LE SAUMON NORVÉGIEN PASSE EN 18 MOIS DE L’ALEVIN À L’AS­SIETTE

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres - VINCENT JOLLY

Nous vo­lions de­puis dé­jà plu­sieurs mi­nutes. Au loin, le so­leil em­bra­sait un ciel nua­geux et plon­geait les alen­tours de De Lier dans une sombre lueur bleu­tée entre chien et loup. Ce village néer­lan­dais à mi-che­min entre La Haye et Rot­ter­dam n’est qu’à quelques ki­lo­mètres des plages de la Manche, dans la com­mune de West­land, ré­pu­tée pour ses vastes serres agri­coles. Vus du ciel dans la jour­née, ces car­rés et rec­tangles de toutes tailles s’im­briquent comme un puzzle à perte de vue et forment une se­conde mer de verre et de plas­tique qui étin­celle sous les rayons du so­leil. Mais, à cette heure tar­dive, dans cette am­biance ves­pé­rale, c’est un tout autre pay­sage qui se des­sine : alors que le so­leil s’ap­prête à dis­pa­raître à l’ho­ri­zon, cer­taines de ces im­menses serres s’illu­minent d’une lu­mière do­rée et éclairent la pé­nombre de leur ha­lo jau­nâtre. Une scène fu­tu­riste in­dé­ce­lable de­puis la terre ferme, qui ne se ré­vèle que de­puis les airs. Ce n’est pour­tant pas par sou­ci d’es­thé­tisme que les agri­cul­teurs de De Lier ont ins­tal­lé ces éclai­rages : ces lu­mières sont là pour pro­lon­ger ar­ti­fi­ciel­le­ment les jour­nées et les sai­sons et ain­si per­mettre de pro­duire plus long­temps di­vers lé­gumes, plantes et fleurs. La to­mate, par exemple, dont la Hol­lande, avec seule­ment 41 000 ki­lo­mètres car­rés de su­per­fi­cie, est le plus gros ex­por­ta­teur eu­ro­péen. Mais les Pays-Bas ne se can­tonnent pas à la to­mate : ils sont éga­le­ment les deuxièmes plus gros ex­por­ta­teurs de pro­duits agri­coles au monde, après les Etats-Unis. Et au­jourd’hui, le mo­dèle de ce pe­tit pays de­ve­nu l’un des plus grands gre­niers du monde fait of­fice de mo­dèle à suivre, avec une de­vise stricte adop­tée par bon nombre d’agri­cul­teurs hol­lan­dais : « Twice the food ; Twice the qua­li­ty ; Half the res­sources » (Deux fois plus de nour­ri­ture, deux fois plus de qua­li­té, moi­tié moins de res­sources uti­li­sées). En 2050, nous se­rons plus de 10 mil­liards d’êtres hu­mains. En France, nous au­rons dé­pas­sé la barre des 70 mil­lions d’ha­bi­tants (contre 67 mil­lions au­jourd’hui). L’Amé­rique du Nord, elle, comp­te­ra plus d’un mil­liard d’âmes. Se­lon ces mêmes pro­jec­tions, d’ici à 2100, la pla­nète ver­ra sa po­pu­la­tion mon­diale croître de 83 mil­lions chaque an­née ; alors que l’es­pé­rance de vie, elle aus­si, conti­nue­ra d’aug­men­ter : le nombre de per­sonnes de plus de 80 ans pas­se­ra de 135 mil­lions au­jourd’hui à 425 mil­lions en 2050. Ces pré­vi­sions, sur les­quelles la qua­si-to­ta­li­té des ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales et des ONG s’ac­cordent, ré­vèlent le pro­blème ma­jeur du XXIe siècle : l’ali­men­ta­tion. « Lors des quatre dé­cen­nies à ve­nir, l’hu­ma­ni­té va de­voir pro­duire plus de nour­ri­ture que ces 8 000 der­nières an­nées », dé­cla­rait il y a peu au ma­ga­zine Na­tio­nal Geo­gra­phic Ernst Van den Ende, di­rec­teur à l’uni­ver­si­té néer­lan­daise de re­cherche de Wa­ge­ningue. Si ces ni­veaux de pro­duc­tion ne sont pas at­teints, plus d’un mil­liard de per­sonnes se­raient me­na­cées par la fa­mine, po­ten­tiel­le­ment la plus grande et la plus dé­vas­ta­trice de l’his­toire.

