Les der­niers voeux de Fran­çois Hol­lande pour pré­pa­rer sa sor­tie

Lors de son ul­time al­lo­cu­tion de fin d’an­née, sa­me­di soir, le chef de l’État veut don­ner du lustre à son quin­quen­nat.

Le Figaro - - LA UNE - FRAN­ÇOIS-XAVIER BOURMAUD @fx­bour­maud

Lors de son ul­time al­lo­cu­tion de fin d’an­née, sa­me­di soir, le pré­sident sor­tant, li­bé­ré de toute am­bi­tion de­puis son re­non­ce­ment, veut re­don­ner du lustre à son quin­quen­nat. Il ne de­vrait pas in­ter­ve­nir dans la pri­maire so­cia­liste, sauf pour rap­pe­ler les risques que les di­vi­sions de la gauche font pe­ser sur l’élec­tion pré­si­den­tielle.

EXÉ­CU­TIF Jours tran­quilles à l’Ély­sée. Ou presque. Si l’ac­ti­vi­té or­di­naire du pré­sident de la Ré­pu­blique n’a pas ra­len­ti en ces der­niers jours de dé­cembre, celle du Fran­çois Hol­lande tac­ti­cien en re­vanche s’est net­te­ment al­lé­gée. De­puis son re­non­ce­ment à bri­guer un se­cond man­dat, c’est un pan en­tier de ses oc­cu­pa­tions quo­ti­diennes qui s’est ef­fon­dré. Ce­lui qui le voyait consa­crer une par­tie de son temps à gé­rer les équi­libres de la gauche, à mé­na­ger les uns sans frois­ser les autres, à cher­cher déses­pé­ré­ment la voie d’une se­conde can­di­da­ture. «Il est to­ta­le­ment dé­ta­ché de la po­li­ti­caille­rie, as­sure l’un de ses proches. Dé­sor­mais, tout le tra­vail de syn­thèse entre les forces contra­dic­toires de la gauche ne re­pose plus sur ses épaules. »

Fran­çois Hol­lande a dé­sor­mais un cô­té pré­sident Reine des Neiges. Seul en son pa­lais, li­bé­ré de son am­bi­tion, dé­li­vré des so­cia­listes. Plus per­sonne ne le scrute en se de­man­dant quelles sont ses ar­rière-pen­sées ou en s’in­ter­ro­geant sur le coup tac­tique qu’il pré­pare. Si bien qu’il s’au­to­rise au­jourd’hui ce qu’il au­rait lon­gue­ment sou­pe­sé au­pa­ra­vant à l’aune du qu’en-di­ra-la-droite et du qu’en-pen­se­ra-la-gauche.

Comme gra­cier Jac­que­line Sau­vage par exemple alors qu’il s’était pro­non­cé en 2012 contre le droit de grâce pré­si­den­tielle. Fait rare, la classe po­li­tique a presque una­ni­me­ment sa­lué le geste du chef de l’État. Il ne lui au­ra pas échap­pé non plus que la presse était à l’unis­son, cer­tains édi­to­riaux al­lant même jus­qu’à évo­quer « Fran­çois le juste ». L’uni­té na­tio­nale en somme, celle qu’il avait lon­gue­ment cher­ché à créer après les at­taques ter­ro­ristes contre la France sans ja­mais réus­sir à la faire per­du­rer. Autre geste sa­lué, ce­lui de confier à l’im­pri­me­rie de Dam­mar­tin-en-Goële (Seine-et-Marne), où les frères Koua­chi s’étaient re­tran­chés après l’at­ten­tat contre Char­lie Heb­do en jan­vier 2015, la confec­tion des cartes de voeux de l’Ély­sée. Deux dé­ci­sions sym­bo­liques sus­cep­tibles de lui per­mettre de re­trou­ver cette po­pu­la­ri­té qui lui a tant fait dé­faut tout au long de son quin­quen­nat.

Dé­jà, après son re­non­ce­ment, il est re­mon­té en flèche dans les son­dages. De quoi nour­rir des re­grets sur sa dé­ci­sion ? « Cer­tai­ne­ment pas ! s’étrangle son con­seiller en com­mu­ni­ca­tion Gas­pard Gant­zer. Il n’a ni re­mords ni re­gret et n’a au­cune in­ten­tion de se re­pré­sen­ter. Il se trouve très à l’aise dans la po­si­tion qui est la sienne. » Celle de pré­sident de la Ré­pu­blique, en­fin. Comme s’il ve­nait juste d’en­fi­ler le cos­tume. D’ailleurs, il compte bien s’en ser­vir. « Il sai­si­ra toutes les oc­ca­sions de prendre des dé­ci­sions fortes. L’in­ter­na­tio­nal et l’Eu­rope sont des ter­rains fé­conds », pré­vient-on dans son en­tou­rage. De la re­lance de l’Union eu­ro­péenne à l’ac­com­pa­gne­ment du Brexit en pas­sant par le sui­vi de l’ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat ou en­core les so­lu­tions po­li­tiques au conflit sy­rien, les su­jets ne manquent pas.

