Les voeux de Serge Das­sault

Le Figaro - - LA UNE - Serge Das­sault, pré­sident du Groupe Fi­ga­ro

Chères lec­trices, chers lec­teurs, Mar­quée par les san­glants at­ten­tats is­la­mistes, par la pour­suite de l’af­fai­blis­se­ment éco­no­mique de la France et par son ef­fa­ce­ment sur la scène eu­ro­péenne, l’année 2016 n’au­ra pas été heu­reuse pour notre pays. L’année 2017, qui ver­ra l’élec­tion d’un nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique, peut être l’oc­ca­sion (la der­nière ?) de bri­ser la spi­rale du dé­clin et d’en­clen­cher un sur­saut sa­lu­taire. En­core faut-il que nos res­pon­sables po­li­tiques, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ce­lui que les Fran­çais por­te­ront à l’Ély­sée, prennent la pleine me­sure des dé­fis qui sont de­vant nous et sur­tout qu’ils se donnent les moyens de les re­le­ver sans de­mi-me­sure ni pu­sil­la­ni­mi­té. Comme en 1958, les maux qui minent la France sont nom­breux, et pro­fonds. Leur ur­gence est telle que la nouvelle équipe gou­ver­ne­men­tale ne pour­ra pas se per­mettre de faire le tri: elle de­vra tous les af­fron­ter. En même temps.

Le chô­mage, bien sûr, dont nous ne vien­drons pas à bout sans res­tau­rer la ca­pa­ci­té d’in­ves­tis­se­ment des en­tre­prises ni in­tro­duire en­fin cette flexi­bi­li­té sans la­quelle les chefs d’en­tre­prise n’em­bau­che­ront ja­mais, faute de pou­voir li­cen­cier si leur carnet de com­mandes se vide. Po­li­tique de gri­bouille, qui se re­tourne contre les sa­la­riés qu’elle est cen­sée pro­té­ger ! Il faut très vite gé­né­ra­li­ser les « contrats de pro­jet», à du­rée li­mi­tée, qui prennent fin au­to­ma­ti­que­ment quand le pro­jet qui les jus­ti­fie est ar­ri­vé à son terme. C’est ce sys­tème qui a per­mis aux Amé­ri­cains de ra­me­ner leur taux de chô­mage à 5 % (contre 10 % chez nous). Ins­pi­rons-nous de leur suc­cès. La faillite de notre sys­tème édu­ca­tif, en­suite, que des idéo­logues ont mis par terre en sup­pri­mant notes, exa­mens, re­dou­ble­ment, sanc­tions et ré­com­penses. On dé­plore qu’un quart des en­fants en­trant en sixième ne sachent ni lire ni comp­ter: qu’at­tend-on pour ré­ta­blir à la fin de l’école pri­maire un exa­men, ins­pi­ré de ce qu’était au­tre­fois le cer­ti­fi­cat d’études, pour s’en as­su­rer? 100 000 jeunes sortent chaque année du sys­tème sco­laire sans le moindre di­plôme, 20% des étu­diants aban­donnent l’uni­ver­si­té sans rien d’autre en poche qu’un bac dé­va­lué : il faut d’ur­gence sup­pri­mer le col­lège unique et re­bâ­tir une filière d’ap­pren­tis­sage digne de ce nom, si nous vou­lons of­frir à tous les en­fants de France un ave­nir et un mé­tier.

« 2017, ul­time oc­ca­sion d’en­rayer le dé­clin »

La lutte contre le ter­ro­risme, en­fin. Ne nous y trom­pons pas: la ba­taille contre la bar­ba­rie is­la­miste à l’ex­té­rieur et à l’in­té­rieur de nos fron­tières se­ra longue, très longue.

Contre la me­nace au double vi­sage d’un is­la­misme ra­di­cal qui prend sa source loin de chez nous mais qui com­mu­nique sa fo­lie meur­trière à des Fran­çais, nés et éle­vés en France, le gou­ver­ne­ment so­cia­liste a pris un cer­tain nombre de me­sures dont il se­rait in­juste de ne pas re­con­naître le bien-fon­dé. Il fau­dra ce­pen­dant al­ler plus loin dans la lutte contre les imams prê­cheurs de haine et contre tous les « dji­ha­distes » que leur idéo­lo­gie cri­mi­nelle a ins­pi­rés. Les uns et les autres de­vront être im­pi­toya­ble­ment sanc­tion­nés, ex­pul­sés et, le cas échéant, dé­chus de la na­tio­na­li­té fran­çaise. Nous ne vien­drons pas à bout de l’hydre is­la­miste sans ré­ta­blir un contrôle sé­vère de nos fron­tières ni ac­cep­ter de res­treindre cer­taines de nos li­ber­tés afin de ga­ran­tir notre sé­cu­ri­té.

