FINANCES PUBLIQUES

DÉ­BUT NO­VEMBRE, QUAND L’ÉTAT EST VIRTUELLEMENT EN CESSATION DE PAIEMENTS

Le Figaro - - LA UNE - MA­RIE VISOT @Ma­rieVi­sot

FINANCES PUBLIQUES La France, trop dé­pen­sière ? Si cer­tains avaient en­core des doutes, voi­là une étude qui pour­rait les le­ver… Se­lon l’Ins­ti­tut éco­no­mique Mo­li­na­ri, un think-tank li­bé­ral fran­co­belge, c’est le 9 no­vembre que l’État fran­çais a ter­mi­né l’an der­nier de dé­pen­ser l’in­té­gra­li­té de ses res­sources. En d’autres termes, il a consom­mé à cré­dit du­rant 53 jours jus­qu’à la fin de l’an­née.

Cette en­quête, qui porte sur tous les pays de l’Union eu­ro­péenne, classe l’Hexa­gone en queue de pe­lo­ton. Elle montre même que nous avons une fâ­cheuse ten­dance à ne pas nous amé­lio­rer sur la maî­trise de nos dé­penses, bien au contraire. L’an der­nier, nous avions ain­si dé­pen­sé toutes nos re­cettes 22 jours plus tôt que le reste de l’Union eu­ro­péenne, dont la si­tua­tion glo­bale s’amé­lio­rait. Mais en 2014, l’écart n’était «que» de 16 jours. Ce­la fai­sait 15 ans que le dé­ca­lage entre la France et le reste de l’Eu­rope n’avait plus été aus­si im­por­tant!

L’Hexa­gone se rap­proche dé­sor­mais du Por­tu­gal (qui avait épui­sé en 2015 ses res­sources 54 jours avant la fin de l’an­née) et… de la Grèce (64 jours). Par­mi les 28 ad­mi­nis­tra­tions cen­trales de l’Union eu­ro­péenne, 2 étaient en si­tua­tion ex­cé­den­taire l’an der­nier : l’Al­le­magne, avec un bo­nus équi­valent à 10 jours de dé­penses, et la Suède, avec un ex­cé­dent de 3 jours. « Leurs re­cettes de l’an­née leur ont per­mis de fi­nan­cer toutes les dé­penses de l’an­née et de se désen­det­ter» , sou­ligne l’étude.

Comment ex­pli­quer la si­tua­tion fran­çaise, alors que les re­cettes publiques ont conti­nué d’aug­men­ter (de 43,2% du PIB en 1978 à 53,5% en 2015, soit une hausse de 10,3 points) ? «La per­sis­tance de dé­fi­cits est due à une aug­men­ta­tion en­core plus ra­pide des dé­penses publiques» , ré­pond l’Ins­ti­tut Mo­li­na­ri. Elles sont pas­sées de 44,9 % du PIB en 1978 à 57% en 2015. Soit une hausse de 12,1 points.

Le pro­blème, c’est que la France a eu un com­por­te­ment «aty­pique» par rap­port au reste de l’Eu­rope : entre 2012 et 2015, ses dé­penses publiques sont res­tées stables alors qu’elles bais­saient de fa­çon si­gni­fi­ca­tive chez la plu­part de nos

voi­sins. «La France est pas­sée à cô­té de la tra­di­tion­nelle phase post­crise de ré­duc­tion du poids des dé­penses publiques» , note l’étude.

Mo­dèle so­cial à la fran­çaise

L’Ins­ti­tut Mo­li­na­ri constate en re­vanche que, si les dé­ra­pages des ad­mi­nis­tra­tions cen­trales ex­pliquent l’es­sen­tiel de la mau­vaise ges­tion, les autres ad­mi­nis­tra­tions équi­librent mieux leurs comptes. Ain­si, en France, les ad­mi­nis­tra­tions de sé­cu­ri­té so­ciale consomment leurs re­cettes 3 jours avant la fin de l’an­née. La si­tua­tion des ad­mi­nis­tra­tions locales s’est même amé­lio­rée sur le long terme: alors que, sur les 20 der­nières an­nées, elles avaient consom­mé leur bud­get 3 jours avant la fin de l’an­née, elles étaient ex­cé­den­taires de 1 jour l’an der­nier.

Évi­dem­ment, se conten­ter d’analyser la si­tua­tion fran­çaise par le prisme des pré­lè­ve­ments est ré­duc­teur : la me­sure ne tient pas compte du ni­veau de ser­vice four­ni par les pou­voirs pu­blics, ni de l’ef­fi­cience du ser­vice ren­du. Dans l’Hexa­gone, les sa­la­riés bé­né­fi­cient de nom­breux ser­vices et pres­ta­tions (édu­ca­tion gra­tuite, rem­bour­se­ment des dé­penses de san­té…). C’est le fa­meux mo­dèle so­cial à la fran­çaise. Le pro­blème, re­lève l’étude, c’est que « le haut ni­veau de dé­pense pu­blique n’est pas né­ces­sai­re­ment as­so­cié à un sup­plé­ment de bien-être » . Et de rap­pe­ler que les Na­tions unies classent la France en 22e po­si­tion sur 188 pays dans leur der­nier In­dice de dé­ve­lop­pe­ment hu­main (IDH) – soit un ni­veau qui n’est pas à la hau­teur de ses dé­penses publiques. Même constat du cô­té du Bet­ter Life de l’OCDE qui po­si­tionne la France 18e sur 38 pays étu­diés. La conclu­sion ti­rée par l’en­quête est sé­vère : «Le haut ni­veau de dé­fi­cit de l’État et de dé­penses publiques ne va pas de pair avec une offre plus at­trac­tive de ser­vices ad­mi­nis­trés. Il semble, au contraire, que les pres­ta­tions publiques fran­çaises ne soient pas bon mar­ché. »

La Grèce, le Por­tu­gal et la France sont en queue de clas­se­ment, avec plus de 50 jours de dé­penses non fi­nan­cées

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