La ques­tion cru­ciale de­vient donc : comment pro­duire de quoi ali­men­ter une po­pu­la­tion ex­po­nen­tielle ? Pre­mier pays ex­por­ta­teur au monde, les Etats-Unis ré­coltent au­jourd’hui les consé­quences de leur mo­dèle d’agri­cul­ture in­ten­sive et de sur­pro­duc­tion de viande bo­vine et de vo­lailles, vé­ri­table fléau éco­lo­gique et sa­ni­taire : pol­lu­tion de l’air, ap­pau­vris­se­ment des sols, ag­gra­va­tion des sé­che­resses par une sur­con­som­ma­tion en eau, uti­li­sa­tion mas­sive de pes­ti­cides… « La vache est au­jourd’hui l’équi­valent as­sez exact de la bombe ato­mique », dé­cla­rait il y a dix ans le jour­na­liste Mark Bitt­man, lors d’une confé­rence qui fait dé­sor­mais date dans le do­maine et in­ti­tu­lée : « Ce qui ne va pas avec ce que nous man­geons. » Nous sommes donc de plus en plus nom­breux ; nous de­vons donc pro­duire de plus en plus de nour­ri­ture ; mais la ma­nière dont nous la pro­dui­sons dé­té­riore l’en­vi­ron­ne­ment. George Steinmetz, pho­to­jour­na­liste amé­ri­cain de Na­tio­nal Geo­gra­phic, dont les images illus­trent cet ar­ticle, a long­temps tra­vaillé sur →

AC­CROÎTRE SA PRO­DUC­TION, MAIS RÉ­DUIRE SON EMPREINTE ÉCO­LO­GIQUE

→ l’agri­cul­ture in­ten­sive, no­tam­ment aux Etats-Unis, avant de se pen­cher sur l’agri­cul­ture eu­ro­péenne. « L’am­pleur des ex­ploi­ta­tions n’a rien à voir, ra­conte le pho­to­graphe. En Eu­rope, on consi­dère qu’une ferme de 1 000 vaches est une grande ferme. Aux Etats-Unis et en Chine, on compte plu­tôt en di­zaines de mil­liers. Et pa­reil pour les champs de blé ou de lé­gumes. » Dans cer­tains do­maines, la pro­duc­tion eu­ro­péenne n’est pas en reste quand il s’agit d’in­ten­si­té et de gi­gan­tisme : en té­moignent cette « Mer de plas­tique » en Es­pagne, à Al­mería, où sont culti­vés la plu­part des fruits et lé­gumes eu­ro­péens en hi­ver, ou ces en­clos aqua­tiques géants en Nor­vège et en Ecosse, où des mil­liers de sau­mons d’éle­vage - au­tre­fois den­rée rare sur nos mar­chés et dé­sor­mais si com­muns dans nos as­siettes - passent en 18 mois du tê­tard au fi­let.

A Mid­den­meer, à une cen­taine de ki­lo­mètres au nord de De Lier, le plus grand pro­duc­teur de to­mates hol­lan­dais, Agro Care, a re­cours à un sys­tème de culture hy­dro­po­nique : un sys­tème où la terre est rem­pla­cée par de l’eau en­ri­chie en sels mi­né­rauxe­te­noxy­gène ;un­sys­tè­me­qui,cor­rec­te­ment­ca­li­bré, per­met d’éco­no­mi­ser jus­qu’à 70 % d’eau par rap­port à une culture clas­sique. Avec six fermes hy­dro­po­niques de 10 hec­tares cha­cune, ali­men­tées à 20 % par l’éner­gie géo­ther­mique, Agro Care re­pré­sente 5 % de la pro­duc­tion na­tio­nale de to­mates. En­tiè­re­ment ré­gie par des or­di­na­teurs ana­ly­sant constam­ment les don­nées des plantes culti­vées, la culture hy­dro­po­nique per­met de ré­duire consi­dé­ra­ble­ment l’uti­li­sa­tion des res­sources né­ces­saires à leur crois­sance. Ces fermes font par­tie in­té­grante d’une ré­vo­lu­tion cru­ciale du monde agri­cole : l’agri­cul­ture de pré­ci­sion (pre­ci­sion far­ming) op­po­sée au mo­dèle in­ten­sif que l’on connaît, par exemple, aux EtatsU­nis. Le concept de cette pra­tique est simple : uti­li­ser les nou­velles tech­no­lo­gies et la puis­sance de cal­cul des or­di­na­teurs pour adap­ter l’uti­li­sa­tion d’eau, d’éner­gie, de pes­ti­cides et d’en­grais. Fon­dée sur la ges­tion op­ti­male des ap­ports d’un champ se­lon les be­soins réels des cultures, l’agri­cul­ture de pré­ci­sion im­plique des tech­no­lo­gies d’ana­lyses de don­nées, des sys­tèmes GPS, des cap­teurs pour étu­dier les sols. Aux Pays-Bas, cer­tains fer­miers sont par­ve­nus à dou­bler leur pro­duc­tion par hec­tare, tout en ré­dui­sant de 90 % leur uti­li­sa­tion en eau. L’ef­fi­ca­ci­té de l’agri­cul­ture de pré­ci­sion, et de la culture sous serre, n’est plus à dé­mon­trer, et les Hol­lan­dais ont réus­si, de­puis le mi­lieu des an­nées 1990, à se po­si­tion­ner en pion­niers dans ce do­maine. Une dé­marche qui passe par la sen­si­bi­li­sa- tion du pu­blic et des agri­cul­teurs à ces nou­velles tech­no­lo­gies et aux pro­blèmes qu’elles sont cen­sées ré­soudre. Ces serres sont même de­ve­nues des des­ti­na­tions tou­ris­tiques - cer­tains pro­prié­taires ouvrent ponc­tuel­le­ment leurs portes et ac­cueillent chaque an­née plu­sieurs mil­liers de vi­si­teurs.