Em­ploi, édu­ca­tion, ter­ro­risme : à cô­té de ces su­jets d’in­quié­tude par­fai­te­ment iden­ti­fiés, abon­dam­ment com­men­tés, qui n’exigent fi­na­le­ment « que » du cou­rage, il est un autre pé­ril dont on ne dit rien, ou qua­si­ment rien, un su­jet que les hommes po­li­tiques et les mé­dias, d’ha­bi­tude si pro­lixes, pré­fèrent en­se­ve­lir sous un si­lence cou­pable. Je veux par­ler de notre dette pu­blique et du dan­ger de faillite - non pas loin­tain mais im­mé­diat - que l’aug­men­ta­tion des taux d’in­té­rêt fait pe­ser sur l’ave­nir de nos fi­nances et sur la sur­vie même de notre pays, me­na­cé de se re­trou­ver en ces­sa­tion de paie­ment.

Bien sûr, la ma­tière est aus­tère et sa com­pré­hen­sion ar­due. La comp­ta­bi­li­té pu­blique n’a ja­mais ému les foules. 2 200 mil­liards de dettes, le chiffre est si co­los­sal que pour le com­mun des mor­tels il fi­nit par ne plus vou­loir dire grand-chose. Tout le monde a ou­blié qu’en 1980 notre en­det­te­ment n’était que de 100 mil­liards ! Nos res­pon­sables po­li­tiques, trop heu­reux de n’être pas in­ter­pel­lés sur ce su­jet par les Fran­çais, pré­fèrent dis­si­mu­ler le pro­blème sous le ta­pis. « La dette, nous dit-on, ce­la dure de­puis des an­nées, ce­la du­re­ra bien quelques an­nées en­core ! Les taux d’in­té­rêt n’ont ja­mais été aus­si bas, alors où est le pro­blème ? »

Ceux qui disent ce­la se trompent et nous trompent. En vé­ri­té, nous sommes as­sis sur une bombe à re­tar­de­ment, et le compte à re­bours touche à sa fin. Les res­pon­sables de la Banque cen­trale eu­ro­péenne, le gou­ver­neur de la Banque de France mul­ti­plient les mises en garde dans l’in­dif­fé­rence gé­né­rale : le temps de l’ar­gent fa­cile est der­rière nous. Dans le monde en­tier, pous­sés par la hausse des prix du pé­trole, l’in­fla­tion re­nais­sante et la nouvelle po­li­tique amé­ri­caine, les taux d’in­té­rêt re­montent. L’Eu­rope n’y échap­pe­ra pas. Ce jour-là, la France, qui em­prunte chaque année près de 200 mil­liards (70 pour équi­li­brer son budget, 130 pour ac­quit­ter les échéances de ses an­ciens em­prunts !), se­ra prise à la gorge. D’après l’Agence France Tré­sor, si les taux d’in­té­rêt aug­mentent de 1 % en 2017, la charge de la dette (41 mil­liards ac­tuel­le­ment) aug­men­te­ra aus­si­tôt de 2 mil­liards pour at­teindre 52,5 mil­liards en 2022. Au to­tal, sur la pé­riode 2017-2022, ce se­raient - tou­jours dans la même hy­po­thèse - 44 mil­liards sup­plé­men­taires qu’il nous fau­drait dé­bour­ser ! Adieu, alors, pro­messes élec­to­rales et len­de­mains qui chantent ! L’État, en ces­sa­tion de paie­ment, ne pour­ra plus as­su­rer les trai­te­ments ni les re­traites de ses fonc­tion­naires ! La France, contrainte, comme la Grèce, de men­dier pour as­su­rer ses fins de mois, de­vra pas­ser sous les fourches Cau­dines du FMI. Nous vi­vrons l’hu­mi­lia­tion d’une faillite na­tio­nale.