Pas ques­tion donc d’ache­ver son quin­quen­nat comme si de rien n’était. Sur­tout avec l’élec­tion pré­si­den­tielle qui ap­proche. Mais dans l’im­mé­diat, Fran­çois Hol­lande ne veut pas in­ter­ve­nir dans la pri­maire du PS. Lors du pre­mier tour le 22 jan­vier, il se­ra d’ailleurs en dé­pla­ce­ment au Chi­li et en Co­lom­bie. Il a en re­vanche pré­vu de prendre la pa­role une fois le can­di­dat so­cia­liste dé­si­gné. Chez les pos­tu­lants, on scrute tout de même ses mots. Il n’a échap­pé à per­sonne que lors de son dis­cours de re­non­ce­ment, il avait pro­non­cé ce­lui de « pro­gres­siste ». Chez Em­ma­nuel Ma­cron, qui se re­ven­dique d’in­car­ner cette mou­vance pour l’élec­tion pré­si­den­tielle, on a vou­lu y voir comme un clin d’oeil. « J’ai en­re­gis­tré ce mot comme une proxi­mi­té entre la dé­marche que mène Em­ma­nuel Ma­cron et ce à quoi le pré­sident de la Ré­pu­blique semble at­ta­ché», a ex­pli­qué sur RTL le dé­lé­gué gé­né­ral d’En marche! Ri­chard Fer­rand. De là à ce que Fran­çois Hol­lande se montre plus explicite sa­me­di soir lors de ses voeux aux Fran­çais, il y a tou­te­fois de la marge.

Ce se­ra la der­nière fois qu’il se livre à cette tra­di­tion­nelle al­lo­cu­tion de fin d’an­née et il y ac­corde une at­ten­tion par­ti­cu­lière. Il a écrit lui-même, à la main, son texte d’une di­zaine de mi­nutes, qu’il pro­non­ce­ra dans le Sa­lon Na­po­léonIII. Le chef de l’État veut pro­fi­ter de ces voeux pour pré­pa­rer sa sor­tie à ve­nir en es­sayant de don­ner un peu de lustre à son quin­quen­nat. Évi­ter en tout cas de ne lais­ser dans l’His­toire que la trace d’un re­non­ce­ment pi­teux en forme d’aveu d’échec. Son im­po­pu­la­ri­té re­cord ? Le prix des ré­formes

“Il n’a ni re­mords ni re­gret et n’a au­cune in­ten­tion de se re­pré­sen­ter. Il se trouve très à l’aise dans la po­si­tion qui est la sienne ” GAS­PARD GANT­ZER, CON­SEILLER EN COM­MU­NI­CA­TION DE FRAN­ÇOIS HOL­LANDE

dou­lou­reuses qu’il a im­po­sées aux Fran­çais et qui com­mencent à por­ter leurs fruits, l’in­ver­sion de la courbe du chô­mage en té­moigne. Voi­là le mes­sage qu’il veut faire pas­ser aux Fran­çais. « De­puis qu’il n’a plus d’agen­da per­son­nel, il est re­de­ve­nu au­dible », veut croire un hol­lan­dais.

Quant à la pri­maire so­cia­liste, Fran­çois Hol­lande l’abor­de­ra de loin, sous l’angle des risques que les di­vi­sions de la gauche font pe­ser sur le pays face à la pers­pec­tive d’un nou­veau 21avril op­po­sant cette fois Fran­çois Fillon à Ma­rine Le Pen. Alors qu’il es­pé­rait que son re­non­ce­ment pro­voque un élec­tro­choc, il n’en a rien été. « Mais les choses peuvent en­core chan­ger », es­père-t-on au­tour de lui. Faute de quoi, il ne man­que­rait pas d’in­ter­ve­nir pour ten­ter une der­nière fois de convaincre la gauche de se ras­sem­bler.

CH­RIS­TOPHE SAIDI/SIPA

Fran­çois Hol­lande sur le per­ron de l’Ély­sée lors de la vi­site du pré­sident grec Pro­ko­pis Pav­lo­pou­los, le 12 dé­cembre.

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