HOL­LANDE

Ses mises en garde lors de ses der­niers voeux

Le Figaro - - LA UNE - FRAN­ÇOIS-XA­VIER BOURMAUD @fx­bour­maud

VOEUX Der­niers voeux, der­nières vo­lon­tés. Pour sa tra­di­tion­nelle et ul­time al­lo­cu­tion du Nou­vel An en tant que pré­sident de la Ré­pu­blique, Fran­çois Hol­lande a lan­cé une sé­rie de mises en garde aux Fran­çais, à moins de cinq mois d’un scru­tin pré­si­den­tiel « dé­ci­sif ». Des voeux sombres et in­quiets qui des­sinent un pay­sage po­li­tique et in­ter­na­tio­nal ca­ta­clys­mique. «En cette fin d’année, ce que nous croyons ac­quis, par­fois pour tou­jours, la dé­mo­cra­tie, la li­ber­té, les droits so­ciaux, l’Eu­rope et même la paix, tout ce­la de­vient vul­né­rable, ré­ver­sible », a-t-il pré­ve­nu avant d’évo­quer le Brexit, l’élec­tion de Do­nald Trump aux États-Unis et la mon­tée des ex­tré­mismes en Eu­rope. « Il y a dans l’His­toire des pé­riodes où tout peut bas­cu­ler, nous en vi­vons une. »

La France n’est donc pas à l’abri. Il y a d’abord la me­nace de l’ex­trême droite. « Com­ment ima­gi­ner notre pays re­cro­que­villé der­rière des murs, ré­duit à son seul mar­ché in­té­rieur, re­ve­nant à sa mon­naie na­tio­nale et en plus en dis­cri­mi­nant ses en­fants se­lon leurs ori­gines ? », s’est in­ter­ro­gé Fran­çois Hol­lande, sans tou­te­fois ci­ter Ma­rine Le Pen. Pas plus que Fran­çois Fillon, même si là aus­si, l’al­lu­sion au can­di­dat de la droite et à son pro­jet de sup­pri­mer 500000 postes de fonc­tion­naires était ex­pli­cite. «Le rôle des forces et per­son­na­li­tés po­li­tiques est im­mense, elles doivent être à la hau­teur de la si­tua­tion, faire preuve de lu­ci­di­té, évi­ter de bru­ta­li­ser la so­cié­té », a-t-il as­su­ré. Et quand il tourne son re­gard vers la gauche, Fran­çois Hol­lande n’a guère plus de rai­sons d’es­pé­rer. Entre les can­di­da­tures de Jean-Luc Mé­len­chon, d’Em­ma­nuel Ma­cron et du fu­tur vain­queur de la pri­maire du PS, son camp est plus di­vi­sé que ja­mais. Une « dis­per­sion » dont Fran­çois Hol­lande a dit re­dou­ter qu’elle mène la gauche à l’« éli­mi­na­tion » dès le pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle.

Après son re­non­ce­ment à bri­guer un se­cond man­dat, le pré­sident de la Ré­pu­blique es­pé­rait re­trou­ver l’oreille des Fran­çais. Las, la dif­fu­sion de son dis­cours n’a mo­bi­li­sé que 10,1 mil­lions de per­sonnes, toutes an­tennes confon­dues, soit presque un million de moins que l’année der­nière. Comme si les Fran­çais avaient dé­jà tour­né la page du quin­quen­nat. À l’image des op­po­sants po­li­tiques de Fran­çois Hol­lande en somme, presque tous à l’unis­son pour se ré­jouir de pas­ser à la suite dans cinq mois. «Ces der­niers voeux du quin­quen­nat offrent au moins un sou­la­ge­ment: on sait qu’on n’au­ra plus à su­bir l’an pro­chain un tel cor­tège de pla­ti­tudes et de dé­cla­ra­tions en to­tal dé­ca­lage avec la réa­li­té du pays et les souf­frances des Fran­çais», a grin­cé Ma­rine Le Pen. « Hol­lande a par­lé aux Fran­çais… trop tard, a dé­plo­ré de son cô­té le se­cré­taire na­tio­nal du PCF, Pierre Laurent. À nous de re­cons­truire la gauche qu’il a lais­sée dans un pi­teux état. » La faute à une po­li­tique éco­no­mique contes­tée tout au long du quin­quen­nat par la propre ma­jo­ri­té du chef de l’État.

« Les ré­sul­tats sont là »

«Je re­ven­dique les choix que j’ai faits. Les ré­sul­tats ar­rivent, plus tard que je ne les avais pré­vus, j’en conviens, mais ils sont là », a as­su­ré Fran­çois Hol­lande. Se­lon lui, « les comptes pu­blics ont été ré­ta­blis, la Sé­cu­ri­té so­ciale est à l’équi­libre, la com­pé­ti­ti­vi­té de nos en­tre­prises a été re­trou­vée, la construc­tion de lo­ge­ments at­teint un ni­veau re­cord, l’in­ves­tis­se­ment re­part» et, bien sûr, « le nombre de de­man­deurs d’em­ploi baisse en­fin ». Une liste qui, sans sur­prise, n’a convain­cu que les so­cia­listes. Et en­core, pas tous.

Si Ma­nuel Valls a sa­lué l’al­lo­cu­tion du chef de l’État, les autres can­di­dats à la pri­maire du PS sont res­tés si­len­cieux. Peut-être parce qu’ils par­tagent le point de vue de l’ancien mi­nistre LR Éric Woerth se­lon qui « Fran­çois Hol­lande au­ra en­core ten­té de don­ner de la cou­leur à son bi­lan alors que pen­dant quatre ans et de­mi rien n’au­ra chan­gé ou si peu». C’est en tout cas ce qu’Ar­naud Mon­te­bourg et Be­noît Ha­mon ne cessent d’ex­pli­quer de­puis leur ex­pul­sion du gou­ver­ne­ment.

J.-P. PELISSIER/REU­TERS

Fran­çois Hol­lande lors de son al­lo­cu­tion du Nou­vel An, sa­me­di soir.

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