Cette dette, d’où vient-elle ? Des dé­fi­cits ac­cu­mu­lés par tous les gou­ver­ne­ments qui, de­puis la pre­mière année du sep­ten­nat de Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing, ont tous, sans ex­cep­tion, pré­sen­té chaque année des bud­gets dé­fi­ci­taires, faus­se­ment équi­li­brés par l’em­prunt. Pour ré­duire nos dé­fi­cits bud­gé­taires, il n’y a pas d’autre so­lu­tion que de ré­duire nos dé­penses. Pas pour faire plai­sir à Bruxelles, pas pour res­pec­ter on ne sait quelle norme comp­table, pas pour se confor­mer à un quel­conque dogme « néo­li­bé­ral », mais tout sim­ple­ment parce que, si nous ne le fai­sons pas, et vite, la mon­tagne de dettes que notre im­pé­ri­tie a consti­tuée s’écrou­le­ra sur nous, et qu’il en se­ra alors fi­ni de notre in­dé­pen­dance et de notre sou­ve­rai­ne­té.

Ré­duire nos dé­fi­cits, pu­blics et so­ciaux ? Faire des éco­no­mies ? De­puis que Fran­çois Fillon a osé émettre cette idée cou­ra­geuse, le choeur des « in­di­gnés » se dé­chaîne. C’est le gé­nie fran­çais qu’on as­sas­sine ! Les ser­vices pu­blics qu’on étrangle ! Le bel hé­ri­tage de la Ré­sis­tance qu’on jette aux or­ties ! À les en­tendre, la France se­rait me­na­cée de suc­com­ber à une cruelle ag­gra­va­tion de l’aus­té­ri­té…

Mais de qui se moque-t-on ? À qui fe­ra-t-on croire que dans un pays où la dé­pense pu­blique at­teint 57 % du PIB (contre 44 % en Al­le­magne et 43 % au Royaume-Uni), l’État est me­na­cé de « pau­pé­ri­sa­tion » ? Qui ava­le­ra cette sor­nette que la France, qui compte 5,6 mil­lions d’agents pu­blics, soit 84 fonc­tion­naires pour 1 000 ha­bi­tants (contre 60 en Al­le­magne et 45 au Royaume-Uni), se­rait « sou­sad­mi­nis­trée » si leur nombre était pro­gres­si­ve­ment ré­duit de 500 000 ?

Aus­té­ri­té ? Mais où l’a-t-on vue, cette aus­té­ri­té ? Les dé­penses pu­bliques (1 260 mil­liards en 2017) conti­nuent d’aug­men­ter plus vite que le PIB. Chaque année, l’État dé­pense 21 mil­liards pour « com­pen­ser » le pas­sage aux 35 heures payées 39, mais aus­si 3 mil­liards pour les em­plois ai­dés, et en­core 4 mil­liards pour la prime d’ac­ti­vi­té, qui rem­place le RSA… Au to­tal, les « niches » fis­cales et so­ciales, dont 60 % sont dé­pour­vues de toute uti­li­té, se tra­duisent par un manque à ga­gner (en al­lé­ge­ments de charges ou d’im­pôts) de 100 mil­liards pour les fi­nances pu­bliques. Sans par­ler, en ma­tière de san­té, des fraudes à la carte Vi­tale ou de l’AME pour les étran­gers (1 mil­liard). Et l’on ose pré­tendre qu’il n’y au­rait rien à éco­no­mi­ser ?

Il est vrai, sur­tout en cette pé­riode de faible crois­sance, que les éco­no­mies bud­gé­taires que je pro­pose pour­raient avoir un ef­fet ré­ces­sif sur l’éco­no­mie. Il est vrai aus­si que la sup­pres­sion de 60 % des niches fis­cales, quoique jus­ti­fiée par l’état de pé­ril dans le­quel est la pa­trie, peut être du­re­ment res­sen­tie par ceux (par­ti­cu­liers ou en­tre­prises) qui en bé­né­fi­ciaient jus­qu’ici. C’est pour­quoi il est ab­so­lu­ment in­dis­pen­sable d’ac­com­pa­gner cette re­mise en ordre fi­nan­cière d’une vi­gou­reuse baisse des im­pôts pour sti­mu­ler notre éco­no­mie et com­pen­ser la sup­pres­sion des niches. Loin d’être contra­dic­toires, éco­no­mies bud­gé­taires et baisse de la fis­ca­li­té sont com­plé­men­taires et même in­dis­so­ciables. Les deux mou­ve­ments doivent être en­ga­gés si­mul­ta­né­ment et avec suf­fi­sam­ment de har­diesse pour pro­duire le choc de crois­sance qui re­lan­ce­ra notre éco­no­mie.

