À L’ÉTRAN­GER, DES CAR­RIÈRES À DU­RÉE DÉ­TER­MI­NÉE

La du­rée de vie po­li­tique va­rie se­lon les dé­mo­cra­ties. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Es­pagne, une dé­faite pré­ci­pite sou­vent la fin.

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres - JEAN-MARC GONIN

En ma­tière de ré­si­lience po­li­tique, Sil­vio Ber­lus­co­ni ap­par­tient aux ex­cep­tions plu­tôt qu’à la règle. A 81 ans, alors que l’Ita­lie le croyait af­fai­bli phy­si­que­ment par l’âge et po­li­ti­que­ment par la ri­bam­belle de pro­cé­dures qui le visent ou l’ont vi­sé (quatre en­core en cours), il s’est dé­cla­ré prêt à re­par­tir au com­bat pour les lé­gis­la­tives at­ten­dues au prin­temps 2018. Re­quin­qué par des cures de jou­vence et quelques opé­ra­tions de chi­rur­gie es­thé­tique, ré­chap­pé de pro­blèmes car­diaques, « il Ca­va­liere » compte bien li­vrer ba­taille à la tête du centre droit. Même à Rome, où les car­rières po­li­tiques avaient ten­dance à être aus­si éter­nelles que la ville qui les ac­cueille, le cas Ber­lus­co­ni de­vient sin­gu­lier. « Le pou­voir n’use que ceux qui ne l’ont pas », iro­ni­sait en son temps Giu­lio An­dreot­ti, dit « l’Inoxy­dable », qui exer­ça le pou­voir sous une forme ou sous une autre pen­dant qua­rante-cinq ans (de 1947 à 1992). Au­jourd’hui, il use sur­tout la pa­tience du corps élec­to­ral dans la plu­part des grandes dé­mo­cra­ties.

Aux Etats-Unis, l’usage veut qu’un pré­sident prenne sa re­traite dès sa sor­tie de la Mai­son-Blanche, aus­si jeune soit-il. Dans l’ère mo­derne, le seul à avoir ca­res­sé l’idée d’un re­tour fut Ge­rald Ford, bat­tu par Jim­my Car­ter en 1976. Des ba­rons ré­pu­bli­cains l’y avaient en­cou­ra­gé. Mais ses es­poirs de re­vanche furent vite ba­layés par l’ou­ra­gan conser­va­teur du can­di­dat Ro­nald Rea­gan. De­puis lors, à l’ex­cep­tion de George Bush père, les pré­si­dents ont tous ef­fec­tué deux man­dats (Rea­gan, Clin­ton, Bush fils, Oba­ma) et ne pou­vaient donc plus se re­pré­sen­ter. Les deux plus jeunes à leur sor­tie de la Mai­sonB­lanche – Bill Clin­ton, 54 ans, et Ba­rack Oba­ma, 55 ans – ont dû, comme leurs pré­dé­ces­seurs, prendre une re­traite po­li­tique pré­coce et se consa­crer à des ac­ti­vi­tés ca­ri­ta­tives.

Au Royaume-Uni, l’idée même de « car­rière » po­li­tique se li­mite à des contrats à du­rée dé­ter­mi­née