« Il faut re­voir com­plè­te­ment la ma­nière dont on pense la pro­duc­tion de ce que l’on mange. Il y a cin­quante ans, la seule ques­tion que l’on se po­sait, c’était “comment pro­duire beau­coup de nour­ri­ture pour pas cher” », ex­plique Ca­leb Har­per, un scien­ti­fique amé­ri­cain à l’ini­tia­tive d’Open Agri­cul­ture, un pro­jet me­né en col­la­bo­ra­tion avec le pres­ti­gieux MIT de Bos­ton. « Et nous nous po­sions cette ques­tion car il fal­lait ten­ter de nour­rir 7 mil­liards d’hu­mains. Et nous avons donc construit à l’époque d’im­menses ré­seaux de pro­duc­tion pour faire voya­ger la nour­ri­ture : du Bré­sil vers la Chine, des Pays-Bas vers les Etats-Unis… » Et de pour­suivre : « Au­jourd’hui, la di­gi­ta­li­sa­tion de l’agri­cul­ture est pos­sible : nous avons les moyens de re­créer n’im­porte quel cli­mat dans des serres ou des la­bo­ra­toires et de créer des condi­tions sur me­sure pour la crois­sance d’une plante ou d’un lé­gume. Idéa­le­ment, un jour vien­dra où nous n’au­rons plus à en­voyer de la nour­ri­ture à l’autre bout du monde, mais sim­ple­ment à trans­mettre des in­for­ma­tions sur telle ou telle es­pèce afin qu’un fer­mier puisse la faire pous­ser n’im­porte où sur la pla­nète. » Grâce à sa tech­no­lo­gie, Ca­leb Har­per et ses équipes ont, par exemple, réus­si à faire pous­ser une va­rié­té de to­mate qui n’est plus en pro­duc­tion de­puis près d’un siècle.

Voi­là l’autre nerf de la guerre de l’agri­cul­ture du fu­tur : les graines.

LES GRAINES SE­RONT PEUT-ÊTRE LA MON­NAIE DU FU­TUR

Tou­jours aux Pays-Bas, Rijk Zwaan est le qua­trième plus gros pro­duc­teur de graines de fruits et de lé­gumes au monde. Et, plu­tôt que d’éla­bo­rer de nou­velles va­rié­tés gé­né­ti­que­ment­mo­di­fiées–qui­coû­tent­plu­sieurs­cen­tai­nes­de­mil­lions d’eu­ros sur près d’une quin­zaine d’an­nées de dé­ve­lop­pe­ments, et se heurtent aux nom­breuses ré­gu­la­tions eu­ro­péennes –, l’en­tre­prise néer­lan­daise s’est spé­cia­li­sée dans le croi­se­ment de dif­fé­rentes es­pèces afin de créer des souches plus ré­sis­tantes et plus ren­tables. Mê­me­dé­mar­cheenAl­le­magne,àGa­ters­le­ben,près­deHa­novre. Avec une mi­nu­tie chi­rur­gi­cale et une pru­dente dé­li­ca­tesse, le Dr Thors­ten Sch­nur­busch exa­mine un épi de blé à l’aide d’une pe­tite pince. « C’est une va­rié­té très an­cienne, mais as­sez mi­ra­cu­leuse, ex­plique le cher­cheur. Cha­cune des têtes contient en­vi­ron 25 % de graines sup­plé­men­taires par rap­port aux →

