La Re­si­dence de l’an­cienne ca­pi­tale im­pé­riale, Hué, au centre du pays, et vous dé­cou­vri­rez, sur l’écran plas­ma du sa­lon d’en­trée, des images en boucle de Ca­the­rine De­neuve, Vincent Pe­rez, Jean Yanne, Do­mi­nique Blanc et Linh-Dan Pham s’ai­mant, se per­dant, se re­trou­vant, se dé­tes­tant, se pour­chas­sant… Des images que l’on re­trouve, sta­tiques cette fois, sur les murs du res­tau­rant Indochine à Ha­noï, ou­vert de­puis 1994.

Evi­dence : le drame his­to­rique et ro­man­tique de Ré­gis Wargnier qui narre, en 1930, en Indochine, les des­tins de la di­rec­trice d’une plan­ta­tion d’hé­véas pro­dui­sant du ca­ou­tchouc (Ca­the­rine De­neuve dans l’un de ses plus grands rôles) et d’une jeune or­phe­line qu’elle a adop­tée (Linh-Dan Pham), toutes deux amou­reuses d’un of­fi­cier de ma­rine à fort ca­rac­tère (Vincent Pe­rez), le tout dans un contexte his­to­rique ex­plo­sif - le dé­ve­lop­pe­ment du mou­ve­ment in­dé­pen­dan­tiste viet­na­mien, dont le sé­millant di­rec­teur de la Sû­re­té lo­cale (Jean Yanne) pressent qu’il va prendre une am­pleur dif­fi­cile à contrô­ler -, a mar­qué du­ra­ble­ment les es­prits lo­caux.

Sor­ti il y a exac­te­ment vingt-cinq ans, Indochine au­ra drai­né, de­puis sa sor­tie en salles, des mil­lions de vi­si­teurs dans un pays qui, pour avoir gar­dé of­fi­ciel­le­ment ses struc­tures ad­mi­nis­tra­tives com­mu­nistes, n’en a pas moins dé­cou­vert les dé­lices et les plai­sirs (éco­no­miques) du ca­pi­ta­lisme via, no­tam­ment, le tou­risme de masse. « Sur 8 mil­lions de tou­ristes an­nuels (dont plus de 300 000 Fran­çais), on es­time à près d’un tiers ceux qui viennent avec des images du film Indochine en tête », as­su­ret-on au mi­nis­tère du Tou­risme viet­na­mien. De quoi rendre fier Ré­gis Wargnier : « Ca­the­rine De­neuve m’a souf­flé un jour en

plai­san­tant que j’au­rais dû de­man­der un pour­cen­tage, même mo­deste, sur l’ar­gent dé­pen­sé par chaque tou­riste avouant se rendre au Viet­nam après avoir vu mon film. » Sauf qu’entre le met­teur en scène et le Viet­nam, il ne s’agit certes pas d’une af­faire d’ar­gent, mais bien de coeur. Rai­son pour la­quelle nous lui avons pro­po­sé de re­tour­ner, en sa com­pa­gnie, sur les lieux de tour­nage de ce film fran­çais à la re­nom­mée in­ter­na­tio­nale qui, par un ha­sard fou, s’était dé­rou­lé la même an­née où, de leur cô­té, Pierre Schoen­doerf­fer et Jean-Jacques An­naud pré­pa­raient res­pec­ti­ve­ment Diên Biên Phu et L’Amant.

