Dans la tête de... Guillaume Poi­tri­nal

Le Figaro Magazine - - Sommario - ■ PRO­POS RE­CUEILLIS PAR GHISLAIN DE MONTALEMBERT

Alors qu’il était le plus jeune di­ri­geant du CAC 40, Guillaume Poi­tri­nal a créé la sur­prise en quit­tant Uni­bail-Ro­dam­co en 2013. De­puis, il s’est lan­cé dans l’aven­ture en­tre­pre­neu­riale avec Woo­deum, une PME spé­cia­li­sée dans la construc­tion d’im­meubles en bois. Il est aus­si de­ve­nu, en mars der­nier, le pré­sident de la Fon­da­tion du pa­tri­moine.

Uni­bail, un loin­tain sou­ve­nir ?

J’ai ado­ré l’ex­pé­rience Uni­bail mais je me suis dit que, si je ne dé­ve­lop­pais pas ma propre en­tre­prise main­te­nant, je ne le fe­rais ja­mais.

Le goût du risque ?

J’aime af­fron­ter les élé­ments. A bord d’un pe­tit Zo­diac, on prend plus les vagues que sur un pa­que­bot mais on est aus­si beau­coup plus mo­bile.

Les pa­trons que vous ad­mi­rez ?

Xa­vier Niel, Jacques-An­toine Gran­jon, Geof­froy Roux de Bé­zieux… Par­tant de rien, ils ont réus­si à faire dé­col­ler des en­tre­prises do­tées d’une forte iden­ti­té.

Les clés de la réus­site ?

Il faut sa­voir mo­bi­li­ser l’en­thou­siasme de ses équipes. Et mettre tout son coeur dans ses pro­jets.

Un mo­tif de fier­té ?

Châ­tel­le­rault, où je suis né, pos­sède un ma­gni­fique théâtre à l’ita­lienne qui est res­té fer­mé pen­dant qua­rante ans. En­fant, j’al­lais ad­mi­rer les dé­cors avec une lampe de poche en pas­sant par les toits. J’ai fait par­tie des sous­crip­teurs qui se sont mo­bi­li­sés pour le sau­ver, grâce à la Fon­da­tion du pa­tri­moine.

L’Etat en fait-il as­sez pour notre pa­tri­moine en pé­ril ?

J’at­tends peu de chose de l’Etat. Il faut être prag­ma­tique, se re­trous­ser les manches pour trou­ver d’autres res­sources.

Votre pé­riode pré­fé­rée en ar­chi­tec­ture ?

Le XVIIIe siècle, ce mo­ment où l’on a fait en­trer la lu­mière dans les im­meubles.

Vos ar­chi­tectes fé­tiches ?

Ceux qui ont gar­dé les pieds sur terre. J’ai plus de mal avec ceux qui parlent à Dieu et n’écoutent plus le monde qui les en­toure ! L’en­droit où vous vous res­sour­cez ?

Dès que je peux, je file à Châ­tel­le­rault ou en Bour­gogne, le pays de ma femme. Je suis res­té très pro­vin­cial. J’ai tou­jours été un émi­gré éco­no­mique à Pa­ris.

Le mé­tier que vous rê­viez de faire, en­fant ?

Je ne vou­lais pas tra­vailler ! Je m’amu­sais beau­coup avec mes amis. J’ai fait des études pour faire plai­sir à ma mère…

Vos livres de che­vet ?

Je re­lis Zweig avec bon­heur. J’adore Pierre Lo­ti, pour sa maî­trise du fran­çais, la sen­sua­li­té de son écri­ture.

Vos films cultes ?

Ceux de Jacques Au­diard : Dhee­pan, Un pro­phète ou

De battre mon coeur s’est ar­rê­té, qui dé­crit l’uni­vers de l’im­mo­bi­lier. J’ai contri­bué à l’écri­ture du scé­na­rio.

Votre week-end idéal ?

En fa­mille, avec mon épouse – dy­na­mique, exi­geante – et mes trois en­fants. Ils sont for­mi­dables !

Votre cô­té ter­roir ?

J’aime la réa­li­té de la cam­pagne, les agri­cul­teurs fran­çais, mes pe­tites ex­ploi­ta­tions syl­vi­coles dans le Poi­tou ou les Alpes.

Votre pé­ché mi­gnon ?

La très bonne cui­sine fran­çaise. C’est un peu mon pro­blème : ce­la m’oblige à faire trois heures de sport par se­maine pour évi­ter les ki­los en trop !

La bois­son qui vous rend meilleur ?

Les vins de Chi­non. Dans les an­nées 30, ils étaient aus­si ap­pré­ciés que les grands vins de Bor­deaux et les meilleurs crus de Bour­gogne.

Comment dis­soudre la tris­tesse ?

En la par­ta­geant. C’est plus simple. Il y a plus d’oreilles bien­veillantes qu’on veut bien le croire.

Un rêve in­as­sou­vi ?

J’au­rais ai­mé pi­lo­ter un avion, dé­cou­vrir ce sen­ti­ment de li­ber­té d’al­ler où l’on veut, quand on veut.

Votre de­vise ?

« Tu es maître de ta vie et qu’im­porte ta pri­son, tu as les clés. »

C’est une phrase du da­laï­la­ma. On est tou­jours un peu pri­son­nier quelque part : de son uni­vers, de ses ha­bi­tudes, des idées pré­con­çues… Et, en fait, on a les clés, on peut al­ler ailleurs.

La Fon­da­tion du pa­tri­moine, que pré­side Guillaume Poi­tri­nal, est l’un des ac­teurs ma­jeurs de la sau­ve­garde de nos vieilles pierres avec 550 bé­né­voles, 70 sa­la­riés per­ma­nents et

2 700 pro­jets de res­tau­ra­tion dé­fen­dus chaque an­née.

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