→ autres sortes de blé. » Son tra­vail ? Trou­ver un moyen de cou­pler ce blé mi­ra­cu­leux à des souches qui pré­sentent d’autres avan­tages agri­coles comme une ré­sis­tance na­tu­relle aux ma­la­dies ou même des qua­li­tés gus­ta­tives. Le Dr Sch­nur­busch tra­vaille à l’IPK (Ins­ti­tute of Plant Ge­ne­tics and Crop Plant Re­search), une ins­ti­tu­tion fi­nan­cée par le gou­ver­ne­ment al­le­mand, qui pos­sède une col­lec­tion de plus de 150 000 graines (lé­gumes, fruits, cé­réales, plantes mé­di­ci­nales, herbes di­verses), dont cer­taines datent du dé­but du XXe siècle. La grande ma­jo­ri­té de ces es­pèces n’ont au­cun in­té­rêt com­mer­cial, mais pos­sèdent des qua­li­tés qui, cou­plées à d’autres es­pèces, peuvent ai­der à op­ti­mi­ser de nou­velles souches. Mieux faire pous­ser des ali­ments plus sains et plus ra­pi­de­ment tout en pré­ser­vant l’en­vi­ron­ne­ment ? L’agri­cul­ture de pré­ci­sion semble être la so­lu­tion mi­racle aux fu­turs dé­fis ali­men­taires. Mais c’est seule­ment en ac­com­pa­gnant les agri­cul­teurs dans ce vi­rage tech­no­lo­gique que cette ré­vo­lu­tion se­ra pos­sible.

Pro­blème pour vrai­ment faire une dif­fé­rence sur le plan éco­lo­gique

comme sur le plan ali­men­taire, en­core fau­drait-il que ces pra­tiques et ces nou­velles tech­no­lo­gies soient adop­tées par une grande ma­jo­ri­té, des agri­cul­teurs eu­ro­péens, puis mon­diaux. Et ce­la re­lève de la ga­geure. D’une part parce que le mé­tier d’agri­cul­teur, en Eu­rope mais aus­si en Afrique ou aux Amé­riques, n’est plus at­trac­tif pour les jeunes. D’autre part car, là en­core, tout est ques­tion d’édu­ca­tion, de for­ma­tion et d’ins­tal­la­tion d’in­fra­struc­tures né­ces­saires au bon fonc­tion­ne­ment de ces tech­no­lo­gies. « Une for­ma­tion et une sen­si­bi­li­sa­tion ré­gio­nales sont in­dis­pen­sables pour convaincre et conseiller les pe­tites et moyennes ex­ploi­ta­tions. Beau­coup d’agri­cul­teurs pensent en ef­fet que l’agri­cul­ture de pré­ci­sion n’est pas ren­table pour les pe­tites cultures », es­ti­mait un rap­port du Par­te­na­riat eu­ro­péen d’in­no­va­tion, « Pro­duc­ti­vi­té et dé­ve­lop­pe­ment du­rable de l’agri­cul­ture », un or­gane qui ré­flé­chit à une re­fonte de la po­li­tique agri­cole com­mune eu­ro­péenne (PAC). Et, si les tech­no­lo­gies existent, en­core faut-il pou­voir les uti­li­ser cor­rec­te­ment. « Il y a tou­jours un re­tard dra­ma­tique concer­nant l’ac­cès au haut dé­bit dans beau­coup de zones ru­rales et peu den­sé­ment peu­plées de l’UE », dé­cla­rait en 2016 le se­cré­taire gé­né­ral du Co­mi­té eu­ro­péen des grou­pe­ments de construc­teurs du ma­chi­nisme agri­cole (Ce­ma), Ul­rich Adams. « Nous avons be­soin de po­li­tiques pu­bliques qui aident les agri­cul­teurs à ac­cé­der et à in­ves­tir dans les tech­no­lo­gies nu­mé­riques. Ici, la PAC

S’ADAP­TER AU CLI­MAT : LE COEUR DES PRO­CHAINS DÉ­FIS AGRI­COLES

d’après 2020 pour­rait jouer un rôle im­por­tant. » Autre atout de cette stra­té­gie : rendre plus at­trac­tif le mé­tier d’agri­cul­teur pour les fu­tures gé­né­ra­tions.

