DÉ­PART SANS RE­TOUR ? ON N’A JA­MAIS VU UN TIGRE DE­VE­NIR VÉ­GÉ­TA­RIEN

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres - CARL MEEUS ET GUYONNE DE MONTJOU

→ utiles à dire tous les jours. » « Je ne dis pas “plus ja­mais”, nuance aus­si Luc Cha­tel, qui a quit­té tous ses man­dats. Comme le di­sait Pa­trick Buis­son en 2012 : « On n’a ja­mais vu un tigre de­ve­nir vé­gé­ta­rien. » Dif­fi­cile d’ima­gi­ner Ni­co­las Sar­ko­zy faire autre chose que de la po­li­tique. Lui qui a plon­gé de­dans avant ses 18 ans et lui a consa­cré toute son éner­gie. Pour­tant, la pos­si­bi­li­té d’un re­tour po­li­tique n’est plus sa pré­oc­cu­pa­tion. Il se consi­dère comme le pre­mier pré­sident de la Ve Ré­pu­blique à de­voir ré­in­ven­ter une vie en de­hors de la po­li­tique. Il doit mon­trer la voie, en quelque sorte. Ce qui n’est pas pour lui dé­plaire.

Et Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen ? En re­traite ou en re­trait ? Le lan­ce­ment d’un men­suel, L’In­cor­rect, en sep­tembre der­nier, dont la ligne édi­to­riale s’ins­crit dans le pro­lon­ge­ment « iden­ti­taire » et « conser­va­teur » qu’elle dé­fend, a pu lais­ser pen­ser qu’elle pré­pa­rait les bases idéo­lo­giques d’un re­tour. Les fon­da­teurs du ma­ga­zine as­surent le contraire. La qua­ran­taine de contri­bu­teurs (Fré­dé­ric Rou­villois, Chan­tal Del­sol, Be­noît Du­mou­lin...) et l’équipe ré­dac­tion­nelle ne lui sont pour­tant pas in­con­nus, voire comme Jacques de Guille­bon, di­rec­teur de la ré­dac­tion, ou Ar­naud Ste­phan, son an­cien as­sis­tant par­le­men­taire, de proches amis. Mais elle reste par­fai­te­ment « étran­gère à l’éla­bo­ra­tion du jour­nal », as­sure l’un d’eux. Le ma­ga­zine dont le deuxième nu­mé­ro est dis­po­nible en kiosque a été épui­sé im­mé­dia­te­ment après sa pre­mière pa­ru­tion, gage d’un suc­cès cer­tain.

Signe que son re­tour n’est pas pour de­main, en tout cas au sein du par­ti, Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen de­vrait res­ter à bonne dis­tance du con­grès de re­fon­da­tion du FN qui doit se te­nir en 2018. Au­cun ne re­con­naît pour­tant que la vie d’avant lui manque. « Pas une se­conde, ré­pond im­mé­dia­te­ment Luc Cha­tel. Je n’ai au­cun re­gret, ni ai­greur. » En tout cas pour le mo­ment, quelques mois après le pas­sage, ce sont en­core les as­pects po­si­tifs qui l’em­portent. Quand il en­tend un mi­nistre ou un élu pas­sé au gril des ques­tions dans la ma­ti­nale d’une ra­dio, Luc Cha­tel ne l’en­vie pas du tout. Au contraire, il se rap­pelle la souf­france qu’il éprou­vait à de­voir se le­ver tôt pour se faire cha­hu­ter au mi­cro par un jour­na­liste qui ne lui pas­se­rait rien ! Tout ce­la est der­rière lui dé­sor­mais. Place aux autres. Les autres, ceux qui sont par­tis les re­trouvent de temps en temps. Ils ont gar­dé des contacts. Des amis. « Quelques ren­dez-vous pour ne pas perdre le fil », ad­met l’un d’eux. Jean-Ma­rie Le Guen a dé­jeu­né ré­cem­ment à la bu­vette de l’As­sem­blée na­tio­nale. Ber­nard Ca­ze­neuve a re­trou­vé la Place Beau­vau, convié à dé­jeu­ner par Gé­rard Col­lomb, son suc­ces­seur. Au­cune nos­tal­gie en re­ve­nant dans les lo­caux du mi­nis­tère de l’In­té­rieur. Ils échangent entre eux aus­si. Luc Cha­tel a vu Ni­co­las Sar­ko­zy, Jean-Pierre Raf­fa­rin a pu par­ler de la Chine avec Ber­nard Ca­ze­neuve. Ils ne sont plus dans une ba­taille po­li­tique, il n’y a plus de no­tion d’ad­ver­saire. Raf­fa­rin et Cha­tel, qui ont tous deux dé­mar­ré en en­tre­prise avant de se lan­cer en po­li­tique, ont aus­si échan­gé sur cette « troi­sième vie » qu’ils doivent s’in­ven­ter.

Mais l’adré­na­line de la po­li­tique ? Celle des mee­tings, des bu­reaux po­li­tiques ten­dus, des dé­bats au Par­le­ment ? Là aus­si, vi­si­ble­ment, au­cun manque. « On peut la trou­ver en fai­sant un ar­gu­men­taire de­vant un client qu’il faut convaincre », veut croire Luc Cha­tel. Et tant pis si Kis­sin­ger as­su­rait : « Le pou­voir est l’aphro­di­siaque su­prême ! » « Fillon est un com­pé­ti­teur. Il met la même ap­pli­ca­tion dans son nou­veau tra­vail qu’il met­tait dans ses dis­cours », as­sure un proche.

« On a un po­ten­tiel d’éner­gie as­sez fort, re­con­naît JeanPierre Raf­fa­rin. On n’est pas fait pour s’as­seoir dans un fau­teuil et res­ter à re­gar­der la mer. »

Mais du coup, pour rem­plir les jour­nées, les an­ciens de la po­li­tique mul­ti­plient les ac­ti­vi­tés. As­so­cié chez Ek­kio Ca­pi­tal ? « Un gros mi-temps » pour Luc Cha­tel qui a dé­jà d’autres pistes. Fran­çois Fillon ? En plus de Ti­ke­hau Ca­pi­tal, il planche sur sa fu­ture Fon­da­tion pour les chré­tiens d’Orient. Ber­nard Ca­ze­neuve ne se contente pas d’être as­so­cié chez Au­gust De­bou­zy. Il écrit ses livres sur son ex­pé­rience à Ma­ti­gnon (Chaque jour compte. 150 jours sous ten­sion à Ma­ti­gnon, chez Stock) et Place Beau­vau, donne des cours à Sciences-Po Pa­ris et ac­cepte de par­ti­ci­per à des confé­rences. Il se­ra à Ox­ford fin oc­tobre. Ni­co­las Sar­ko­zy, lui aus­si, conti­nue ses confé­rences in­ter­na­tio­nales. « Je suis en si­tua­tion de mo­no­pole », se fé­li­cite l’an­cien pré­sident, qui était en Chine, puis au Mexique en sep­tembre, avant Londres, puis à nou­veau la Chine en dé­cembre. De­vant les pro­po­si­tions qui s’ac­cu­mulent, l’épouse de JeanPierre Raf­fa­rin l’a mis gen­ti­ment mais fer­me­ment en garde :

« Il vau­drait mieux que la nou­velle vie soit moins char­gée que l’an­cienne. » ■

Jean-Pierre Raf­fa­rin a lan­cé sa fon­da­tion pour la paix. « On n’est pas fait pour res­ter dans un fau­teuil à re­gar­der la mer. »

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