Rus­sie-États-Unis La cy­ber guerre froide

Après l’avis d’ex­pul­sion des États-Unis de 35 « agents russes » en re­pré­sailles d’une in­gé­rence pré­su­mée de Mos­cou dans la pré­si­den­tielle amé­ri­caine, Vla­di­mir Pou­tine dit vou­loir at­tendre l’ar­ri­vée de Do­nald Trump à la Mai­son-Blanche avant de ré­agir.

Le Figaro - - LA UNE - SO­NIA DRIDI @So­nia_D­ri­di WA­SHING­TON

LA RI­POSTE était at­ten­due et met fin aux spé­cu­la­tions sur la ré­ponse de l’Ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma aux pro­vo­ca­tions russes. À trois se­maines de son dé­part de la Mai­son-Blanche, le pré­sident amé­ri­cain a an­non­cé une sé­rie de me­sures contre les Russes, ac­cu­sés d’avoir or­ches­tré des pi­ra­tages in­for­ma­tiques pour in­fluen­cer l’élec­tion pré­si­den­tielle de no­vembre. Ce sont les re­pré­sailles les plus im­por­tantes des États-Unis face à la Rus­sie de­puis la fin de la guerre froide. L’ex­pres­sion est d’ailleurs sur toutes les lèvres à Wa­shing­ton. « C’est la même at­mo­sphère que pen­dant la guerre froide » a lan­cé jeu­di un com­men­ta­teur po­li­tique sur la chaîne CNN.

Pour ap­puyer la dé­ci­sion du pré­sident, le FBI et le dé­par­te­ment de la Sé­cu­ri­té in­té­rieure ont pu­blié un rap­port sur l’opé­ra­tion me­née par les ser­vices de ren­sei­gne­ment russes, bap­ti­sée « Grizz­ly Steppe » par les Amé­ri­cains. Il dé­taille les tech­niques uti­li­sées par les ha­ckers. Des mil­liers d’e-mails de res­pon­sables dé­mo­crates ont été dé­voi­lés via Wi­kiLeaks pen­dant la cam­pagne, met­tant no­tam­ment en lu­mière leurs ma­noeuvres pour faire ga­gner Hilla­ry Clin­ton.

Ba­rack Oba­ma a dé­non­cé dans un com­mu­ni­qué les « ac­ti­vi­tés de pi­ra­tage mal­veillantes des Russes » et le « har­cè­le­ment agres­sif d’of­fi­ciels amé­ri­cains par le gou­ver­ne­ment russe ». Il a an­non­cé l’ex­pul­sion de 35 agents de ren­sei­gne­ment russes en poste à l’am­bas­sade de Rus­sie à Wa­shing­ton et au consu­lat de San Fran­cis­co. Deux sites utili­sés par le ren­sei­gne­ment russe ont été fer­més dans le Ma­ry­land et à New York.

Les États-Unis ont aus­si mis en place des sanc­tions éco­no­miques contre les ser­vices de ren­sei­gne­ment russes (le GRU et le FSB) et trois en­tre­prises. Le pré­sident amé­ri­cain a éga­le­ment pré­ve­nu que d’autres me­sures se­raient prises, dont des opé­ra­tions se­crètes. « Tous les Amé­ri­cains de­vraient être alar­més par les ac­tions de la Rus­sie », a-t-il ajou­té.

Jus­qu’à pré­sent, son suc­ces­seur à la Mai­son-Blanche ne semble pas s’af­fo­ler de l’in­gé­rence des Russes. De­puis le dé- but de sa cam­pagne, Do­nald Trump dit vou­loir « ré­chauf­fer » la re­la­tion entre Wa­shing­ton et Mos­cou. Il soup­çonne même les dé­mo­crates d’ac­cu­ser la Rus­sie pour dé­lé­gi­ti­mer sa vic­toire. Mais face à l’of­fen­sive d’Oba­ma, il a ré­agi dans un com­mu­ni­qué sobre : «Il est temps que notre pays passe à d’autres choses, plus im­por­tantes. »

Le pré­sident élu a in­di­qué qu’il ren­con­tre­ra la se­maine pro­chaine les chefs du ren­sei­gne­ment amé­ri­cain pour être brie­fé sur les der­niers dé­ve­lop­pe­ments de l’af­faire. Comme un der­nier pied de nez, Ba­rack Oba­ma l’oblige à faire un choix : main­te­nir ou pas ces sanc­tions. Trump pour­rait an­nu­ler le dé­cret pré­si­den­tiel, mais ce se­rait un geste po­li­ti­que­ment dan­ge­reux, puisque la ma­jo­ri­té des ré­pu­bli­cains sou­tient des sanc­tions contre Mos­cou. Paul Ryan, le chef des ré­pu­bli­cains au Congrès, a ap­prou­vé les me­sures prises par Oba­ma, même si elles ar­rivent trop tard se­lon lui.

“Tous les Amé­ri­cains de­vraient être alar­més par les ac­tions de la Rus­sie ” BA­RACK OBA­MA

Des sé­na­teurs ré­pu­bli­cains « fau­cons », comme John Mc­Cain, pro­mettent l’im­po­si­tion de « sanc­tions plus fortes ». Han­nah Tho­burn, spé­cia­liste de la Rus­sie à l’Hud­son Ins­ti­tute, ex­plique au Fi­ga­ro : «Il semble que le pré­sident Oba­ma soit en train de don­ner le plus d’in­for­ma­tions pos­sibles au pu­blic sur la réa­li­té des ac­ti­vi­tés russes pour rendre plus dif­fi­cile une an­nu­la­tion des sanc­tions par Do­nald Trump, qui agi­rait ain­si contre l’opi­nion pu­blique. » Un rap­port plus dé­taillé doit être re­mis par le pré­sident au Congrès avant son dé­part.

L’Ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma de­meure consciente que son ac­tion pour­rait res­ter sym­bo­lique. Dans une confé­rence té­lé­pho­nique avec des jour­na­listes, des of­fi­ciels ont dé­cla­ré : «Si un fu­tur pré­sident dé­ci­dait de per­mettre l’en­trée d’un grand nombre d’agents russes, il le pour­rait. Mais nous le dé­con­seillons. » À tra­vers cette af­faire, c’est une nou­velle guerre de dos­siers que se livrent le pré­sident élu et le pré­sident sor­tant.

REU­TERS

Ba­rack Oba­ma et Vla­di­mir Pou­tine lors d’un som­met du G20 à An­ta­lya, le 15 no­vembre 2015.

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