Les in­so­lences d’Eric Zem­mour

Le Figaro Magazine - - Sommario -

Ils tem­po­risent. Ils ter­gi­versent. Ils s’in­vec­tivent. De­puis des mois, les di­ri­geants des Ré­pu­bli­cains ne savent que faire des mi­nistres ve­nus de leurs rangs : les ex­clure, au risque d’ap­pa­raître re­van­chards sec­taires ; ne rien faire, au risque d’ap­pa­raître op­po­sants de pa­co­tille. Les Edouard Phi­lippe, Gé­rald Dar­ma­nin et Sé­bas­tien Le­cor­nu se marrent. Comment leurs an­ciens amis pour­raient-ils vo­ter contre une ré­forme du droit du tra­vail qu’ils avaient pro­mise ? Comment cri­ti­quer les ré­duc­tions de do­ta­tions aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales qui étaient dans le pro­gramme de Fran­çois Fillon ? Comment même, au-de­là des ro­do­mon­tades de tri­bune, contes­ter la vraie-fausse sor­tie de l’état d’ur­gence, exac­te­ment ce qu’au­rait fait un gou­ver­ne­ment LR ? Comment, en­fin, ne pas vo­ter la confiance à un Pre­mier mi­nistre en­tou­ré à Ma­ti­gnon de tech­nos proches de Raf­fa­rin et de Jup­pé ? La droite est dans une nasse. Si elle re­con­naît que Ma­cron fait sa po­li­tique, elle est une op­po­si­tion in­utile. Si elle s’ouvre le seul es­pace qui lui reste, ce­lui d’une droite conser­va­trice et iden­ti­taire, elle se­ra ac­cu­sée de cé­der « aux si­rènes du Front na­tio­nal ». Le piège, mon­té ja­dis par Fran­çois Mit­ter­rand, est d’au­tant plus im­pla­cable qu’il a été in­té­rio­ri­sé par les lea­ders de la droite.

Une op­po­si­tion vaine ou pu­sil­la­nime est une op­po­si­tion morte. On le voit avec le Par­ti so­cia­liste, qui se tient entre En Marche et La France in­sou­mise, et qui est comme l’âne de Bu­ri­dan. La mort du PS en­traîne mé­ca­ni­que­ment celle de LR. C’est le syn­drome des em­pires à la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale : la chute de l’Em­pire russe des tsars en 1917 pré­fi­gu­rait celle de l’Em­pire al­le­mand, de l’Em­pire aus­tro­hon­grois, jus­qu’à l’Em­pire ot­to­man.

Em­ma­nuel Ma­cron a rai­son sur ce point : l’an­cien monde est mort. Et le FN en fait par­tie. Il a com­mis le même pé­ché que ses ri­vaux : tra­hir ses élec­teurs. Le PS l’a fait au nom de l’Eu­rope ; le RPR de ja­dis l’a fait au nom de la mo­der­ni­té et de l’union avec le centre ; le FN de Ma­rine Le Pen l’a fait au nom de la dé­dia­bo­li­sa­tion. Le par­cours mé­dia­tique de Flo­rian Phi­lip­pot, de­puis son dé­part du FN, montre avec éclat que son pro­jet po­li­tique était bien - avec l’aval de sa pa­tronne de trans­for­mer le FN en un par­ti de gauche suf­fi­sam­ment sou­mis au po­li­ti­que­ment cor­rect mé­dia­tique pour s’al­lier avec Jean-Luc Mé­len­chon. Pro­jet qui pa­raît d’au­tant plus pit­to­resque à l’aune de ce que ré­vèlent les dé­cla­ra­tions des élus de La France in­sou­mise, ir­ré­mé­dia­ble­ment ai­man­tée par un islamo-gauchisme sans com­plexes. C’est ce que n’a pas man­qué de re­mar­quer Ma­nuel Valls, que Mé­len­chon a trai­té de re­pré­sen­tant de « l’ex­trême droite is­raé­lienne ». Dans les ban­lieues, où on a vo­té en masse pour Mé­len­chon à la pré­si­den­tielle, on dit plus clai­re­ment que Valls est « l’homme des Juifs ». On n’échappe pas à la pres­sion de son élec­to­rat.

Le nou­veau monde ver­ra donc ain­si l’af­fron­te­ment entre un Ma­cron eu­ro­péiste et mon­dia­liste et une France in­sou­mise de plus en plus « sou­mise ». Uber contre dji­had. On fi­ni­ra par re­gret­ter l’an­cien monde.

Uber contre dji­had : on fi­ni­ra par re­gret­ter l’an­cien monde

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