ILS DOIVENT S’HABITUER À VIVRE À UN AUTRE RYTHME

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres -

→ rares hommes po­li­tiques de pre­mier plan qui n’a pas tout sa­cri­fié à son ac­ces­sion aux plus hautes marches du pou­voir. Il a tou­jours gar­dé un équi­libre entre l’ac­tion po­li­tique et ses jar­dins se­crets. « Con­trai­re­ment aux grands fauves, la vie po­li­tique ne l’a pas dé­vo­ré », constate le sé­na­teur Bru­no Re­tailleau. Car, en fin de compte, la page se tourne as­sez vite et peut-être as­sez fa­ci­le­ment aus­si. Be­noist Ap­pa­ru en est té­moin, qui ne s’est pas pré­sen­té aux der­nières lé­gis­la­tives et est en­tré dans une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans l’im­mo­bi­lier : « On s’éloigne mé­ca­ni­que­ment, du simple fait de ne pas avoir BFMTV ou CNews al­lu­mées toute la jour­née dans le bu­reau, de ne plus écou­ter les ma­ti­nales des ra­dios ou de lire les quo­ti­diens. » « Il faut s’habituer à vivre à un autre rythme », concède Jean-Pierre Raf­fa­rin, qui lit moins la presse et da­van­tage de livres. Les contacts avec ceux res­tés en po­li­tique sont aus­si moins fré­quents. Ques­tion d’em­ploi du temps. De prio­ri­té. Pen­dant cinq ans, Be­noist Ap­pa­ru et ses amis jup­péistes Edouard Phi­lippe, Gilles Boyer se croi­saient « au moins dix fois par se­maine ». Les ren­contres sont lar­ge­ment plus es­pa­cées, voire in­exis­tantes, dé­sor­mais. Sur­tout pour ceux qui veulent vrai­ment cou­per les ponts. Fran­çois Fillon n’était dé­jà pas un adepte des ren­dez-vous col­lec­tifs, voire des coups de fil, son pas­sage dans l’autre vie a ren­for­cé son si­lence. Rares sont ceux qui ont de ses nou­velles. Il a dé­jeu­né ré­cem­ment avec Laurent Wau­quiez. Jé­rôme Char­tier lui a or­ga­ni­sé un dé­jeu­ner avec quelques élus voi­ci quelques jours, Bru­no Re­tailleau est en con­tact ré­gu­lier avec lui. Ne se­rait-ce que pour or­ga­ni­ser la tran­si­tion de Force ré­pu­bli­caine, dont Fran­çois Fillon est tou­jours pré­sident. Une ren­contre est pré­vue mi-no­vembre pour la pas­sa­tion de pou­voir avec Bru­no Re­tailleau. L’an­cien Pre­mier mi­nistre a fait sa­voir qu’il ne vou­lait pas de geste pu­blic à cette oc­ca­sion. « Il a vrai­ment tour­né la page. Sa crainte, c’est d’ailleurs de don­ner un si­gnal qui se­rait in­ter­pré­té comme une pré­pa­ra­tion de son re­tour. » Ni­co­las Sar­ko­zy n’a pas cette crainte. Il re­çoit tous ceux qui de­mandent à le voir. Au risque de si­dé­rer ceux qui sont en­core dans la vie po­li­tique. « Je n’ar­rête pas de croi­ser des élus qui sont al­lés dans ses bu­reaux », s’amuse l’un d’eux. « On m’a fait sa­voir que j’étais le seul à ne pas être al­lé le voir », sou­rit Ju­lien Au­bert, can­di­dat à l’époque à la pré­si­dence des Ré­pu­bli­cains. Du coup, il a pris ren­dez-vous avec Ni­co­las Sar­ko­zy,

rue de Mi­ro­mes­nil. Est-ce pour au­tant un signe que l’an­cien pré­sident cherche à re­ve­nir dans le jeu po­li­tique ? « La par­tie la plus ba­varde de sa vie reste la po­li­tique car ceux qui le voient parlent, constate l’un de ses proches. Quand il voit des ac­teurs de la vie éco­no­mique, eux ne parlent pas. » « Il ne fait plus de po­li­tique po­li­ti­cienne, as­sure Vé­ro­nique Wa­ché, sa chef de ca­bi­net. Mais le sort de sa fa­mille po­li­tique lui im­porte. » C’est la rai­son pour la­quelle il suit la cam­pagne pour la pré­si­dence des Ré­pu­bli­cains, mais veille­ra à ne pas du tout s’en mê­ler, même s’il ne cache pas son af­fec­tion pour Laurent Wau­quiez qu’il trouve le plus ta­len­tueux et ce­lui qui a le plus de souffle dans cette pé­riode.

En de­hors d’un Fran­çois Fillon, qui as­sume to­ta­le­ment sa rup­ture, la plu­part des autres re­fusent en­core d’ad­mettre que leur dé­part est dé­fi­ni­tif. « Pour moi, ce n’est pas une nou­velle vie. Ma vie se pour­suit. Je n’ai pas re­non­cé à faire de la po­li­tique, je me suis mis en ré­serve », plaide ain­si Ber­nard Ca­ze­neuve, qui, s’il ex­clut de re­prendre un man­dat élec­tif, ne s’in­ter­dit pas d’in­ter­ve­nir dans le dé­bat pu­blic : « Je vais conti­nuer à m’ex­pri­mer à ma ma­nière. Pas tous les jours. Il est rare d’avoir des choses →

Avo­cat, pro­fes­seur à Sciences-Po, écri­ture de livres, confé­rences, la nou­velle vie de Ber­nard Ca­ze­neuve est bien rem­plie.

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