Nous sommes un di­manche ma­tin à Phat Diêm, au sud de Ha­noï, dans la ré­gion de Nin Binh. Nous at­ten­dons la sor­tie de la messe, sur le cô­té ouest om­bra­gé de la ca­thé­drale, bâ­tie en 1899 dans un mé­lange ar­chi­tec­tu­ral mi­ra­cu­leux mê­lant le style des églises fran­çaises et ce­lui des pa­godes tra­di­tion­nelles viet­na­miennes. Nous sommes ar­ri­vés la veille et, après une soi­rée au pres­ti­gieux hô­tel Mé­tro­pole, dont les chambres, les jar­dins et les bars sont han­tés par les fan­tômes de Kes­sel, Schoen­doerf­fer, Bo­dard, Mau­gham, Greene et tous les re­por­ters de guerre des an­nées 40-50 (et où fut pro­je­té le pre­mier film de ci­né­ma en Indochine…), nous avons dé­jà re­trou­vé un des lieux de tour­nage em­blé­ma­tiques d’Indochine : la pa­gode du Maître, à Sai Son. Pre­mier choc, pre­mière émo­tion : là où, ja­dis, se­lon Ré­gis Wargnier (mé­du­sé !), il fal­lait em­prun­ter une piste de terre et évi­ter les buffles sta­tion­nant pa­res­seu­se­ment au­tour du pe­tit lac de Long Tri (l’étang du Dra­gon), c’est une qua­si-au­to­rou­teà­trois­voies­qui­mè­neau­jourd’huià­ce­ten­droit au­tour du­quel des ma­ga­sins de sou­ve­nirs et des pe­tits res­tau- rants ont fleu­ri comme lo­tus au so­leil. Un peu comme si Ro­land Dor­ge­lès dé­cou­vrait la route na­tio­nale 1 bi­tu­mée en lieu et place de sa chère « route man­da­rine » de sable…

Bâ­ti au XIe siècle, le com­plexe ar­chi­tec­tu­ral n’a pour­tant rien per­du de son charme ni l’étang de son éclat. Les trois pa­godes sont tou­jours là, où se pressent hommes et femmes, jeunes et vieillards, pê­cheurs et hommes d’af­faires ve­nant dé­po­ser leurs of­frandes ou leurs hom­mages à Boud­dha et au moine Tu Dao Hanh, fon­da­teur na­tio­nal du théâtre de ma­rion­nettes sur l’eau. C’est dans ce lieu de pè­le­ri­nage pai­sible que le réa­li­sa­teur d’Est-Ouest (autre chef-d’oeuvre de Wargnier, dont le cadre se si­tuait à peine moins à l’est…) avait plan­té le dé­cor d’une scène clé d’Indochine, lorsque les fu­gi­tifs Vincent Pe­rez et Linh-Dan Pham (en­ceinte) se ca­chaient au sein d’une troupe de théâtre iti­né­rante pour échap­per à la po­lice qui les re­cher­chait. « Nous étions réel­le­ment happés par la sérénité qui se dégageait de cet en­droit. Les fi­gu­rants étaient des pay­sans de la ré­gion et tout était com­pli­qué car le pays s’ou­vrait à peine au monde ex­té­rieur et il y avait un contrôle per­ma­nent de ce que nous fai­sions et di­sions. Sans par­ler de la lour­deur ad­mi­nis­tra­tive propre aux ré­gimes com­mu­nistes qui, ajou­tée à l’ab­sence d’in­fra­struc­ture et de lo­gis­tique, nous plon­geait quo­ti­dien­ne­ment dans des pro­blèmes ap­pa­rem­ment in­so­lubles. Mais nous me­su­rions aus­si notre chance de tour­ner dans un pays d’une beau­té épous­tou­flante, pro­té­gé, in­tact, vierge de pol­lu­tion vi­suelle et so­nore. » Comme un fait ex­près sonnent au même mo­ment à toute vo­lée les cloches de la ca­thé­drale de Phat Diêm. Des →

→ nuées d’en­fants por­tant au­tour du cou des fou­lards rouges, verts ou jaunes, se pré­ci­pitent sur le par­vis sous l’oeil bien­veillant d’un prêtre en cha­suble rose. Im­pos­sible, à cet ins­tant, de ne pas se re­mé­mo­rer cette scène poi­gnante d’Indochine, lorsque sur­gissent de toutes les ruelles au­tour de l’édi­fice re­li­gieux des cen­taines de pauvres hères af­fa­més ve­nant se pro­cu­rer au­près des bonnes âmes ca­tho­liques un bol de riz. « Ce fut l’un des mo­ments les plus forts du tour­nage. Linh-Dan Tram, qui n’avait pas 18 ans et avait gran­di en France, a été sou­dain sub­mer­gée par l’émo­tion. Sou­dain, elle pre­nait conscience de l’his­toire et du des­tin de ce peuple dont elle était is­sue, mais qu’elle ne connais­sait pas. »