Pour Luc Ver­net, du groupe de ré­flexion bruxel­lois Farm Eu­rope : « Il est cru­cial que la PAC suive cette ten­dance, en pre­nant en compte le po­ten­tiel des tech­niques et des spé­ci­fi­ci­tés de l’agri­cul­ture eu­ro­péenne. Pour que les agri­cul­teurs prennent ce risque et en­tament le chan­ge­ment, ils ont be­soin d’être ac­com­pa­gnés par un vé­ri­table sou­tien po­li­tique. »

Un sou­tien po­li­tique qui risque de ne pas être suf­fi­sant car les dif­fé­rents mo­dèles agri­coles des pays eu­ro­péens dif­fèrent au­tant sur un plan struc­tu­rel et éco­no­mique que cultu­rel. « On ne peut pas com­pa­rer agri­cul­teurs fran­çais et néer­lan­dais »,

as­sure Gilles Fu­mey, en­sei­gnant-cher­cheur au CNRS et à l’ori­gine de l’ou­vrage L’Ali­men­ta­tion de­main. « Les agri­cul­teurs néer­lan­dais, qui tra­vaillent dans une ex­ploi­ta­tion très mo­derne, sont d’abord et avant tout des in­dus­triels et des com­mer­çants. Ces gens-là viennent très sou­vent de mi­lieux scien­ti­fiques, ils sont agro­nomes, bio­lo­gistes, chi­mistes… Ils op­ti­misent leur pro­duc­tion. Pour­quoi ? A cause de leur géo­gra­phie très par­ti­cu­lière : les PaysBas ont été contraints d’in­no­ver de­puis plu­sieurs siècles pour pou­voir pro­duire une im­por­tante quan­ti­té de nour­ri­ture de ma­nière constante. Alors qu’en France, on a un at­ta­che­ment très par­ti­cu­lier au ter­roir, à la pro­ve­nance de nos fruits et de nos lé­gumes. Un at­ta­che­ment qu’on ne re­trouve pas par­tout, et cer­tai­ne­ment pas aux Pays-Bas. » Reste que ces mo­dèles ne sont viables que dans les pays qui les ont in­ven­tés. « En Eu­rope, c’est cer­tain, les Néer­lan­dais ont été les plus ma­lins et, au­jourd’hui, leur sys­tème est pro­ba­ble­ment le meilleur, pour­suit Gilles Fu­mey. Mais ce sont des com­mer­çants avant tout, et leur mo­dèle ne fonc­tionne qu’avec des pays sol­vables : or, ces fa­meux 2 mil­liards d’hu­mains en plus à nour­rir vont ma­jo­ri­tai­re­ment se trou­ver en Afrique et dans le sud de l’Asie. » C’est là que le bât blesse. Si, en Eu­rope, mais éga­le­ment au Ja­pon et aux Etats-Unis, des cher­cheurs sont par­ve­nus à créer des tech­niques pou­vant pro­duire des quan­ti­tés de nour­ri­ture im­por­tantes avec une empreinte en­vi­ron­ne­men­tale mi­ni­male, ces so­lu­tions né­ces­sitent d’être ac­com­pa­gnées par des chan­ge­ments de po­li­tique dras­tiques et sou­te­nues par des in­fra­struc­tures spé­ci­fiques et com­plexes. Pa­ra­doxe : ces tech­no­lo­gies res­tent pour l’ins­tant dif­fi­ci­le­ment ex­por­tables dans les pays qui, dans un fu­tur très proche, pour­raient en avoir le plus be­soin. ■

L’IPK, en Al­le­magne, cultive plu­sieurs mil­liers d’es­pèces de plantes et de cé­réales uniques et pré­serve leur in­té­gri­té gé­né­tique afin de pou­voir étu­dier leurs par­ti­cu­la­ri­tés.

Plu­tôt que de mo­di­fier gé­né­ti­que­ment un or­ga­nisme, les cher­cheurs de l’IPK étu­dient les qua­li­tés de dif­fé­rentes es­pèces afin de créer des va­rié­tés plus ré­sis­tantes et pro­duc­tives.

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