Le match : Jay Po­wel vs Ma­rio Dra­ghi

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Do­nald Trump a tran­ché. Le man­dat de Ja­net Yel­len, ac­tuelle pré­si­dente de la FED, ne se­ra pas re­nou­ve­lé. C’est Je­rome – alias Jay – Po­well, un ré­pu­bli­cain mo­dé­ré, qui sié­ge­ra à la tête de la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine à par­tir de fé­vrier 2018. Que sait-on de ce­lui qui se­ra bien­tôt l’homme le plus puis­sant de la pla­nète fi­nan­cière ? Di­plô­mé des uni­ver­si­tés Prin­ce­ton et Geor­ge­town (mais pas doc­teur en éco­no­mie, con­trai­re­ment à ses pré­dé­ces­seurs), Jay Po­well a fré­quen­té les plus pres­ti­gieux ca­bi­nets d’avo­cats amé­ri­cains avant de s’orien­ter vers la haute fi­nance (chez Car­lyle Group, no­tam­ment). Res­pec­té par ses pairs, il siège de­puis 2012 par­mi les sept gou­ver­neurs de la Banque cen­trale amé­ri­caine. Mais, plus que son par­cours ou le mon­tant de sa for­tune (éva­luée à 55 mil­lions de dol­lars), c’est la po­li­tique mo­né­taire qu’il mè­ne­ra qui in­té­resse les mar­chés fi­nan­ciers. Si Ja­net Yel­len fut une « co­lombe » avi­sée, par­ti­sane du sou­tien de la crois­sance, Po­well en­dos­se­ra-t-il le rôle du « fau­con » sou­cieux d’or­tho­doxie mo­né­taire ? Il ne se­rait ni to­ta­le­ment co­lombe, ni vé­ri­ta­ble­ment fau­con, dit-on. Mais les Etats-Unis, qui ont mas­si­ve­ment fait fonc­tion­ner la planche à billets pour sor­tir de la crise fi­nan­cière de 2008, ont dé­jà com­men­cé à faire ma­chine ar­rière : l’heure est à la ré­duc­tion du bi­lan de la Banque cen­trale amé­ri­caine qui, de 3 610 mil­liards d’eu­ros, de­vrait être pro­gres­si­ve­ment ra­me­né, dans quelques an­nées, aux en­vi­rons de 900 mil­liards d’eu­ros. Avec les risques qu’un tel res­ser­re­ment mo­né­taire pour­rait faire pe­ser sur la crois­sance mon­diale… A la tête de la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE), Ma­rio Dra­ghi pré­pare lui aus­si les es­prits à plus de ri­gueur mo­né­taire. Comme la FED, la BCE a usé de l’arme de l’as­sou­plis­se­ment quan­ti­ta­tif (quan­ti­ta­tive ea­sing) pour sou­te­nir les éco­no­mies de la zone eu­ro, ache­tant à tour de bras aux banques leurs em­prunts d’Etat contre du cash (2 300 mil­liards d’eu­ros d’obli­ga­tions ac­quises de­puis mars 2015). A tel point qu’en mai 2017, le mon­tant de son bi­lan a dé­pas­sé ce­lui de la FED ! La re­prise éco­no­mique se confir­mant dans la zone eu­ro, Ma­rio Dra­ghi vient d’an­non­cer qu’à par­tir de jan­vier pro­chain, la BCE ne consa­cre­ra plus que 30 mil­liards d’eu­ros par mois à ses achats sur le mar­ché obli­ga­taire, soit une di­vi­sion par deux de son pro­gramme d’achats d’ac­tifs. Mais il s’est lais­sé la pos­si­bi­li­té de les aug­men­ter à nou­veau en cas de ra­len­tis­se­ment éco­no­mique. Une pru­dence de bon aloi. Chô­mage, dettes sou­ve­raines, Brexit, consé­quences im­pré­vi­sibles de la po­li­tique amé­ri­caine… Les ombres qui planent sur l’éco­no­mie eu­ro­péenne sont tou­jours là. GHIS­LAIN DE MON­TA­LEM­BERT

Jay Po­well.

Ma­rio Dra­ghi.

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