Après la baie d’Ha­long ter­restre, en route vers une deuxième des quatre bases de l’équipe de tour­nage d’Indochine : la baie d’Ha­long. Y ve­nir pro­cure tou­jours ce même sen­ti­ment d’éter­ni­té re­trou­vée, de rêve d’Asie de­ve­nant réa­li­té. Avec un ta­lent fou, Ré­gis Wargnier avait su in­té­grer dans le scé­na­rio l’idée qui naît dans l’es­prit de chaque voya­geur na­vi­gant dans le golfe du Ton­kin : quel lieu idéal pour les tra­fics de tous genres – piastres, drogue, es­claves ! Les cen­taines d’îles qui forment ce mi­racle géo­lo­gique ont été (et de­meurent vrai­sem­bla­ble­ment) le pa­ra­dis des contre­ban­diers. Qui, de nuit, et même par­fois de jour quand le ciel s’obs­cur­cit de nuages me­na­çants, pour­rait dis­tin­guer quoi que ce soit dans ce trou­peau d’îlots, de ré­cifs, de fa­laises et d’écueils épar­pillés

À L’OMBRE BIEN­VEILLANTE DE LA CA­THÉ­DRALE DE PHAT DIÊM

sur des cen­taines de ki­lo­mètres car­rés ? Cer­taines passes, ca­lées entre deux ro­chers re­cou­verts d’une vé­gé­ta­tion qui fait le bon­heur des pe­tits singes (sur­tout en hi­ver), sont si étroites qu’au­cune lu­mière, même à mi­di, ne les éclaire… avant qu’elles ne s’élar­gissent sou­dain sur un genre de lac in­té­rieur où se de­vinent, à nou­veau, au loin, les sil­houettes d’épe­rons, d’es­quilles et de contre­forts kars­tiques au pied des­quels une anse fleu­rie sur­mon­tée d’un tun­nel semble at­tendre le voya­geur-aven­tu­rier. On se plaît à ima­gi­ner qu’en pé­né­trant dans ces mi­ni­jungles sur­plom­bant ces criques pai­sibles on croi­se­rait tigres, go­rilles, mou­flons ou pan­thères comme dans un ro­man de Pierre Lo­ti, Claude Far­rère ou Jean Hou­gron, dont l’oeuvre en six vo­lumes La Nuit in­do­chi­noise de­meure une ré­fé­rence lit­té­raire in­dé­pas­sable. « J’avais de­man­dé à tous les membres de mon équipe de lire Les Asiates (sixième tome de la sa­ga, ndlr) ! », confirme le ci­néaste.

C’est sur la route qui mène de Da Nang à Hué que se dé­voile ce qui est sans doute l’un des points d’ori­gine de la pas­sion in­do­chi­noise de Wargnier. Lors d’une halte au som­met du col →

→ des Nuages, de­puis le­quel se dé­ploie une vue ex­cep­tion­nelle, le réa­li­sa­teur d’Une femme fran­çaise - film en par­tie au­to­bio­gra­phique - se fixe sou­dain. De­bout près d’un for­tin de sur­veillance mi­li­taire bâ­ti par les Fran­çais au XIXe siècle, son re­gard semble per­du au loin - dans l’es­pace comme dans le temps… Le ton de la voix se fait grave. « C’est ici, je crois, que mon père était en poste du­rant la guerre. » Il n’en di­ra pas plus, mais on de­vine com­bien l’en­vie de dé­cou­vrir ce pays qui avait tant mar­qué son père sol­dat a pu par­ti­ci­per de sa dé­ter­mi­na­tion à tour­ner, un jour, un film ayant pour cadre l’Indochine.

