ITI­NÉ­RAIRE D’UN CRIMINEL DE MASSE

Le Figaro Magazine - - Quartiers Libres -

★★★ KRÜGER. UN BOUR­REAU OR­DI­NAIRE, de Ni­co­las Pa­tin, Fayard, 300 p., 23 €.

Quand Frie­drich-Wil­helm Krüger, dé­si­gné par Himm­ler et la SS comme chef de la po­lice à Var­so­vie, prend ses fonc­tions en sep­tembre 1939, la

Po­logne compte 3 mil­lions de juifs. Quand il la quitte en no­vembre 1943, ils ne sont plus qu’un mil­lion ! Doc­teur en his­toire, spé­cia­liste de l’Al­le­magne, Ni­co­las Pa­tin s’em­ploie à ti­rer au clair la part de res­pon­sa­bi­li­té dans ce mas­sacre de l’homme qui a fait construire les camps de Bel­zec, Tre­blin­ka ou So­bibór, et co­or­don­né l’éra­di­ca­tion du ghet­to de Var­so­vie. Rien de plus éclai­rant à cette fin que les car­nets per­son­nels de Krüger. Ils jettent une lu­mière crue sur cet of­fi­cier de car­rière, es­pèce rare dans les rangs de la SS, qui était un an­cien com­bat­tant de 1914-1918 – con­trai­re­ment aux trois quarts des cadres na­zis, trop jeunes pour avoir connu l’épreuve du feu. Ré­vol­té par la dé­faite al­le­mande, Krüger quitte l’ar­mée après une guerre clas­sique dont té­moignent ses écrits de l’époque, puis pra­tique la gué­rilla au sein des corps francs. Tout ce­la pour échouer dans le ci­vil et être at­teint de plein fouet par la grande dé­pres­sion éco­no­mique, comme tant de ses com­pa­triotes. Na­zi dès 1929, l’of­fi­cier en rup­ture de ban en vient à consi­dé­rer l’ex­ter­mi­na­tion des juifs po­lo­nais comme aus­si lé­gi­time que la mort in­fli­gée aux sol­dats en­ne­mis sur le champ de ba­taille ! Rien ne le re­tient plus alors sur le che­min du gé­no­cide…

RÉ­MI KAUFFER

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