S’agis­sant de la baisse des im­pôts, le sys­tème que j’ap­pelle de mes voeux est d’une au­da­cieuse sim­pli­ci­té. Je pro­pose de rem­pla­cer l’im­pôt sur le re­ve­nu, pro­gres­sif et à taux va­riable, par un im­pôt mo­derne, pro­por­tion­nel et uni­ver­sel, ins­pi­ré de la CSG, à 3 taux constants, qui s’ap­pli­que­rait à tous et se­rait pré­le­vé à la source de sur­croît. C’est la flat tax (« taxe plate »), dé­jà en vi­gueur dans une qua­ran­taine de pays dans le monde, dont cinq membres de l’UE, mais aus­si en Rus­sie et dans cer­tains États des États-Unis.

Con­crè­te­ment, pour les mé­nages dont le re­ve­nu est in­fé­rieur à 800 eu­ros par mois, la CSG se­ra ré­duite à 3,5 %. Pour ceux dont les re­ve­nus sont com­pris entre 800 et 4 000 eu­ros par mois, la CSG ac­tuelle (8 %) conti­nue­ra d’être ap­pli­quée, mais tous les autres im­pôts se­ront sup­pri­més. Au-de­là de 4 000 eu­ros, une taxe uni­forme de 17 % se­ra ap­pli­quée à tous les re­ve­nus, en plus de la CSG, pour solde de tout compte.

On le voit, mon sys­tème ne consiste pas à faire payer da­van­tage les plus pauvres : pour les Fran­çais qui ne paient pas l’im­pôt sur le re­ve­nu, la fis­ca­li­té ne se­ra pas aug­men­tée. Pour un cer­tain nombre de contri­buables mo­destes, elle se­ra même di­mi­nuée. Le fi­nan­ce­ment de la Sé­cu­ri­té so­ciale conti­nue­ra quant à lui d’être as­su­ré à hau­teur de 90 mil­liards. L’élar­gis­se­ment de l’as­siette com­pen­se­ra, en par­tie, pour les fi­nances de l’État, la di­mi­nu­tion du taux moyen. Les re­cettes fis­cales du Tré­sor se­ront certes in­fé­rieures aux re­cettes ac­tuelles de l’im­pôt sur le re­ve­nu, mais ce manque à ga­gner pour les fi­nances pu­bliques se­ra com­pen­sé – et au-de­là – par la sup­pres­sion de 60 % des niches fis­cales et so­ciales.

Au to­tal, l’État dis­po­se­rait de plus de re­cettes. Il pour­rait uti­li­ser ces res­sources sup­plé­men­taires pour en­ta­mer le désen­det­te­ment du pays et faire face à l’in­évi­table aug­men­ta­tion des taux d’in­té­rêt, qu’il au­rait dès lors les moyens de payer. Quant aux contri­buables, ils se­raient moins im­po­sés : l’ini­tia­tive se­rait en­cou­ra­gée, l’in­ves­tis­se­ment sti­mu­lé, l’em­ploi re­lan­cé. Le cercle ver­tueux de la crois­sance se­rait en­fin amor­cé !

To­ny Blair l’a dit un jour : « La bonne po­li­tique n’est ni de gauche ni de droite, c’est celle qui marche. » En ce dé­but d’année, je forme le voeu que l’al­ter­nance qui se des­sine nous per­mette en­fin de mettre en oeuvre cette bonne po­li­tique. Per­met­tez-moi, chères lec­trices, chers lec­teurs, d’y ajou­ter un autre voeu. En mon nom, et au nom de tous les jour­na­listes et col­la­bo­ra­teurs du Groupe Fi­ga­ro, je vous sou­haite, à vous et à vos fa­milles, une année 2017 pleine de bon­heur et de réus­site.

« Il est un autre pé­ril dont on ne dit rien : je veux par­ler de notre dette pu­blique, et du dan­ger de faillite que l’aug­men­ta­tion des taux d’in­té­rêt fait pe­ser pays» sur la sur­vie même de notre

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