L’an­cienne ci­té im­pé­riale de Hué, ca­pi­tale du Viet­nam du­rant un siècle et de­mi au cours du­quel la ville an­na­mite a of­fert ses lettres de no­blesse à la poé­sie, aux arts et à la gas­tro­no­mie du pays, a don­né lieu aux scènes les plus majestueuses d’Indochine. En par­ti­cu­lier, la cé­ré­mo­nie au cours de la­quelle le man­da­rin lo­cal est as­sas­si­né (« une scène que nous avons dû re­faire à plu­sieurs re­prises car le co­mé­dien n’ar­ri­vait pas à ne pas cli­gner des yeux une fois mort ! », se sou­vient Wargnier) et le mo­ment où la fille adop­tive de Ca­the­rine De­neuve épouse son cou­sin, dans l’an­cien pa­lais de Bao Dai, der­nier em­pe­reur d’An­nam, res­tau­ré pour l’oc­ca­sion par les au­to­ri­tés lo­cales… et les dé­co­ra­teurs du film.

Autre lieu ma­jes­tueux : le tom­beau im­pé­rial de Tu Duc, au sud de la ville. Bâ­ti au XIXe siècle au coeur d’une fo­rêt de pins, de fran­gi­pa­niers et de lon­ga­niers odo­rants, ce mau­so­lée est consti­tué de plu­sieurs bâ­ti­ments sé­pa­rés par des pe­tits étangs le long des­quels dé­filent des grappes ba­billantes de jeunes femmes en pan­ta­lon blanc et tu­nique mauve (les cou­leurs of­fi­cielles de la ville). Un pe­tit groupe de mu­sique tra­di­tion­nelle joue une mé­lo­pée en­ve­lop­pante dans la mai­son de plai­sance de l’em­pe­reur po­sée au bord de l’éten­due d’eau :

« Quand nous avons fil­mé ici, les dé­co­ra­teurs avaient dé­po­sé des lo­tus un par un à la sur­face de l’eau : il ne s’en trou­vait alors plus un seul ! », s’amuse Wargnier qui doit éle­ver la voix pour par­ler, tant le bruit des ci­gales se fait as­sour­dis­sant.

Un peu plus loin, sur une île po­sée sur la ri­vière des Par­fums, se pré­pare une cé­ré­mo­nie aux airs plus taoïstes que boud­dhistes : lors de Lê Hôi, on rend hom­mage à la lune et à quelques di­vi­ni­tés fé­mi­nines as­so­ciées aux élé­ments na­tu­rels comme la foudre, la mon­tagne, le tigre… Des hommes →

À HUÉ FURENT TOURNÉES LES SCÈNES LES PLUS MAJESTUEUSES

→ ou­tra­geu­se­ment ma­quillés ap­portent des of­frandes (fleurs, fruits, lé­gumes mais aus­si pa­quets de gâ­teaux chi­nois, ca­nettes de bière 333 et… un co­chon la­qué d’un bon quin­tal !) sur un au­tel in­crus­té dans une grotte avec l’es­poir de pou­voir, de­main, en­trer en transe, c’est-à-dire en com­mu­ni­ca­tion avec les dieux. « Le main­tien de ces croyances po­pu­laires nous a per­mis de ré­sis­ter au ré­gime com­mu­niste, souffle une vieille femme éden­tée. Et au­jourd’hui, elles nous per­mettent de ne pas perdre notre iden­ti­té me­na­cée par la mon­dia­li­sa­tion li­bé­rale qui dé­truit les tra­di­tions par­tout où elle passe. C’est pour ce­la qu’il y a tant de jeunes qui y par­ti­cipent. »

A re­gar­der ce spec­tacle, on se croit là en­core plon­gé dans une scène d’Indochine, qui fai­sait la part belle aux dé­mons­tra­tions co­lo­rées d’an­tiques tra­di­tions lo­cales. De même à Hôi An, pe­tite ville res­tée en par­tie dans son jus, re­la­ti­ve­ment épar­gnée par les dé­gâts de la mo­der­ni­té, et où Ré­gis Wargnier, as­sis sur ses ta­lons à dé­gus­ter un phô ma­ti­nal, se sou­vient com­bien Ca­the­rine De­neuve, to­ta­le­ment ano­nyme dans le pays à cette époque-là, se plai­sait à par­ta­ger en toute sim­pli­ci­té bien­veillante re­pas et mo­ments de dé­tente des vil­la­geois par­tout où elle se ren­dait entre deux sé­quences de tour­nage.

