Rè­gle­ment de comptes

Le Figaro - - LA UNE - Par Yves Th­réard ythreard@le­fi­ga­ro.fr

Un geste fort peut ca­cher une grande fai­blesse. En dé­ci­dant d’ex­pul­ser des États-Unis 35 agents russes, Ba­rack Oba­ma pré­tend faire oeuvre de fer­me­té. Il veut ain­si sanc­tion­ner l’in­gé­rence sup­po­sée de Mos­cou dans la cam­pagne élec­to­rale de Hilla­ry Clin­ton. Mais pour­quoi main­te­nant, vingt jours avant son dé­part de la Mai­son-Blanche ? Cette sur­pre­nante ré­ac­tion est-elle des­ti­née à ven­ger la can­di­date dé­mo­crate, bat­tue en no­vembre par Do­nald Trump? En ra­vi­vant les mânes de la guerre froide, Ba­rack Oba­ma com­plique l’ins­tal­la­tion pro­chaine de son suc­ces­seur, qui se dit, lui, bien dis­po­sé à l’en­droit de Vla­di­mir Pou­tine. Fa­vo­rable à l’ou­ver­ture d’une nou­velle page des re­la­tions entre les deux pays, Do­nald Trump se re­trouve au pied du mur, sur un ter­rain glis­sant. S’il pour­suit son idée et ne re­prend pas à son compte les sanc­tions contre Mos­cou, il risque de se mettre à dos nombre de res­pon­sables amé­ri­cains. Y com­pris du camp ré­pu­bli­cain, qui ne fait au­cune confiance au maître du Krem­lin. Le coup di­plo­ma­tique d’Oba­ma, peut-être ha­bile pour ré­gler ses comptes en po­li­tique in­té­rieure, n’ef­fa­ce­ra pas pour au­tant les hé­si­ta­tions et les échecs de sa po­li­tique étran­gère du­rant deux man­dats. Ob­sé­dé par la mon­tée en puis­sance de l’Asie, le pré­sident sor­tant est res­té muet sur le conflit is­raé­lo-pa­les­ti­nien, en re­trait sur le car­nage sy­rien et n’a pas an­ti­ci­pé le re­tour en fan­fare de la Rus­sie sur la scène in­ter­na­tio­nale. Vla­di­mir Pou­tine, pour­tant à la tête d’une ar­mée beau­coup moins so­phis­ti­quée, lui a vo­lé la ve­dette. Il a pu no­tam­ment an­nexer la Cri­mée et né­go­cier à sa main l’ac­tuel ces­sez-le-feu en Sy­rie sans être gê­né par Ba­rack Oba­ma. Mos­cou dic­tait sa loi pen­dant que Wa­shing­ton se po­sait des ques­tions, al­lant jus­qu’à faire dou­ter ses al­liés eu­ro­péens. Sûr de sa force, Vla­di­mir Pou­tine a ju­gé pré­fé­rable, ven­dre­di, de ne pas ré­pli­quer aux « pro­vo­ca­tions » amé­ri­caines de la vingt-cin­quième heure. Comme pour sou­li­gner qu’il est bien le maître du jeu. Le se­ra-t-il tou­jours avec Do­nald Trump ?

Le coup d’Oba­ma n’ef­fa­ce­ra pas les échecs de sa po­li­tique étran­gère

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