“DON­NEZ DE L’ÉNER­GIE À VOTRE IN­TES­TIN”

Au­teur du livre à suc­cès « Le Charme dis­cret de l’in­tes­tin », dont une édi­tion aug­men­tée vient de pa­raître, le mé­de­cin al­le­mand Giu­lia En­ders livre quelques conseils pour être at­ten­tif à sa san­té sans tom­ber dans les pièges des in­for­ma­tions non vé­ri­fiées.

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR C. D.

en­sez-vous que la mé­de­cine pro­gresse dans la pré­ven­tion des ma­la­dies ?

Je pense qu’in­ter­net re­donne du pou­voir aux gens et j’aime vrai­ment ça. J’ai vu des per­sonnes de­veP­nir

plus ac­tives et s’ai­der beau­coup en étant mieux in­for­més ou en es­sayant quelque chose de nou­veau. Mais j’ai aus­si vu des gens se lan­cer dans deux pièges ma­jeurs. Le pre­mier, c’est la peur ir­ra­tion­nelle. Vous li­sez : le sucre pro­voque le can­cer, la fa­tigue, l’obé­si­té ! C’est ef­frayant ! Vous dé­ve­lop­pez une peur de man­ger quelque chose, or ce n’est tout sim­ple­ment pas toute la vé­ri­té. Il y a du glu­cose dans chaque pomme que vous man­gez. Chaque mor­ceau de pain com­plet, une fois que vous l’avez mâ­ché et di­gé­ré, de­vient du sucre. Le sucre est né­ces­saire pour trans­por­ter de nom­breux autres nu­tri­ments de l’in­tes­tin vers notre sang. Donc, il est vrai­ment pré­fé­rable de ne pas en consom­mer trop tout le temps, voi­là la vé­ri­té… Le se­cond piège, ce sont les ex­pé­riences d’au­to­mé­di­ca­tion qui peuvent être réel­le­ment nui­sibles. J’ai moi-même pris une énorme quan­ti­té de zinc, parce que j’ai lu en ligne à quel point ce­la se­rait gé­nial pour ce dont je souf­frais. A un mo­ment don­né, j’ai eu des ef­fets se­con­daires et mon odo­rat a chan­gé ! Je vois aus­si des gens faire des greffes fé­cales sans sa­voir ce qu’ils font. Nous avons vu des gens dé­ve­lop­per des ma­la­dies à cause de ce­la. Donc, je suis ab­so­lu­ment d’ac­cord avec l’idée gé­né­rale de cette énorme bi­blio­thèque de connais­sances gra­tuites, mais veillons à ne tom­ber ni dans les peurs ni dans l’op­ti­misme ir­ra­tion­nel.

Comment peut-on uti­li­ser ou main­te­nir son mi­cro­biote (ce qu’on ap­pelle par­fois la flore in­tes­ti­nale) pour res­ter en bonne san­té ?

Alors que tous nos autres or­ganes tirent leur éner­gie de notre sang, une grande par­tie de notre cô­lon puise son éner­gie de mo­lé­cules mi­nus­cules qui pro­duisent d’ex­cel­lents mi­crobes. C’est une rai­son pour la­quelle il est si sain de man­ger des lé­gumes, des cé­réales com­plètes et des fruits : ils nour­rissent les mi­crobes qui donnent de l’éner­gie à notre in­tes­tin. D’autres ali­ments, comme le pain blanc, sont en­tiè­re­ment dé­truits dès le dé­but de l’in­tes­tin grêle, de sorte qu’ils n’at­teignent pas les bac­té­ries vi­vant à l’autre ex­tré­mi­té. Avec ces ali­ments, on peut se sen­tir bien ra­pi­de­ment, parce que notre cer­veau dé­tecte la flam­bée de nu­tri­ments dans le sang, mais c’est par­tiel­le­ment faux. Les lé­gumes et autres fibres rendent au contraire notre corps plus stable et le nour­rissent mieux pour une bonne jour­née. Dans des si­tua­tions par­ti­cu­lières comme le stress, la diar­rhée ou après une cure d’an­ti­bio­tiques, il peut être utile d’em­prun­ter quelques bonnes bac­té­ries sous forme de pro­bio­tiques et de pro­té­ger notre in­tes­tin grâce à elles. Bi­fi­do­bac­te­rium lon­gum, En­te­ro­coc­cus fae­ca­lis et Lac­to­ba­cil­lus plan­ta­rum sont mes trois bac­té­ries pré­fé­rées à re­com­man­der.

Sur quelles par­ties de notre corps le fait de prendre soin de notre in­tes­tin a-t-il une in­fluence po­si­tive ?

Beau­coup d’études dé­montrent l’im­por­tance de pos­sé­der un in­tes­tin sain. Il joue un rôle concer­nant l’équi­libre grais­se­muscle dans la masse cor­po­relle. Il est aus­si ma­jeur concer­nant les risques d’al­ler­gie, le stress et l’hu­meur, mais aus­si des choses simples et par­fois très han­di­ca­pantes comme le mal de ventre ou une consti­pa­tion. Per­son­nel­le­ment, je trouve l’as­pect psy­cho­lo­gique, sur le­quel la re­cherche est en­core à ses dé­buts, ex­trê­me­ment in­té­res­sant. Par­fois, quand je m’in­quiète, je me de­mande : qu’est-ce que j’ai man­gé et quand ? Ai-je stres­sé mon in­tes­tin ces der­niers temps ? Il est sur­pre­nant de voir com­bien de fois je peux ré­soudre des pro­blèmes en me po­sant juste cette ques­tion…

En termes de nu­tri­tion, qui sont les vrais amis de notre in­tes­tin ? Avez­vous des re­cettes quo­ti­diennes pour l’équi­libre de sa flore in­tes­ti­nale ?

D’abord, il faut man­ger des choses saines, mais qui vous plaisent. Je ne suis pas très par­ti­sane de s’im­po­ser des ali­ments qui ne cor­res­pondent pas à votre goût. Pour la simple rai­son qu’on ne s’y tient pas. Donc, si vous ai­mez dé­jà les bons ali­ments comme les as­perges, les cé­réales com­plètes, le poi­reau, l’ar­ti­chaut, les pis­taches ou les amandes, c’est gé­nial ! Pre­nez-en le plus sou­vent pos­sible. Un autre bon conseil : lais­sez les fé­cu­lents se re­froi­dir une fois. Le riz, les nouilles ou les pommes de terre de­viennent plus sains lors­qu’on les laisse re­froi­dir après la cuis­son, car la mo­lé­cule d’ami­don se re­plie de fa­çon com­pli­quée, ce qui la rap­proche des qua­li­tés des cé­réales com­plètes. Vous pou­vez en­suite ré­chauf­fer les fé­cu­lents, ce­la ne dé­truit pas l’ef­fet. La sa­lade de su­shis et de pommes de terre est aus­si une par­faite amie de vos in­tes­tins et je vous as­sure que c’est très bon !

Le Charme dis­cret de l’in­tes­tin (nou­velle édi­tion), de Giu­lia En­ders, Actes Sud, 375 p., 21,80 €.

Giu­lia En­ders a per­mis à des mil­lions de per­sonnes de mieux com­prendre l’im­por­tance du sys­tème di­ges­tif pour la san­té.

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