Halte aux le­çons de mo­rale an­ti­ca­pi­ta­listes !

Le Figaro - - débatsOPINIONS -

Sans qu’on y prenne garde, une par­tie de la droite est en train de re­tom­ber dans ses vieux dé­mons. Au mo­ment où c’est le so­cia­lisme qu’il fau­drait d’ur­gence mo­ra­li­ser, elle n’a rien de plus pres­sé que de s’en prendre au ca­pi­ta­lisme. Dé­com­plexée pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, en­fin dé­bar­ras­sée d’un sur­moi de gauche qui la plom­bait de­puis des dé­cen­nies, elle re­noue avec la re­pen­tance. Se­lon la nou­velle vul­gate qui en­va­hit au­jourd’hui l’es­pace pu­blic et com­mence à faire des dé­gâts jusque dans les rangs de l’UMP, le ca­pi­ta­lisme et le com­mu­nisme au­raient échoué à éga­li­té. Les pra­tiques ban­caires des tra­ders, les bo­nus in­so­lents par­ta­gés en temps de crise ou les ra­vages du stress chez France Té­lé­com suf­fi­raient dé­sor­mais à je­ter l’op­probre sur deux cents ans de pro­grès conti­nu. L’ab­sence qua­si to­tale de sens his­to­rique qui ré­git le monde po­li­ti­co-mé­dia­tique ai­dant, on met ces tra­vers, au de­meu­rant in­dé­niables, du li­bé­ra­lisme sur le même plan que les 120 mil­lions de morts du to­ta­li­ta­risme !

Di­sons-le tran­quille­ment mais fer­me­ment : cette fausse équi­va­lence est tout sim­ple­ment obs­cène. Rien n’est plus ab­surde que cette rengaine écu­lée se­lon la­quelle le sys­tème li­bé­ral et le sys­tème com­mu­niste se re­join­draient dans la faillite.

Mal­gré les ca­ra­bis­touilles qu’on veut nous faire ava­ler, il faut ré­af­fir­mer po­sé­ment que c’est bel et bien grâce à l’éco­no­mie de mar­ché que nos so­cié­tés eu­ro­péennes ont fait des pro­grès ma­té­riels et mo­raux ap­por­tant une dou­ceur de vivre si ex­cep­tion­nelle que l’uni­vers en­tier nous l’en­vie. Un mixte de li­ber­té et de bien-être in­con­nu jus­qu’alors dans l’his­toire comme dans la géo­gra­phie. Les flux d’im­mi­gra­tion en té­moignent, qui vont tous dans le même sens. Mais s’ils ne suf­fi­saient pas à convaincre, je vous sug­gère cette ex­pé­rience men­tale : li­sez ou re­li­sez les uto­pistes du XIXe siècle, Saint-Si­mon, Le­roux, Fou­rier, mieux en­core, voyez le vieil Hugo et ses Mi­sé­rables. Même dans leurs rêves les plus fous, au­cun d’entre eux n’au­rait osé ima­gi­ner une se­conde le dixième, que dis-je, le cen­tième de ce que nos so­cié­tés ca­pi­ta­listes tant dé­criées offrent à cha­cun de nos en­fants à leur nais­sance en termes de li­ber­té de cir­cu­la­tion, d’ex­pres­sion, de droit à l’édu­ca­tion, à la contes­ta­tion, à la culture, à la san­té, aux loi­sirs. Ima­gi- No­ro­dom Si­ha­nouk re­trouve son trône No­ro­dom Si­ha­nouk est à nou­veau cou­ron­né roi du Cam­bodge, plus de trente-huit ans après son ab­di­ca­tion du 2 mars 1955. Il ré­gne­ra jus­qu’au 7 oc­tobre 2004, date à la­quelle il ab­dique de nou­veau et choi­sit pour suc­ces­seur son fils, No­ro­dom Si­ha­mo­ni. En marge de son règne, Si­ha­nouk fut aus­si poète, mu­si­cien, ro­man­cier, jour­na­liste et ci­néaste. nez un ins­tant qu’on ait dit à Hugo qu’au siècle pro­chain l’en­sei­gne­ment et la mé­de­cine se­raient gra­tuits, ac­ces­sibles même aux plus pauvres, que les ou­vriers bé­né­fi­cie­raient de re­traites et de congés payés, que la li­ber­té d’opi­nion se­rait ga­ran­tie et que nul ne ris­que­rait plus d’être exi­lé à Guer­ne­sey ou ailleurs pour avoir cri­ti­qué son gou­ver­ne­ment, que des ma­chines vo­lantes per­met­traient à tous de dé­cou­vrir le vaste monde en des temps re­cords, qu’une étrange lu­carne ou­verte chaque soir dans des mil­lions de foyers of­fri­rait à ceux qui le sou­haitent des moyens de s’in­for­mer, d’as­sis­ter, voire de par­ti­ci­per à des dé­bats contra­dic­toires, d’en­tendre par­ler de livres ou de théâtre par ceux qui les font vivre et que, pour cou­ron­ner le tout, l’es­pé­rance de vie moyenne pas­se­rait de 40 à 80 ans !… À coup sûr, il au­rait hur­lé de rire. On

ob­jec­te­ra sans doute qu’il s’agit là aus­si de conquêtes des syn­di­cats et de la gauche. Bien sûr, qui le conteste ? Mais quel autre sys­tème que le sys­tème li­bé­ral as­so­cié au mar­ché au­to­rise une op­po­si­tion, des grèves, des élec­tions libres ? Le ca­pi­ta­lisme, ce n’est pas Les Mi­sé­rables, c’est ce qui nous en sé­pare !

Que le pré­sident Sar­ko­zy ait mille fois rai­son de mettre son in­com­pa­rable éner­gie dans l’ins­tau­ra­tion d’un G20 qui ré­gule la fo­lie des ban­quiers, cha­cun en convien­dra. Mais n’ou­blions pas non plus cette vé­ri­té : la créa­tion so­ciale-his­to­rique unique et ir­rem­pla­çable qu’in­carnent nos so­cié­tés li­bé­rales est au­jourd’hui me­na­cée de toute part, à com­men­cer sur le plan dé­mo­gra­phique. Elle est comme la flamme in­fi­ni­ment fra­gile d’une bou­gie ex­po­sée aux vents de tous ho­ri­zons. Au lieu de la pro­té­ger en l’en­tou­rant de nos mains et de nos soins, une part crois­sante de nos conci­toyens s’acharne à souf­fler des­sus. Si nous vou­lons conser­ver et em­bel­lir le mo­dèle in­dis­so­lu­ble­ment éco­no­mique et po­li­tique qui est le nôtre, le rendre plus juste en­core, com­battre les in­éga­li­tés qui l’abîment, il nous faut com­men­cer par stop­per ce dé­men­tiel ma­so­chisme qu’un sur­moi d’ex­trême gauche conti­nue in­las­sa­ble­ment de nour­rir. Que le Par­ti so­cia­liste ne puisse s’en dé­faire est une fa­ta­li­té ca­la­mi­teuse pour lui. Que la droite y cède à son tour se­rait aus­si stu­pide que sui­ci­daire.

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