plus ou moins longs se­lon les suc­cès élec­to­raux. On y sur­vit ra­re­ment à une dé­faite. A for­tio­ri quand on a été chef du gou­ver­ne­ment ou lea­der de l’op­po­si­tion. Pour beau­coup, West­mins­ter est de­ve­nu un ci­me­tière des am­bi­tions aux al­lées pa­vées d’amer­tume et de dés­illu­sions. De­puis Wins­ton Chur­chill et le lea­der de gauche Ha­rold Wil­son qui ef­fec­tuèrent cha­cun un al­ler-re­tour au 10 Dow­ning Street, les bat­tus ont tous dû re­non­cer. Do­mi­nées par Mar­ga­ret That­cher et To­ny Blair, les an­nées 80 et 90 ont sur­tout pré­ci­pi­té la chute des op­po­sants mal­heu­reux à gauche comme à droite. Par­mi les ad­ver­saires dé­faits par la Dame de fer, James Cal­la­ghan quit­ta la tête de son par­ti peu après le ver­dict des urnes en 1979, son suc­ces­seur Mi­chael Foot fit de même en 1983. Neil Kin­nock ef­fec­tua deux man­dats de chef de l’op­po­si­tion, mais son échec en 1992 contre John Ma­jor l’obli­gea à par­tir pour Bruxelles pour de­ve­nir com­mis­saire eu­ro­péen. L’avè­ne­ment de To­ny Blair en 1997 et ses dix ans au pou­voir ache­vèrent trois lea­ders to­ries. John Ma­jor quit­ta la tête des conser­va­teurs avant de de­ve­nir conseiller du fonds amé­ri­cain Car­lyle. Bat­tu en 2001, William Hague re­non­ça lui aus­si à di­ri­ger son par­ti, mais il a conti­nué une vie de par­le­men­taire avant de prendre la tête du Fo­rei­gn Of­fice sous Da­vid Ca­me­ron. Mi­chael Ho­ward, dé­fait quatre ans plus tard, lais­sa la place à Da­vid Ca­me­ron avant de quit­ter la Chambre des com­munes en 2010 pour pré­si­der une com­pa­gnie pé­tro­lière. De son cô­té, To­ny Blair a em­bras­sé une lu­cra­tive car­rière de consul­tant et de confé­ren­cier in­ter­na­tio­nal après avoir quit­té le pou­voir. Der­nière vic­time du suf­frage uni­ver­sel, Da­vid Ca­me­ron l’a aban­don­né à 49 ans. Il se consacre dé­sor­mais à des oeuvres ca­ri­ta­tives et, comme d’autres di­ri­geants re­ti­rés, donne des confé­rences contre de sub­stan­tiels ca­chets.

En Es­pagne, on quitte la po­li­tique tôt. Fe­lipe Gonzá­lez la lais­sa à 54 ans, au bout de qua­torze ans au pou­voir, pour de­ve­nir une fi­gure ho­no­raire du Par­ti so­cia­liste et un « sage » écou­té à Bruxelles. Jo­sé María Az­nar fut congé­dié par les élec­teurs à 51 ans. Il se lan­ça dans le con­seil de grandes en­tre­prises et en­tra au con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du groupe de mé­dias de l’Aus­tra­lien Ru­pert Mur­doch. Quant à Jo­sé Luis Za­pa­te­ro, bat­tu à 51 ans, il s’adonne à l’ac­ti­vi­té de confé­ren­cier. En­fin, en Al­le­magne, les di­ri­geants jouissent d’une lon­gé­vi­té su­pé­rieure. Hel­mut Kohl a été chan­ce­lier pen­dant seize ans, Ge­rhard Schrö­der sept ans et An­ge­la Mer­kel gou­verne de­puis presque douze ans. Certes pen­dant ce temps, les chefs de l’op­po­si­tion vont et viennent, mais rien ne les pousse à par­tir. Schrö­der, der­nier chef de gou­ver­ne­ment so­cial-dé­mo­crate, a pour­tant ti­ré sa ré­vé­rence après sa dé­con­fi­ture de sep­tembre 2005. De­ve­nu un puis­sant lob­byiste, l’an­cien chan­ce­lier a fait fruc­ti­fier son car­net d’adresses en tra­vaillant pour les in­té­rêts des so­cié­tés russes Gaz­prom et Ros­neft, chères à Vla­di­mir Pou­tine. Une belle re­traite de Rus­sie. ■

Sa dé­faite au ré­fé­ren­dum sur le main­tien du Royaume-Uni dans l’UE lui a été fa­tale. Da­vid Ca­me­ron a quit­té la po­li­tique en 2016, à 49 ans.

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