A Ha­noï, nous re­trou­vons une de­mi-dou­zaine des tech­ni­ciens viet­na­miens qui par­ti­ci­pèrent à l’épo­pée d’Indochine. A l’époque tous étu­diants ou jeunes pro­fes­seurs de fran­çais, ils sont una­nimes pour dire que ce film a chan­gé leur vie comme leur vi­sion de la France, que la pro­pa­gande com­mu­niste ré­su­mait en­core à l’époque à son seul sta­tut d’an­cien co­lo­ni­sa­teur (donc une en­ne­mie en puis­sance). Tous re­gorgent d’anec­dotes qu’ils égrènent d’une voix où se mêlent en­thou­siasme, fer­veur et nos­tal­gie : le jour où le dé­cor s’était ef­fon­dré, pré­ci­pi­tant des di­zaines de fi­gu­rants dans l’eau (« Ré­gis fut un des pre­miers à plon­ger pour sau­ver ceux qui ne sa­vaient pas na­ger ! ») ; ce­lui où l’un d’entre eux s’était re­trou­vé au vo­lant de la li­mou­sine dans la­quelle avait pris place Ca­the­rine De­neuve, alors qu’il ne sa­vait pas conduire dix jours plus tôt ; ce­lui où, épui­sés par dix heures d’af­fi­lée de pré­pa­ra­tion d’une sé­quence, les deux as­sis­tants du chef dé­co­ra­teur s’étaient ins­tal­lés sous un ca­mion pour dor­mir à 3 heures du ma­tin… au mo­ment où com­men­çait le tour­nage ; ce­lui où Ré­gis Wargnier avait exi­gé que le ba­teau choi­si pour une scène soit rem­pla­cé parce qu’il était trop pe­tit, etc. Cha­cun n’a pas de termes as­sez élo­gieux pour ex­pri­mer le res­pect qu’il éprouve pour le réa­li­sa­teur qui, de­puis, a tou­jours en­voyé des signes d’af­fec­tion et d’ami­tié, dès qu’il le pou­vait, aux di­zaines de Viet­na­miens ayant col­la­bo­ré à Indochine. « Il y a un seul de ses conseils que j’ai re­fu­sé de suivre, lance sou­dain une voix haut per­chée : ce­lui d’ap­prendre l’an­glais. Je suis fran-co-phone ! »

L’Indochine, ce mor­ceau éter­nel d’his­toire de France.

“INDOCHINE” A DON­NÉ UN COUP DE FOUET AU TOU­RISME LO­CAL

“NOUS ÉTIONS HAPPÉS PAR LA SÉRÉNITÉ QUI SE DÉGAGEAIT DE CET EN­DROIT”

A près de 500 mètres d’al­ti­tude, le col des Nuages coupe l’an­cienne « route man­da­rine », entre Da Nang et Hué. Au dé­but du XIXe siècle, les Fran­çais avaient bâ­ti là un for­tin mi­li­taire au­quel on ac­cé­dait, jus­qu’en 1906, par chaise à por­teurs.

La ca­thé­drale de Phat Diêm (en haut) ma­rie les styles ar­chi­tec­tu­raux oc­ci­den­tal et viet­na­mien. Ci-des­sus, la fête de Lê Hôi, sur la ri­vière des Par­fums, près de Hué.

Dans un des pa­villons en­tou­rant le tom­beau de Tu Duc, près de Hué, un groupe de femmes se pré­pare à la cé­ré­mo­nie du thé (en haut). Ci-dess­sus, une rue de Hôi An.

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